dimanche 17 février 2013

Ould Wedady, grandeur nature


Cheikh Sidi Abdallah, le présentateur vedette de TVM, l’intellectuel aussi, recevait hier soir Mohamed Mahmoud Ould Wedady dans son émission «Espace culturel». Une première partie sans doute d’une longue série car la vie de l’homme semble raconter le long cheminement d’une Mauritanie qui a – trop vite – changé.
L’ancien journaliste se raconte comme un récit. Avec humilité et précision. Il part d’une Mauritanie, lui l’enfant unique d’une noble famille du Tagant, de la prestigieuse tribu Kounta, pour se retrouver sur le chemin de l’exode… ce n’était pas cet exode que provoque la peur ou la misère. Mais celui que provoque la faim de savoir. La soif des savoirs. De ceux de l’époque : les sciences religieuses, la langue Arabe, la philosophie à travers la rhétorique…
En 1957, il arrive à Boutilimitt, la première «ville» qu’il voit et dans laquelle il va vivre et étudier. Il raconte son voyage, notamment son passage chez Lemhaba Ould Taleb Imigine, un grand érudit de l’époque, une des lumières de l’espace saharien dont la tombe est aujourd’hui vénérée dans le cimetière de N’Dar (Saint-Louis du Sénégal).
Au gré des compagnies les moins attendues, Ould Wedady accompagné de son cousin vient dans la cité qui prend déjà l’allure d’un centre culturel moderne. Avec son Institut des sciences religieuses, le premier établissement de Mauritanie à dispenser un enseignement en Arabe.
Il nous informe qu’il n’y avait pas que des Mauritaniens. D’ailleurs, quand on l’installe dans le carré des siens, il refuse. «Nous cherchions l’ouverture, un autre monde. C’est pourquoi nous avons préféré aller habiter dans l’espace commun à tous les étudiants». La cantine, les enseignants qui restent d’illustres noms comme les Addoud, les Cheikh Sidiya, les Daddah… et bien sûr celui qui le marquera le plus, Mokhtar Ould Hamidoune, le Ibn Khaldoune de notre espace.
Mais c’est quand il raconte le voyage à Dakar par Rosso et Saint-Louis, que Ould Wedady se permet d’aller au-delà du témoignage, au-delà du récit descriptif pour nous expliquer comment, avec la simple introduction d’un concours supervisé par un Français d’origine afghane, le savoir est devenu une source de revenu.
Nous sommes à la fin des années 50 et pour trouver le moyen d’insérer les centaines d’érudits sortants des Mahadras et en même temps moderniser l’enseignement dans la colonie, l’administration avait fait venir un inspecteur de la langue Arabe du nom de Akkary. Il décide de l’organisation d’un examen qui fait passer une sorte de capacité (ou habilitation) à l’enseignement dans les écoles modernes. Les sujets sont souvent des textes de la Nahda, cette époque de renaissance culturelle arabe du 19ème siècle en marge de laquelle la Mauritanie s’est tranquillement tenue.
Ould Wedady explique comment les générations de l’époque avaient dû récupérer le retard grâce notamment aux écrits et surtout au contact avec les syro-libanais vivant dans la colonie du Sénégal. Il n’est pas le seul à nous rappeler que le premier contact avec l’origine fut celui établi avec la diaspora du Sham (Syriens, Libanais, Palestiniens…).
Le futur journaliste avait déjà une grande soif de l’Autre. Ce qui le prédispose à l’ouverture d’esprit qui lui permet de ne pas souffrir l’exil et l’inadaptation. Ce qui lui donne cet air de pureté qui n’est que l’expression d’un intérieur foncièrement généreux et bon. Cet air qui a auréolé les plus de 50 ans de notre univers et qu’on appelait «el waqaar», une sorte de prestance qui est mélange de dignité et d’humilité. Un air qui disparait aujourd’hui que les parcours sont plus compromettant, plus salissant. L’ancien ministre de l’information est passé par le chemin le plus droit pour aller de la tradition, avec ses profonds ancrages, à la modernité, avec ses grandes ouvertures.
Il est tellement rare de voir des hommes pareils en ces temps nauséabonds que ce passage ne pouvait être ignoré. Dont acte.

