dimanche 1 décembre 2013

Devoir de soutenir la CENI

Certes la CENI a eu des difficultés à communiquer les résultats des élections du 23 novembre dernier : nous entamons la deuxième semaine sans tous les résultats. Certes elle a fait des erreurs en se précipitant parfois, en trainant parfois. Certes elle a été incapable d’accompagner les insuffisances par des explications données à temps. Nous avons vu cependant qu’une seule sortie du directeur des opérations électorales devant la presse, a permis malgré tout d’atténuer la tension. Ce qui devrait encourager la CENI à communiquer, à sortir vers le public plutôt que de compter sur la bonne foi de ses Sages pour donner confiance à ses partenaires. Plus elle s’explique, plus les Mauritaniens comprendront que le travail mené demandait de la patience, de l’endurance et de la précision.
On notera quelques irrégularités çà et là : un score donné puis rectifié, un autre qui prête à confusion… Mais l’essentiel est là : une Institution comme la CENI va nécessairement améliorer ses prestations. Et c’est ce qui importe.
On peut d’ores et déjà envisager la refonte de l’appareil technique de la CENI par le recrutement de nouvelles compétences, sans interventionnisme cette fois-ci. Des informaticiens performants et des administratifs sérieux et probes. Il y en a dans ce pays dont l’intelligentsia tente de nous convaincre du contraire.
Il faut le dire pour ne pas céder au plus facile : conclure que les élections ne peuvent être organisées entièrement que par une administration du ministère de l’intérieur. Ce n’est pas vrai, même s’il va falloir louer le travail fait dans le passé. Non, la CENI peut bien organiser des élections. De A à Z.
Il suffit pour cela qu’elle mette tous les atouts de son côté. Celui de la compétence d’abord, de la bonne moralité ensuite.
La bonne foi des Sages, surtout du Président de la CENI, n’est certes pas en doute. C’est surtout l’engagement de ces Sages et le manque chez eux de combativité devant tous les prédateurs qui ne veulent que leur perte.
Le Président Messaoud Ould Boulkheir ne devait pas regretter publiquement d’avoir choisi pour nous un homme comme Abdallahi Ould Soueid’Ahmed. Il n’y a rien à regretter dans ce choix. Mais Ould Boulkheir devait aller au bout de son choix en soutenant l’homme et l’institution qu’il dirige. Tout comme Boydiel Ould Hoummoid et Abdessalam Ould Horma. Pour Jemil Mansour, c’est une autre attitude que nous attendons : celle de le voir revendiquer une refonte qui permettrait, au moins à son parti qui y a cru, de rattraper l’occasion perdue d’avoir son mot dans la constitution de l’institution. Ce sera peut-être l’occasion d’intégrer les compagnons laissés au bord de la route et qui risquent de rater le nouveau départ.
Dans quelques mois, nous avons rendez-vous avec un autre scrutin, plus important aux yeux de nombreux leaders mauritaniens : la présidentielle. Nous avons encore le temps de corriger ce qui peut l’être, de parfaire ce qui peut l’être pour ramener tout le monde dans le jeu.
Toutes les attentions convergent vers ce rendez-vous que personne ne veut manquer. D’ailleurs, il est déjà au centre du débat. Les analystes ne se gênent point dans les propos sur les élections actuelles pour anticiper sur l’avenir proche. Même les politiques font des digressions, s’ils ne vont pas jusqu’à annoncer leurs intentions pour la présidentielle. Le Président Boydiel Ould Hoummoid a déjà déclaré son intention de se présenter. Les Islamistes de Tawaçoul n’ont rien dit, mais on soupçonne chez eux la préparation d’une candidature hors du sérail visible actuellement dans les premiers rangs du parti. Le Président Messaoud Ould Boulkheir sera certainement de la partie.
A ceux-là il faut ajouter au moins un candidat de l’actuel Coordination de l’opposition démocratique : Ahmed Ould Daddah très probablement, Me Mahfoudh Ould Bettah peut-être. En plus de Sarr Ibrahima qui est en train de faire un bon score pour les présentes élections et qui voudra, dans la lancée, confirmer son statut d’icône du nationalisme négro-africain en Mauritanie. D’autres pourraient s’ajouter si des mains invisibles s’en mêler comme ce fut le cas en 2007 quand la prolifération des candidatures a été expliquée par les «conseils» prodigués avec insistance par la présidence de la junte de l’époque.

