samedi 9 novembre 2013

Campagne à Zouérate

Trois partis tiennent ici le haut du pavé : l’Union pour la République (UPR), l’Alliance populaire progressiste (APP) et un peu Tawaçoul. Mais la bataille, la vraie, est celle qui est livrée pour la Mairie de Zouérate. Celle qui voit l’UPR et l’APP s’affronter dans un combat épique qui se fait quand même dans les règles de l’art de la tolérance et du respect.
Le candidat UPR est Cheikh Ould Baya, colonel à la retraite, ancien directeur de la Surveillance maritime, véritable artisan des accords de pêche célébrés récemment pour ce qu’ils permettent de profits à la Mauritanie.
Ould Baya a avec lui une aura d’organisateur déterminé, d’engagé volontaire et généreux (au sens noble du terme), d’homme moderne… Il se présente comme celui qui peut et veut entreprendre de grandes choses pour la ville où il mène des actions de bienfaisances depuis quelques années. En termes de projets sociaux, culturels, sportifs. Il veut (et peut) mettre à profit ses réseaux d’amitiés à travers le monde pour diversifier le partenariat avec les pays qui voudront bien apporter une aide à une région sinistrée quand même par l’enclavement, la faiblesse de l’impact de l’exploitation minière sur le bien-être de la population, le manque d’intérêt public pour cette région de l’extrême Nord et qui se trouve loin du centre de décision.
Ould Baya a contre lui son franc-parler et son refus de faire des promesses qu’il juge hors de portée. Il a contre lui sa spontanéité dans les rapports et l’absence chez lui de compromis avec la médiocrité et le faux.
Le niveau des habitants de la ville minière – cadres et populations conscientes – a amené Ould Baya à définir son programme dans le cadre d’un «Projet pour Zouérate» qui est une vision d’ensemble pour une proposition qui cultive un développement durable et solidaire de la commune. C’est ce Projet qu’il a commencé à expliquer depuis hier, depuis le lancement de campagne. Visiblement très attendues, ses sorties publiques font l’objet d’un grand engouement du public.

vendredi 8 novembre 2013

Campagne électorale

C’est sans doute la campagne électorale la moins «excitante» de l’Histoire du pays. D’abord parce qu’elle arrive après plusieurs reports des élections législatives et municipales. Ce qui a fini par exaspérer le public. Ensuite parce qu’elle ne clôt pas forcément les polémiques politiques qui ont, elles aussi, nourri l’exaspération générale. Voilà six ans que l’on nous installe dans une «crise politique» factice et qui a fini par provoquer une profonde désaffection vis-à-vis du politique en général.
Pourquoi la crise est-elle «factice» ? Parce qu’elle n’a pas d’objet. Parce que les raisons qui lui sont données pour l’expliquer ne sont pas suffisantes. Parce que les protagonistes ne savent pas ce qu’ils veulent, ou s’ils le savent ne le disent pas. Parce que les manifestations réelles de la crise ne sont pas là.
Au moment où démarre cette campagne dont l’enjeu principal est la participation le jour du scrutin, la démocratie mauritanienne parait malade. Pas à cause du boycott qui est plus un non-choix, mais de ce qu’elle implique de retour aux appartenances sectaires. Nulle part où l’on ne raisonne en termes de tribus, d’ensembles, de castes ou de classes.
Le candidat le plus «à gauche» (si la Gauche existe ici) ne pourra pas s’empêcher de vous dire qu’il a le soutien de la tribu telle ou telle, de l’ensemble tel ou tel, des «Haratines», des «Maures», des «Noirs» dont «les porte-paroles sont venus ici apporter leur soutien». Qu’est-ce que c’est un «porte-parole» d’un ensemble ethnique ou tribal ? où est l’ensemble où la cohésion est si évidente et si forte pour laisser une personne, une seule personne parler en son nom ? qui est assez légitime pour parler au nom d’un groupe ? qui donne d’ailleurs cette légitimité ?
Je crois qu’on fait semblant, qu’on finit par croire au leurre que nous avons nous-mêmes déployés. C’est pourquoi je reste optimiste quant à l’avenir des Institutions comme les partis. Aujourd’hui, ils ne veulent pas dire grand-chose dans la mesure où la promotion de l’individu au sein du parti ne dépend nullement de son adhésion, encore moins de son engagement dans ce parti et pour ses idéaux (existent-ils d’ailleurs ?). Il dépend de ce que l’individu apporte ou est supposé apporter en termes de base électorale. Le parti doit alors tout à l’individu et non l’inverse. C’est donc l’individu qui dicte ses préférences et non le parti. D’où les incohérences à prévoir dans les positionnements de demain. Surtout que tout individu voulant se libérer de ses engagements partisans ne peut plus claquer la porte comme on faisait avant. La place appartient désormais au parti et non à l’individu. Mais on trouvera la parade en allant à contre-courant ou en créant des courants au sein des partis. Nous allons donc vers plus d’atomisation.
Le retour en force de la logique tribale ne doit pas tromper. La société mauritanienne, si l’on excepte les vieilles structures soninkées héritées des anciens Empires et figées depuis, sont lâches dans l’ensemble. Tout dépend de la culture dominante, celle qui est promue par l’encadrement national (autorités et acteurs publics). Jusqu’aux années 80, ce fut le cycle de recul de l’appartenance sectaire qui est revenu à la surface avec la démocratisation et les manipulations du pouvoir qui en faisait un levier de commandement. Il ne s’est pas trouvé non plus de parti ou de regroupement alternatif à l’ensemble restreint. Le recul de l’idéal national unitaire et fédérateur s’explique en partie par cette démission et ce refus d’entretenir la vocation d’une Mauritanie plurielle, égalitaire, juste et finalement progressiste.
Nous avons besoin de réinventer la notion de «progressiste» par opposition à tous les conservatismes qui nous menacent aujourd’hui d’une longue nuit noire. La bataille est là et nulle part ailleurs : elle a pour enjeu la Modernité qui est une longue gestation de la citoyenneté, qui promeut les nobles idéaux qui font de nous des frères solidaires, des patriotes déterminés. Je ne vois pas dans le milieu politique qui peut incarner ce dont on a besoin, ni parmi ceux qui participent et qui nous abreuvent de promesses, ni parmi ceux qui ont choisi de ne pas s’adresser à nous en s’excluant.

