dimanche 24 juillet 2011

Qui dira à Wade de ne pas sacrifier le Sénégal ?


Le Yémen est à nos portes sud. En effet, depuis samedi, le Sénégal est animé de manifestations et de contre-manifestations, les unes soutenant, les autres contestant le droit du Président Wade à briguer un troisième mandat en 2012. Chaque camp ayant chercher à rassembler les millions, comme on dit ailleurs «les manifestations millionnaires».
Côté opposition, on estime à cinquante mille personnes le nombre de manifestants rassemblés sur la place de l’Obélisque en plein Dakar. "Non à un troisième mandat de Wade", "Wade go, Wade out" (Wade va-t-en, Wade dégage), sont, entre autres, les slogans affichés ou criés par les manifestants solidement encadrés par la police. Selon la dépêche de l’AFP, les grands leaders de l'opposition, dont celui du parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng, de la société civile, mais aussi d'anciens proches du président comme son ex-Premier ministre Idrissa Seck, ont tour à tour pris la parole, saluant une mobilisation "exceptionnelle", "formidable". Tanor Dieng a estimé que "la messe est dite" et qu'il ne reste plus au chef de l'Etat "que sa propre famille, son propre camp". Il a demandé le départ d'Ousmane Ngom, ministre de l'Intérieur, obstacle à une élection "transparente". "Cette mobilisation montre la détermination du peuple sénégalais à mettre fin au régime Wade. La cause est entendue, Abdoulaye Wade ne peut pas être candidat, Abdoulaye Wade ne sera pas candidat", a pour sa part affirmé Abdoulaye Bathily, de la Ligue démocratique (LD).
Organisée par le Mouvement des forces vives dit du 23 juin (M23), la manifestation arrive un mois après les violences qui ont éclaté à Dakar à la suite de la décision prise par le Président Wade de tripatouiller la Constitution pour s’ouvrir la voie à un troisième mandat. La violence de la réaction populaire avait obligé Wade à retirer son projet de réforme de la loi fondamentale. Elle a pour but "d'attirer l'attention sur les risques et les dangers du troisième mandat" qui a créé des troubles dans plusieurs pays africains, dont le Niger, a déclaré un des dirigeants du M23, Alioune Tine. "Nous avons besoin d'institutions fortes, pas d'hommes forts", a-t-il ajouté.
En face, le camp du Président Wade a rassemblé entre 1,8 et 2 millions, selon son ministre de la communication. De partout le PDS (parti de Wade) a amené des militants pour faire la démonstration. Aux cris de «Wade président en 2012», les manifestants ont occupé toute l’artère du boulevard de la République à Dakar.
Et comme la politique n’attire plus vraiment, il a fallu mobiliser, dans les deux camps, des troupes de mbalax, de rap et autres sabar. Ce qui donnait aux manifestations un air de fête qui l’emportait nettement sur le côté politique. Sans pour autant cacher les dérives que comportaient de tels face-à-face. 
Le Sénégal est au bord de l’éclatement parce que le Président Wade refuse de comprendre qu’en cherchant obstinément à s’accrocher au pouvoir, il met le modèle sénégalais en danger. Il a oublié que la prise de conscience de l’élite sénégalaise est tel qu’elle ne peut accepter les schémas d’une dévolution monarchique du pouvoir ou ceux d’une prolongation par tripatouillage de la Constitution.
Quand c’était la Mauritanie qui avait une crise institutionnelle, le Président Wade nous disait pour justifier son ingérence, que «la Mauritanie est dans le Sénégal et le Sénégal est dans la Mauritanie, et aucun des pays n’a le droit d’ignorer les problèmes de l’autres». Il invoquait le devoir moral du «voisin de bonne volonté» qui l’obligeait à s’impliquer.
Le Mali, la Gambie, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau et la Mauritanie doivent se remémorer ces belles paroles de Wade, pour prévenir toute dérive. Parce que toute secousse au Sénégal sera ressentie partout dans la région, l'effet d'un tsunami dans l'espace sahélo-saharien.

samedi 23 juillet 2011

Le fondamentaliste fou de «là-bas»