En attendant ce moment, la CENI doit travailler pour être au niveau. Ses partenaires doivent aussi s’y mettre en la soutenant et non en la décriant à l’excès.  

samedi 30 novembre 2013

Les «pesh-partis» s’en prennent à la CENI

Une trentaine de partis ont signé une lettre adressée au Président de la République lui demandant d’annuler les élections. A entendre leur porte-parole, on croirait à une conspiration nationale dans laquelle les partis comme APP, Al Wiam et Tawaçoul participent selon lui. Ces partis auraient été en première ligne dans la dénonciation de la CENI, «juste pour faire semblant». Ajoutant qu’«ils ont reculé aujourd’hui». furieux, le porte-parole qui s’exprimait sur une télévision privée, a qualifié la CENI de «rassemblement de pacotille» (jmaa’a min lekhrouti). Oubliant peut-être qu’il s’agit de l’une des Institutions de la République qui mérite le respect. Ne serait-ce que parce qu’elle est plus légitime qu’un parterre de partis constitués à la va-vite et n’ayant aucune assise populaire.
Dans le secteur de la presse, il existe une «qualité» appelée publiquement «Peshmergas». Même si je n’ai jamais accepté d’utiliser un tel vocable pour ce qu’il comporte d’insultes pour tout le monde : pour les combattants kurdes qui sont assimilés à des hordes de prédateurs, pour les concernés (ainsi qualifiés) pour ce que cela laisse supposer de dénuement et de mesquinerie.
Aujourd’hui je suis tenté de sacrifier mes appréhensions pour dire que ce qui est décrit par une telle formule existe finalement partout en Mauritanie. Surtout au sein des partis. Le même principe qui fait qu’on va à la presse parce qu’on n’a rien à faire d’autre et qu’on estime que cela peut être une source de revenus faciles, c’est bien ce principe qui dicte la prolifération des partis. Pour vous dire, les trente partis signataires de la pétition ne rassemblent pas 6000 voix entre les quatre scrutins. Comment alors revendiquer la mise à mort d’un processus qui peut être sauvé ? d’ailleurs à qui fallait-il demander l’annulation des résultats ? n’est-ce pas à la CENI qui a désormais la mission de décider en la matière ?
J’ai été choqué par les propos du porte-parole des partis révoltés. Pour leur violence gratuite vis-à-vis d’une Institution qui a besoin d’être soutenue pour corriger ses erreurs et pouvoir légitimer les processus futurs.
Oui la CENI a commis des fautes à cause de dysfonctionnements explicables du reste. Mais cela ne lui dénie pas la capacité à se corriger et à vaincre ces manquements dans le futur. Pour ce faire, les Sages doivent reprendre rapidement les choses en main et monter au créneau pour expliquer ces dysfonctionnements.
Deux centres de faiblesse pour la CENI : les opérations électorales et la communication. La première a été en-deçà de ses capacités réelles, sinon elle a péché par mauvaise foi. La seconde n’a pas joué son rôle. Il suffit de se reporter au site de la CENI pour s’en apercevoir.

