vendredi 28 février 2014

Le forum quand même

C’est tard dans la soirée de jeudi (27/2) que le bureau exécutif du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a fini ses conciliabules et décidé de participer finalement au forum de l’unité et de la démocratie qui devait s’ouvrir le lendemain.
La veille, mardi d’avant, la même instance avait gelé sa participation à ce forum dont on voulait faire un grand rendez-vous. Une décision surprenante, même si par ailleurs elle est justifiée par les appréhensions nourries par le RFD vis-à-vis des acteurs du forum. La cause directe de ce gel serait le renoncement du comité d’organisation à donner la présidence de la manifestation à Ahmed Ould Daddah qui devait faire le discours d’ouverture. Deux jours d’intenses pourparlers entre les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et le comité d’organisation auront permis d’arriver à une solution : la présidence de la première journée et le discours d’ouverture seront confiés à Ould Daddah, président du RFD, la présidence de la deuxième journée reviendra à Ely Ould Allaf, ancien ministre, ancien diplomate et représentant ici des personnalités «indépendantes» (ou «influentes», selon le terme en Arabe, «eshakhçiyaat al mou athiraa») et la troisième journée, c’est Lalla Aïcha Sy qui, au nom de la société civile, doit diriger les séances finales de synthèse et d’adoption des résultats des trois ateliers (cf. article dans le journal de cette semaine).
Le mal est fait cependant : les divergences au sein de la COD sont apparues au grand jour pour des questions de protocole alors que le fondamental n’était pas encore à l’ordre du jour. Cet incident va participer à l’atténuation des effets de la rencontre parce qu’il aura prouvé que le personnel politique est encore divisé et qu’il manque de confiance en son sein. «Si l’on se chamaille pour un discours d’ouverture et la présidence d’une séance, qu’est-ce qu’il en sera quand il s’agira de partager le pouvoir ?», se demandent les plus sceptiques. Déjà que ce n’est pas toute l’opposition qui se sent concernée par le forum…
En plus de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), constituée par les partis ayant participé au dialogue de 2011-2012 (APP, Al Wiam et Sawab), l’Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr est absente du forum. Pourtant il s’agit bien d’un parti d’opposition qui a eu quatre députés et au moins une Mairie de Nouakchott lors des dernières législatives et municipales. C’est bien le président de ce parti qui a été le deuxième à être reçu par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf pour continuer la démarche commencée avec Mohamed Ould Maouloud de l’UFP.
Cette démarche, saluée par l’UFP, vise à ouvrir des concertations autour de la présidentielle à venir et des conditions qui pourraient amener l’opposition à y participer. Elle a commencé avant même le forum comme pour en diminuer l’importance. Ceux de la COD avaient alors demandé à surseoir à toute réponse à l’invitation du Premier ministre tant que le forum n’a pas fait ses conclusions. Mais l’on sait déjà que le Premier ministre doit rencontrer Saleh Ould Hanenna, président de Hatem, un des partis de la COD, ce dimanche, alors que le forum se tient encore. Le refus de Ould Daddah de répondre à l’invitation est encore circonstanciel parce qu’il ne s’agit jusqu’à présent que d’un «report de réponse» en attendant la fin du forum.
Certains voient déjà se défiler, derrière ces rencontres, la possibilité d’ouvrir un nouveau dialogue comme celui de 2011-2012. Mais, à part la COD, tous les autres partis sont contre toute perspective de nouveau dialogue, y compris l’AJD/MR. Tous les partis qui ont participé aux dernières élections n’acceptent pas non plus l’idée d’une reprise de ces élections. Le pouvoir n’aura pas à répondre à ces deux doléances exprimées çà et là. Il se contentera de laisser les partis s’affronter là-dessus.
Comme d’habitude, on fera ce qu’on sait le mieux faire : perdre le temps. Tout en sachant que le décret de convocation du collège électoral sera communiqué au plus tard le 21 avril prochain et que la date proposée par la CENI pour l'élection présidentielle est le 21 juin, les partis croiront que le temps s’arrêtera pour les laisser cogiter ce qui est le mieux pour eux. On s’approchera inexorablement de l’échéance, ce qui obligera à accepter le minimum possible ou à ne rien accepter. Quoi qu’il en soit, la décision qui sera prise n’aura pas été mûrement et sagement réfléchie. Ses conséquences seront donc énormes pour les acteurs politiques qui tenteront de rebondir une nouvelle fois. Vainement.
Faut-il envisager un nouveau forum dès à présent ? Peut-être… En 1991, le refus de voter la Constitution avait conduit à la création du Front démocratique uni pour le changement (FDUC). Plus tard ce sera le Front des partis de l’opposition (FPO), à la suite du boycott de de 92. Puis la COD, à la suite du refus de reconnaitre les résultats de la présidentielle de juillet. Et aujourd’hui le FDU (sans le C de changement) après le boycott des dernières législatives et municipales… Les sigles se suivent et se ressemblent. Et avec eux les manières et les méthodologies.