Il s’appelle Anders Behring Breivik, il est norvégien et âgé de 32 ans. Il vient d’entrer dans l’Histoire pour avoir massacré près d’une centaine de personnes. D’un coup. Au nom, visiblement de ses choix politiques et idéologiques.
Les enquêteurs le décrivent comme un extrémiste affichant au grand jour son islamophobie et sa haine farouche pour le «multiculturalisme qui mine la Norvège». Il anime des pages sur les réseaux sociaux Internet où il défend ses idées et s’explique. C’est ainsi qu’il définit ses ennemis : «l’Islam qui a provoqué la mort de 300 millions de personnes», «le Communisme qui en a tué 100 millions» et «le Nazisme responsable de 6 à 20 millions de morts». L’amalgame qui fait le caractère premier des fascistes, des illuminés en général. En décembre 2009, il écrivait qu’il «n’existe pas un seul pays au monde où les Musulmans ont réussi à vivre pacifiquement avec des non-musulmans».
Vendredi, Anders Behring Breivik se rend sur l’île d’Utoya où se tiennent les réunions d’été du parti travailliste norvégien et commet un véritable massacre.
Déguisé en policier, il paraissait rassurer les participants qu’il invitait à venir à lui avant de les abattre avec son fusil d’assaut M16 et son pistolet Glock qu’il rechargeait régulièrement. Le monde de l’image retiendra cette scène où un jeune homme l’implorait en vain de le laisser en vie.
En même temps que le massacre se déroulait sur l’île paradisiaque transformée en enfer, le temps pour le tueur d’accomplir sa «mission», il faisait exploser un bâtiment en plein Oslo. Etaient visés, les bureaux du Premier ministre norvégien et les locaux d’un journal libéral (comme toujours).
La personnalité du tueur intéresse les enquêteurs qui ont découvert un fasciné par les jeux vidéo violents, militant de causes extrémistes, se définissant comme «un chrétien conservateur», «un protestant en croisade». Fan de Conan le Barbare, il a été militant du parti norvégien d’extrême droite, le Parti du Progrès (Fremskrittpartiet, FrP) au discours populiste.
Selon l’écrivain Stéphane Bourgoin (58 ans, spécialiste reconnu des tueurs de masse et tueurs en série), interrogé par Le Parisien, «le tueur de masse avance toujours de faux prétextes religieux, politiques, ce qui semble être le cas ici. Cet homme s’est défini comme un fondamentaliste chrétien. Depuis la tragédie de Columbine aux Etats-Unis en 1999, le crime de masse est devenu un crime d’imitation. Les tueurs sont souvent habillés de noir, vêtus d’un treillis ou d’un costume de l’autorité. Ils postent de nombreux messages sur des forums Internet annonçant leurs actes. Le réseau Internet où ils se mettent en scène est l’occasion pour eux de laisser un testament numérique.»
Là-bas quand un homme commet un tel acte, une telle barbarie, il est l’objet de toutes les analyses. Qu’en est-il chez nous ? Savez-vous ce qui a poussé quelques-uns des jeunes de Nouakchott à devenir des kamikazes au service de AQMI ? Pourquoi deux ou trois jeunes marabouts, ressortissants du Ksar, ont assassiné froidement un américain qui rendait des services à leurs compatriotes ? Pourquoi trois jeunes d’origine sociale diverse ont-ils froidement assassiné des touristes qui ne faisaient que passer ?
Nous n’avons pas cherché à savoir. Ce genre de cas, nous préférons le taire. Oubliant qu’il s’agit d’un traumatisme social qu’il va falloir un jour traiter.