Mais tous les manquements ne justifient pas la qualification de «pacotille».

vendredi 29 novembre 2013

Le jour d’après

Hier, c’était le jour de l’indépendance. Cette journée a été célébrée simplement, même les rues n’étaient pas pavoisées. Le Président a adressé le traditionnel message à la Nation qui est une sorte de bilan.
L’occasion pour lui de rappeler les efforts consentis par son gouvernement et sous s direction. Dans le domaine de la sécurité : «L'Etat a veillé à ce que nos forces armées et de sécurité disposent des moyens nécessaires à leur équipement de manière à ce qu'elles puissent s'acquitter de leur noble mission avec grande opérabilité. Cela s'est traduit par l'intensification du perfectionnement et de la formation, la fourniture de matériels logistiques performants et la restructuration de l'Etat-major des armées dans le cadre d'une vision stratégique de nature à leur permettre de mener leurs missions de façon complémentaire et avec un haut degré de professionnalisme.»
Autre grande orientation des dernières années : «Le projet stratégique de réforme de l'état-civil a permis, pour la première fois, aux citoyens et à l'administration, l'usage de documents sécurisés à même de favoriser la mise en place de plans de développement en harmonie avec les transformations. Cela s'est également traduit, dans le contexte d'ouverture politique, par la garantie de transparence qui a contribué au déroulement des élections législatives et municipales dans de bonnes conditions.»
Dans le domaine de la santé : «De nombreux hôpitaux modernes ont été construits ou réhabilités dans les capitales régionales en plus des centres de santé à travers le pays et des locaux de l'école de santé publique à Nouakchott.»
Mais l’Accord de pêche avec l’Union Européenne reste un grand acquis : «S'agissant du secteur des pêches, l'accord conclu entre notre pays et l'Union européenne a permis d'améliorer considérablement les ressources du Trésor public par un apport de 110 millions d'euro, au titre du nouvel accord, au lieu de 84 millions. Jusqu'en septembre de l'année en cours, le secteur des pêches a contribué aux revenus du Trésor public par un apport de 34 milliards d'ouguiyas. La pêche industrielle a permis de créer 3 531 emplois. Par ailleurs, il a été procédé au lancement d'un projet de construction d'embarcations de pêche dont les premières seront réceptionnées au cours de ce mois. Ce projet a mobilisé un financement de 2.6 milliards d'ouguiyas. Une société nationale de distribution de poisson a été créée en vue de rendre cette denrée disponible à l'intérieur du pays et à des prix réduits au profit des franges pauvres de la population.»
La bataille est cependant ailleurs : «L'Etat a accordé un intérêt particulier à la généralisation des réseaux d'adduction d'eau potable à toutes les villes et localités. Dans ce cadre, la réalisation d'un réseau moderne de distribution d'eau dans la ville de Nouakchott est actuellement en cours. Le taux d'exécution des travaux au niveau de ce réseau long de 1 100 kilomètres a atteint 82% au niveau de certains de ses segments. Dans le cadre du projet Aftout Charghi, les travaux de construction d'une station de traitement de l'eau et de pose de canalisation sur plusieurs centaines de kilomètres sont en cours d'exécution.»
Et : «Dans le domaine de l'énergie, le taux d'exécution des travaux du projet de production d'électricité à partir du gaz a atteint 50% au niveau de la centrale mixte d'une puissance de 120 mégawatts qui sera réceptionnée en octobre 2014. Un accord a été conclu avec les partenaires pour la construction d'une ligne de transport électrique haute tension entre Nouakchott et Toben au Sénégal, pour l'exportation de l'excédent de production électrique vers l'espace de l'OMVS. Par ailleurs, la proportion de la production d'énergie renouvelable, dans le mix de l'énergie nationale, a atteint 25% au cours de cette année, suite à l'inauguration de la station Cheikh Zayed pour la production de l'énergie solaire, d'une puissance de 15 mégawatts et à la mise en fonction de la station hydroélectrique de Félou dont la Mauritanie bénéficie de 20 mégawatts.»

