dimanche 28 décembre 2014

Des secrétaires

Une première secrétaire. Une Peule, largement la cinquantaine. Le boubou ample sans extravagance, le mouchoir noué autour de la tête couvrant parfaitement ce qui doit l’être. Tout en elle sent l'expérience et le professionnalisme. Déjà la disposition des documents sur son bureau et le rangement des classeurs indiquent un sens méticuleux de l’organisation.
Gentiment, elle me demande, dans un Hassaniya sans accent : «vous désirez Monsieur?» Le ton comprend la majuscule, tellement il dégage le respect. J'explique que je suis venu déposer un courrier adressé à son patron. Elle propose d’abord de me faire une photocopie pour y apposer la décharge. J'en suis ravi.
«Mon patron est sorti, mais je vous promets qu'il recevra le courrier qui sera à sa lecture dès qu'il revient». J'en suis persuadé vu le ton ferme et rassurant. Je n'ai donc pas besoin d'insister comme il est d'usage.
Je reviens le lendemain. Cette fois-ci, je suis sûr que le patron a eu le courrier, mais je voudrai insister pour accélérer le traitement. Je reviens vers la dame d'hier. Elle m'explique que pour me faire annoncer à son patron, je dois m'adresser à une autre secrétaire…
A peine la quarantaine, le corps de la Mauresque, rabougri par des années d'inactivité, probablement de gavage par des produits augmentant l'appétit, le visage ravagé par les produits chimiques dits de beauté, l’air de rien…
Pour attirer l'attention de la dame, il me faut répéter les salutations d'usage plusieurs fois... Finalement, elle daigne suspendre la discussion avec son amie affalée sur deux des fauteuils de la salle d'attente. Juste pour me répondre : «alaykoum salam»… et replonger ensuite dans la discussion. Puis son téléphone sonne, «... Aywa, tu es toujours a Kaédi? Elmelhaf shimmaasi?...»
Apparemment le débat tourne autour du voile et de sa valeur à Kaédi, la capitale du Gorgol où vont les commerçantes de tout le pays pour s'approvisionner chez les teinturières... La conversation prend fin avec un soupir poussé par la secrétaire visiblement excédé de devoir revenir à moi qui suis toujours debout.
Elle s'adresse à sa compagne et lui dit : «C'est Jamila. Elle dit qu'elle dépense tout son argent et qu'elle n'a plus de quoi payer son voyage retour. Je lui dois ce que je lui ai emprunté le mois passé et elle me demande de lui envoyer de l'argent par Gaza Télécom, c'est près de Polyclinique... Monsieur vous ne savez pas où se trouve Gaza Télécom?». Je ne savais pas et même si je savais, ce n'est pas à elle que je vais l'indiquer...
Elle sent, elle comprend à mon regard et à mon air... Toujours est-il qu'elle se lève enfin et va dans le bureau de son patron. «Il est toujours occupé avec l'un de ses collaborateurs. Ils sont plongés dans une étude, d'ailleurs je n'ai pas pu lui parler». Puis elle s'affale à côté de son amie et commence à lui parler à très haute voix, comme si elle se trouvait dans un autre lieu. Le manège dure un quart d'heure. C'est son amie qui m'invite finalement à m'asseoir. Une discussion passionnée avant de sortir toutes les deux. «Nous allons chercher Gaza Télécom, fais attention aux lieux et si quelqu'un demande, dis que je ne suis pas loin».
Le Monsieur à qui est confiée la mission de garder la maison, est témoin de toute la scène que je viens de raconter. C'est sans doute pour cela que la minute qui suit, il entre dans le bureau du patron, visiblement pour m’annoncer. Il revient et me demande d’entrer…

Je m’arrêterai là dans ce récit. Parce que ce qui m’intéresse ici est de décrire comment peut-on être reçu dans une administration mauritanienne. Cela dépend finalement de l’aptitude du premier contact qui est la (ou le) secrétaire, et de sa disponibilité à remplir la mission qui est la sienne. Combiner professionnalisme et bienveillance sont des qualités qui demandent la compétence. Ce qui manque dans nos administrations.

samedi 27 décembre 2014

Vers la reprise des négociations Mauritanie-UE ?