jeudi 27 février 2014

Feuille de route contre l’esclavage

C’était attendu, c’est fait : le Rapporteur des Nations Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage et le Gouvernement sont arrivés à définir une feuille de route pour éradiquer l’esclavage dans notre pays. Cette feuille de route, discutée une première fois et signée par des responsables mauritaniens, comportait quelques trois points qui constituaient aux yeux du Gouvernement une source de blocage. La Mauritanie ne pouvait pas accepter de s’engager à créer des centres d’accueil pour les anciens esclaves et à les indemniser, entre autres engagements contenus dans la première feuille de route. Le Gouvernement actuel avait donc à faire preuve de diplomatie et de tact pour ramener l’expert des Nations Unies au registre du possible et de l’acceptable.
Mission réussie apparemment quand on écoute Mme Dulnara Shahinian, le Rapporteur. «Je félicite le Gouvernement Mauritanien pour les mesures prises depuis ma dernière mission en 2009 et pour son engagement à mettre fin à l’esclavage dans ce pays». Tout en invitant les autorités à «prendre des mesures plus vigoureuses pour éliminer l’esclavage et mettre en œuvre pleinement les lois et les politiques».
Mme Shahinian est l’experte indépendante désignée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, pour contrôler, rapporter et conseiller sur l’utilisation des formes contemporaines d’esclavage, y compris ses causes et conséquences dans le monde. 
A la fin de sa mission en Mauritanie qui a duré quatre jours et pendant laquelle elle a rencontré tous les hauts responsables concernés par la question, Mme Shahinian a fait une évaluation générale du chemin parcouru par la Mauritanie reconnaissant les efforts consentis depuis sa dernière visite en 2009.
«Cependant, le Gouvernement doit traduire ses promesses en actes, et prendre plus de mesures vigoureuses avec une vue d’éliminer l’esclavage et de mettre pleinement en œuvre les lois et les politiques. C’est ce que la feuille de route qui doit être adoptée le 6 mars prochain va tenter de faire. Mme Shahinian est confiante : «L'adoption de la feuille de route pour la mise en œuvre de mes recommandations de ses vestiges une fois pour toutes. Je suis sûr que la date du 6 mars 2014, quand le Gouvernement adoptera formellement la feuille de route, marquera un tournant dans le combat contre l'esclavage dans le pays».
Pour elle, le processus commencé en 2007 avec la loi criminalisant l’esclavage doit continuer par la mise en œuvre des lois existantes, soulignant le nombre encore bas des poursuites contre les auteurs des pratiques. Mais, «le fait que l'esclavage soit maintenant officiellement désigné en tant que crime, constitue un aboutissement majeur dans le combat contre l'esclavage». Conformément à la réforme constitutionnelle présentée en 2012, les personnes reconnues coupables d’actes liés à l’esclavage, peuvent être condamnées jusqu'à dix ans en prison. Aussi la loi de 2011 sur le statut des employés domestiques est-elle un pas de plus qui demande cependant une «action concertée est exigée pour réaliser pleinement leurs droits humains».
La création d’un tribunal spécial chargé de traiter la question a été ressentie par Mme Shahinian comme un acte majeur : «je crois que la mise en place du Tribunal, apportera à la Mauritanie un pas qui la rapprochera à une fin effective de la fin de la pratique de l'esclavage et invitera le Gouvernement à déployer tous les efforts nécessaires à la rendre réelle».
Autre rôle mis en exergue, celui de l’Agence Tadamoun : «Ceci est une étape importante vers l'approche plus holistique et durable dans l'évocation de toutes formes de discrimination et à la fois de la pauvreté à tous les niveaux de société, ce qui est essentiel pour supprimer l'héritage légué par l'esclavage». Cela ne doit pas empêcher la mise en œuvre d’actions ciblées et adaptées destinées aux anciens esclaves. Une discrimination positive qui doit être évidente. «Une condition pour l'efficacité de ces programmes est une information fiable qui manque actuellement, et c'est pourquoi un besoin urgent existe pour fournir des données détaillées et précises, des statistiques et une étude minutieuse».