Avant de conclure : «La préservation de ces importants acquis nationaux qui couvrent les différents aspects de la vie tels que la sécurité, la santé, l'enseignement, les services de base, les infrastructures et la consolidation de la démocratie, demeure le gage le plus sûr pour la prospérité de la Mauritanie dans un climat de paix sociale, d'unité nationale et dans un système démocratique transparent.»

jeudi 28 novembre 2013

Independance day

Un jour pas comme les autres. Le 28 novembre 1960, Me Moktar Ould Daddah déclarait «solennellement» l’indépendance de la République Islamique de Mauritanie. Dans un hangar préparé à l’occasion. Tout était à faire. Tout fut lancé. Pas besoin de revenir sur les échecs de cette période. Ni sur les dérives qui suivirent le coup d’Eta de 1978. On en a tellement parlé par le passé. Mais permettez-moi de revenir sur un posting qui date d’août 2011 et qui célébrait un martyr de l’indépendance – le seul martyr de l’indépendance ? Peut-être. C’est même certain malgré tout ce que vous entendez ces jours-ci de célébrations de noms qui ont soit appartenu à la génération des résistants à la colonisation, soit à celle qui n’a finalement pas cru qu’une Mauritanie indépendante était possible. Rappel :


«Qui a tué Abdallahi Ould Oubeid ?


Peu de Mauritaniens connaissent ce nom alors qu’il mérite la célébration. Mais toute la cacophonie produite à l’occasion du cinquantenaire a oublié de le mentionner dans l’histoire officielle. Alors qu’elle a célébré ceux parmi ses contemporains qui avaient milité CONTRE l’indépendance du pays…
Abdallahi Ould Oubeid est le premier maire de la ville d’Atar, député militant du Parti du regroupement mauritanien (PRM), anti-nahdiste primaire (contre le parti Nahda, nationaliste). Il a été mis en avant dans la campagne officielle visant à contrecarrer la propagande des militants de l’annexion de la Mauritanie par le Maroc. C’était à la veille de l’indépendance.
Sur le plan local, Ould Oubeid était un militant de la citoyenneté contre le notabilisme. C’est comme ça que l’histoire locale l’a retenu comme un rebelle à l’ordre traditionnel. Je vous le dit pour expliquer les premières orientations de l’enquête après son assassinat. L’administration qui était encore française, avait dirigé l’enquête vers la mouvance nahdiste, sinon les militants pro-marocains, arrêtant ici et là des agents soi-disant infiltrés de l’extérieur. Officieusement, elle a laissé courir la rumeur selon laquelle son meurtre était lié à ses engagements locaux. Et si ce n’était rien de tout ça ?
Un ami m’a rapporté les propos d’un témoin de l’époque. Il disait que, dans la perspective de l’accession du pays à l’indépendance, Abdallahi Ould Oubeid avait redoublé d’activisme. Allant jusqu’à préparer l’entrée en service de «l’ordre mauritanien». Lui, le maire d’Atar, avait signifié aux administrateurs coloniaux, aux militaires et éléments des forces de sécurité, qu’il n’était plus question d’afficher leurs pratiques dans les rues de la ville. C’est ainsi qu’il avait, à plusieurs reprises, «grondé» les chefs d’hier pour les apéritifs qu’ils prenaient sur les balcons de leurs demeures exposées aux passants. Une fois, l’un des gendarmes s’en était violemment pris à lui pour le dissuader de continuer à importuner ses compatriotes. Ce à quoi, Ould Oubeid avait répondu avec violence. On parle même d’un geste d’agression. Toujours est-il que c’est ce gendarme qui proféra des menaces précises à l’encontre de l’homme.
Quand il apprit que le député-maire était parti à Nouakchott, il aurait dit publiquement : «Je m’en occupe, je vais le liquider à Nouakchott». C’est au cours de ce voyage que Ould Oubeid est mort. Il était alors facile de mettre cela sur le dos des activistes agissant à partir du Maroc, ou laisser entendre qu’il s’agit d’un règlement de compte local.
Toujours est-il que le député-maire, décrit par feu Moktar Ould Daddah comme étant "un fervent nationaliste, débordant de patriotisme", dérangeait tout le monde. Le 8 novembre 1960, alors que venait de s’ouvrir la session de l’Assemblée nationale consacrée à la ratification de l’accord portant transfert des compétences – mauritanisation de l’autorité -, Abdallahi Ould Oubeid est assassiné dans les rues de l’ancien Ksar.
Ce témoignage apporte un nouvel éclairage à l’énigme de l’assassinat de ce nationaliste, seule «mort de l’indépendance» et qui, malgré cela n’a pas été célébré lors du cinquantenaire. Il est vrai qu’une rue à Atar, une autre à Nouakchott portent son nom mais ce n’est pas suffisant. Il est temps à mon avis de le rehausser au rang de «martyr de l’indépendance». Ce n’est que justice.»
Depuis le cinquantenaire, rien n’a été fait pour consacrer l’homme. C’est pourquoi je le rappelle. Comme une objection de conscience et pour ne pas oublier ceux qui ont cru à la Mauritanie.