samedi 16 février 2013

Les desseins de AQMI


Le Daily Telegraph a rendu public un document qui serait une lettre adressée par Abdel Melik Droudkal alias Abu Mous’ab Abdel Wedoud, chef de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), une lettre adressée aux chefs des Katibas opérant dans le Nord du Mali. Elle est datée du 18 mars 2012 et a été découverte dans les ruines d’un immeuble de Tombouctou où les journalistes avaient le temps (et le droit) de fouiner.
On est déjà en pleine action de rébellion dans la région. Touaregs du MNLA (mouvement national de libération de l’Azawad) et ceux de Ançar Eddine avaient déjà entamé la prise des grandes villes du Nord, ensembles ou pas. La lettre de 9 pages dactylographiées, est un peu le compte-rendu de la 33ème session du Conseil de la Shura de AQMI. Il s’agit d’un précis visant à cadrer l’action des organisations jihadistes dans le tumulte qui va suivre. Le précis découle de «la nécessité d’établir un plan pour commander et contrôler le Jihad» dans la région.
Le principe, selon le journal britannique, est de couvrir ses desseins en laissant faire d’autres groupes dont l’engagement «islamiste» est moins prononcé. Quitte à reprendre les choses en main plus tard.
Le chef suprême de AQMI recommande la prudence et le sens de la mesure. «Nous devons prendre en compte l'environnement local qui rejette un islam trop rigoureux». Avant de critiquer l’application stricte de la Chari’a dans un environnement hostile et la destruction des mausolées. Il critique aussi la guerre qui couvait entre Ançar Eddine et le MNLA, intimant à ses partisans l’ordre de privilégier la coordination des actions avec les groupes locaux pour permettre une meilleure insertion sociale des combattants et une plus grande prise en charge de leurs revendications par les populations.
«Il nous faut, écrit-il, planter juste quelques graines dans un sol fertile qui, grâce à des engrais, deviendront un arbre stable et vigoureux». Termes sibyllins pour définir une stratégie mise en œuvre sans fracas. «Mieux vaut apparaitre comme un mouvement local avec ses propres causes et ses préoccupations. Nous n’avons aucune raison de mettre en avant notre projet jihadiste et expansionniste». Une approche bien huilée chez les groupes nourris par les idéologies extrémistes, obscurantistes et totalitaires.
La précipitation des combattants sur le terrain et les agendas des différents intervenants (France, CEDEAO, Burkina, Union européenne, pays du champ…) auront eu raison de cette stratégie qui visait à stabiliser l’occupation par AQMI du Nord malien. Exactions, provocations, volonté d’aller plus loin vers le sud…, les jeunes du MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) et ceux de Ançar Eddine n’ont pas attendu et ont préféré créer le chao dans la région.
La première phase de la guerre, celle qui consiste à libérer les villes du Nord, se termine. Avec autant de rapidité qu’elles avaient été prises par les groupes jihadistes, elles leur sont reprises. La deuxième phase commence. Elle est surtout une guerre de renseignements et de frappes ciblées. Dans cette phase, le plus gros risque reste celui des bavures qui entrainera fatalement le retournement de l’opinion contre les forces déployées à l’occasion.
Ce ne sera pas un Afghanistan, dans la mesure où nous n’avons pas un pays qui pourrait jouer le rôle du Pakistan dans la région. Dans la mesure aussi où le terrain, même les montagnes de l’Adrar des Ifoghas, reste un terrain connu dont toutes les passes sont répertoriées et toutes les caches facilement détectables.
Reste à savoir si l’Etat malien pourra renaitre de l’épreuve et si la population et l’Armée auront assez de ressources pour éviter les représailles qui contribueront nécessairement à renforcer la fracture entre le Nord et le Sud. 