Mme Shahinian reconnait que «la société civile a un rôle énormément important dans la suppression de l'esclavage, en sensibilisant, en rassemblant des matériaux, en emmenant des cas devant le tribunal et en assistant les victimes d'esclavage». Mais en reconnaissant les avancées, elle risque de se mettre à dos certaines ONG surtout qu’elle a accepté de ne pas en faire des parties civiles dans les cas avérés d’esclavage dont les victimes seront défendues par des avocats commis par l’Etat. Ce qui explique les clashs qu’elle a eus avec certains militants et son scepticisme de plus en plus visible quant à la sincérité des combats qu’ils mènent. Les conclusions et résultats de cette visite seront présentés en septembre prochain au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. A suivre donc.

mercredi 26 février 2014

Le Président et les jeunes

On en parle beaucoup ces derniers temps : la rencontre des jeunes avec le Président de la République. Il s’agit, selon ses organisateurs, de sélectionner quelques quatre cents jeunes ayant présenté des projets ou des idées susceptibles d’intéresser les décideurs pour une discussion ouverte avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Les candidats sont invités à remplir un formulaire et de présenter leurs idées, de l’envoyer ensuite à la commission d’organisation qui a défini des critères objectifs pour faire la sélection : la pertinence du projet ou de l’idée, la qualité de sa présentation, le cursus de son auteur, son âge… De quoi s’assurer que personne ne sera lésé.
Jusqu’à cette semaine, plus de cinq mille demandes ont été remplies par des postulants. La commission d’organisation est dans la phase de sélection qui prendra quelques jours. Ensuite, les projets seront classés selon des thèmes et des centres d’intérêt qui auront chacun un encadreur qui doit être aussi un jeune avec une expérience confirmée.
L’évènement doit se dérouler en trois phases. La première verra le Président de la République exposer devant les jeunes les grands axes prioritaires pour lui. Il écoutera ensuite les principaux «rapporteurs» qui expliqueront le cheminement qui sera suivi. Les participants se répartiront ensuite en ateliers spécialisés pour formuler leurs idées et leurs projets de manière à en faire des projets pour le pays. Ils seront ensuite reçus à dîner par le Président devant lequel ils présenteront le résultat global. C’est pendant cette dernière rencontre que le résultat global sera adopté solennellement par le Président de la République.
Dans la phase actuelle, l’objectif est de rassembler des jeunes mauritaniens ayant des propositions effectives pour initier, accélérer et/ou corriger les différents projets de développement. Nonobstant leurs appartenances et antécédents politiques.

Mais en définitive, les idées et projets adoptés seront probablement l’ossature du programme du candidat pour l’élection présidentielle prochaine. Tant mieux.

mardi 25 février 2014

Le forum est-il compromis ?

