mercredi 10 juin 2015

La Tricité, mégalopolis

Je me réveille le matin, très tôt. Après avoir fini tout ce que j’ai à faire, y compris le petit-déjeuner, je descends attendre dans le hall de l’hôtel. Dans un moment de pleine oisiveté, je saisis une revue tout en Polonais en me disant que je regarderai les photos en essayant d’imaginer de quoi l’on parle. Surprise : à la troisième page, une belle photo d’une tente de chez moi, sous la tente un homme, une femme et leur enfant… tout sourire… le bonheur des bédouins du Sahara…
Sous la photo un texte d’une trentaine de ligne. J’ai tout de suite repéré le mot «Mauretanii»… trois fois… puis le nom de Abderrahmane Sissako mais pas son film Timbuktu. Mais de quoi devait parler le papier si ce n’est de cinéma ? Quand mon guide-interprète arrive, il m’explique qu’il s’agit d’un papier annonçant le festival «Printemps de cinéma» de Gdansk auquel notre compatriote et notre héros national est invité. L’auteur explique que le réalisateur est mal connu en Pologne mais qu’il a un grand succès en Europe et ailleurs… ma journée commence bien.
Direction : le Centre européen de solidarité. Quelque chose de tout nouveau. Une sorte de musée dédié au mouvement Solidarnosc et à la lutte qui a commencé par être le fait de la classe des travailleurs pour finir en une révolution populaire impliquant toutes les forces vives de la Nation. Tout a commencé ici dans les chantiers navals Lénine de Gdansk. C’est ici que les prolétaires de toute la Pologne se sont unis pour contester l’hégémonie du Parti communiste et au-delà le joug de l’Union soviétique. A l’intérieur du musée, c’est le cheminement de cette révolution qui est repris et commémoré.
Devant le centre se dressent trois grandes croix qui ont été dressées ici par les ouvriers de Gdansk en mémoire de ceux des leurs qui sont tombés dans les événements de 1970. La croix ici, c’est quelque chose qu’on respire. Où vous vous tournez, il y a un symbole religieux vous rappelant que vous êtes en terre de chrétienne (catholicisme principalement). Et comme dit le philosophe français Michel Onfray : «Toute civilisation épouse le mouvement de spiritualité qui la porte et la rend possible», ici c’est le catholicisme qui a porté la révolution. Sans le Pape Jean-Paul II, on peut se demander de ce qu’il serait advenu du mouvement ouvrier de Gdansk. Ici, la ferveur religieuse a été le moteur de la résistance au communisme. Elle a donc soutenu la révolution.
Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski déclare l’état d’urgence. Ce jour-là, un photographe heureux prend un cliché montrant le cinéma Moscou de Varsovie affichant le célèbre film Apocalypse Now et dans les rues les chars de l’Armée qui écrasaient déjà l’insurrection. Un résumé du chaos qui allait survenir. Il faudra attendre le désengagement russe et la Perestroïka pour voir le régime militaire lâcher du lest. La voie est ouverte pour la démocratisation seulement en 1989. Le 4 juin de cette année, les Polonais votent pour Solidarnosc et son leader devient le premier Président élu de Pologne.
L’histoire ne se termine pas là. Gdansk qui a vu le déclenchement de la première guerre mondiale, qui a été détruite par cette guerre, cette ville qui a été le berceau de l’insurrection qui a finalement libéré le pays, cette ville est aujourd’hui en pleine mutation. Avec son stade gigantesque construit à l’occasion de l’Euro 2012, avec ses zones spéciales de développement, ses centres technologiques, son ouverture sur la Mer baltique, le dynamisme de son économie et surtout l’afflux de touristes venus contempler «l’or du Nord» (Ambre). Tout ici reflète les couleurs de cette pierre précieuse, résidu d’un autre âge.

