mardi 23 juin 2015

UE-Mauritanie, la reprise ?

Les négociations semblent reprendre entre l’Union Européenne et la Mauritanie en vue d’un nouvel accord de pêche. Suspendues en octobre dernier, elles vont formellement reprendre la première semaine de juillet prochain. On se souvient que les négociateurs des deux parties avaient buté sur deux points : la compensation financière et l’apurement de l’appui sectoriel pour l’accord 2008-2012.
Les négociateurs de l’UE avaient proposé de faire baisser la compensation à 47 millions euros pour combler le manque à gagner en appui sectoriel. Pour les Mauritaniens, il était difficile d’accepter un niveau en-deçà des 67 millions obtenus au terme du précédent accord qui a été salué comme une victoire politique. Surtout que les enveloppes prévues sous la rubrique «appui sectoriel» n’ont jamais servi à grand-chose. Les difficultés à faire accepter des projets, puis de mobiliser les financements auprès de la partie européenne, ont toujours empêché la Mauritanie d’en profiter. C’est pourquoi la question de l’apurement de la rubrique appui sectoriel était au centre des préoccupations mauritaniennes. Il semble que sur l’accord 2008-2012, l’UE pourrait reverser une enveloppe de 6,5 millions euros qui serviront certainement à développer les infrastructures de pêche en Mauritanie.
Reste à savoir si les négociations qui vont s’ouvrir début juillet vont permettre aux flottes européennes d’opérer rapidement dans les eaux mauritaniennes. En effet, on se rappelle que l’un des conflits ouverts entre les deux parties, c’était de savoir quand prend effet l’accord. Pour la partie mauritanienne, c’était toujours au lendemain du paraphe de l’accord (31 juillet 2012 pour le dernier accord). Pour les Européens, l’accord prenait effet seulement après approbation par le Parlement, ce qui demande une procédure longue et lourde. Les négociateurs avaient alors opté pour laisser les opérateurs pêcher 24 mois, quitte à savoir quand est-ce que chacun a commencé.
Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Est-ce que les Européens vont demander l’accès des flottes dès la signature de l’accord ou vont-ils attendre que le processus de ratification suive son cours normal ?
Dans le premier cas, la flotte européenne pourra alors revenir dans les eaux mauritaniennes dès juillet. Alors que s’il faut attendre la ratification par le Parlement, il faudra attendre octobre prochain, au moins. Sauf si les Européens donnent un coup d’accélérateur au processus, auquel cas, l’accord sera effectif dès la fin juillet. Rien n’empêche cela en tout cas. 

lundi 22 juin 2015

Bac, la prolongation

Pour la première fois de l’histoire du pays, une épreuve d’un examen est reprise pour cause de fuite. Jamais Autorité n’a reconnu une telle défaillance. Même pas en 2000 quand toutes les épreuves ont été fuitées par un groupe de professeurs dont certains étaient impliqués dans la préparation des examens et d’autres dans leur déroulement. Encore moins en juin 2008, quand les malversations ont atteint un seuil avéré de pratiques frauduleuses. Chaque fois, on a consommé la chose avant de la caser dans la rubrique pertes et profits. Cette fois au moins, la décision a été prise et rapidement.
Mais il faut aller plus loin pour poser les vrais problématiques du baccalauréat et de l’enseignement en général. La question demande une profonde réflexion en vue d’une réforme totale du baccalauréat. Cette réforme ne peut pas attendre la mise en œuvre de la grande transformation du système éducatif promise et attendue. Elle doit servir à brusquer les choses, à créer un électrochoc pour que le corps bouge au plus vite…
L’opinion publique est quelque peu désemparée par ce qui s’est passé. D’une part, une grosse fuite comme celle-là et autour de laquelle mille constructions ont été faites. D’une part, tous ceux qui voulaient en faire un scandale pour lequel l’appareil politique et administratif devait payer, devenant un argument de plus au sein des détracteurs du régime pour prouver la pourriture ambiante.
D’autre part, ceux qui ont voulu y voir une tentative de déstabilisation bien orchestrée par des milieux de l’opposition. On a beaucoup péroré sur le gosse qui a refusé de faire l’examen sous prétexte de dénoncer la fuite et qui a été célébré par certains médias bien marqués. Les mauvaises langues sont vite allées en besogne pour dire qu’il s’agissait là d’un coup monté.
Maintenant qu’il ne s’agit ni de l’une ni de l’autre des éventualités, ceux qui ont l’habitude de se scandaliser (ou de le feindre) pour un rien, crient encore plus fort. La banalité de l’affaire – un enfant qui dérobe à son père un flash et qui en fait profiter ses copains – désarme l’ensemble des p(é)cheurs en eau trouble.
Les histoires les plus banales sont celles qui causent en général le plus de désarroi. Surtout pour une opinion publique qui se nourrit de rumeurs.