Dans une lettre datée du 22 décembre adressée au ministre des pêches de Mauritanie, le directeur général des affaires maritimes et des pêches de la Commission de l’Union Européenne, a réitéré son «entière disponibilité à poursuivre la négociation en vue du renouvellement (du) protocole (de pêche)».
C’est la première correspondance depuis l’expiration, le 15 décembre, du Protocole couvrant la période 2012-2014. Une expiration qui fait suite à l’échec des négociations entre les deux parties. Le dernier round qui s’est déroulé à Bruxelles en novembre dernier n’a pas permis d’aplanir les obstacles nés de la divergence autour du niveau de la compensation. Pour les Européens, la somme de 47 millions devrait être le point de départ de la négociation, alors que pour les Mauritaniens, il n’était pas question de descendre en-deçà des 67 millions du dernier Protocole.
«Il est tout particulièrement souhaitable qu’un point de convergence puisse être trouvé sur les aspects financiers de cette négociation. Notre première offre faite à la Mauritanie demeure ouverte à discussion», poursuit le responsable européen. Tout en souhaitant «continuer à nous engager à vos côtés pour le développement d’une pêche durable et appuyer les orientations stratégiques du Gouvernement mauritanien». Allant jusqu’à noter «avec satisfaction que votre initiative visant à renouveler la stratégie sectorielle des pêches progresse de manière efficace en concertation avec les acteurs et partenaires du secteur».
La lettre remet sur le tapis la première proposition qui vise à prendre sur l’enveloppe de la compensation pour gonfler le volet «appui sectoriel». Si la compensation entre directement dans la trésorerie mauritanienne, l’argent de l’appui sectoriel est sujet à d’innombrables tracasseries bureaucratiques. Ses destinations et son décaissement restent soumis à l’assentiment préalable de la partie européenne et aux procédures qu’elle impose.
C’est ainsi que les Mauritaniens sont en droit de revendiquer six millions euros inscrits au chapitre «appui sectoriel» au titre du Protocole qui vient d’expirer. Alors que sur le Protocole précédent (2008-2012) l’apurement de cette enveloppe doit coûter plusieurs millions à l’UE. C’est naturellement, cette problématique qui doit dicter aux négociateurs mauritaniens leur comportement en la matière. La Mauritanie ne devant accepter de discuter les termes d’un nouveau Protocole que si le contentieux est entièrement apuré.
En fait, la partie européenne se trouve doublement piégée à cause des hésitations de ses négociateurs. D’abord en voulant imposer son diktat à la Mauritanie, on est passé par la remise en cause des procédures qui se limitaient à un échange de lettres après la paraphe du Protocole pour permettre à la flotte européenne de pêcher dans la zone mauritanienne. Conséquence : on en est venu à négocier l’effectivité du Protocole qui commence désormais avec la ratification par le Parlement, c’est-à-dire à la fin du processus. Deuxième conséquence : même si le Protocole avait été signé en novembre, il aurait fallu attendre plusieurs mois pour le voir ratifié par le Parlement, donc la date d’expiration aurait été inchangée (15/12).
Le deuxième piège est celui qui consiste à insister sur le gonflement de l’enveloppe «appui sectoriel». Si une telle option est bénéfique pour la Mauritanie, il va falloir solder les comptes des deux Protocoles précédents. Sinon, on aura hypothéqué une enveloppe nécessaire à l’instauration d’un commerce équitable entre les deux parties.
La réponse du ministère mauritanien devra nécessairement comporter des éléments opposables aux avances européennes qui continuent à faire fi – ou presque – de l’intérêt de la Mauritanie en se donnant une marge de manœuvre considérable.
Il est sûr que la démarche européenne ouvre la voie à la reprise de la négociation. Le futur round devant se tenir à Nouakchott, il s’agira pour les deux parties de chercher réellement des points de convergence, un terrain d’entente qui ne lèsera en rien leurs intérêts.
Entre David et Goliath, les rapports ne sont pas fatalement ceux qui se terminent par l’extermination de l’un ou l’autre des protagonistes. La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure, surtout quand on trouve le point d’équilibre qui tienne compte de l’intérêt de chacun.