jeudi 7 novembre 2013

On en sait un peu plus

Les circonstances de l’assassinat de nos confrères de RFI s’éclaircissent quelque peu. Après la revendication formulée par AQMI, voilà les révélations de la sécurité malienne. Une histoire alambiquée où apparait le nom d’un Touareg Bayes Ag Bakabo qui aurait subtilisé de l’argent de l’organisation terroriste et qui a voulu, par cet enlèvement, s’acquitter d’une dette. La voiture utilisée serait tombée en panne. Ce qui expliquerait le geste désespéré qui a consisté à abattre froidement les deux otages enlevés quelques minutes plus tôt.

Finit donc la thèse de la course-poursuite. Finit aussi celle de l’acte bien réfléchi et bien mis en œuvre. Tout cela relèverait du hasard. De l’absurde. Mais permettrait de donner une version plus ou moins «normale» de l’enlèvement.

Point de faiblesse du dispositif déployé par les Français et leurs alliés dans la région. Oubliée l’absence de surveillance (de loin ou de près) de deux journalistes français arpentant les rues de la ville a moins sûre de la région : Kidal est aujourd’hui la Kandahar des années 90, par ce qui y circule d’hommes armés, d’armes, d’agents de renseignement, de services se faisant la guerre, de rebelles en rupture… Oublié aussi le comportement des forces de Serval et de celles de la MINUSMA : n’y a-t-il pas eu tentative immédiate de récupération ? où étaient les postes de contrôles, les fameux «check-points» installés aux différentes entrées de la ville ?

En nous servant cette version, les autorités évitent de répondre à de nombreuses questions et d’être amenées à remettre en cause les plans initialement prévus. C’est facile.

Si la revendication par AQMI de l’enlèvement n’est pas le procédé usuel, la version servie par les officiels n’est pas convaincante. En fait Al Qaeda au Maghreb Islamique est éclaté en plusieurs Katiba et deux Sariya (bataillons). Chacune de ces structures assume aujourd’hui ce qu’elle fait. Fièrement parce qu’elles se font conurrence.