vendredi 15 février 2013

Léger remaniement


Enfin ! va-t-on s’exclamer. Tellement, rien ne se passait de ce côté-là. Enfin, un remaniement, on ne va pas dire un réaménagement du gouvernement parce que nous savons peu de ce qui a causé le limogeage de Ismael Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya (il faut aller jusqu’au bout de la filiation) et Ba Housseinou. Le premier était ministre de l’habitat et de l’urbanisme, le second celui de la santé.
Ould Cheikh Sidiya est un centralien dont la nomination répondait à deux impératifs : le débauchage dans les rangs du Rassemblement des forces démocratiques et la parentèle immédiate de son président Ahmed Ould Daddah, et son expérience relative dans le projet de reconstruction de Tintane. On avait salué cette nomination qui satisfaisait le souci du dosage politique intéressant pour l’autorité, et celui de la compétence qui importait aux administrés. Il aura été l’homme du «tarhil», celui de la création de nouvelles agglomérations et celui de la restructuration des gazras et autres habitats anarchiques. Son action est très controversée, même si au fond il a réussi à changer la physionomie des grandes villes du pays (Nouakchott et Nouadhibou). Peut-être pour cela qu’on l’attend rapidement ailleurs, probablement à la tête du projet «Nouadhibou, zone franche».
Ba Housseinou, lui, a été nommé à la santé après un passage à l’environnement. Homme dont la compétence est reconnue par tous, il reste suspecté de toujours vouloir tremper dans le système D. Ce n’est certainement pas l’affaire de la vaccination qui a emporté deux enfants du côté de R’Kiz qui a provoqué son limogeage. Avant de quitter le ministère, il aura fait une victime : l’ancien secrétaire général, Sidi Aly Ould Sidi Boubacar qui aurait été «sacrifié» pour couvrir une malversation imputable à son patron.
Ould Cheikh Sidiya est remplacé par Ba Yahya, un cadre de la BCM qui a été l’un des rédacteurs des statuts et des textes de la Banque entre 2006 et 2009. Il a été nommé comme président de la Commission centrale des marchés qu’il a dirigée pendant quelques mois. Avant de rendre le tablier suite à une affaire jamais élucidée. Travailleur et discret, Ba Yahya reste une solution de rechange : on congédie un Ba pour en prendre un autre. Celui qui est promu a une assise sociale locale assez ancrée.
Ba Housseinou est remplacé à la santé par un jeune cadre du nom de Ahmedou Ould Jelvoune. Originaire de Timbédra du Hodh Echargui, Ould Jelvoune a travaillé un peu partout et sur tous les programmes. On lui reconnait volontiers une grande maitrise de ses dossiers et une personnalité assez développée pour l’amener à dire ce qu’il pense quand il le faut. Certains de ses compagnons se souviennent encore de ses clashs pendant la mise en œuvre du PSI (le programme d’urgence du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi).
Ces nominations, ajoutées à celles du Conseil des ministres de jeudi qui a vu notamment l’ancien Wali Mohamed Ould Didi nommé au poste de président de l’Autorité de régulation du transport, nous rappellent que nous sommes déjà à la veille d’échéances électorales importantes. Pour les préparer, il va falloir, au plus vite, redéployer alliances et jokers pour s’assurer la loyauté du plus grand nombre, surtout des «grands électeurs».
En attendant de faire clairement le lien et de voir la tendance se confirmer, ce léger remaniement répond concrètement aux différentes demandes quant à la désignation d’un gouvernement d’union nationale. Le remaniement nous dit que cette formule n’est pas à l’ordre du jour. A bon entendeur, salut !

