samedi 28 mai 2011

Khadar ne comprend pas

Khadar est mon ami. Un vieil ami, de l’époque où on en faisait encore. L’époque où la loyauté et le cosmopolitisme étaient des qualités. Khadar avait «compris» mes engagements, même s’il ne les partageait pas. Malgré les sous-entendus, parfois les menaces, en tout cas les mises en garde, le «fou du PRDS» qu’il était a toujours compris mes positions. Lui, l’homme de l’enracinement traditionnel, a toujours compris que je milite pour l’égalité citoyenne, contre l’esclavage, contre l’arbitraire, contre la mauvaise gestion… Il a compris et accepté.
Khadar refuse cependant de comprendre que je puisse me passionner pour le football. Que j’attende avec ferveur la finale de la Coupe d’Europe des Champions, cela le déconcerte. Que je remette tout à plus tard pour suivre le match, cela le choque. Que je me laisse «captiver» par Messi et ses coéquipiers… ahaa ! cela l’inquiète.
Malgré le profond attachement et la grande considération que j’ai pour mon ami, je n’arrive pas à décrocher. J’attendrai le match. Je le suivrai. Je serai réactif. Emu et l’exprimant quand il le faut, c’est-à-dire quand Barça l’emportera et que Messi marquera. Oui, Khadar, pardonne-moi de te déconcerter, de te choquer, de t’inquiéter… 

vendredi 27 mai 2011

L’Afrique majeure ?

Le sommet de l’UA sur la Libye a révélé une Afrique plus ou moins ambitieuse malgré ses divisions. L’Afrique du Sud de Jacob Zuma a voulu faire cavalier seul. En effet le Président Zuma qui ne s’est pas rendu à Adis, a déclaré, alors que ses pairs étaient en réunion, qu’il se rendait à Tripoli pour essayer de convaincre Kadhafi de quitter le pouvoir. Ce qui n’a pas été du goût des autres chefs d’Etat. A rappeler que c’est le même Zuma qui avait torpillé la mission du panel en avril dernier en faisant des déclarations hâtives et en refusant d’aller à Benghazi. Explication : Zuma est obnubilé par le dossier de l’Afrique du Sud au Conseil de sécurité. Oubliant que sa légitimité en la matière, il ne peut la tirer que de ses ancrages africains.
Et que fait ramer le Président Wade à contre-courant de l’Afrique ? Dans les couloirs de l’UA, on vous explique que le président sénégalais est focalisé sur la possibilité pour lui de se représenter ou de passer le témoin à son fils Karim. Que seule la France peut faire obstacle à ces projets. Parce que le Président Sarkozy fait du dossier libyen, un problème personnel, le Président Wade y va les yeux fermés.
Sur les dossiers brûlant, la France de Sarkozy est effectivement en nette «discordance» avec l’Union africaine. Quand le panel chargé de la Côte d’Ivoire avait fini par avoir l’engagement de Gbagbo de démissionner et de reconnaître l’élection de Ouattara, une interférence française avait empêché cela. Comptant sur la force pour régler définitivement la crise ivoirienne. Aujourd’hui que les partisans de Gbagbo ont refusé de participer au gouvernement d’union nationale, le problème reste entier parce que la Côte d’Ivoire n’a pas retrouvé la sérénité nécessaire à Ouattara pour asseoir sa légitimité.
En Libye ce sera pareil. Kadhafi sera vaincu très certainement par les forces de l’OTAN. Mais après ? Que fera Sarkozy du bourbier libyen ? Laissera-t-il la République salafiste se construire aux portes de l’Europe ? Essayera-t-il de reconstruire autour des hommes de Kadhafi qui sont aujourd’hui mis en avant par Bernard Henry Lévy, BHL pour les intimes ? La force ne peut rien régler. Même pas la descente dans les sondages…

