lundi 2 septembre 2013

Grosses prises

Ils avaient pris l’habitude de pêcher dans ces zones-là. Loin des «yeux» de la surveillance maritime mauritanienne qui n’avait pas les moyens d’être efficace et de sévir. Grâce justement à l’acquisition de nouveaux bateaux de surveillance et à la modernisation d’autres, le nouveau corps des Gardes-côtes n’a pas tardé à se rendre utile dans la protection de nos ressources halieutiques et dans l’application des normes issues des accords avec les partenaires.
Comme je vous le disais l’autre jour, ils sont 32 bateaux au moins à avoir été surpris dans une zone d’opérations située à 10 heures de navigation de Nouadhibou. C’est justement dans ce grand large qu’opèrent les patrouilleurs Awkar et Arguin dédiés à la surveillance de nos côtes.
Les bateaux fraudeurs croyaient pouvoir sévir impunément en s’éloignant des côtes et en comptant sur la météo.
Les bateaux surpris en infraction sont pour la plupart espagnols (14) opérant dans le cadre de l’Accord de pêche RIM-UE contre lequel l’Espagne s’emploie désespérément. D’autres nationalités sont présentes : Japon (4), Sénégal (3), Chine (3), Curaçao (3), Panama (2)…
Les infractions relevées sont pour la plupart liées à la rupture de l’émission des balises permettant de suivre le mouvement du bateau à tout moment et dont le fonctionnement est exigé par la législation mauritanienne. Il y a aussi l’absence de marins de nationalité mauritanienne et/ou la présence d’un surplus de marins étrangers. Sans compter les défauts de marquage, la pêche des espèces dont le poids est inférieur au minimum autorisé…
Des infractions pour lesquelles les contrevenants devront payer de lourdes amendes, celles imposées par la Commission de Transaction pour continuer à pêcher en Mauritanie.
Signalons que c’est la troisième opération du genre après celles de 2008 et 2010 qui avaient sonné le glas du système de pillage organisé de nos ressources.
Ce début encourageant pour les Gardes-côtes mauritaniennes justifie déjà la création de ce corps.

dimanche 1 septembre 2013

Messaoud mon frère, ne vois-tu rien venir ?

Le président Messaoud Ould Boulkheir joue ses dernières cartes. Il rencontre aujourd’hui deux leaders de la COD, les plus récalcitrants face à la participation : Ahmed Ould Daddah et Mohamed Ould Maouloud. La rencontre avait été précédée par la confirmation de la participation du parti APP de Ould Boulkheir et par des discussions avec les soutiens de son initiative pourtant dépassée aujourd’hui. En fait il n’en reste plus que la mise en place d’un Observatoire des élections et la nécessité d’ouvrir sur la COD. Le gouvernement d’union nationale est oublié et pour cause : son inopportunité dans la mesure où il n’a rien à voir avec l’organisation des élections. De quoi donc vont discuter les trois hommes ?
Si le courant est bien établi, il se peut que la réunion débouche sur l’identification de mesures «faisables» et «raisonnables» à même de rassurer sur la bonne foi des autorités et sur la transparence des élections. Les interlocuteurs de Ould Boulkheir pourraient alors développer un dispositif dont un audit du fichier électoral, une ouverture de la CENI (sans oublier qu’une politisation de cette institution serait catastrophique pour le pays, autant donc la garder comme elle est), fixer le rôle et la composition de l’Observatoire des élections, assurer un plus grand contrôle des opérations… Le président Ould Boulkheir demandera alors à voir le Président de la République avec des propositions concrètes. Et tous les deux en toucheront un mot à leurs camps qui engageront un nouveau cycle de discussions pouvant aboutir à la participation d’un plus grand spectre politique. Peut-être même qu'une rencontre entre le Président de la République Ould Abdel Aziz et le Président de la COD Ould Daddah pourrait être envisagée pour donner la mesure.
Si les annonces faites la veille par Ould Maouloud comme quoi l’UFP ne participe pas de toutes les façons, malgré la pression de sa base et celle de certains de ses partenaires, et si Ould Daddah reste sur ses positions initiales, ils se contenteront de proposer la mise à l’écart du gouvernement actuel avant les élections, des professions de foi des chefs militaires, des hauts responsables et (pourquoi pas) des hommes d’affaires pour leur interdire d’interférer dans le jeu, la liquidation de la CENI actuelle, le remplacement du directeur de l’Agence des documents sécurisés (état civil)… En somme des conditions inacceptables... 
Alors Messaoud Ould Boulkheir devra tirer les conclusions et prendre ses responsabilités. Il aura à dire qu’il a tout fait pour ramener tout le monde à un processus consensuel. Comme toujours, ses détracteurs ne lui reconnaitront pas le fait d’avoir été, ne serait-ce que l’espace d’une saison, l’élément modérateur de la scène mauritanienne. Certains d’entre eux iront même jusqu’à l’accuser d’avoir fomenté la mise à l’écart de cette COD ou de sa partie la plus dangereuse politiquement pour lui (UFP et RFD).