En grandissant la ville a formé une sorte de mégalopolis avec deux autres centres urbains : Gdynia et Sopot. Si Gdynia est un prolongement de l’activité du port de Gdansk, elle est aussi une sorte de Silicon Valley. Alors que Sopot est une magnifique station balnéaire qui se trouve sur la Baltique. L’ensemble de ces cités est appelé ici la Tricité.

mardi 9 juin 2015

Gdansk, la ville de Lech Walesa

«Quand j’étais petit garçon, je m’imaginais Gdansk comme une grande ville, avec un port et des chantiers navals. Je savais que la seconde guerre mondiale y avait commencé. J’avais aussi entendu dire qu’il y avait de nombreux sites historiques à Gdansk. C’est tout ce que je savais alors.
A la fin du printemps 1967, j’ai pris le train et je suis allé au bord de la mer. Je suis descendu du train à la gare de Gdansk Glowny. Une minute plus tard, je suis tombé sur un ami de mon ancien voisinage qui m’a convaincu d’aller travailler aux chantiers navals. A Gdansk, j’ai rencontré mon épouse Danuta et c’est là que nos enfants sont nés… C’est donc comme ça , à mon insu, que je suis devenu citoyen de Gdansk.
Aujourd’hui, bien des années plus tard, après avoir visité tant de villes en Europe et dans le monde, je peux dire que je ne voudrais jamais échangé Gdansk contre New York, Paris, Bruxelles, Tokyo ou Moscou…
A la fin du 20ème siècle, la Pologne a donné à l’Europe et au monde le Pape Jean-Paul II. Quant à Gdansk, il a donné le mouvement Solidarnosc à sa nation, à l’Europe et au monde entier (…)»  Tiré de Gdansk selon Lech Walesa.
Gdansk, c’est d’abord Lech Walesa et son mouvement Solidarnosc (Solidarité) qui a fait bouger les chantiers navals de la ville avant de faire soulever toute la Pologne pour la libérer ensuite du joug du régime soviétique et en être le premier Président élu au suffrage universel. Une épopée qui allait sonner le glas de l’Empire soviétique et du bloc communiste en général.
Mais Gdansk est ce qu’elle a été : un centre commercial et culturel de l’Europe du 15ème au début du 20ème siècle. Avant d’être détruite elle aussi en 1945. C’est autour de son passé glorieux que la ville s’est reconstruite. Deux symboles de cette reconstruction : le Théâtre Shakespeare qui est l’un des centres culturels européens et la vieille ville restaurée tel qu’elle était avant les bombardements de la seconde guerre.
Le Théâtre Shakespeare est une reconstruction d’un bâtiment qui avait d’abord servi de scènes de jeux avant de recevoir des troupes venus de partout et notamment du Royaume Uni. La bourgeoisie née de l’activité commerciale sur la Baltique a encouragé le développement des arts et des lettres. Très tôt l’auteur anglais fut joué ici. C’est cette tradition qu’on fait revivre dans un centre ultramoderne. Sa vocation est de devenir un lieu d’expression pour les troupes européennes. Mais déjà il reçoit chaque année une saison entièrement dédié à Shakespeare.
La grande porte de la vieille ville comporte trois entrées. Sur chaque d’elles une inscription en latin. Sur celle de gauche, il est écrit que «la sagesse se trouve dans les actes de la République». Sur celle du centre, on nous dit que «la Justice, la Liberté et la Tolérance sont des valeurs immuables de la République». Sur celle de droite enfin, on nous apprend que «la Liberté, la Concorde permettent à tous Prospérité et Notoriété».
Ces inscriptions datent de la fin du 18ème siècle et fondent visiblement les grandes valeurs du libéralisme naissant. Elles sont en cas la première étape de la révolution bourgeoise qui a permis de se libérer des carcans de la société féodale. Car la démocratie, les démocraties sont le fruit d’une lutte longue et acharnée pour plus de liberté, plus de possibilités d’influer la gestion publique des affaires par le citoyen, plus de participation, plus d’expression de la pluralité…
La démocratie, comme tout ce qui est bon et beau, se mérite. Parce qu’elle se mérite, elle est à conquérir.