jeudi 26 mai 2011

Les jours s’en vont…

Le sommet sur la Libye s’est ouvert à Adis Abeba par une réunion des chefs d’Etats du Panel chargé de la question. Ce panel est dirigé par notre président, Mohamed Ould Abdel Aziz et comprend en plus de la Mauritanie, le Mali, l’Afrique du Sud, le Congo et l’Ouganda. Les représentants de ces pays sont en conclave. Et dehors, se croisent les délégations libyennes qui doivent être entendues.
Celle de Kadhafi est dirigée par son ministre des affaires étrangères accompagné de son ambassadeur et de quelques hauts dignitaires du régime de Tripoli. Tout le monde trouve dans la position de cette délégation matière à méditer. «Il y a moins d’un an, ces personnes étaient les plus courtisées sur le continent et dans ces allées, les voilà qui tournent en rond attendant d’être appelées». La Libye de Kadhafi faisait ce qu’elle voulait sur le continent. La force de l’argent…
Quand nos frères sénégalais arrivent, le Président Wade devant participer au sommet extraordinaire sur la Libye, les pourparlers entre le panel et les parties libyennes sont déjà entamés. On voit l’un des hauts responsables s’entretenir avec la délégation de Tripoli. «Il est en train de leur prodiguer des prières», me dit quelqu’un. Je m’approche et, me reconnaissant, il me dit : «Vous savez, le Président Wade n’a pas reconnu le conseil national de transition en tant qu’Etat, mais en tant qu’opposition légitime. Personne ne semble avoir compris la nuance…»
A l’intérieur, le Président Wade prend longuement la parole pour fustiger la Libye de Kadhafi qui a exercé quarante ans d’un pouvoir dictatorial. «Le peuple libyen a droit à la démocratie». Il rappelle à ses pairs africains qu’il a été sidéré de savoir que la Libye possédait plus de cent milliards dollars dans ses réserves, alors qu’elle ne partageait pas avec l’Afrique. Il concluait son discours par la nécessité de suivre le Sénégal dans sa démarche (reconnaissance du CNT).
C’est le Président Yoweri K. Museveni de l’Ouganda qui se charge de Wade. Il rappelle toutes ses guerres avec Kadhafi qui a armé contre lui tous ses ennemis (depuis 1976). N’oubliez pas, dit-il en substance, que dans cette salle, Kadhafi a cherché à nous pousser à créer un gouvernement de l’Union africaine il y a moins d’un an. Qui lui a fait face ? Museveni. Qui l’appelait «le Guide suprême» et le soutenait en demandant de créer ce gouvernement séance tenante ? «Le doyen Wade». Que le Président Wade comprenne que ce n’est pas l’Occident qui va partager les fruits de sa croissance ou les bénéfices faits sur la Libye. Qu’il sache que certaines de nos capitales qui manquent cruellement d’électricité ne seront pas pour autant alimentées quand l’OTAN arrivera à ses desseins en Libye. Dont act.

mercredi 25 mai 2011

C’est plus fort qu’eux

Benyamin Netanyahu prononce un discours devant le Congrès américain, les deux Chambres réunies.
Il déclare que les frontières de 1967 sont «indéfendables». Il n’est donc pas question pour lui d’y revenir. Il rejette toute idée de division de Jérusalem, donc pas question de partager cette capitale avec les Palestiniens. Pour lui, la solution au problème des réfugiés palestiniens doit se trouver «hors d’Israël», et pas question pour eux de revenir sur leurs terres spoliées par les migrants juifs venus d’Europe, d’Asie et récemment d’Afrique. Mais il exige des Palestiniens de reconnaitre Israël en tant qu’Etat juif. Et face aux Palestiniens, il déclare : «Israël ne négociera pas avec la version palestinienne d’al Qaeda».
Et c’est pour ce discours qu’il a eu droit a des ovations de la part des élus américains (plusieurs standing-ovations). Nous qui voyons cela, nos enfants, ceux de nos voisins, nos populations, nous le sentons comme une provocation de plus de la part d’une Amérique qui n’arrive pas à se libérer de ce fonds anti-arabe et anti-islamique en général. Qu’est-ce qu’il faut penser de dizaines d’élus, démocrates et républicains, qui interrompent par les applaudissements un discours plein de haine, d’exclusion, ultime expression du rejet de toute forme de paix.
Je fais partie de ceux qui ont cru à l’idée Obama. Il n’a finalement été qu’une utopie de plus, un projet avorté. Qu’est-ce qu’il lui coûtait de réviser les rapports de l’Amérique avec le reste du monde, de renouer avec l’Amérique de Kennedy pleine de promesses d’égalité, de justice et d’équité pour ses fils et le reste du monde. Au lendemain de la mort de Ben Laden et dans le contexte des révolutions arabes, tout était possible pour l’Amérique d’Obama. Elle vient de tout rater…

mardi 24 mai 2011

Ils sont fous, nos compatriotes

Je suis parti la veille à Adis Abeba avec la délégation présidentielle qui doit assister aux sommets de l’Union Africaine. C’est naturellement par le net que j’apprends que notre grande vedette de la chanson – et de l’art mauritanien en général -, Dimi Mint Abba a été victime d’un malaise grave qui l’a conduite aux urgences d’un hôpital de Lâayune où elle était en visite. La manière avec laquelle l’information est donnée est choquante à plus d’un titre. Comme si les auteurs se délectaient des malheurs des autres. Comme s’ils avaient toujours souhaité le pire pour celle qui a porté l’art mauritanien au firmament, pour celle qui a contribué à le populariser, le mettant au niveau de la masse, brisant le monopole de l’élite aristocratique.
Les enregistrements des années 80 – mais aussi fin des années 70 -, 90 et au-delà ont largement contribué à populariser la musique maure, désormais à la portée de tout celui qui avait un magnétophone. Sa voix, restée inaltérée tout ce temps, sa simplicité, sa disponibilité vis-à-vis de son public, lui ont permis d’avoir un style et une aura. Aussi a-t-elle pu conquérir les scènes extérieures, particulièrement celles de l’espace Bidhâne. Ce n’est donc pas un hasard si elle se trouvait au Maroc quand elle a été malade.
Nous avons à lui rendre hommage et à lui souhaiter prompt rétablissement. Lui rendre hommage et à travers elle le rendre à sa famille et à l’ensemble des griots qui a tant donné à la Mauritanie moderne. Je ne parle pas ici de l’apport des griots aux temps anciens, mais plutôt de leur contribution dans l’édification d’un Etat moderne. Les chants de Sidaty Ould Abba, Isselmou Ould Nevrou, Ahmedou Ould Meydah et sa fille Mahjouba, Mounina Mint Eleya, de Ousmane Hamadi Diop, pour ne citer que ceux-là, ont été essentiels dans le renforcement de l’unité nationale et dans l’ancrage d’une idée de Mauritanie possible.