vendredi 26 décembre 2014

Ould Baya, président de l’Association des Maires

Ce soir les 219 Maires élisent le nouveau président de l’Association des Maires de Mauritanie et en même temps le bureau exécutif et le bureau permanent. L’Union pour la République (UPR) qui a une majorité absolue soit 147 maires, a préféré associer tous les partis politiques présents dans le collège électoral. C’est ainsi que cette élection a été le fruit d’un véritable consensus même si l’on a remarqué au finish 10 votes contre la proposition. Alors qu’elle a été adoptée par 209 maires présents.
L’Association créée en 1987 est une structure apolitique qui regroupe quand même tous les maires du pays. Ce qui en fait un excellent cadre d’échanges et d’entraide entre les communes de Mauritanie. Elle est aussi une interface entre le pouvoir exécutif et les structures locales, avec cette possibilité pour elle de promouvoir la décentralisation qui est une option fondamentale du développement en Mauritanie. L’un de ses objectifs étant de coordonner les actions des collectivités locales en vue de faciliter et de rendre plus efficient l’apport des ressources mobilisées à l’effet de les développer.
Mais le rôle le plus important de l’Association est celui de porter la voix de la Mauritanie à l’extérieur, de drainer, d’orienter les financements à travers les jumelages et la coopération internationale. L’Association des Maires de Mauritanie joue donc un rôle dans l’assainissement de l’image du pays au niveau de l’extérieur.
En choisissant Cheikh Ould Baya comme nouveau président, l’Assemblée générale des Maires de Mauritanie, a opté pour la redynamisation et la continuité de l’élan de modernité entamé par son prédécesseur Ahmed Ould Hamza qui a pu sortir l’AMM d’une longue léthargie.
Le mandat du Maire de Zouérate sera celui du travail en profondeur afin de faire quelques grands pas en avant dans le programme de décentralisation qui devra se concrétiser par plus de pouvoir aux collectivités locales. Cela permettra certainement aux communes de jouer un meilleur rôle dans l’éducation, la santé, la lutte contre la pauvreté…
Le mandat sera certainement aussi celui de l’ouverture sur l’extérieur et une plus grande association de tous les acteurs. Les aptitudes du nouveau président à discuter et à avoir des partenaires le maximum, son sens de l’intérêt général et du sacrifice sont des atouts dans le programme qu’il entend mettre en œuvre. Il sera soutenu par une équipe de Maires ayant expérience et compétence pour mener à bien la mission qui est la leur.
L’intensité du tir de barrage opéré à la veille de cette élection par ses détracteurs qui auront mobilisé plumes et voix en vue de déstabiliser le processus de l’élection – comme celui des négociations -, ce tir de barrage n’aura servi à rien. Cheikh Ould Baya a été élu haut la main président de l’Association des Maires de Mauritanie dans une atmosphère consensuelle (tous les partis étaient associés) et fraternelle, avec 209 voix sur les 219 inscrites. 