Si les Mourabitoune nés de la fusion entre les «Signataires par le sang» de Belmokhtar (Bellawar) et du Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), tentent quoi que ce soit, ils sont prompts à le revendiquer. Si la Sariya des «Ançar» dirigée par Abdel Kerim Ettargui (le Touareg) et qui a relevé de la Katiba Tareq Ibn Zeyad dont le chef n’est autre que le terrible Abu Zeyd, si cette faction entreprend quelque chose, elle ne laissera personne se l’approprier. Parce qu’elle a besoin de rappeler qu’elle est encore là. Que la revendication émane tout simplement de «AQMI», c’est un peu vague…

Alors ? Dissocier les évènements de Kidal de l’opération de libération des otages intervenue cinq jours avant, ajouterait à la confusion. Tout porte à croire que ceux qui ont opéré ainsi avaient des intentions de remettre en cause un accord passé entre les ravisseurs et les autorités françaises. La violence de l’acte, et sa gratuité apparente, relèvent de la punition et non de l’acte criminel consacré.

Ce n’est pas aussi facile…

mercredi 6 novembre 2013

Camus, un engagement «humain»

La première grande œuvre du journaliste, essayiste, romancier, homme de théâtre et philosophe Albert Camus, est sans doute «La Peste». C’est sans doute aussi son œuvre majeure. C’est surtout celle qui permettait aux élèves que nous fumes d’entrer dans l’univers de Camus. En classe de terminale déjà… c’était loin tout ça… quand on enseignait encore la philosophie dans les lycées publics, quand les élèves pouvaient encore réfléchir, lire, encore réfléchir, discuter, rendre ce qu’ils ont lu… Autant dire que cela faisait longtemps. A peine si ce n’est pas comparable à ce temps où les bêtes parlaient encore.
Le docteur Rieux et le Père Panelou, deux idées de la vie, deux conceptions qui s’opposent et qui sont exprimées par le discours autour de La Peste. Pour l’homme d’église, ce mal est généré par une colère divine causée par les provocations et les comportements tendancieux des hommes. Pour le scientifique, il s’agit d’une épidémie qui, de temps en temps, frappe et se répand. Et quand il est pris par le vertige du souvenir du cycle meurtrier, le docteur ouvre sa fenêtre et reçoit en plein les bruits de la vie quotidienne : les gens qui s’activent, chacun apportant un savoir-faire, un élément de cette vie qui fait un tout… Là réside la force de l’homme : chacun doit accomplir sa part de responsabilité par le travail qu’il sait le mieux faire. Lui, le docteur n’a plus qu’à faire face à l’épidémie en tentant de l’éradiquer.
Nous apprenons alors, sans systématisation, que Camus n’est pas Sartre. Autant ce dernier nous parait «difficile à lire», quelque peu «nauséabond», toujours «écœurant», autant le second était «fréquentable», «lisible», «réconfortant»… autant l’un était désespérant, autant l’autre était prometteur… La perception ici est celle du lycéen que j’étais. Un lycéen qui découvrait avec délectation la philosophie existentialiste qui nous donnait l’impression de pouvoir nous libérer du diktat de la pensée des Lumières qui finissait par se scléroser pour devenir plutôt un carcan porteur de conservatismes «bourgeois». Mais à l’intérieur des «idéologues» de l’existentialisme, on faisait déjà la différence entre ceux dont la réflexion ne mène nulle part parce qu’elle est éternel questionnement devant la vie, et ceux dont la pensée pousse vers la culture d’un optimisme permettant de croire à un avenir possible. Les premiers sont «pétrifiés» par l’incapacité à sortir de «l’absurde» de la condition humaine, les seconds en sortent par la proposition d’action. L’absurde mène fatalement à l’inaction parce qu’il installe dans le tourbillon de la désespérance.
Dans L’Envers et l’Endroit, Camus écrit : «Il y avait une fois une femme que la mort de son mari avait rendue pauvre avec deux enfants. Elle avait vécu chez sa mère, également pauvre, avec un frère infirme qui était ouvrier. Elle avait travaillé pour vivre, ait des ménages et avait remis l’éducation de ses enfants dans les mains de sa mère. Rude, orgueilleuse, dominatrice, celle-ci les éleva à la dure».  Il choisit de raconter sa vie comme on raconterait un triste conte qui finit pourtant de manière heureuse. Lui qui dira, rendant hommage à l’instituteur qui le prit sous sa coupe, «voilà l’homme qui tendit la main à un pauvre petit garçon pour l’aider à sortir de sa misère…»
Albert Camus a fini par devenir «Camus», l’auteur d’une grande réflexion présentée à travers une grande œuvre qui allie œuvre littéraire et réflexion philosophique et dont on retiendra : Caligula (1938, pièce de théâtre); Noces (1939, recueil d'essais); Le Mythe de Sisyphe (1942, essai); L'Étranger (1942, roman); La Peste (1947, roman); Les Justes (1949, pièce de théâtre); L'Homme révolté (1951, essai); La Chute (1956, roman)…
Quelques citations de Camus :
«Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser» (La Peste)