jeudi 14 février 2013

La Saint-Valentin s’invite chez nous

C’est quand même surprenant de voir les Mauritaniens fêter cette fête qui vient d’ailleurs. Des radios privées ont même essayé de célébrer la «journée de l’amour» en invitant leurs auditeurs à être …de la fête. Avec notamment des déclarations d’amour enflammées. D’autres Mauritaniens se sont contentés d’occuper leur journée du 14 à l’internet, en animant les réseaux sociaux par le thème de l’amour.
J’ai entendu de nombreuses personnes dénoncer cette célébration au nom d’une douteuse «préservation de notre culture». Certains n’ont pas hésité à demander que des mesures coercitives soient prises à l’encontre des médias coupables. Une campagne a été lancée aux abords des mosquées. Je ne sais pas si elle a été développée à l’intérieur, mais très probablement. On se souvient que les souhaits de «bonne année» marquant le début de l’année ont plus irrité certains Imams que l’arbitraire exercé au quotidien dans nos rues et dans nos foyers. Toute expression de la joie est en fait un danger pour l’obscurantisme. Et c’est en cela que cette célébration de la Saint-Valentin m’a intéressée.
J’y ai vu un acte de résistance à la morosité ambiante. Celle qui tisse, depuis deux décennies, une toile dans nos esprits.
J’ai souvent rappelé ce que m’avait dit un ami, quelque peu déséquilibré par les aléas de la vie et auquel j’ai rendu visite alors qu’il était en traitement à l’hôpital psychiatrique : «Notre grand problème est le recul de la joie dans notre pays…».
Oui, la constipation ambiante a emporté toutes les expressions de bonheur et de plénitude. Avec elles, toutes les soifs d’être bien dans sa peau, de voir loin pour soi et pour son prochain, toutes les faims de meilleurs lendemains… Nous avons perdu espoir parce que nous ne savons plus rire, parce que nous ne cherchons plus à partager le bonheur de nous amuser, d’être gais.
Nous sommes dans un pays où faire une vanne, la plus élémentaire qui soit, où s’émerveiller devant une œuvre d’art prend l’allure d’un acte fondateur, un acte révolutionnaire. Les occasions de fête célébrées ressemblent à des actes de résistance. L’obscurantisme rampant nous obligeant depuis quelques décennies à contenir de ce qui peut faire le bonheur de l’homme : se gausser de sa condition et libérer son imaginaire.
Du coup, fêter la Saint-Valentin, fut-elle une fête étrangère à notre culture, devient un acte de courage. Qu’il faut saluer comme tout acte de courage dans la vie.

mercredi 13 février 2013

Retour sur l’initiative


Ce qu’il fallait retenir de l’initiative de Messaoud Ould Boulkheir, ce n’est pas la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, mais la volonté d’établir un dialogue avec les acteurs «récalcitrants», les amis d’hier qui avaient choisi d’exiger le départ de celui avec lequel ils avaient co-organisé la présidentielle de juillet 2009. Une démarche, celle de Messaoud, impossible à réaliser dans la mesure où elle demande une attitude neuve et nouvelle des acteurs.
«Neuve» parce qu’elle dénote d’une remise en cause des rapports avec la politique jusque-là en vigueur dans la manière de voir et d’agir. Il s’agira d’abandonner cette approche faisant de la politique une sorte de combine continuelle menant fatalement au partage du pouvoir et donc à son exercice, soit directement soit indirectement. La plupart de ceux qui s’activent (et qui s’accrochent à l’initiative du président de l’Assemblée) appartiennent aux sphères qui ont «goûté» à un moment ou un autre aux délices de l’exercice du pouvoir et de la participation à un gouvernement donné. Selon toute vraisemblance, ils cherchent, à travers le plaidoyer pour un gouvernement «ouvert» ou «d’union», à revenir par la fenêtre qui sera ainsi ouverte.
Attitude «nouvelle» dans la mesure où elle peut amener les protagonistes actuels à oublier leurs ressentiments pour accepter de «jouer balle à terre» en respectant chacun son poste et sa mission et en imposant un jeu franc à tous. Que Ould Abdel Aziz, Ould Maouloud, Ould Boulkheir, Sarr, Ould Daddah, Ould Mansour, Ould Ahmed Waqf, Ould Hanenna… que chacun et que tous oublient les coups qu’ils se sont joués, les trahisons qu’ils se sont faites, les crocs-en-jambes, les vacheries, les haines, les divergences, les sapes… qu’ils oublient, même momentanément, tout ce qu’ils se sont joué comme tours pour accepter qu’il y a plus important que tout ça : la démocratie, la Mauritanie.
Le problème de la scène politique aujourd’hui, est bien le fait qu’elle soit occupée par des gens qui sont les survivants de mille et une cachoteries. Chacun s’est vu privé de réaliser son ambition par la faute de l’autre, le plus souvent un partenaire qui lui joue une petite traitrise à la dernière minute. Et comme l’idéologie dominante est bien celle de la rancune, on n’oublie rien… rien de rien…
La scène est intoxiquée. L’initiative de Messaoud doit commencer par essayer de rétablir la confiance. Et si Ould Abdel Aziz veut «calmer» ses protagonistes, il n’a qu’à miroiter devant eux la possibilité pour lui d’ouvrir son gouvernement, pourquoi pas tout le jeu pour permettre à de nouveaux joueurs d’y faire leur entrée. C’est dire la simplicité avec laquelle il faut désormais aborder la question. C’est ce que tentent certains acteurs en mettant en exergue le seul aspect «gouvernement d’union» de l’initiative… 