vendredi 22 juillet 2011

Communiquer, communiquer…


C’est seulement ce mercredi soir que les autorités ont enfin daigné expliquer l’objectif, la philosophie et la méthodologie de l’opération d’enrôlement des populations lancée en mai dernier. Autour du journaliste Cheikh Ould Zein Lessem, il y avait là le secrétaire général du ministère de l’intérieur, Mohamed el Hady Macina, l’Administrateur Directeur général de l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés, Mohamed Vadel Ould Hadrami, le directeur général de l’ANAIR (agence chargée des réfugiés), Ba Madine, d’un conseiller au ministère de l’intérieur, Mohamed Ould Salek, de deux conseillers juridiques de la BCM, Diango Diagana et Baha Ould Hmeida. L’originalité ne consistait pas seulement à expliquer cette opération objet de sérieuses controverses, mais aussi le fait de les avoir fait parler dans toutes les langues nationales en plus du français et de l’Arabe.
Selon Macina, l’objectif de l’émission était bien de «mettre un terme aux rumeurs d’une campagne d’intoxication qui a dérouté les citoyens, qui a semé le doute dans certains esprits.» Rappelant la nécessité de refonder un état civil dont la situation est «déplorable» : «non sécurisé, exposé à toutes les manœuvres ou manipulations, aux falsifications». C’est pourquoi les pouvoirs publics ont donc décidé de «mette en place un nouveau système d’état civil sécurisé, moderne, basé sur la biométrie». Ces explications ont été accompagnées de propos rassurants de la part des responsables de l’agence chargée d’effectuer l’enrôlement. Il y a une procédure à suivre pour tous et personne, absolument personne ne sera oublié ou exclu, a affirmé l’A-DG de l’agence. Précisant que l’objectif ici n’est pas de déterminer la nationalité mais d’enrôler tous les habitants du pays et ceux de nos ressortissants qui sont à l’étranger.
Cette opération de communication fait suite à des controverses soulevées par les politiques et certaines des organisations de la société civile plus ou moins «intéressées» par le champ politique. Des insuffisances, des excès notamment dans certains bureaux où les agents posaient des questions «bizarres», ont suscité de craintes justifiées, mais amplifiées pour des raisons politiques évidentes.
Mais la seule séance de mercredi ne suffit pas. Il faut la faire suivre d’autres et surtout d’une campagne de sensibilisation dans toutes les langues nationales autour des procédures. En même temps l’agence se doit de rappeler certains des agents pour leur repréciser leurs missions. C’est seulement ainsi qu’on peut éviter les dérives mais aussi les instrumentalisations en cours.

P.S. (qui n’a rien à voir) : (AFP, Bamako) Quinze personnes soupçonnées de soutenir Al-Qaïda au Maghreb islamique(Aqmi) ont été arrêtées dans la nuit d'hier à aujourd'hui par l'armée malienne à la frontière avec la Mauritanie,a-t-on appris de source militaire. 
"
Nous avons arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi quinze personnes soupçonnées d'être des soutiens d'Aqmi dans le Sahel à la frontière entre le Mali et la Mauritanie", a déclaré le lieutenant Karim Coulibaly, joint au téléphone dans cette zone du nord-ouest du Mali. 
L'armée malienne, en patrouille dans cette zone, a également "
découvert de nouvelles mines posées par des terroristes qui peuvent détruire des chars", a-t-il précisé, ajoutant que les patrouilles doivent se poursuivre "au moins" jusqu'à la semaine prochaine. L'armée malienne contrôle à présent cette zone de l'ouest du pays où Aqmi a récemment été empêchée d'établir une base dans la forêt de Wagadou. 
Le 24 juin, l'armée mauritanienne y a attaqué un campement d'Aqmi abritant de l'armement lourd qui menaçait directement la Mauritanie, selon l'état-major de l'armée de ce pays. Ce raid appuyé par les soldats maliens, selon le même état-major, avait fait 15 morts côté Al-Qaïda, deux côté mauritanien.