lundi 8 juin 2015

Négociateur malgré moi

La première rencontre officielle est celle qui se déroule dans les locaux du ministère des affaires étrangères polonais. Elle me met en face de représentants du département chargé des relations avec l’Afrique, le Maghreb et le Moyen-Orient.
Mes interlocuteurs me font la somme des relations entre les deux pays qui ont connu selon eux une nette amélioration ces dernières années avec notamment des échanges de visites entre responsables importants des deux pays. D’abord la visite de la délégation mauritanienne dirigée par Ahmed Ould Teguedi, l’ancien ministre des affaires étrangères qui semble avoir fait impression ici (son nom est prononcé automatiquement sans besoin de revenir à un papier). Ensuite la délégation polonaise dirigée par le Président du Sénat et comprenant de nombreux hommes d’affaires et de hauts responsables. Le Président du Sénat est la deuxième personnalité de l’Etat. C’est lui qui dirige le pays en cas d’empêchement ou d’absence du Président de la République.
La partie polonaise s’apprête à commémorer le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations entre les deux pays. Cela se traduira par l’organisation de manifestations culturelles et de voyages occasion d’échanges entre la Mauritanie et la Pologne. Pour ce pays une ouverture vers l’Afrique est nécessaire et si cela peut se faire à travers la Mauritanie, ce serait mieux.
«Nous sommes conscients de la place stratégique qu’occupe la Mauritanie comme pays charnière entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. Nous percevons le développement de toute relation avec le pays dans une vision d’ensemble nous permettant de nous ouvrir les espaces prometteurs d’une Afrique en marche».
La visite de la délégation polonaise a permis d’identifier quelques domaines de coopération qui pourraient être lancés dans l’immédiat. Tout ce qui concerne l’exploitation des minerais, notamment le fer. Mais aussi la pêche, l’agriculture, l’industrie…
Ma deuxième rencontre justement a lieu dans les locaux de l’Agence de presse polonaise (PAP) et me permet d’échanger avec des représentants de la Chambre de commerce de Silésie. Ils m’expliquent qu’il s’agit d’une institution indépendante qui ne fait pas partie des structures étatiques. Ce qui ne les empêchent pas d’être l’un des pivots de la coopération extérieure de la Pologne moderne.
En plus de la promotion des investissements polonais et des échanges avec les autres pays, ils sont intéressés, dans le cas de la Mauritanie, par l’établissement d’une coopération scientifique et technique. Ils sont aussi intéressés par les secteurs de production de lait et de viande, par la pêche (industrie), par le développement des services…
N’étant pas moi-même concerné par ces propositions, je leur suggère d’entrer en contact avec notre ambassade à Berlin, avec la Chambre de Commerce de Nouakchott, le Patronat et surtout la Zone franche de Nouadhibou. Toutes ces structures seront prêtes à leur donner les informations nécessaires pour mieux encadrer cette entrée des opérateurs polonais dans l’espace mauritanien. Ils décident alors d’organiser un voyage en février prochain pour «voir ce qui peut être fait». Ils insistent encore sur l’aspect développement des relations universitaires. Ce sera possible surtout que le pays a mis en place des établissements d’excellence et s’oriente vers la formation professionnelle. Peut-être qu’un contact avec l’Université de Nouakchott et les différentes écoles spécialisées dans la formation (Polytechnique, ingénieurs, travaux publics…), serait édifiant.
Je finis cette première journée par une visite guidée dans le Palais royal et dans ses merveilleux jardins. Un moment de détente mais aussi d’exploration d’un passé toujours présent.
La Pologne est un pays qui a existé malgré les velléités de ses voisins, malgré les guerres qui l’ont dévasté plus d’une fois. Tout est reconstruit, tout est restaurer pour reconstituer le passé prestigieux d’une Pologne indépendante. Mais partout, on rappelle les destructions et les limites des reconstructions.