mardi 12 février 2013

Première sortie de l’Institut d’études stratégiques


Un grand parterre d’experts en la matière pour discuter du terrorisme et des moyens de lutter contre ce phénomène. Experts militaires et civils, fuqaha, journalistes, diplomates… tous étaient là pour participer à cette première sortie du tout jeune Institut mauritanien d’études stratégiques que dirige l’ancien capitaine de vaisseau Dahane Ould Ahmed Mahmoud. Trois jours pour présenter l’expérience mauritanienne, faire l’état des lieux de cette expérience, en déterminer les insuffisances et faire des propositions pour l’améliorer.
La première journée a été marquée par les discours officiels. Celui du président du Conseil de l’Institut, Lemrabott Sidi Mahmoud, actuellement directeur de l’ENA, plusieurs fois ministre de l’intérieur et celui du ministre de la défense.
La première présentation a été faite par le colonel Brahim Vall Ould Cheibany du troisième Bureau de l’Armée nationale, suivie par celle d’experts étrangers (européens et arabes). Elle a permis de fixer les contours de la stratégie déployée par la Mauritanie et de présenter les propositions de coopération soutenue par les Européens.
Notre pays a été confronté à la menace à partir de 2004. Quand un premier groupe de jeunes mauritaniens ont été entrainés dans les camps du Nord Mali en vue de gagner les théâtres de guerre en Irak ou en Afghanistan. Sentant la menace, le gouvernement de l’époque, en proie à des crises structurelles de gouvernance, lance une répression aveugle contre la mouvance islamiste qui se traduit par une radicalisation dans ses milieux. Le 4 juin 2005, une garnison de l’Armée est sauvagement attaquée par un groupe dirigé par Bellawar : 15 Mauritaniens tués. Et pour engager de représailles, l’autorité politique fait appel aux hommes d’affaires pour financer l’équipement, la logistique et les primes des unités envoyées sur les traces des agresseurs. C’est utile à rappeler car, à ce moment-là, le pays est incapable d’envoyer un millier d’hommes combattre quelques groupes éparpillés dans le Sahara malien.
La transition de 2005 à 2007 se fixe d’autres priorités que celle d’équiper et de restructurer l’Armée. Le gouvernement civil refuse de prendre au sérieux la menace et va à contre-courant en favorisant la libération, parfois le jugement avec indulgence des éléments dont la participation dans des actes de guerre contre la Mauritanie est avérée. Les auteurs de l’assassinat de touristes français à Aleg le 24 décembre 2007, font partie justement des éléments qui bénéficient de cette indulgence. Le 27 décembre, trois soldats mauritaniens sont tués dans une embuscade à Ghallawiya.