Mais dans les deux cas, que feront les Islamistes de Tawaçoul et pourquoi ne sont-ils pas conviés à la réunion ? Quoi qu’on dise et qu’on pense d’eux, c’est bien leur position qui est la plus déterminante dans la légitimation des futures élections. Alors ?

vendredi 30 août 2013

Des roses et des épines

On attendait du «printemps arabe» l’éclosion de roses de toutes couleurs… Même nous autres gens du désert, insensibles à l’origine à la beauté des fleurs et à leurs odeurs qui nous paraissent participer à la corruption de la morale humaine, nous avons espéré voir éclore les fleurs d’une saison qu’on nous annonçait clémente.
En Tunisie où cela a commencé, le pays est pris entre trois feus. Celui de la menace terroriste dont les éléments les plus combatifs et les plus déterminés ont fait du sud-ouest tunisien une base arrière. L’Armée n’arrive pas encore à épurer les zones reculées des monts Chaambii et doit livrer une bataille coûteuse en hommes et en matériel.
Celui de la menace salafiste qui tend à imposer sa loi sur l’espace public dans un pays qui vivait du tourisme et de l’ouverture en général. Une menace qui oblige la mouvance islamiste modérée, celle qui se trouve au pouvoir après les élections, de maintenir un discours plus ou moins rétrograde sur certains aspects de la vie politique et sociale.
Celui de l’activisme d’une intelligentsia fortement occidentalisée, en rupture profonde avec son milieu, prônant l’athéisme comme doctrine d’Etat et faisant de la tradition religieuse un ennemi à combattre. Le salafisme laïc si l’on admet qu’il s’agit du même fanatisme destructeur (et réducteur).
Devant le tir croisé de ces trois fronts que peut la Tunisie qui ne se relève pas économiquement de l’épreuve de l’insécurité et de l’instabilité ?
En Libye, la mort de Kadhafi n’a rien réglé. Encore mois les accords et les discussions qui ont occasionné quelques rafistolages au sein de l’apparatchik dirigeant sans changer les fondamentaux du jeu qui aboutira nécessairement à la partition du pays. On a beau reculer l’échéance, il arrivera ce moment où la Cyrénaïque fera sécession, suivie par la Tripolitaine, le Fezzan, et probablement l’espace Amazigh des montagnes qui exprime déjà quelques velléités. Rien n’est moins sûr que la stabilité de la Libye. Les soubresauts l’annonçant sont occultés par les évènements d’Egypte et de Syrie. Momentanément.
En Egypte, la situation est chaotique. Elle n’a pas besoin de commentaire. Un coup d’Etat qui aboutit à une guerre civile soutenue par des entités étrangères. De quoi remettre en cause, et pour un moment, le leadership de l’Egypte dans le Monde Arabe. On n’est pas loin non plus de l’expression de velléités sécessionnistes au Sinaï depuis longtemps en proie à l’activité des Jihadistes, du Sud victime d’un Nord qui lui dicte ses agissements, des Coptes qui sont de plus en plus victimes d’exactions…
En Syrie, la guerre civile est totale. Même les Occidentaux n’osent plus parler de «révolution» ou de «révolutionnaires», même leurs alliés arabes parlent en termes de factions. L’horreur au quotidien. Imputée par un camp à l’autre. L’utilisation des armes chimiques, de part et d’autre, ajoute juste à l’horreur de la guerre que l’on suit en direct grâce à la machine de communication mise à contribution par les soutiens extérieurs de cette guerre. Guerre dont le résultat unique est la destruction de la Syrie. A qui profite le crime ?
Pas au peuple syrien, ni aux peuples arabes… d’ailleurs cette «révolution» qui a finalement conduit au chao ne pouvait pas aboutir à une amélioration des conditions de vie des populations, ni un meilleur positionnement du Monde arabe sur l’échiquier, encore moins sur un recouvrement des droits arabes spoliés par les différents oppresseurs… Elle a été une entreprise de sape visant à détruire ce qui restait des Etats, à restaurer les vieux particularismes communautaristes, à semer la zizanie et le chao pour affaiblir un monde déjà trop faible.
Combien de temps, le Monde arabe mettra-t-il pour se relever de l’épreuve ? combien de temps pour reconstruire l’Irak, la Syrie, pour refaire l’unité du peuple égyptien, pour réhabiliter l’Etat moderne en Tunisie et au Yémen ? combien faudra-t-il pour retrouver l’Irak sans bombe, avec ses poètes, ses savants, ses techniciens, son niveau technologique, culturel d’avant la guerre «démocratique» lancée par Bush père et fils et leurs alliés ? combien pour retrouver la Syrie avec son autosuffisance alimentaire, ses facultés de médecine, ses centres de formations professionnels, ses fabriques… ? combien pour retrouver le bonheur en Egypte, en Tunisie ?
Avant le «printemps», des despotes ont pillé les pays, réduit leurs populations à un statut d’esclaves et de prisonniers… Ils étaient soutenus par les Occidentaux qui ont justifié leurs agissements, les aidant parfois à sévir contre leurs peuples.
Après le «printemps», nous voilà confrontés aux guerres civiles, aux affres de l’instabilité… avec le soutien de l’Occident. Encore.
Au lieu des roses attendues, l’on nous offre des épines. Encore.