dimanche 21 juin 2015

La fête sans la musique

Il n’y aura pas de célébration de la fête internationale de la musique. Motif officiel : le Ramadan. En réalité nous sommes dans un pays qui a cessé depuis longtemps de guetter toute occasion de faire la fête. Après avoir été une société passionnément festive, la chape s’est peu à peu installée pour imposer une grave tristesse. Le recul de la joie dans notre société est certainement le facteur principal de sa décadence. L’ennui étant l’une des grandes manifestations de cette décadence.
Le Nouakchott des années 70 et 80 est une ville bienveillante et bien vivante. Les nuits étaient animées par des concerts de musique organisés par de grandes familles de griots qui créent ainsi un espace de créativité, de poésie et donc de rencontres. A se rappeler la géographie de ces concerts, on croirait que c’était bien voulu : Ehl Abba, Ehl Amar Tichit, Ehl Hommod Val, Ehl Amar Iguiw, Ehl Nana, Ehl Meydah… chaque famille était à elle seule un centre culturel bien installé dans l’un des quartiers de la ville. On savait qu’à telle heure de la nuit, on trouvait tel poète ou tel autre chez l’une ou l’autre des familles.
En plus de ces lieux institutionnels, il y avait aussi de nombreux espaces d’amateurs qui animaient les concerts dans des lieux privés ou même dans les maisons de jeunes de la capitale. Il y avait une ambiance qui permettait à la ville de souffler, de respirer et de résister à la pollution déjà pesante.
La journée de la fête de la musique de cette année arrive à un moment où le monde des professionnels de la musique est en crise ouverte. Les divisions qui l’ont toujours miné refont surface, avec notamment les sempiternelles querelles de leadership entre les familles qui jugent, chacune, être plus à même de diriger que les autres.
Les professionnels les plus connus ne sont pas contents de l’attitude du ministère de la culture qu’ils accusent d’interférences dans des querelles qui ne devaient pas le concerner. Mais il semble que c’est surtout l’existence d’un Institut de musique aussi coûteux qu’inutile qui pose problème. Voilà une institution qui aurait dû servir à révolutionner les organisations professionnelles, l’art lui-même et qui, en définitive, freine toute évolution.
L’institut de musique n’a finalement servi à rien, sinon à amplifier les divergences entre les professionnels, à rendre toute activité et donc toute évolution impossible.
Rendez nous la joie de vivre d’antan, nous vous donnerons assez d’espoir pour croire aux lendemains qui chantent.