La Mauritanie est plongée dans une crise politique qui l’empêche de se concentrer sur l’essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme. Malgré les actes criminels de 2007, notamment le holdup du 26 octobre 2007 qui permet aux casseurs d’emporter un magot d’une soixantaine de millions d’ouguiyas. Le 1er février 2008, un groupe mène une action à Nouakchott dans les abords de l’Ambassade d’Israël, il concentre son attaque sur une boîte de nuit décriée auparavant par des prêches dans certaines mosquées de Nouakchott. S’en suit une chasse à l’homme qui s’intensifie quand Sidi Ould Sidina, l’un des prisonniers dans l’affaire d’Aleg, prend la fuite le 1er avril. On sait désormais que les éléments envoyés par Bellawar sont en pleine action en Mauritanie. Mais grâce à la vigilance des services de police de l’époque, les cellules dormantes et éveillées sont démantelées. Des dizaines d’activistes sont arrêtés, du matériel et des explosifs sont saisis. Ce qui n’empêche pas l’attaque de Tourine le 15 septembre 2008 où 12 Mauritaniens sont tués, puis décapités et leurs corps minés par les assaillants. Le groupe Abu Zeyd sévissait pour la première fois en Mauritanie. La troisième vague d’actions va cibler la prise d’otages : les Espagnols le 29 novembre, les Italiens le 14 décembre 2009. Avant de voir la Mauritanie prendre les choses en main.
Restructuration de l’Armée, création d’unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme, réhabilitation des bases militaires les plus lointaines, délimitation de zones militaires qui ont des points d’accès connus…, en plus bien sûr de l’équipement des forces armées qui ont désormais le contrôle de l’ensemble du territoire national. En juillet 2010, a lieu la première attaque mauritanienne contre une base de AQMI au Mali. Opération réussie dans la mesure où elle permet de démanteler une unité qui avait l’intention d’attaquer notre pays. Puis commence la bataille du Wagadu, cette forêt située en territoire malien et où AQMI voulait installer une base dédiée aux opérations en Mauritanie. L’Armée mauritanienne détruit les campements pour empêcher la réalisation du projet. C’est bien au cours de cette bataille pour le contrôle de Wagadu que les faiblesses, notamment les complicités, de l’Armée malienne apparaissent. De leurs côtés, les terroristes essayent plusieurs actions : attentat contre l’Ambassade de France par kamikaze, puis par voitures piégées, attaque contre Bassiknou, kamikaze contre la région de Néma… Toutes ces entreprises échouent heureusement. Mais l’expérience rapporte dans la mesure où c’est cette stratégie «agressive» disent certains, «préventive» disent d’autres, qui permet aujourd’hui à notre pays de faire face à la menace et de ne pas subir en plein les dommages collatéraux de la guerre au Mali. S’il y a une Armée que les terroristes craignent dans la région, c’est bien l’Armée nationale. C’est tant mieux.

lundi 11 février 2013

Un gouvernement d’union, pourquoi ?