jeudi 25 décembre 2014

Abderrahmane Sissako nous donne le sourire

Ce matin, sur MEDI-1, la radio méditerranéenne, notre compatriote et son film «Timbuktu» sont célébrés par le chroniqueur du cinéma. Le journaliste rappelle que «la Mauritanie est toujours dans la course des Oscars grâce à ce film qui en a ébloui plus qu’un».
Entre le 9 et le 11 janvier 2015, le Jury de Los Angeles décidera de quels cinq films étrangers resteront parmi les neuf nominés pour les Oscars. La décision sera rendue le 15. Toutes les chances donnent Timbuktu parmi les heureux nominés.
D’abord la qualité du film, aussi bien sur le plan technique qu’au niveau du récit et donc du scénario. Le jeu excellent des acteurs et la musique extraordinaire venant ajouter à cette qualité incontestée.
Ensuite l’actualité du film qui raconte la vie sous le régime du Jihadistan dans le Nord du Mali. On vit avec les populations le profond trauma qu’elles ont subi et qui est merveilleusement rendu par cette scène où l’on voit des jeunes jouer au football sans ballon. On vit aussi la résistance et l’espoir de voir pointer une aurore éblouissante après une longue nuit d’oppression. On apprécie mieux le rôle de la femme dans des sociétés segmentaires comme les nôtres et qui arrivent à lui accorder une place de choix. On apprend comment de pieux Musulmans refusent le diktat des Jihadistes.
Une actualité qui met en évidence l’horreur que vivent les populations d’Irak et de Syrie, mais aussi de Libye sous le joug des hordes de l’Etat islamique. En Occident, on ne voit d’eux que les séquences de décapitation de quelques otages ressortissants de ces pays. Des zooms sont faits sur la souffrance réelle des Chrétiens d’Orient. Quid des Musulmans – Sunnites et Chiites - qui résistent, qui souffrent le martyr, qui fuient leurs terres ?
Timbuktu donne une idée de cette souffrance partagée, de cette Espérance toujours plus forte que l’oppression. C’est un mélange de fiction et de réalité, une sorte de téléréalité des pauvres… celle qui ne se joue pas contre de l’argent et qui n’a pas vocation à aller en-deçà du vécu quotidien des hommes et des femmes qui ont subi cet arbitraire-là.
Après Cannes et bien d’autres scènes du cinéma, Abderrahmane Sissako s’apprête à entrer dans un espace réservé aux meilleurs. Son film est déjà parmi les neuf nominés. Tant mieux et mille fois merci à celui qui oppose ainsi une dose de fierté aux prophètes de malheurs qui nous inondent en ces temps. Ceux-là veulent nous décourager de nous-mêmes, veulent nous marquer à jamais du poids de l’indignité, nous désespérer à toujours… Le succès de Timbuktu nous enseigne que nous avons encore quelque chose à offrir au Monde, quelque chose à faire partager et qui peut servir. Nous en sommes fiers.

mercredi 24 décembre 2014

Qu’attend-on des deux procès ?

Deux procès s’ouvrent en même temps en Mauritanie. Le premier à Nouadhibou où l’on juge le jeune auteur de l’article jugé blasphématoire pour le Prophète (PSL). Le second se tient à Rosso. Là on juge Birame Ould Dah Ould Abeid, président d’un mouvement anti-esclavagiste, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle avec plus de 8% des voix. Chacun des deux procès est lourd de conséquences pour la Mauritanie, pour le pouvoir en place, mais aussi et surtout pour le débat sociétal qui prend toute son ampleur avec l’éclosion de la liberté d’expression.
Le procès de Nouadhibou prend déjà l’aspect d’une Inquisition car le niveau de ceux qui jugent et de ceux qui défendent fait qu’on bloque autour de la question du repentir. Le repentir du jeune Ould Mkhaytir est-il sincère ou non ? est-il suffisant quand il s’agit d’atteinte à la personne de Mohammad, Paix et Salut sur Lui (PSL) ?
Le débat sur la loi mauritanienne est ainsi occulté. Nous apprenons ce soir que le jeune a été condamné à mort. Il ne pouvait en être autrement quand on a été incapable de s’extraire à la pression de la rue. La loi mauritanienne est pourtant claire.
Dans sa section IV intitulée «Attentats aux mœurs de l’Islam, Hérésie, apostasie, athéisme, refus de prier, adultère», le Code pénal mauritanien dit en son Article 306 : «Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d'une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d'emprisonnement et d'une amende de 5.000 à 60.000 UM.
Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. S'il se repent avant l'exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l'effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d'une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article.
Toute personne coupable du crime d'apostasie (Zendagha) sera, à moins qu'elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. 
Sera punie d'une peine d'emprisonnement d'un mois à deux ans, toute personne qui sera coupable du crime d'attentat à la pudeur.
Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l'obligation de la prière sera invité à s'en acquitter jusqu'à la limite du temps prescrit pour l'accomplissement de la prière obligatoire concernée. S'il persiste dans son refus jusqu'à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort.
S'il ne reconnaît pas l'obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l'office consacré par le rite musulman.»
Ce Code pénal qui date de juillet 1983 (Ordonnance 83-162 du 09 juillet 1983) n’a jamais été revisité. Devant la pression de la rue, les Ulémas – dont certains avaient participé à la rédaction de ce texte – ont préféré se taire pour laisser la scène à des barbus de pacotille.
Le deuxième procès qui s’est ouvert ce matin ne peut que se transformer en procès politique. Procès du régime, de la société inégalitaire, probablement de la communauté Bidhâne… on ne peut plus éviter qu’il en soit ainsi dès lors que les mobilisations se sont faites sur la base des appartenances partisanes : c’est un peu l’Union pour la République (UPR) qui se dresse face à IRA qui bénéficie du coup du soutien plus ou moins annoncé des protagonistes du parti au pouvoir.
Il ne sera probablement pas question de la question de l’esclavage. Les uns et les autres refusant d’aller au fond des problématiques. Restera pour nous l’amère impression qu’on a risqué inconsidérément de ternir l’image du pays en engageant deux procès symboles : celui de Nouadhibou qui renvoie à la liberté d’expression et de culte, l’autre à Rosso qui reste lié aux Droits de l’homme. Des thèmes souvent utilisés par les activistes aux Etats-Unis, en Europe pour viser des pays et/ou des aires culturelles dans le collimateur.