dimanche 7 juin 2015

Varsovie, le passé présent

La route de Varsovie passe par Paris et les pickpockets de CDG quand on ne fait pas attention aux mises en garde pourtant répétées des autorités qui entendent ainsi dégager toute responsabilité dans des pertes éventuelles de biens. Tant pis pour ceux qui, comme moi, n’auront pas pris en compte ces avertissements…
Après quelques trois heures de vol, nous atterrissons sur le tarmac de l’aéroport Frédéric Chopin de Varsovie. D’habitude un aéroport porte le nom d’un homme politique ou d’un chef de guerre. Je comprendrai plus tard pourquoi ce génie de la musique tient une place dans le cœur des Polonais et dans leurs espaces publics. L’homme qui est né et qui s’est révélé ici, a quitté son pays d’adoption pour la France où il est mort. Dans sa vie il avait refusé un passeport russe, condition que l’occupant lui avait posée pour le laisser revenir pour un concert de commémoration. Il avait demandé à sa famille de l’enterrer seulement à Varsovie et si cela ne pouvait se faire, d’enterrer son cœur ici.
A sa mort sa sœur a fait le voyage transportant, sur des milliers kilomètres, le cœur du virtuose aimé. On peut imaginer d’ici la peur qui étreignait cette courageuse dame à chaque contrôle de police, à chaque frontière de province, à chaque entrée ou sortie de ville. Ce cœur est aujourd’hui contenu dans le pilier central de la plus grande cathédrale de Varsovie. C’est un peu si ce cœur bat encore, tellement Frédéric Chopin est présent dans cette ville détruite à 90% pendant la deuxième guerre mondiale.
Varsovie est le lieu où le Pacte qui porte son nom a été signé le 14 mai 1954. Ce fut la réplique du Bloc Est dirigé par l’Union Soviétique de Nikita Khrouchtchev à l’adhésion de la République fédérale d’Allemagne à l’OTAN (organisation du Traité de l’Atlantique qui rassemble les pays de l’Europe de l’Ouest aux Etats Unis d’Amérique).
Varsovie a toujours été le symbole des résistances de l’Etat et du peuple polonais. L’Histoire retient les insurrections de Varsovie dont la dernière est celle qui va du 1er août au 2 octobre 1944 et qui a été une tentative du peuple polonais et de son gouvernement de libérer par eux-mêmes leur pays et d’éviter ainsi que ce soit l’Armée rouge qui le fasse. En fait la Pologne est le seul pays sous occupation nazie qui a conservé un gouvernement dans la clandestinité, gouvernement qui a géré effectivement la vie des citoyens malgré la violente répression du système nazi.
Le symbole de résistance reste le slogan «Pologne combattante» (Polska Walczaca) symbolisé par un W surmonté d’un P. Récemment, un conférencier appelait nos compatriotes à trouver un identifiant par lequel les Mauritaniens s’imposeront un vivre ensemble en le reconnaissant comme symbole de la Nation. Lui prenait comme exemple le IKI japonais, je trouve que PW des Polonais est plus significatif. D’ailleurs, nous partageons avec eux cette sempiternelle conscience de la menace extérieure, de la possibilité pour nous d’être engloutis par un voisin glouton ou de disparaitre dans une guerre qui opposerait des voisins plus puissants que soit. Cette hantise qui oblige à plus de vigilance et d’engagement pour préserver son indépendance, son existence.
Visite au musée. Toute une partie réservée à Faras, l’ancienne capitale de la Nobatie, région autonome de la Nubie ancienne. Des vestiges qui se trouvent actuellement au Soudan et qui ont été entièrement submergés par le lac Nasser, conséquence malheureuse de la construction du barrage d’Assouan.
Ici on a reconstruit une réplique des façades de la cathédrale de Faras. Une manière de rappeler que c’est une mission d’archéologues polonais dirigée par Kazimierz Michalowski qui a permis la découverte de ce joyau de l’archéologie antique. Les fouilles ont eu lieu entre 1961 et 1964.