L’initiative du Président de l’Assemblée nationale, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), a été rendue publique en grande pompe cette après-midi. Il a choisi pour ce faire le Palais des Congrès où se tenaient, il y a quelques heures encore, les assises des journées de réflexion de l’Union pour la République (UPR), le parti dit au pouvoir. Aucun lien entre les deux évènements.
La cérémonie de lancement arrive des mois après le lancement réel de l’initiative. Et chacune des parties a déjà dit ce qu’elle en pensait. On peut dire donc que «le repas a été entamé alors même qu’il était en cuisson» pour reprendre les termes célèbres d’un historien dont le travail a été pillé avant sa publication. Plusieurs avis qui ont été confirmés à l’occasion du lancement solennel de cette initiative.
Le premier est celui qu’exprime une partie de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) pour laquelle il s’agit là d’une reconnaissance de l’échec du dialogue dans lequel Messaoud Ould Boulkheir a été le facilitateur central. Opinion logiquement exprimée par Jemil Ould Mansour, le leader de Tawaçoul qui trouve que Ould Boulkheir, à travers son initiative reconnait l’existence d’une crise que le dialogue réalisé entre la Majorité et une partie de l’Opposition n’a pas pu résoudre.
Pour Mohamed Ould Maouloud de l’UFP et Saleh Ould Hanenna de Hatem, l’idée de mettre en place un gouvernement d’union nationale dont l’action sera indépendante vis-à-vis du Président de la République est bonne. Surtout qu’elle doit ouvrir à leurs yeux sur le départ de celui-ci. C’est l’opinion la plus partagée – l’espoir déclaré – au sein de la COD.
Pour certains pans de ce qu’il est convenu d’appeler la Majorité, c’est l’occasion de relancer le débat autour de l’ouverture du gouvernement sur d’autres composantes et d’entrevoir quelques rôles pour eux. Mais la Mauritanie dans tout ça ? la démocratie dans tout ça ? la logique ? le rapport de force ? l’équité ? l’opportunité ?
En décembre 2010, alors qu’on était en plein processus d’ouverture des acteurs politiques – les symboles acceptant de se rencontrer, de s’afficher ensemble -, on va assister à une radicalisation des positions qui atteint rapidement l’extrême : l’Opposition démocratique demande le départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui adopte à son tour une attitude de rejet vis-à-vis de cette Opposition qui a mis la barre très haut.
«Inspirée» par ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, cette opposition mobilise, depuis, tous ses moyens. Quand le Président de la République est victime d’un accident de tir, elle est déjà à bout de souffle. Sans avoir pu imposer le départ du régime, elle a été incapable d’imaginer une porte de sortie en usant de «l’art du possible». Au lieu de profiter de ce moment de «faiblesse» du régime pour donner ses preuves dans l’attachement à la stabilité du pays et à sa cohésion, certains acteurs y ont vu au contraire l’opportunité de faire trembler les fondements du régime par rumeurs interposées. Cela, comme les manifestations demandant le départ, a fini par profiter plutôt au régime qui a fait la démonstration de sa cohésion et de la vanité de ses détracteurs.
A tous, la proposition de Messaoud Ould Boulkheir est une aubaine qui peut sortir de ce «trou noir» où ils se sont retrouvés. Mais pour le pouvoir ?
A quoi peut servir un gouvernement d’union nationale et sur quelle base peut-il être formé ? Qu’est-ce qui peut pousser aujourd’hui Ould Abdel Aziz à accepter l’idée de formation d’un tel gouvernement ? Est-ce qu’il est aux abois ? Est-ce qu’il a besoin des propositions de gouvernance élaborées de l’autre côté et lesquelles ? A-t-il besoin de remettre en scelle une élite formée dans les classes qu’il dit combattre ?
Nous avons l’impression aujourd’hui que seule la participation à la gestion des affaires publiques importe aux acteurs qui se démènent, y compris ceux qui s’en défendent le plus. C’est très grave quand on comprend que les malheurs du Mali viennent de la démarche qui consiste à mettre en place un gouvernement d’union nationale. Ce qui a tué l’opposition donc le contrepouvoir.
Evitons le syndrome malien et comprenons que le front intérieur, pour se refaire et se consolider, a juste besoin d’acceptation des uns par les autres. Cette acceptation suppose l’application stricte du droit, la réalisation de la justice, la réhabilitation du mérite, la promotion de l’équité et le refus de l’exclusion. Si l’on fait cela, que ceux qui ont été élus pour un mandat respectent leurs engagements, que les autres les obligent à cela dans l’intérêt de la démocratie et du pays.
Il faut certes un peu de sérénité pour normaliser les rapports faits d’antagonismes de plus en plus aigus dans notre société : trop de violence couve à présent. Parce que seule la sérénité dans les rapports peut nous faire éviter les dérives qui menacent. Mais qui veut de cette sérénité ?