mercredi 27 novembre 2013

Pas de «surprise»

Quand l’Union pour la République (UPR), le parti qu’on dit «au pouvoir», avait fait ses choix pour les candidatures, analystes et journalistes avaient promis sa chute. Au point que l’opinion publique était plutôt préparée à une débâcle pour ce parti. Les «analystes» et «experts» ont alors rivalisé en prévisions catastrophiques pour l’UPR qui se trouve «taclé» par ses propres cadres et soutiens. Au premier rang de ceux-là, le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz qui aurait demandé à de nombreux prétendants de se porter candidats dans les formations «satellites» de l’UPR, notamment le parti des jeunes (Sursaut) et Al Karama. Ces candidats n’hésitaient pas à affirmer que s’ils sont là, c’est bien par «la volonté du Président» qui les soutient.
Cette interférence visant à affaiblir l’UPR, est «consolidée» par le comportement de certaines grosses pointures du pouvoir dont des ministres qui n’ont pas hésité à soutenir des listes hors UPR. Que ce soit à Mederdra (Trarza), Guérou (Assaba), Nouadhibou, Zouérate (Tiris Zemmour), Kobenni (Hodh), Atar (Adrar)… partout l’UPR a dû livrer ses plus grandes batailles contre «ses enfants». Combats déterminés, l’objectif étant de faire couler «le parti au pouvoir». L’argument essentiel développé par les rebelles est toujours le même : «une instruction du Président de la République». Ce qui ajoute à la confusion. On ne sait plus qui est qui. Surtout si l’on y ajoute l’engagement réel de certaines grandes figures «boycottistes» derrière le parti des Jeunes (Sursaut) en Assaba, Tawaçoul au Trarza, l’UPR au Brakna…
Mais ce n’est pas la visibilité ni la lisibilité de l’espace politique qui nous préoccupe ici, c’est plutôt le score de ce parti UPR qui a eu à faire face «aux gens d’en-haut et d’en bas», en plus de ses supposés (et parfois réels) «mauvais choix».
Les premiers résultats le donnent gagnant dans la grande majorité des circonscriptions électorales du pays. Il a déjà plus d’une quarantaine de députés et il continue à engranger les succès électoraux partout en Mauritanie. à part dans quelques mairies qui n’arrivent pas à la dizaine, il est présent partout au second tour.