mardi 23 décembre 2014

Les voleurs qui crient «au voleur !»

Je suis chaque fois surpris par l’arrogance de certains acteurs de l’espace médiatique et politique, une arrogance qui se double d’un manque de scrupule évident.
Quand un homme politique réduit l’action de son parti à la défense des intérêts d’une famille. Qu’il avoue, après avoir tourné autour du pot bien longtemps, que son aigreur vis-à-vis du régime s’explique par la volonté de celui-ci de viser une famille, une tribu…
Quand un homme politique s’impose en moralisateur et qu’il bâtit toute sa démarche sur ses ressentiments personnels, ses frustrations personnelles, son rapport personnel à l’Autorité. Quand il veut légitimer son ressentiment personnel, sa mésaventure personnelle, et l’effet de sa disgrâce personnelle, par un engagement soudain dans le combat qui concerne tout un chacun.
Quand un homme politique qui a roulé pour tous les régimes, participé directement et indirectement à la sape du projet démocratique, au pillage des ressources, aux exactions commises sous la dictature…, quand cet homme parle aujourd’hui comme s’il avait, depuis toujours, combattu l’arbitraire.
Quand un journaliste fonde son information sur la rumeur, s’empresse de la donner, de la commenter, d’en tirer les conclusions. Quand il se met au service d’un ou de plusieurs lobbies. Quand il signe des textes écrits par d’autres en vue de servir des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Quand il est payé par des services officiels et/ou particuliers (privés, groupes politiques…). Quand il se sert de sa position pour servir sa tribu, sa région, son ethnie…
Quand un religieux – faqih ou autre – justifie les arbitraires, les inégalités, les injustices. Quand il refuse de les dénoncer. Quand il préfère s’en prendre au corps social le rendant responsable de toutes les dérives, de toutes les hérésies. Quand il n’a d’autre combat que celui qu’il dirige contre la femme, contre l’émancipation individuelle et finalement contre la Modernité.
…On ne peut parler de courage mais de couardise. Dire NON ne relève pas obligatoirement du courage. Dire NON ne demande pas toujours – et surtout pas maintenant – du courage. N’importe qui dit aujourd’hui NON à n’importe quoi. Parfois à la chose et à son contraire à la fois.
Dans la bouche de ceux qui nous couvrent d’une cacophonie indescriptible et qui veulent parasiter, intoxiquer, détruire toute espérance en un lendemain meilleur, le NON procède de la lâcheté. Après avoir béni la pire des situations, après avoir participé au sac organisé du pays, après avoir contribué à la corruption des mœurs, à la prédation, aux orgies collectives, après avoir mangé aux râteliers de différents oppresseurs, quelle crédibilité peut-on encore accorder à ce que disent ces gens-là ?
Le courage c’est de rester les yeux ouverts, en tous temps, en tous lieux. De dire exactement ce qu’on pense, de le défendre… comme disent «ceux de par là», de dire ce qu’il faut au moment qu’il faut.
Courage, abnégation, sacrifice… des valeurs que notre élite a cessé de cultiver (si elle n’a pas cherché à les détruire). Des valeurs qui subissent aujourd’hui le coup de grâce. Avec tous ceux qui prétendent moraliser, sauver, dénoncer, révéler, redresser… et qui ne font que décrédibiliser la vérité, trafiquer la réalité, instrumentaliser les causes légitimes…
Dans la culture hassaniya, on évoque souvent «ceux qui volent avec les voleurs et pistent avec les pisteurs». C’est bien de ces gens-là que je parle.