Cette après-midi, on apprend que le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a décidé de «geler» sa participation au forum de l’Opposition qui doit s’ouvrir ce vendredi (28/2). Sous prétexte que le parti est «sous-représenté» dans les commissions d’organisation qui doivent fixer l’agenda et les objectifs de ce forum.
En réalité, on craint au RFD que «l’on ne soit victime, une fois de plus de machination visant à reléguer au second plan le parti et ses choix stratégiques». Les cadres les plus loquaces n’hésitent pas à rappeler que «chaque fois, le RFD a adopté une feuille de route décidée et mise en œuvre par d’autres, tantôt les Islamistes, tantôt l’UFP, ou le RDU ou l’UNAD ou… ou…  à chaque fois il s’est retrouvé coincé entre la nécessité pour lui de recadrer les objectifs et le souci de rester avec les autres». Conclusion : «il est temps pour le parti de décider lui-même de la direction à suivre».
Le malaise est là depuis qu’il est question de discuter la perspective du candidat unique. Toute évolution vers un accord du genre est sentie comme une forme d’exclusion pour le chef du parti, le Président Ahmed Ould Daddah. Surtout qu’il est question de fixer des critères dont le consensus autour de la candidature et l’absence de précédent dans la course pour la présidentielle. Le consensus autour de la personnalité de Ould Daddah est impossible à avoir dans un microcosme où l’on considère le chef du RFD comme «l’ennemi principal». C’est après tout la position vis-à-vis de l’homme Ould Daddah qui a déterminé le parcours de tous les leaders actuels de l’opposition (dans toutes ses composantes).
Ceux qui collaboraient avec Ould Taya et qui sont les plus actifs aujourd’hui dans ce camp, ont participé à sa diabolisation et à la formation des aspects négatifs de l’image que l’opinion publique a de lui : homme du Sud n’aimant les gens de l’Est, voulant assouvir les soifs de vengeance ethniques, homme politique dédaignant tout sauf la présidence… tous ces clichés qui fondent une certaine idée qu’on peut avoir de lui ont été créés et véhiculés par eux.
Ceux qui l’ont accompagné à un moment ou un autre au sein de l’Union des forces démocratiques (UFD) et qui ont fini par se dresser contre lui à un moment à un autre, souvent à un moment crucial de son parcours.
Certains pensent cependant que la décision du RFD relève plus de la manœuvre que de l’acte déterminé. Mais un parti comme le RFD ne «clique» pas sur des aspects du genre : «nous ne sommes pas assez représentés, nous voulons telle ou telle présidence de commission…». Quand il réussit à imposer ses visions, il y va normalement. Alors qu’est-ce qui peut bien gêner le RFD ?
Bien sûr la question du candidat unique qui est sentie comme un piège : si le RFD accepte de la discuter, il ne peut maîtriser l’issue des débats, encore moins la décision à prendre ; s’il refuse alors qu’elle est déjà posée, il apparaitra comme source de blocage à l’entente générale et, du coup, confirmera ce qu’on dit du parti «qui ne veut que la présidence». Alors mieux vaut surseoir à la participation en attendant d’assurer les arrières pour éviter toute mauvaise surprise.
Il y a aussi la question de la participation à la présidentielle qui, aux yeux du RFD, doit être précédée de préalables significatifs pouvant justifier le retournement après le boycott des législatives et municipales. Comment expliquer aux anciens députés et maires du RFD qu’on refuse de les laisser participer au nom d’une exigence de transparence qui disparait quand il s’agit de la présidentielle ? Il faut donc placer la barre très haut et amener le forum à adopter une feuille de route «forte» : pourquoi ne pas demander le renoncement de Ould Abdel Aziz à se présenter ?, exiger les demandes concernant la stricte neutralité des chefs militaires, de l’administration, réorganiser fondamentalement la CENI, défaire le Conseil Constitutionnel, la Cour Suprême, distribuer équitablement le temps d’antenne dans les médias publics, annuler des dernières élections, mettre en place un gouvernement «neutre»…
Autant de conditions qui seraient plausibles si le rapport de force était autre et si certains partenaires du RFD ne cherchaient pas à trouver une issue à la crise qu’ils traversent depuis leur décision de boycott. C’est le cas, pour certains cadres du RFD, de l’Union des forces du progrès dont le Président Mohamed Ould Maouloud s’est «empressé de répondre à l’invitation du Premier ministre et qui a loué les entretiens qu’il a eus avec lui».
Le forum se tient déjà sans la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP) formée par les partis de l’opposition ayant participé au dialogue avec la Majorité en 2011 et 2012 (Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, Alliance populaire progressiste de Messaoud Ould Boulkheir et Sawab de Abdessalam Ould Horma).
Si les partenaires du RFD au sein de la COD ne réussissent pas à ramener le parti de Ould Daddah dans les débats du forum, il sera impossible d’en faire un événement majeur. Déjà qu’il est «amoindri» par la rencontre entre le Premier ministre et le Président de l’UFP, le voilà  sérieusement compromis par le gel de la participation du RFD.