 «Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou.» (Extrait des Carnets)

«La bêtise insiste toujours.» (La Peste)
 «La tentation la plus dangereuse : ne ressembler à rien.» (L’Envers et l’Endroit)
«Un homme est toujours la proie de ses vérités.» (Le mythe de Sisyphe)
«Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par celles qu'il dit.» (Le mythe de Sisyphe)

«J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre» (Les Justes)


Albert Camus est né en novembre 2013. Il y a cent ans…

mardi 5 novembre 2013

Pierre Bonte n’est plus

Les amis mauritaniens de l’anthropologue français Pierre Bonte ont écrit :
«Pierre Bonte nous a quittés ce lundi 4 juin 2013 à l’âge de 71 ans. C’est un grand ami de la Mauritanie et de beaucoup de mauritaniens qui s’en va ainsi.
Eminent anthropologue, il était  Directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rattaché au Laboratoire d'Anthropologie sociale (EHESS/CNRS/Collège de France, Paris).
Pierre Bonte a commencé sa carrière par deux terrains, chez les Touaregs Kel Geres du Niger et les Maures de l'Adrar mauritanien. L'étude des Touaregs Kel Geres a donné lieu à une thèse de 3e cycle soutenue en 1970, alors que les travaux sur l'émirat maure de l'Adrar ont fait l'objet d'un doctorat d'État soutenue en 1998.
Il doit son premier contact avec la Mauritanie à une étude entreprise entre 1968 et 1971 sur l’environnement –soudain devenu inquiétant à la suite des mouvements sociaux de mai 1968 à Zouerate -  de la société MIFERMA. Sa réflexion, alors  marquée par l'anthropologie marxiste, a porté sur la parenté, le travail et le nomadisme.
Sa relation au monde maure devait s’élargir au fur et à mesure pour couvrir, en plus de  quarante ans d’intense activité,  toutes les dimensions de ce domaine. Il est l’auteur de nombreuses publications  sur ces sociétés sahariennes ; cependant, son œuvre majeure à ce niveau demeure sa monumentale thèse d’Etat sur l’Emirat de l’Adrar, partiellement publiée sous le titre L’émirat de l’Adrar mauritanien, Harim, compétition et protection dans une société tribale saharienne. (2008. Paris. Karthala.)
Au-delà – mais souvent à partir de - ce domaine, Pierre Bonte a entrepris de multiples travaux sur les sociétés tribales. En 1991, il a coédité avec Michel Izard aux Presses universitaires de France, un ouvrage devenu de référence,  le Dictionnaire de l'ethnologie et de l’anthropologie.
Au-delà de son monumental travail scientifique, Pierre Bonte a noué de solides liens affectifs avec les sociétés sahariennes en général et la société maure en particulier. L’appartement qu’il partageait, au 12ème arrondissement de Paris, avec sa compagne, l’anthropologue Anne-Marie Brisebarre reflétait tout à fait cet attachement. Là, ce monde est fortement présent dans les rayons de la bibliothèque, dans les multiples ustensiles et outils négligemment disposés ça et là ; mais surtout par les multiples visiteurs qui en sont issus. Peu de chercheurs travaillant sur le monde saharien n’ont pas été gentiment reçus dans  cet appartement ; beaucoup y ont souvent trouvé généreux gîte et couvert.
Que son âme repose en paix.

Qu’Anne-Marie et toute la famille de Pierre trouvent  ici l’expression de notre sincère compassion.»