lundi 22 décembre 2014

Revue de la coopération Mauritanie-UE

Lundi s’est ouvert à Nouakchott la première revue du portefeuille de coopération entre l’Union Européenne (UE) et la Mauritanie. A l’image de ce qui se fait avec la Banque Mondiale, les deux parties entendent évaluer plus de trois décennies de coopération dans le cadre des accords de Cotonou.
Les FED – du Fonds européen du développement – se suivent. Nous allons retenir trois chiffres. Le premier est 669,32 millions euros qui est l’enveloppe globale qui a été destinée à la Mauritanie depuis le milieu des années 80. Le deuxième chiffre que nous allons retenir est celui de 191 millions correspondant à l’enveloppe du 9ème FED qui a couvert la période allant de 2001 à 2007. Le troisième est celui du 10ème FED qui a atteint un record avec 209,32 millions pour la période de 2008 à 2014, à 2013 en fait. On peut y ajouter pour comparaison, le chiffre prévu pour le 11ème FED, 195 millions couvrant la période de 2014 à 2020, date de l’expiration des Accords de Cotonou.
Au titre du 10ème FED, 57 millions soit 27,23% sont alloués aux infrastructures et aux réformes du secteur du transport, 46 millions pour l’appui budgétaire et les réformes des finances publiques, 20 millions à la décentralisation et au développement local, 17,22 millions à la sécurité alimentaire, 13 millions à la sécurité et au développement (lutte anti-terroriste), 7 millions pour la Justice et l’Etat de droit, 7 pour la société civile, la culture et les Droits de l’homme, 6 pour la prévention des conflits… pour ne citer que l’essentiel.
Pour comprendre le record du 10ème FED, il faut savoir que l’enveloppe initiale était de 156 millions seulement. A ce montant, se sont ajoutés des financements supplémentaires qui ont concerné surtout la sécurité du Sahel pour 25 millions et d’autres interventions pour 28 millions (interventions européennes à l’occasion de crises d’urgence notamment).
Dans le jargon des techniciens, on dit que la totalité de l’enveloppe a été affectée, mais cela ne veut pas dire que l’argent a été alloué ou transféré au profit de la Mauritanie. La lourdeur des procédures a toujours été décriée par les deux partenaires.
Les Européens arguant la faiblesse d’absorption de la Mauritanie qui s’explique par les lenteurs administratives, le manque de compétence des concepteurs des projets, l’absence d’efficacité…
Les Mauritaniens se plaignant de la complexité des procédures imposées par l’UE pour accéder aux financements. Dont une bonne partie revient souvent à des sociétés européennes qui remportent facilement les marchés, à des experts qu’il faut engager pour des études de validité…
Sur les 209,32 millions du 10ème FED, ce qu’on appelle les «engagements individuels contractualisés», terme qui désigne dans le jargon consacré l’engagement par contrats, ce titre a atteint 144,33 millions soit 68,95% du montant global. Alors que les paiements exécutés n’ont pas dépassé 57,14 millions soit 39,59% de ce montant contractuel.
Il arrive même que des chapitres prévus ne soient pas touchés. C’est l’exemple ici du chapitre de la Sécurité et du développement, de la prévention des conflits (dont les conventions ont été signées seulement le 15 de ce mois), de la Justice et de l’Etat de droit, de la décentralisation et du développement local. Aucun euro n’a été déboursé pour ces secteurs malgré la mise en place de structures de coordination pour les lancer.
Autre reproche fait à la partie européenne, tout ce qui se rapporte à «l’appui sectoriel» dans les Accords de pêche et qui n’a jamais voulu dire grand-chose. Dans le passé, la partie mauritanienne s’est résignée à le voir gonfler sans vraiment en profiter. C’est que le chiffre servait d’argument aux Européens pour rester sur certaines positions, notamment le niveau de la compensation.
La présente revue doit aussi servir à réinventer la philosophie de la coopération entre les deux partenaires. Une coopération qui doit prendre en compte la nécessité d’établir les règles d’un commerce équitable et l’urgence d’introduire des mécanismes de préservation de la ressource.