La réussite de l’UPR a une explication bien sûr : héritage du PRDS (parti républicain, démocratique et social au pouvoir à l’époque de Ould Taya), des SEM (structures d’éducation des masses du temps de Ould Haidalla), du PPM (parti du peuple mauritanien du temps du gouvernement civil des premières années), l’UPR n’a eu aucun mal à profiter de l’ancrage tribal de ses structures. Grâce à une «science» des équilibres locaux, il a pu largement tiré son épingle du jeu. Et dans les localités où il a été battu, c’est souvent parce qu’il a été «trahi» par les siens.

mardi 26 novembre 2013

Les Sages peuvent corriger

Il s’agissait d’un grand évènement qui n’a pas finalement été entouré de toutes les précautions permettant de garantir sa réussite. Les élections du 23 novembre risquent d’être les plus contestées de l’histoire du pays. Les tergiversations, la lenteur dans la publication des résultats, le comportement de certains membres des bureaux (refus de donner des copies de P-V, parfois incapacité d’en établir…), retour sur certains résultats déjà diffusés… tout cela a contribué à semer une confusion monstre qui n’est pas pour aider à accepter le résultat final.
Malgré le nombre et la gravité des erreurs, il y a encore quelque chose à faire. D’abord sur le plan de la communication. L’une des grandes erreurs, si ce n’est pas la plus grande, c’est bien un défaut de communication. Cet effort de communication doit prendre la forme d’une explication : l’un des Sages doit monter au créneau pour rassurer et expliquer. Ensuite frapper fort en destituant, au lendemain du second tour, tous ceux qui ont fauté.
Parer au plus pressé, c’est donner des réponses au plus vite à toutes ces questions liées au retard pris dans la publication des résultats.
Ne comptez pas sur l’indulgence du public. L’institution qu’est la CENI est sujet de toutes les suspicions, parce qu’elle est venue «accaparer» un travail qui dépendait du ministère de l’intérieur. Cela ne plait pas à tout le monde. En fait nombreux ceux qui souhaitent la perte de cette institution. Je ne pense pas seulement à ceux qui ont choisi de boycotter les élections et pour lesquels le processus doit être rompu. Ceux-là n’ont pas les moyens de remettre en cause le processus mais ils prient pour son échec.

Il y a aussi ceux qui savent qu’une réussite du processus mené par la CENI va révéler leurs poids réels. Il y a enfin tout ces esprits formatés par la culture du doute qui nous est restée de l’exercice de près de trois décennies de faux et d’usage de faux.