jeudi 21 juillet 2011

Shipeko encore


Pour les besoins de l’actualité, je vous propose en relecture un papier écrit le 14 novembre 2010 dans l’édition N°522 :
««Shipeko»… c’est un mot qui apparait comme sont apparus, il y a quelques décennies, des mots comme la gazra ou le thieb-thiib. Premières expressions du non-Etat, ces mots ont été à la base d’une culture faite de faux, de vols, de viols, de corruptions… Une culture vite adoptée par l’Appareil sécuritaire et administratif de l’époque, devenant du coup la règle dominante et même régissante. Aujourd’hui c’est autour d’un nouveau mot d’apparaître. C’est quoi donc ce mot «shipeko» ?
A la racine, il faudrait chercher le verbe en Arabe «shebeka», en Hassaniya «ishabak» qui veut dire grossièrement «croiser». Il s’agit d’un exercice qui consiste à contracter une dette auprès de quelqu’un avec engagement de la lui rembourser dans un délai donné et avec une «plus-value» déterminée à l’avance.
Une deuxième formule consiste à vous vendre un produit à crédit trois à quatre fois son prix, de vous le racheter à son prix réel ; par exemple vous céder une voiture qui coûte trois millions au prix fort de neuf millions, vous la racheter à trois millions que je vous donne immédiatement quitte à ce que vous remboursez les neuf millions dans dix mois. A la première échéance, si vous ne pouvez payer, la somme est multipliée par deux, trois, quatre… vous pouvez donc vous retrouver avec cent millions de dettes pour un montant de cinq millions à l’origine. Comme garantie de bonne foi, les demandeurs remettent souvent des chèques aux «créditeurs». Des chèques qu’ils prennent la peine de ne pas dater pour pouvoir les présenter à n’importe quel moment. C’est que la loi envoie le titulaire du chèque en prison s’il s’agit d’un chèque en bois, comme on dit. Un moyen de faire pression sur le débiteur le moment venu.
Des circuits mafieux d’usuriers se sont donc construits ces dernières années. Ce sont des banques qui pratiquent en toute illégalité le vieux métier de l’usure, pourtant interdit ici et ailleurs. Un système financier parallèle et malsain est ainsi né. L’usure devient l’activité principale de quelques-uns de nos jeunes entrepreneurs.
L’avant août 2005 a été marqué par la circulation d’un argent facilement acquis avec pour origines : les malversations dues à la mauvaise gestion des affaires publiques, le pillage de l’économie nationale par la distribution de prébendes aux dignitaires du régime de l’époque, le blanchiment de l’argent de la drogue, de l’Etat, de l’aide au développement, la profusion du charlatanisme… du coup l’enrichissement rapide et «flamboyant» a caractérisé cette période. On se rappelle encore ces «fortunés» qui occupent un moment l’espace public – mesrah - de Nouakchott pour devenir le centre de tous les intérêts. Thuriféraires, soirées animées et même chefs religieux… les heureux «gagnants» se construisent une cour qui dure le temps de flamber la fortune mal acquise.
On se souvient de toutes les histoires – construites ou réelles – qui ont entouré ce phénomène. Puis de certains procès qui ont fait date. On se souvient même que ces «coups» avaient fait des victimes à l’extérieur : le député Omanais qui avait été déstabilisé avant d’être déplumé par un groupe de faux investisseurs, les Emirs du Golf dépouillés par des charlatans…
Aujourd’hui, c’est le phénomène «shipeko» qui fait des victimes. Il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle affaire n’éclate. Avec toujours le même profil : un type que l’on croyait à l’abri, vivant il est vrai au-dessus de la moyenne, mais affichant la possibilité de le faire, est traîné en prison par un ou plusieurs créanciers. On parle de dizaines de millions, parfois de centaines. Les solidarités tribales sont sollicitées pour sortir le prisonnier et payer à sa place… tellement de cas qui interpellent.
D’abord cet exercice illégal de l’activité de la banque, l’usure ensuite et enfin l’origine de l’argent crédité. Ce sont jusque-là les «victimes» qui payent, jamais les auteurs des «coups».
Ensuite la facilité pour la solidarité tribale d’être engagée. Malgré tout ce qu’on peut en dire, la tribu – quelle qu’elle soit – a toujours interdit l’expression de la solidarité en cas de faute grave. Pas question de payer pour celui qui a fauté. Cela se traduit dans l’Etat moderne par des chartes intérieures qui interdisent l’élan tribal dans les cas suivants : si l’individu a tué en conduisant une voiture non assurée ou sans permis, s’il a détourné des deniers publics, s’il a volé… en fait tout ce qui peut s’apparenter à un viol des préceptes moraux et religieux ne peut faire l’objet d’un effort collectif. Une manière de préserver la société et de ne pas encourager la forfaiture. Où en est-on aujourd’hui ?
Je ne sais pas si légalement il faille espérer une intervention de la force publique, mais si c’est le cas, il en est temps. Moralité : Arrêter de vivre dans l’informel et réhabiliter certaines valeurs. La refondation commence par là».

mercredi 20 juillet 2011

Qui veut le dialogue ?