lundi 23 mai 2011

La vitesse «faucheuse»

C’est un accident survenu la veille sur l’avenue Moktar Ould Daddah, en plein centre-ville de Nouakchott qui vient rappeler combien nous coûtent les mauvais comportements sur nos routes. Entre ceux qui croient qu’ils sont les seuls usagers et refusent en conséquence d’attendre le feu vert, de laisser aux autres le temps de passer, et ceux qui sont toujours pressés d’arriver là où ils vont même si rien ne les presse vraiment, entre ceux-ci et ceux-là les usagers des routes mauritaniennes meurent par dizaines chaque année. Et rien ne semble arrêter la course folle.
Toutes les parties semblent largement partager la responsabilité des morts sur nos routes. A commencer par les services de sécurité, police et gendarmerie dont les postes de contrôle ressemblent plus à des passages obligés pour paiement de tributs. Par les services du transport qui sont incapables d’imposer un minimum de normes techniques : l’une des causes des accidents et surtout de leurs effets meurtriers est la non-conformité des véhicules. Par l’irresponsabilité des usagers qui n’ont aucun respect pour les règles, les feux, encore moins pour l’autre qui compte pour moins que rien. A ce titre, le chauffeur mauritanien est le moins poli, le moins prévenant de la planète.
Ailleurs, la priorité est, en fonction du geste de courtoisie, à celui qui entre, ici on ne peut compter là-dessus. Parce que la tenue sur la route est celle du guerrier de basse catégorie, celui qui chaparde et utilise la force pour cela. Le réflexe du «gazreur» trouve ici toute son explication.
Quand on me parle de notre jeunesse et de l’éventualité pour elle d’être gagnée par la fièvre du printemps arabe, je me dis qu’il lui reste encore beaucoup à faire. Si c’est la jeunesse huppée de Nouakchott qui doit mener la révolution. Comment incarner un monde meilleur quand on est incapable d’attendre son tour devant un feu ou dans une boulangerie ? comment être porteur d’un message novateur quand on ne peut respecter la personne humaine pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a ? comment revendiquer l’Etat citoyen quand on ne respecte aucune règle ?
…m’enfin, il nous reste beaucoup à faire pour espérer que quelque chose changera pour nous. Il faut d’abord changer ce qu’il y a en nous.

dimanche 22 mai 2011

Voies discordantes

Une nouvelle initiative dans le camp de la Majorité pour mettre en garde le pouvoir contre les "dérives possibles". Cette fois-ci ce sont des femmes qui se sont retrouvées autour de l’idée de création d’un forum «critique» dénommé «Conscience vivante». 
Au début il y avait des femmes de l’Union pour la République (UPR), de Adil… Puis des pressions ont été exercées sur celles de l’UPR qui ont fini par faire marche arrière. Un noyau «dur» est resté pour publier un document où il appelle à la prise en compte des problèmes jugés vitaux pour le pays.
Ouverture du dialogue, implication de la Majorité dans la gestion du pays, traitement sérieux des menaces qui pèsent sur l’unité nationale…, un beau programme qui reprend un peu tous les thèmes traités ces derniers temps par des responsables du pouvoir en place. Ce qui ouvre un peu plus l’appétit de l’opposition qui travaille – ou qui espère, devrait-on dire – un blocage menant à ce changement qui mettrait fin au règne actuel. Rien de moins.
Incapable de peser sur les événements qu’elle se contente de subir, l’opposition mauritanienne a jusque-là accompagné, plus que dirigé, les changements politiques dans le pays. Les coups d’Etats qui ont chaque fois mis (momentanément) fin aux blocages successifs, ont été bénis un à un par cette opposition. 
Quelqu’un a dit que nous avons une classe politique qui reconnait toujours – si elle ne justifie pas – les putschs, mais qui refuse toujours le résultat des élections. C’est systématique. Un peu réducteur, mais systématique.
Pour revenir aux voies discordantes au sein de la Majorité, rappelons que le plus critique d’entre tous est le Président de la République lui-même qui l’exprime publiquement. Mais est-ce suffisant ?
La première année de son mandat, et même la deuxième année, on pouvait aisément mettre les insuffisances sur le compte de la lourdeur du passif hérité de la gestion du passé. Mais aujourd’hui, nous devons commencer à demander des comptes, à attendre des résultats de l’équipe issue du 18 juillet 2009.
Les gens attendent de ce pouvoir des gestes forts de ruptures d’avec le passé. La première de ces ruptures concerne le rapport au politique. Pourquoi empêcher des voies discordantes de s’exprimer ? pourquoi faire pression ? pourquoi… pourquoi ?