lundi 25 novembre 2013

53ème anniversaire de l’Armée

Pour comprendre d’où l’on vient, nous n’irons pas loin, juste en juin 2005. Le 4 juin 2005, une Sariya du Groupe salafiste de combat et de prédication (GSPC), composée d’Algériens, de Mauritaniens et de Nigériens, attaque la base militaire de Lemghayti dans l’extrême nord-est mauritanien. C’est le lendemain que la nouvelle est connue par l’intermédiaire d’un commerçant pratiquant le trafic dans la région. Cette partie de la Mauritanie devenant une plaque-tournante du crime organisé, une sorte d’espace vital pour les groupes qui avaient déjà fait main-basse sur le Nord malien.
La première réaction des autorités est de pourchasser les assaillants. Problème : aucune unité de l’Armée n’est assez préparée pour mener les opérations. On fait appel officiellement aux groupes d’affaires. L’un d’eux finance l’équipement, l’autre la motorisation, un autre la logistique… Si bien qu’un millier d’éléments de notre Armée sont mobilisés et envoyés en terre inconnue, le plus loin de leurs bases arrières… Heureusement que quand ils sont confrontés aux misères de l’éloignement et de l’impréparation, le coup d’Etat du 3 août était déjà en marche.
La période de transition qui s’ouvre à partir du 3 août 2005 a d’autres priorités que la remise à niveau de l’Armée. Même si c’est une junte qui est au pouvoir, elle ne pense pas tout de suite à l’état de déconfiture des forces armées. Et quand vient le régime civil d’avril 2007, l’attitude est plutôt à la méfiance.
Depuis le 10 juillet 1978, date du premier coup d’Etat, on a toujours pensé en haut lieu que la première menace pour un pouvoir venait de l’Armée. La longévité du régime de Ould Taya s’explique en partie par le lancement d’une politique de sape qui a visé à détruire la force de frappe de notre Armée, à diminuer ses capacités opérationnelles et défensives, et à détruire le moral des troupes et de l’encadrement profondément clochardisé.
La crise politique dont l’issue fut le coup d’Etat du 6 août va donner une idée au GSPC devenu depuis Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) : la Mauritanie est encore une fois, comme du temps de la guerre du Sahara, perçue comme le maillon faible sur lequel toutes les pressions doivent être exercées pour le faire tomber.
15 septembre 2008, en plein Ramadan, une unité de l’Armée tombe dans une embuscade à Tourine : une douzaine de morts qui furent mutilés par les assaillants. La décision politique est alors prise. Les dirigeants du pays sont conscients que c’est un chantier qui ne peut attendre.
Le général Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani, nommé quelques mois avant à la tête de l’Etat Major national par le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, se voit investi de la mission de réorganiser les troupes. Fortement soutenu par une volonté politique déterminée, il engage une profonde réforme qui aboutit à la création d’unités combattantes spécialisées dans la lutte contre le terrorisme.
Utilisant les mêmes moyens et les mêmes méthodes que l’ennemi (terroriste), les Groupes spéciaux d’intervention (GSI) font rapidement leurs preuves. Mobilité, efficacité, rapidité, puissance de feu… tout est là pour rendre plus efficientes les interventions de l’Armée mauritanienne. Une Armée qui devait d’abord recouvrer le contrôle de son territoire, de tout son territoire. Pour la première fois, l’Armée arrivait à Aïn Bintili où aucune force ne s’est rendue depuis ce fameux 16 février 1976 où les attaques du Front Polisario avaient fait ravage tuant quelques-uns de nos valeureux hommes dont l’officier Soueydate Ould Wedad commandant la place. Des bases furent installées en plein désert et l’on reprit rapidement le contrôle de tout le nord-est mauritanien.
Le 12 juillet 2010, l’Armée mauritanienne décime une unité AQMI qui marchait sur la Mauritanie. S’en suivirent les épisodes de Wagadu, les attaques repoussées à Bassiknou, à Nouakchott et ailleurs. Mais surtout les coups portés à AQMI dans ses fiefs du Nord malien. Ce regain d’activité et de combativité permettait dans un premier temps de faire changer la peur de camp : désormais, ce sont ces groupes qui craignent l’Armée mauritanienne et non le contraire. Cela permettait aussi de sécuriser le pays.
Si bien que quand arrive la crise malienne, la Mauritanie est tranquille parce qu’elle peut assurer le respect de ses frontières et la sécurité de ses citoyens. AQMI évitant de donner le prétexte à l’Armée mauritanienne d’intervenir dans une guerre, certes déterminante pour la région, mais sans menace directe pour la stabilité du pays tant que les limites qu’elle a fixées à l’ennemi sont respectées.
Après cette refondation, la réforme a abouti à la création d’un Etat Major national des Armées et de trois Etats Majors annexes : Armée de terre, de l’air et Marine.
Nous sommes loin du temps où le concours des privés était sollicité pour mobiliser les hommes, du temps où le territoire national était un point de passage pour le crime organisé, où la Mauritanie était sous-estimée en tant que pays souverain, loin du temps où les promotions au sein de l’Armée se faisaient suivant les accointances, du temps où le contrôle des consciences était de rigueur (les résultats des bureaux de l’Armée indiquent une totale liberté de choix), loin du temps où l’on croisait des officiers démunis, mal dans leurs tenues, réservés de peur de subir l’arbitraire qui pouvait s’abattre à n’importe quel moment et pour n’importe quoi…

Sivis parcem para bellum (qui veut la paix prépare la guerre) disaient les Latins. Pour notre cas, on imagine mal comment aurait été la Mauritanie aujourd’hui si les efforts de guerre entrepris à partir de 2009 n’avaient pas été faits…