mercredi 28 août 2013

En se rappelant d’où l’on vient

J’ai appris que la toute nouvelle structure des Gardes-côtes mauritaniens, celle qui a pris la relève de la surveillance maritime, a arraisonné une trentaine de thoniers en infraction dans les eaux territoriales mauritaniennes. Je n’ai pas les détails. Je sais quand même que ces bateaux avaient été repérés dans une zone difficile d’accès et peu fréquentée par les bateaux de la Surveillance qui manquaient jusque-là de moyens appropriés. L’opération a donc permis de verbaliser une trentaine de bateaux (nous y reviendrons certainement en détail).
Qu’est-ce qui se passait avant ? En général, les bateaux qui commettaient les infractions étaient «en règle» du moment où ils bénéficiaient de grandes complicités au sein des administrations et institutions dédiées au contrôle de l’exploitation de la ressource. Il y avait par exemple le phénomène qu’on avait fini par appeler «le clonage» : un homme d’affaires obtient une licence pour un bateau de fonds avec mention des spécifications du bateau ; l’homme d’affaires acquiert deux, trois quatre bateaux avec les mêmes spécifications et fait des photocopies de la licence pour chaque bateau pêche avec la même licence. Ce phénomène a permis à des particuliers de s’enrichir considérablement tout privant la communauté nationale d’une partie de ses ressources. Mais là’ ne s’arrête l’ingéniosité destructrice des nôtres.
Au lendemain du coup d’Etat de 2005, le contrôle s’est considérablement amélioré, avant de devenir efficace et de permettre de mettre fin au pillage des ressources. Le dernier accord avec les Européens, puis la révision de la Convention avec les Chinois et enfin l’établissement d’un partenariat avec d’autres partenaires, tout cela a permis l’assainissement des rapports avec les intervenants dans le secteur qui devient un véritable levier de l’économie nationale.
N’oublions pas d’où l’on vient quand on voit où l’on est avec les procédures de recrutements par voie de concours qui ont incontestablement gagné en transparence et en équité. A tous les niveaux et dans tous les secteurs. Près de 7000 fonctionnaires recrutés par voie de concours et formés dans les différentes écoles professionnelles (ENAJM, Ecoles de santé…) dans des conditions optimales de transparence.
Rappelons-nous le temps où étaient admis des gens qui n’ont même pas participé à un concours, où les entretiens servaient à disqualifier ceux qui n’étaient pas les plus qualifiés. Le temps où la compétence et l’aptitude n’assuraient rien à leur détenteur.
Souvenons-nous de l’octroi des bourses, des affectations, des promotions… aujourd’hui les syndicats sont impliqués dans tous les processus. Ce qui garantit un minimum d’équité.
Certes, il y a beaucoup à faire, beaucoup, beaucoup… rien que parce qu’il faut rattraper un temps perdu inutilement. Mais reconnaissons quand même les quelques avancées heureuses qui s’imposent d’elles-mêmes.