Toutes nos pensées aux fouilles jamais terminées de Tegdaoust, Koumbi Saleh et d’Azougui.

samedi 6 juin 2015

D’El Melzem à Paris

Ce matin, à Tiguint. La foule est immense pour accueillir le Président Mohamed Ould Abdel Aziz en tournée dans le Trarza. Les opérateurs politiques, tous pourtant appartenant au même parti (UPR) et soutenant le même dirigeant, ces opérateurs n’arrivent pas à manifester ensemble. Trois sites distincts qui expriment la division. Quelques instants avant l’arrivée du Président, le secrétaire général et le fédéral régional de l’Union pour la République avaient fait le tour des sites sans, visiblement, être dérangés par ces divisions. Signe de l’incapacité de l’appareil politique qui ne peut même pas imposer une unité de façade. De là à croire qu’il y a là quelque volonté de voir ces divisions s’intensifier, il n’y a qu’un pas.
Viennent ensuite toutes agglomérations qui tiennent elles aussi à marquer leur existence au passage du Président de la République. Chaque agglomération correspond à un espace tribal, donc chaque manifestation est celle d’une tribu donnée. Cette atomisation dans l’accueil devient alors le premier facteur de «la sédentarisation abusive» (teqarry al ‘ashwa’i) souvent dénoncée par les Autorités notamment le Président lui-même. Sur la route menant de Tiguint à Mederdra – 50 kilomètres -, plus d’une vingtaine d’arrêts imposés au Président. Comme si chaque ensemble voulait exprimer individuellement son soutien. Derrière ces accueils se profilent souvent des doléances liées pour certains aux nominations de «cadres de la tribu». Dès Rosso, ces doléances se sont exprimées à travers les interventions lors de la réunion des cadres qui a vu certains remarquer le manque de représentativité de la région dans les hauts cercles de l’administration. Ce à quoi le Président avait répondu à peu près en ces termes : «C’est une revendication qui revient partout. Mais vous n’avez pas vous, du Trarza, car vous êtes bien représentés. Vous avez le Président de l’Assemblée nationale Mohamed Ould Boilil, vous avez des ministres…» Deux oublis majeurs : si le premier gouvernement d’après 2009 comptait sept ministres originaires du Trarza, l’actuel n’en compte qu’un seul ; le deuxième oubli, c’est celui du Président du Sénat qui est lui aussi du Trarza, pourtant une grande partie des intervenants n’ont pas manqué de louer ses actions dans la région notamment à Rosso…
Je quittais la région de Mederdra alors que les populations s’activaient partout et essayaient de remporter la palme de la meilleure réception. Ce qui supposait de grands moyens financiers déployés, une mobilisation humaine inhabituelle et un déploiement extraordinaire. Cette ferveur, on l’a vue ailleurs, dans les Hodhs, en Assaba, au Gorgol, au Guidimakha, au Tiris Zemmour, au Brakna et maintenant au Trarza. Elle sera la même au Tagant, en Adrar, en Inchiri… Reste la question de savoir ce qui se cache derrière ces bains de foule de plus en plus sécurisés et surtout : quoi après ?

Sur la route pour Varsovie, Paris est la première étape. Contact avec un autre monde.

jeudi 4 juin 2015

Parcours de …combattants

On a souvent vu des petits délinquants se transformer en combattants jihadistes agissant au nom de l’une des organisations terroristes qui défient l’ordre et les sociétés dans notre espace sahélo-saharien. On assiste probablement au cheminement inverse s’il ne s’agit pas tout simplement à un retour au hobby d’origine.
J’ai lu ce matin sur l’un des sites mauritaniens que deux anciens prisonniers salafistes auraient été envoyé en prison pour association de malfaiteurs, vols, utilisation d’armes, etc. Ils ont été arrêtés à la suite de plusieurs plaintes venant de victimes diverses.
L’une des victimes a été délestée de la somme de 19 millions d’ouguiyas, la deuxième de 15 millions et la troisième sept millions. Chaque fois, la personne avait laissé de telles sommes dans la voiture, soit pour prier soit pour traiter rapidement une affaire. Pour revenir et se retrouver délestée de tout ce qu’elle avait.
L’enquête de police a donc abouti à l’arrestation de ces deux anciens activistes qui, semble-t-il, ont été confondus par l’accusation. En attendant le jugement de l’affaire et les éclaircissements qui pourraient être donnés d’ici là, il y a lieu de se poser des questions sur cette habitude des commerçants mauritaniens à transporter avec eux de grosses sommes d’argent sans sécurité particulière. Il faut dire que la gestion du système bancaire – les banques devenant des coffres de familles -, la confiance des déposants a pris un sérieux coup. Surtout que l’exemple de faillite survenue à la Maurisbank récemment est venue renforcer cette suspicion.