Le président de l’Assemblée nationale, président de l’APP (alliance populaire progressiste) doit être fatigué de faire la navette entre le Président de la République et ses amis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Il ramène des propositions d’ici pour les voir récuser par là. Il revient avec des réserves émises par ses amis, les voit acceptées par le Président Ould Abdel Aziz, le temps de revenir parmi ses amis et un nouveau processus est lancé. Le dernier en cours est celui de la commission quadripartite composée pour étudier les modalités du dialogue tant attendu.
Messaoud Ould Boulkheir qui se trouve ici un rôle de facilitateur qui lui sied bien, arrivera à un seuil où il ne pourra qu’être exaspéré par le jeu qu’on entend lui faire subir. Il n’est pas dupe et sait parfaitement que peu de politiques – dans la Majorité comme dans l’Opposition – acceptent de le laisser jouer ce rôle de premier plan.
Au sein de son camp, il est en train de ravir au chef de file de l’Opposition son rôle, et à l’UFP (union des forces du progrès) «sa vocation». C’est en effet, le rôle de l’Institution de l’Opposition démocratique représentée par son chef de file, en l’occurrence Ahmed Ould Daddah, c’est ce rôle d’interface (institutionnel) qu’occupe Ould Boulkheir aujourd’hui.
Le refus de reconnaitre à Messaoud ce rôle de facilitateur, peut expliquer le malaise existant au sein des deux ensembles que sont la Majorité et l’Opposition.
Au sein de la Majorité, on sent l’exclusion des appareils politiques. On sait aussi que dans une situation d’apaisement, les petits partis n’ayant pas de signification seront en dehors du jeu. Que les compétences politiques feront leurs (ou non) quand le dialogue sera engagée. Rares, au sein de la Majorité, les hommes et les femmes qui peuvent discuter, négocier, conclure… Rares aussi sont ceux et celles qui peuvent se prévaloir d’un poids ou d’une épaisseur politique à même de leur permettre de se rendre utiles, à plu forte raison indispensables.
Au sein de l’Opposition et en plus des ressentiments personnels toujours vivaces, l’établissement d’un dialogue signifie nécessairement la normalisation politique. Alors que la stratégie des plus en vue – RFD, UFP – consiste à amplifier la crise pour provoquer la chute du régime. Ce qui compte ici étant l’organisation d’une élection présidentielle anticipée et, au moins, la chute de Ould Abdel Aziz. Ce n’est absolument pas là l’objectif de partis comme l’APP de Messaoud, El Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid ou de Tawaçoul de Jemil Ould Mansour. Pour lesquels, la participation dans le jeu politique passe par l’apaisement des rapports entre le pouvoir et l’opposition.
Au fonds personne ne veut vraiment le dialogue. Alors on tuera le temps en mettant en place des commissions sans but précis, en restant dans le flou… Après tout, nous parlons d’un dialogue dont l’idée a été lancée le 28 novembre 2010… c’est seulement en juin 2011 qu’on a pensé y répondre.

mardi 19 juillet 2011

Stabilité impossible

Moins de sept mois après sa prise de fonction, alpha condé a-t-il vécu la première tentative de coup d’Etat contre son pouvoir ? Probablement. Vers 3 heures du matin, ce mardi, des tirs nourris ont été entendus à Conakry où l’on est habitué aux insurrections militaires et à l’indiscipline des hommes en arme.
La Guinée qui a connu une ère d’instabilité comparable à celle que nous avons vécue en Mauritanie – avec un CMRN d’abord, puis un long régime autocratique, un coup d’Etat et une transition consacrée par une élection à deux tours -, la Guinée ne semble pas «de retour» comme le promettait l’opposant historique Alpha condé arrivé au pouvoir à la suite d’un deuxième tour qui l’a opposé à Cellou Dalein Diallo. Lequel avait accusé son adversaire d’avoir bénéficié – pour des raisons ethniques – du soutien de la junte. Tout en reconnaissant les résultats, ce qui devait être à son actif. Mais le vieux Condé a préféré lui faire la guerre et d’ailleurs la faire à toute l’opposition. Si bien que la nouvelle Guinée prenait l’allure de celle de Sékou Touré où s’opposer était un crime. Ce n’est donc pas par hasard que des soulèvements aient lieu.
Les coups d’Etat dans nos jeunes Etats sont certes condamnables, mais sont largement explicables par la mauvaise volonté de l’encadrement politique national à renforcer les institutions démocratiques et à sortir des querelles pour le pouvoir personnel.
Si les évènements de ce matin prenaient de l’ampleur, ou s’ils venaient à se répéter, l’expérience guinéenne sera sérieusement menacée. Ce sera, en partie, à cause du manque de sérénité dans l’exercice du pouvoir chez alpha Condé qui pense déjà à un second mandat. Tout le malheur de nos présidents est là : dès que l’un d’eux arrive au pouvoir, sa première préoccupation est de chercher les voies et moyens de se maintenir. Parfois en trafiquant son âge, parfois en «liftant» la constitution ou tout simplement en éliminant les éventuels prétendants.

lundi 18 juillet 2011

Serge Daniel de retour de Wagadu

Sur la question de l’insécurité dans l’espace sahélo-saharien, il y en a un qu’il ne faut jamais rater : Serge Daniel qui officie pour RFI et AFP à partir du Mali. Sa relation des faits, toujours amusante, souvent fallacieuse, est intéressante. Elle donne une idée de ce qu’est une presse quand elle ne sait pas auquel de ses saints se vouer.
Après avoir vu les voitures de AQMI «parader» à la frontière mauritano-malienne, et donner un bilan des lus négatifs pour l’Armée mauritanienne de la bataille de Wagadu, tout en se basant cependant sur les confidences de quelques officiers mauritaniens sur le terrain, Serge Daniel revient ce matin des lieux où se seraient déroulé les combats. Sur RFI et sur AFP. Nous reproduisons ci-après la dépêche de l’AFP dont il est l’auteur.
Vous remarquerez l’amalgame entretenu autour des voitures calcinées (huit selon lui, alors que l’on a parlé jusqu’à présent de quatre seulement), ont-elles été détruites par les «quinze obus» balancés par l’Armée malienne ou par les Mauritaniens ? A vous de lire et d’en tirer la conclusion.