lundi 24 février 2014

Le vrai danger

Sur les ondes d’une radio privée de la place, un titre : «le président du Rassemblement des Forces Démocratiques refuse de rencontrer le Premier ministre de Mohamed Ould Abdel Aziz». Puis dans le développement : «Selon des sources dignes de foi, de l’intérieur du parti RFD, le président de ce parti a refusé une invitation semblable à celle adressée par le Premier ministre mauritanien à Mohamed Ould Maouloud. Le refus est consécutif à une réunion avec ses proches qui lui ont conseillé de décliner l’invitation…» Pour étayer et expliquer l’information, la radio invite le porte-parole du parti qui dit en substance : «Effectivement, le directeur de cabinet du Premier ministre a contacté celui du Président Ahmed Ould Daddah pour lui signifier l’invitation. Mais on n’en a pas parlé et aucune décision n’a encore été prise à ce sujet». Formel et catégorique. Pourtant, la speakerine enchaine : «Ainsi dont, le RFD refuse l’offre de dialogue…»
Sur une chaîne de télévision locale, un titre : «Le ministre de la Justice dit ne pas être au courant de l’agression contre Ould Dedew». Développement de l’information, on donne une image, sans le son du ministre lors de son intervention à l’issue du Conseil des ministres de jeudi dernier, puis un passage : «…personnellement je ne suis pas au courant d’une telle agression…» Tout ce qui est avant et après est supprimé. Juste cette phrase. Parce que si l’on écoute ce qu’a dit le ministre, rien à voir avec le titre : «J’ai lu sur le net des choses qui sont fausses, y compris à mon égard, pour cette affaire, rien d’officiel ne me permet d’être au courant à l’heure actuelle, en l’absence d’un officier de police judiciaire et le Shaykh n’ayant pas porté plainte, il n’y a pas eu de poursuites. Donc je ne suis pas au courant officiellement».
A la une de toutes les chaines et des sites : le Président de l’Assemblée nationale a refusé à la presse d’accéder à la Chambre pour suivre ses débats. Renseignements pris : le Président de l’Assemblée veut limiter l’accès de la grande salle aux seuls députés devant y siéger. Pour ce faire, il veut réserver un espace à la presse audiovisuelle d’abord, et à côté à la presse écrite. Il entend redynamiser la direction de la communication pour que la presse ait un interface officiel pour avoir une fluidité et une célérité dans l’information. En attendant, il invite les journalistes à aller dans la partie haute de la salle.
Et le syndicat des journalistes de produire un communiqué qui dénonce le recul de la liberté d’expression au lendemain de la publication du rapport de MSF classant la Mauritanie à la 66ème place. Comme si l’objectif était de porter atteinte à cette image positive.
Ce que je reproche ici au syndicat, c’est d’avoir ignoré tous les appels venus de Ulémas, d’Imams, d’érudits, de simples leaders d’opinion, de vendeurs de téléphones en faillite et même de journalistes travaillant dans les radios, les appels des uns et des autres à limiter la liberté d’expression. Certains n’hésitant pas à stigmatiser des stations. C’est le cas de Sahel TV visée par un communiqué des Ulémas et Imams, de Al Wataniya soumise à la vindicte par les manifestants du vendredi dernier et qui ont participé à des actes de vandalisme dans les écoles de Nouakchott…
Ce sont ces appels répétés qui menacent le plus la liberté d’expression. Vient ensuite le niveau des journalistes et le traitement fait par les médias de l’information.
Chaque heure, sa rumeur. On ne recule devant rien quand on croit pouvoir donner une primeur. On crée si on est à sec. Quant à la diffamation, c’est un art pratiqué avec brio chez nous.
Plus que tout, ce sont bien ces relents d’autoritarisme et d’obscurantisme qui causeront le plus de dégâts. Conjugués au manque d’éthique et de professionnalisme, c’est la mort assurée non seulement de la profession mais aussi de l’exercice de la liberté d’expression.
C’est contre cela (aussi) que tous les syndicats, toutes les organisations de presse doivent faire front. Dénoncer les appels et rester vigilants. 