Comment faire pour amener les opérateurs à cesser de trimbaler tant d’argent sur eux ? 

mercredi 3 juin 2015

2019, c’est déjà demain

Vue d’ici et de maintenant, l’année 2019 est déjà un moment crucial et déterminant dans l’évolution du pays. 
2019, c’est d’abord la dernière année du deuxième et dernier mandat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Rien, absolument rien, ne permet actuellement d’entrevoir chez lui une quelconque volonté de tripatouiller la Constitution et de commettre le parjure afin de changer la règle limitant les mandats à deux. Ses détracteurs peuvent toujours lui prêter les intentions les plus saugrenues, mais de lui rien n’est venu nous annoncer qu’il y a risque de revenir sur le serment solennel. Pour rappel, l’article 29 de la Constitution impose au Président élu, de faire le serment suivant :
«Je jure par Allah l’Unique de bien et fidèlement remplir mes fonctions, dans le respect de la Constitution et des lois, de veiller à l'intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder l’indépendance et la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national. Je jure par Allah l’Unique de ne point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel et au régime de son renouvellement, prévues aux articles 26 et 28 de la présente Constitution.»
Cela a été fait le 4 août 2014. Depuis, nous n’avons aucun signe indiquant une évolution autre.
En 2019, les grandes figures de la politique mauritanienne qui auront 75 ans à ce moment-là ne pourront plus se présenter. Exit donc Messaoud Ould Boulkheir et surtout Ahmed Ould Daddah qui a toujours été un challenger de poids dans les présidentielles précédentes. Ceux qui prétendent à la légitimité historique seront donc dans l’incapacité technique de se présenter.
En 2019, les islamistes de Tawassoul auront opéré l’alternance souhaitée par leurs dirigeants et consacrée par leur premier congrès qui a limité les mandats à deux. En 2019, Mohamed Jamil Mansour ne sera plus président du parti qui est déjà effectivement l’une des forces politiques majeures du pays.
L’alternance chez Tawassoul obligera certainement des partis comme l’Union des forces du progrès (UFP) à envisager le même processus de renouvellement dans la direction du parti. Il est certain (ou presque) que Mohamed Ould Maouloud ne sera pas le président de l’UFP à ce moment-là.
En 2019, même l’institution militaire aura connu des départs significatifs : la majorité des généraux actuels sera déjà à la retraite. Alors que du côté de la haute fonction publique, des centaines de cadres vont eux aussi profiter de leurs droits à la retraite. Parmi eux, la plupart des dignitaires actuels, du Pouvoir comme de l’Opposition.
En 2019, le rajeunissement de la population mauritanienne s’accentuera. La pyramide des âges sera très large pour les 05-30 ans. Nous serons probablement à 80% de moins de 45 ans, acceptons-le. C’est ici que se situe le grand déterminant du changement futur. Cette jeunesse assoiffée de liberté d’entreprendre, de réussir, de gagner… va devoir se trouver le cadre adéquat pour la rassasier. Ses aspirations seront certainement plus fortes que toutes les pesanteurs qui freinent le mouvement vers la Modernité.
Le deuxième facteur est celui de la nécessité du renouvellement de la classe politique dirigeante. En se rappelant que ce renouvellement inévitable peut ne pas être positif dans la mesure où aucun des leaders traditionnels ne semble avoir prévu sa succession. On peut donc avoir quelqu’un de qualité ou pas.
Pour éviter des risques comme celui-là, toute minute passée sans discuter de cette perspective, sans y penser, sans en analyser les tenants et aboutissants, sans en faire une échéance fondamentale, toute minute passée sans en parler relève du temps perdu. Un temps perdu dans notre situation ne peut jamais être rattrapé.