lundi 4 novembre 2013

Reconnaissance et soutien

Une première dans l’Histoire de la Mauritanie : le Président de la République a reçu le staff du ministère des pêches chargé de superviser les négociations et les accords internationaux. Ce staff était dirigé par le ministre des pêches, Hammadi Ould Hammadi, fraichement nommé à ce poste, mais grand connaisseur du secteur de la pêche. La délégation comptait surtout le conseiller technique du ministre Cheikh Ould Baya qui a été le véritable artisan des accords ainsi célébrés : l’accord avec l’Union Européenne, la révision de l’accord avec les Chinois, celui avec les Japonais et avec les Russes (en cours).
Le Président de la République a félicité le staff pour les résultats réalisés dans ces négociations. Tout en renouvelant son soutien à tout ce qui va dans le sens de la consolidation et de la persévérance sur la voie de l’intransigeance dans les négociations. Il a rassuré le département des pêche ainsi que le staff du soutien du gouvernement ainsi que de la disponibilité de tous les dispositifs de l'Etat à apporter l'appui nécessaire, réaffirmant la volonté politique de rationaliser les ressources du secteur, de le doter de haute technologie ainsi que d'améliorer son rendement dans l'économie nationale aussi bien en matière de revenus financiers que pour sa contribution à la balance des paiements et ses recettes en devises en plus de la consolidation de ses retombées positives sur l'emploi (dépêche AMI).
Le ministre s'est félicité de cette distinction et de cette attention accordée au département par la plus haute autorité de l'Etat et exprimé le souhait que le ministère puisse continuer à jouir de cette bonne audience auprès du Chef de l'Etat, pour exécuter les hautes instructions ainsi que pour se conformer aux conseils et recommandations faites par son Excellence au département et à son staff dans ce cadre. Pour le ministre, ces remerciements représentent une décoration et une distinction pour le département de manière générale et pour le staff négociateur en particulier. 


dimanche 3 novembre 2013

Al Wataniya lancée

C’est la cinquième chaine privée lancée en Mauritanie. Depuis hier, Al Wataniya émet régulièrement. Son directeur Hanefy Ould Dehah a fait appel à de grands professionnels dont Brahim Ould Abdallahi qui a été directeur de la première télévision nationale, alors jumelée avec la radio. Cette expérience est associée à de jeunes talents. On espère qu’avec cette équipe, Al Wataniya pourra proposer un contenu nouveau et porteur.
Avant-hier soir, et pour combler un vide né du report d’une rencontre avec Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, Hanefy Ould Dehah a animé lui-même un débat sur la participation aux prochaines élections. Il était prévu d’opposer deux points de vue : celui d’un participationniste et celui d’un boycottiste. Au début, c’était Mohamed Ould Khlil qui devait représenter le point de vue du boycott, alors que celui de la participation était représenté par Maokhtar Ould Dahi, membre du directoire de l’UPR et Ambassadeur de la Mauritanie à Rome. Finalement Ould Khlil a décliné, prétextant que Ould Dahi n’est pas comme lui «un vice-président» de son parti comme il l’est lui-même à l’UFP. Puis il a été décidé que c’est le responsable de la communication du parti, Bebana Ould Gawad qui représentera ce point de vue. Malheureusement, celui-ci n’a pu rejoindre le groupe pour des raisons indépendantes de sa volonté. Ce qui fait que le débat était quelque peu faussé. Nous restait qu’une remarque : Les absents ont toujours tort, quelque soit par ailleurs la cause de cette absence.
Si l’on élargit cette conclusion aux élections, on dira que le boycott peut être fatal pour les partis politiques qui l’adoptent. L’expérience de 1992 est là pour nous en donner la preuve. Rappelons combien était essentiel le rôle du boycott dans la déliquescence des partis d’opposition de l’époque : l’Union des forces démocratiques (UFD) devait éclater en mille morceaux, les cadres et militants de l’opposition ont été débauchés, vidant le travail politique de sa substance… C’est aussi cette décision qui a été la cause de la «paralysie de la démocratie»…
Quand survient le coup d’Etat salvateur du 3 août 2005, qui tenait encore dans les rangs de l’opposition ? Le président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et quelques fidèles… Les autres partis sont alors en plein processus de compromission avec le pouvoir dans la mesure où le «compromis historique» proposé sous forme de dialogue avec le pouvoir n’a finalement rien signifié en termes d’ouvertures et d’entente.
Si l’opposition a reculé à l’époque, c’est bien parce qu’elle s’est volontairement mise à l’écart. L’erreur a été d’opter pour le boycott sans proposer de solution alternative. Ce qui devait relever d’un manque de discernement et une incapacité à faire la part des choses, notamment à mesurer le rapport des forces, devient apparemment un mal congénital parce que nous en sommes là : les mêmes qui ont souffert et regretté le boycott de 1992 refusent aujourd’hui d’aller aux élections.
Il faut espérer que quand les élections se dérouleront et quand il va falloir en tirer des conclusions, il se trouvera quelqu’un pour se rappeler que des compagnons sont restés au bord de la route…