dimanche 23 février 2014

Le festival Soninké

«Démarrage d’un festival racial sous une supervision officielle», c’est le titre que l’un de nos confrères arabophones a choisi pour annoncer le lancement du festival international Soninké. En l’illustrant par une photo des officiels et sans manquer d’expliquer que cette présence officielle pourrait «donner des idées à d’autres ethnies». Et alors ? C’est tant mieux si toutes nos cultures pouvaient s’exprimer sur cette place publique qui manque dangereusement d’animation et de contenu.
Notre confrère devait comprendre qu’il s’agit là d’une troisième édition d’un festival dont le but est de faire connaitre l’une des plus vieilles cultures de l’Ouest-africain. Celle qui a donné l’Empire du Ghana, le premier Etat noir à exister en terre africaine. Cet Empire avait pour capitale Koumbi Saleh dont les ruines se trouvent à quelques quatre-vingts kilomètres de Timbédra, en plein territoire mauritanien.
Le festival vise à faire retrouver les Soninkés du monde l’espace de quelques quatre jours (20-24/2) pour discuter, manifester, s’exprimer, se rappeler, se projeter dans l’avenir… C’est l’un des premiers peuples de la région à s’islamiser. C’est sans doute le plus organisé d’entre tous. Sans doute aussi le plus enraciné de tous.
Parmi les peuples de l’aire Mandé, c’est par le peuple Soninké qu’a rayonné la culture Mandingue. Avec cette musique qui a fini par nous unir, du Sahara à la Savane ouest-africaine. Avec la littérature, les légendes notamment qui ont fini par devenir des mythes fondateurs partagés. Avec la danse, la teinture, les traditions orales…
Dans le temps, la culture Soninké a pu apporter des réponses aux questionnements de notre aire civilisationnelle. Ces rencontres peuvent être une nouvelle opportunité pour notre région, pour notre pays.
Quoi qu’il en soit, la rencontre est une source de fierté pour nous.  Parce qu’elle puise sa légitimité dans le fait que la Mauritanie est bien le berceau de cette culture, le lieu de sa splendeur, le lieu d’où elle rayonna… C’est ici que les Soninkés du Monde se sont donné rendez-vous aujourd’hui. Accompagnons-les pour nous ressourcer. En même temps qu’eux. Là où nos aïeuls allaient s’abreuvoir ensemble, à cette formidable source qui n’était pas seulement faite de «nourritures terrestres», une source qui a illuminé le pays, la région et ses sociétés, et finalement sur le Monde. 

samedi 22 février 2014

La deuxième révolution ukrainienne

C’est en novembre 2004 que nous devions assister à la première révolution ukrainienne, celle qu’on a appelée «la révolution Orange» pour la couleur arborée par les manifestants. On estime que le «printemps arabe» a pris comme modèle cette révolution-là retransmise en direct par les chaines satellitaires comme Al Jazeera.
Elle faisait suite à la proclamation des résultats d’une présidentielle contestée par la plupart des Ukrainiens qui dénoncent la mainmise sur le pouvoir du «clan de Donetsk», le nom de cette grande ville de l’Est alliée de Moscou et fournit les présidents toujours «bien élus». C’est le cas de Viktor Ianoukovytch dont l’élection est contestée par une série de manifestations qui vont aboutir à la révolution Orange. Les principaux leaders de ces manifestations sont Viktor Iouchtchenko, candidat malheureux, et Ioulia Tymochenko, la charmante et charismatique opposante dont les tresses traditionnelles finissent par devenir l’un des symboles de cette révolution.
La reprise des élections ne permet pas de rupture parce que l’élu, Viktor Iouchtchenko instaure un régime marqué par les mauvaises pratiques et les règlements de compte. Le premier résultat est la radicalisation dans les clivages entre Pro-Russes et Pro-Occidentaux. En 2010, Viktor Ianoukovytch est élu président. C’est la revanche des Pro-Russes. C’est naturellement ce clivage qui fait déclencher la deuxième révolution qui est en train d’aboutir sous nos yeux.
Le 21 novembre 2013, Viktor Ianoukovytch décide de suspendre un accord entre son pays et l’Union Européenne. L’homme est déjà contesté pour sa mauvaise gestion et pour ses relents autoritaristes. Il est cependant soutenu par Moscou et par son président Vladimir Poutine qui s’engage à subvenir aux besoins de l’Ukraine en proposant un prêt de 15 milliards dollars le 17 décembre. Mais la tension ne baisse pas.
Contre lui, un rassemblement qui tire sa légitimité de l’actif de la révolution Orange. C’est le cas notamment de ceux du parti Batkivchtchina (Patrie) créé par l’opposante historique Ioulia Timochenko et dont le porte-parole devant les manifestants de Maïdan à Kiev est Arseni Iatseniouk avocat, ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de l’Assemblée ukrainienne.
Autres figures de l’opposition : Vitali Klitschko, chef du parti Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (UDAR), et qui est un ancien champion de boxe. Tous partagent un fort engagement pour l’Europe et une méfiance pour la Russie.
Ioulia Timochenko, libérée après quelques trois ans de détention, semble être la figure d’avenir. Même si elle est fondamentalement pro-russe, elle bénéficie d’une large sympathie dans les milieux de l’UE. Sa libération a été l’épilogue d’une seconde révolution. Peut-être le prologue d’un monde nouveau pour ce peuple déchiré par ses appartenances européenne et russe ?