mardi 27 août 2013

Une comète est passée, Eli Shaykh est parti

On imagine d’ici le désarroi et l’inquiétude des premiers hommes voyant le ciel s’illuminer d’une espèce de lumière crue traçant sa route «là-haut», éclairant tout par son passage et finissant dans un abyme dont ils ne peuvent imaginer les contours.
On imagine aisément la peur qui les pétrifie au moment de voir apparaitre, puis disparaitre, tant de lumière, tant de clarté, tant de luminosité, mais aussi tant de force…
On peut aisément les voir d’ici, après tants d’années passées sur l’évolution de l’homme sans pouvoir percer les vrais mystères de la Nature, et imaginer leur effroi des lendemains… On peut même aller jusqu’à partager avec eux ces sentiments qui nous dictent finalement l’humilité et la soumission… La soumission à la Toute-puissance de notre Créateur qui nous a dotés de sens à même de nous permettre de faire de  notre faiblesse principale – le fait de ne pas pouvoir contrôler ce qui arrive –, d’en faire une force en nous obligeant – en nous enseignant – à l’accepter comme si elle allait de soi, comme si elle était fatalité heureuse…
Devant le passage d’une comète, l’attitude aujourd’hui est toujours la même : désarroi, inquiétude, effroi… Entretemps, nous avons trouvé une explication «populaire» au phénomène : chaque comète et chaque étoile filante annonce la fin d’une vie. Plus l’étoile est lumineuse, plus elle brille, plus elle est grosse, plus le deuil annoncé est important. Ce qui a donné l’expression en Hassaniya «taahit nejmtou» (son étoile est tombée) pour dire la fin, biologique ou sociale, d’un homme…
La plus grosse comète de notre temps est passée… le 27 août 2013… dans e ciel de Mauritanie avec l’extinction du plus grand héritier de la Tariqa Fadiliya, Eli Shaykh Ould Emmomme…
Phénoménal leader religieux qui a marqué tout un espace sans prendre les armes, sans courir les routes, sans prétendre détenir un statut unique ou un savoir unique ou une faculté unique… simplement en vivant une vie d’ascète, d’homme pieux ayant choisi d’occuper la dimension qu’Allah lui a réservée, celle d’un homme extraordinaire parce qu’hors du commun.
Pas besoin de raconter ces histoires qui peuplent son environnement, pas besoin de répéter ce que d’autres ont déjà dit, il suffit de se rappeler que l’homme Eli Shaykh s’est fait lui-même, qu’il a attiré vers lui les lumières qui l’ont auréolé jusqu’à son départ, qu’il a été le sauveur d’une région au moment où la population vivait les affres de la disette des années 70, qu’il a participé au maintien sur place d’une population et d’une vie, avant de réussir à en faire un centre culturel attirant touristes et disciples de toutes parts.
Eli Shaykh Ould Emmomme est en lui-même une preuve de ce qu’il est : un Saint.
Les plus sceptiques d’entre nous, ceux qui ne laissent pas de place aux compétences dans l’«administration de l’invisible», trouveront que nous sommes excessifs. On ne peut pas être «excessif» quand il s’agit de décrire et de rendre hommage au Shaykh Eli Shaykh : tout ce qui sera dit sera en-deçà de ce qui aurait pu être dit. Nous n’avons pas assez de verbe pour exprimer le désarroi, l’inquiétude et l’effroi qui nous étreignent au moment où passe cette comète qui annonce la fin d’une vie, celle de Shaykh Eli Shaykh…
Le temps peut-être de rappeler que quand le Destin frappe, la Miséricorde est toujours là pour atténuer le coup. Quelle que soit par ailleurs sa force.

Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune wal hamdu liLlahi Rabbi il’alamiine wa çalaatu wassalamu ‘ala ashrafi el mursaliine.  

lundi 26 août 2013

Connaissez-vous Ahmed Ould Bowba Jidou ?

Si la réponse est non, allez tout de suite chercher en CD ou en cassette, l’un de ses enregistrements avec (ou sans) feu Mohameden Ould Sidi Brahim, cet homme qui a été à la base du sauvetage d’un patrimoine immense, délaissé depuis.
J’écoute souvent ses «dourous» se la «jamba el bedha», non seulement pour savourer le jeu unique dont il est capable avec sa «tidinit», mais aussi pour écouter les quelques interventions de trois grandes griottes qui l’accompagnent de temps en temps : Lalla Mint Eli Khadja, sa fille Amash Amar Tichit, et El Ghadhva Mint Bowba Jidou, sa fille à lui mère de la grande chanteuse d’aujourd’hui Ouleya Mint Amar Tichit. Des voix pures, qui transpercent tous les sens pour transporter l’auditeur à la limite des temps immémoriaux, pour le plonger dans une mélancolie heureuse pour sa douceur…
«t’ayebni hawn il bidhâne/binni maa waqart eshshayba
U binni nibghi hawl azawâne/maghlaak ‘liya ya ‘ayba»
Entendre les griottes s’arracher les vers, puis les mots pour les chanter selon le mode consacré, tout en apportant le maximum de touche personnelle en termes de variations dans l’intonation et la déclamation, c’est découvrir tout le sens de «tshaw’ir», cette capacité à garder le chant juste tout en tournant (et en retournant) le rythme, la saccade et la pureté de la voix. Rien ne sonne faux. Rien ne dérange l’harmonie du jeu des corde du luth de ce virtuose de la tidinit qu’est Ahmed Ould Bowaba Jidou.
Pour Ould Bowba Jidou, ce qu’il joue raconte une épopée, celle des Awlad M’Barek, cette tribu Maghafra (Bani Hassane) qui a fini par se confondre avec le mythe fondateur de la Geste Hassane. Il ne se pose pas de question sur la véracité historique des évènements qu’il raconte à chaque note qu’il produit, ne remet rien en cause de l’art qu’il a hérité et entretenu si longtemps. C’est juste si sa volonté de précision ne s’exprime que quand il veut être honnête dans ses références. Quand par exemple il se trompe d’auteur (Shweiba au lieu de Lgheyta Mint Ngdhey pour «bleyt aghwaaniit») ou de «récipiendaire» de tel ou tel distinction…
L’un des plus beaux sous-modes de la musique bidhâne serait né par hasard : «Tehzaam». Deux jeunes cousins Awlad M’Barek, Ethmane Edariiv et Elqaçaaç aurait été face à l’ennemi en même temps. Le second dit : «Il ne serait pas juste (vis-à-vis de l’ennemi, ndlr) d’aller tous les deux en même temps devant l’ennemi, je propose que chacun de nous attaque seul…» Ce que son cousin accepta en lui proposant d’aller le premier, lui qui a fait la proposition.
Au moment où il enfourchait le cheval pour donner le départ de l’attaque, son griot qui l’accompagnait en toute circonstance perdit le rythme de «Srouzi» mode guerrier et d’excitation par excellence, pour jouer quelque chose qui n’avait jamais été joué avant. «Galbak lak, nte shkhal’ak ? eydiik hereblou emmelhoum ?» (garde ton calme, pourquoi tes mains ont tremblé, pourquoi avoir peur ?) Et le griot, nullement décontenancé, de répondre à son guerrier : «Maani menkhla’, laahi enhazam lak» (ce n’est pas la peur, c’est pour te ceinturer dans le sens de te t’accompagner pour te concentrer). C’est ainsi que le Tehzaam est né, de la détérioration du grand mode de Srouzi…
C’est ici, quand l’artiste joue «terika» que les trois donnent à nouveau de la voix. Et quelle prestation ! avec une Lalla qui impose son ton grave et rythmé aux voix aigues des deux autres.
«zawiya gaalit maatibghik/’arbiya walla min hassane
Dhaak ella maashavit ‘aynik/gawtartak min tahta içigâne»
Le morceau est dédié à Ethmane Wul Hennoun, l’un des héros de cette épopée jamais visitée par nos écrivains. Et à laquelle se limite le monde de Ahmed Ould Bowba Jidou. 