Forêt du Wagadou (Mali), 18 juil 2011 (AFP) - Al-Qaïda au Maghreb islamique 
(Aqmi) venait d'y établir une base d'où elle comptait agir en Mauritanie: trois semaines après d'intenses combats, la forêt du Wagadou, à la frontière Mali-Mauritanie, est aujourd'hui sous contrôle des soldats maliens.
"Les tranchées abandonnées que vous voyez là étaient en construction depuis cinq mois par les combattants dAqmi", affirme à un journaliste de l'AFP le colonel malien Gaston Damango, chef des opérations dans cette zone de la forêt du Wagadou, à environ 500 km au nord-est de Bamako. Ces tranchées, profondes d'environ deux mètres, étaient destinées à "approvisionner cette position en munitions" et permettaient aux "terroristes" de se déplacer "facilement sans être vus", explique le colonel qui note: "il y a parmi eux de véritables stratèges militaires".
A la ronde, quelques grands arbres au feuillage touffu dans cette forêt longue de 80 km sur 40 de large, pour le reste essentiellement composée d'arbustes et de buissons, servaient de postes d’observation à Aqmi pour surveiller l’arrivée d’éventuels ennemis. Sur le lieu des combats du 24 juin, les restes de huit véhicules calcinés et des milliers de douilles au sol témoignent de l'intensité des affrontements entre l'armée mauritanienne, soutenue par celle du Mali, et la branche maghrébine d'Al-Qaïda.
"Le jour de l’attaque, affirme le colonel Damango, le chef des opérations de l'armée mauritanienne nous a demandé de bombarder vers le sud-est de la forêt une position d’Aqmi. Larmée malienne a envoyé au total quinze obus sur les positions ennemies". Selon lui, peu importe que les membres d'Aqmi soient partis d'eux-mêmes ou bien aient été délogés: "le résultat c'est qu'ils ne sont plus là aujourd'hui, qu'ils ont subi une défaite".
Le raid contre cette base qui n'était pas complètement achevée, mais abritait de l'armement lourd menaçant directement la Mauritanie, selon l'état-major de l'armée de ce pays, a fait 15 morts côté Al-Qaïda, deux côté mauritanien, a affirmé le même état-major.
Les armées malienne et mauritanienne ont mené pendant plusieurs semaines des opérations de sécurisation avant et après le raid, action conjointe appelée "Benkan", mot bambara qui signifie "Unité". Les Mauritaniens sont retournés chez eux il y 15 jours, mais ils ne sont pas loin, à quelques kilomètres seulement.
Le contrôle de la forêt du Wagadou incombe désormais aux Maliens: trois compagnies y participent et chaque jour, deux avions de surveillance, don de la France au Mali, survolent la forêt, ainsi que deux hélicoptères de combat. Des soldats maliens campent dans la forêt, l'objectif étant d'empêcher coûte que coûte le retour des djihadistes.
Il faut également déminer la zone, "une priorité", selon le commandant Baïdi Diakité du génie militaire, car les membres d'Aqmi y ont dissimulé des mines anti-char de fabrication tchèque "très dangereuses".
La venue de l'armée malienne dans la région de la forêt du Wagadou a en outre profité aux populations locales, avec des soins et des distributions de vivres. "En quelques jours, nous avons fait ici une centaine de consultations et quatre opérations", explique le médecin-colonel Sidiki Bérété, à l’hôpital de la localité de Niono. Des "soins gratuits" pour les maladies ou blessures bénignes, se réjouit Amadou Tounbé, conseiller municipal. "Dans les cas graves, il faut évacuer", dit-il. Non loin de Niono, dans le village de Diabali, deux camions se garent et
des militaires en bermuda en descendent pour distribuer une partie des 100 tonnes de vivres, don de la présidence de la République malienne qui profitera également aux premiers villages mauritaniens de l’autre côté de la frontière.