mercredi 21 août 2013

Ouverture or not ?

Tout se précipite. Après les avances faites par le Président de la République à Néma sur la possibilité d’un report des élections, l’ouverture de la CENI et la création d’un Observatoire des élections, il y a eu cette réunion de la commission chargée du suivi des résultats du dialogue entre le Pouvoir et les partis qui ont fini par constituer la CAP (coalition pour une alternance pacifique comprenant l’APP de Messaoud, Wiam de Boydiel et Sawab de Ould Horma). La réunion a ouvert sur une concertation entre les partis de la CAP, ceux de la Majorité et la CENI. Le principe d’un report de cinq semaines a été retenu ainsi que celui d’une discussion avec les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui rejetaient le principe de la participation. Du coup, un remue-ménage politique a eu lieu.
Certains partis de la COD ont déclaré vouloir revoir leurs positions, des militants ont appelé à la participation, d’autres au boycott.
Les Islamistes de Tawaçoul ont été les premiers à tirer vers une révision des positions, suivis de près par ceux de l’UFP. Seul le RFD de Ould Daddah a tiré dans le sens contraire. Tir de barrage contre la participation qui va nécessairement influer sur les sentiments des uns et des autres.
Il ne faut pas oublier que les positionnements d’aujourd’hui sont le fruit de ressentiments, de frustrations, de déception, de trahisons (vraies ou fausses), d’attitudes personnelles parfois communautaristes… Ce qui donne un paysage politique dont les protagonistes ne se battent pas pour ou contre un projet de société, mais contre un homme. Ce qui unit ici, c’est plus la haine de Ould Abdel Aziz, et là la haine de Ould Daddah… en tout cas ce ne sont pas des lectures et des projections, donc des projets de société bien réfléchis qui inspirent çà et là. Pourquoi en sommes-nous là ?
Il serait fastidieux de revenir sur les divergences de 2007 qui ont amené Messaoud Ould Boulkheir à soutenir le candidat Ould Cheikh Abdallahi et à légitimer la victoire de celui-ci, ou encore, avant cela, à l’incapacité de l’Opposition traditionnelle de se regrouper autour d’un candidat unique, avant cela de rester ensemble devant le système Ould Taya, de concevoir un programme alternatif et de pouvoir, le moment venu, l’imposer à celui qui viendra nécessairement après Ould Taya, et avant tout ça, son refus de participer aux élections législatives et municipales de 1992, acte qui constitue le péché originel de cette Opposition qui a ainsi définitivement corrompu le processus démocratique.
Revenons au processus de dialogue amorcé en 2010. En juillet, Ahmed Ould Daddah, chef de file de l’Opposition, sortait optimiste d’une rencontre avec le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz dont il reconnaissait pour la première fois le statut. Pendant les trois mois qui suivent, toutes les sorties publiques de Ould Abdel Aziz étaient l’occasion pour Ould Daddah et Ould Boulkheir, parfois Cheikh Mohamed Ould Dedew, de se faire prendre en image à ses côtés. En octobre, Ould Boulkheir exige du Président d’exprimer solennellement sa volonté de dialoguer avec l’Opposition qui avait commencé à établir sa plate-forme consensuelle. Le 28 novembre 2010, le Président Ould Abdel Aziz tend officiellement la main à l’Opposition et déclare être prêt à ouvrir un dialogue «sans tabou» avec elle. Moins de deux semaines après, la structure dirigeante de la COD devient l’interlocuteur en lieu et place de l’Institution de l’Opposition pourtant organe institutionnel. C’est donc le président en exercice de la COD, Me Mahfoudh Ould Bettah qui doit prendre le relais. Mais c’est le président Messaoud Ould Boulkheir qui s’impose en temps qu’interface entre la Présidence et la COD.
C’est à l’issue d’une de ses rencontres avec le Président qu’on lui prête des propos peu amènes que Ould Abdel Aziz aurait tenu à l’encontre de Ould Daddah (où il l’aurait traité d’«imbécile» entre autres qualificatifs discourtois). Le département de communication du RFD se fend d’une réaction d’une violence sans précédent. C’est l’escalade par communiqués interposés.
Entretemps, les évènements de Tunisie se précipitent après l’immolation du jeune Bouazizi. En quelques semaines, le régime Ben Ali est balayé par une explosion populaire qui «contamine» la Libye, l’Egypte, la Syrie, le Yémen, le Bahreïn, le Maroc… On croit alors à un effet d’entrainement. Les Islamistes durcissent le ton et le positionnement. Ils quittent la position de «mou’arada naaçiha» (opposition critique constructive) pour celui de «mou’arada natiha» (opposition en confrontation). C’est le processus de l’exigence du «rahil», sans les moyens nécessaires de le l’imposer.
Pendant que les uns, ceux de la COD, s’enferment dans une logique radicale sans issue, Messaoud Ould Boulkheir et Bodyiel Ould Hoummoid mènent tranquillement le dialogue avec la Majorité, sur la base de la plate-forme élaborée par l’ensemble des partis d’opposition. C’est en partie pourquoi toutes les questions seront soulevées et traitées à l’issue de ce dialogue dont les lois sont approuvées une à une.
Tous les «dialoguistes» expriment leur satisfaction et déclarent leur rejet de toute ouverture d’un nouveau dialogue. Y compris le président Messaoud Ould Boulkheir qui reviendra quelques semaines plus tard pour amorcer une démarche qui aboutira quelques mois après à sa fameuse initiative.
Les choses se précipitent avec la première annonce de la date fixée par la CENI entre le 15 septembre et le 15 octobre 2013, puis avec l’annonce de la convocation du collège électoral, et enfin avec les avances du Président de la République.
Le Président Ould Boulkheir se précipite pour accepter un report de cinq semaines (pour le 24 novembre), mais n’attend pas de savoir si la COD est intéressée ou pas. Comme si l’objectif était celui-là : se donner le temps pour achever la COD qui, quoi qu’elle fasse, se condamne. En participant, elle se dénie et reconnait de fait que ses gesticulations des trois dernières années ont fait perdre un temps précieux à la Mauritanie et à la démocratie en Mauritanie. En boycottant, elle perd une partie de son électorat et se met dans la position du fauteur qui refuse toute ouverture.
Une fois encore, les mêmes hommes politiques se retrouvent piégés parce qu’ils auront mal apprécié la situation de départ, sous-estimé les capacités de l’adversaire, surestimé les leurs et ignoré voire méprisé le rapport de force sur le terrain. Tous leurs échecs trouvent ici leur explication. Ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. A personne d’autre.