samedi 20 juin 2015

Immigrés, contre les remparts de l’Europe

La journée internationale du réfugié est l’occasion de revenir sur la situation de millions de personnes, près de 60 millions entre déplacés et réfugiés en 2014 selon les données du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Les guerres, les crises climatiques, le marasme de l’économie mondialisée avec la destruction des circuits et modes de production traditionnels… sont autant de facteurs déstabilisateurs de communautés humaines entières et qui mettent sur les routes des millions de personnes qui devront alors être pris en charge par la communauté internationale.
Aujourd’hui, le drame des migrants échouant aux portes de l’Europe cache toute la misère que vivent les réfugiés dans des camps de fortune aux frontières de nulle part. Des femmes, des enfants, des hommes fuyant les théâtres de guerre en Syrie, en Palestine, en Afghanistan, en Irak et récemment au Yémen, pour ne parler que de cette maudite région du Moyen-Orient.
Des milliers de morts dans les eaux de la Méditerranée. On ne compte pas ceux disparus dans les déserts, en cours de route, alors qu’ils tentaient d’atteindre la rive Sud pour traverser cette Mer.
Ce n’est pas la peine de revenir sur les raisons de ces départs massifs. On parle de réfugiés économiques quand les migrants fuient la pauvreté, l’absence de nourriture et de travail ; de réfugiés politiques quand ils fuient des régimes répressifs ou des situations politiques instables ou encore des guerres ; de réfugiés climatiques quand c’est la sécheresse qui les fait fuir… Toutes ces catégories se retrouvent parmi ceux qui meurent en se heurtant aux remparts dressés par l’Europe. Mais pourquoi cette recrudescence subite du phénomène ?
La politique européenne – occidentale en général – dans les pays du Sud est l’une des causes principales de ce dérèglement du Monde. Les déferlements à partir des côtes libyennes est l’une des conséquences malheureuses de l’interventionnisme occidental. Quand Nicolas Sarkozy a mené sa guerre entrainant avec lui ses alliés de l’OTAN, le résultat ne pouvait être que celui-là : à la place d’un pseudo-Etat, le chaos a régné. La Libye est alors devenu le pays par lequel arrivent toutes les hordes de désespérés fuyant leurs terroirs pour des eldorados fictifs. Conséquences : - pour l’Europe, la remise en cause de tous les accords qui fondaient son Union (Schengen, libre-circulation…) ; - pour les fuyards, le risque de mourir en masse ; -pour les populations des côtes méditerranéennes européennes, l’invasion et le spectacle quotidien de la misère et de la désolation… 
Deux rappels. Le premier concerne les côtes atlantiques qui ne sont plus le théâtre de départs de masse grâce justement à des politiques sérieuses menées par des gouvernements qui ont pu – et su – stabiliser leurs Etats. Il y a lieu ici de mettre en exergue l’expérience de notre pays dont les côtes n’ont pas été le point de départ de migrants en masse depuis quelques années. Cette tranquillité, l’Europe doit l’apprécier à sa juste valeur. Les Etats européens savent que la déstabilisation du Sénégal, de la Mauritanie et des autres pays côtiers aura de lourdes conséquences pour eux en matière de flux migratoires incontrôlables.
Le deuxième rappel est celui des boat-peoples du milieu des années soixante-dix. Quand l’Asie, en période d’instabilité cyclique, avait lâché des hordes de réfugiés à bord d’embarcations de fortune et qu’en Occident, cela avait ému. Si bien que les intellectuels, les artistes, les militants politiques ont lancé des initiatives de solidarité avec ces migrants contraignant leurs gouvernements à ouvrir leurs frontières à ces milliers de désespérés. Le même élan de solidarité, la même morale de partage ne sont plus de mise ou faut-il croire que parce qu’il s’agit d’Africains (pour l’essentiel) cela ne mérite pas tant ? 

vendredi 19 juin 2015

Zayed, l’inspiration continue

Le passage du pal-talk virtuel à l’émission de radio lui a très ben réussi, lui qui avait créé un espace libre de discussions sur internet alors qu’il était policier aux Emirats Arabes Unis et qui a lancé son émission «Sahara talk» (saharatuk) sur les ondes de Saharamedias. Il vient d’apparaitre sur le petit écran avec une émission toute neuve, «yawmiyayat Zayed».
Il s’agit d’une chronique quotidienne qui entend mettre en valeur une personne, un métier, une classe, une catégorie… Aujourd’hui, c’est le mendiant Abdallahi qui va permettre à notre Zayed national de faire la lumière sur la mendicité et sur les mendiants.
Vous passez à côté d’eux et si un pincement de cœur vous rappelle le devoir de solidarité, ils vous restent étrangers, comme s’il ne s’agissait pas de personnes dignes de respect. Les voilà au centre de la préoccupation d’un journaliste qui s’est fait un grand nom.
L’émission ouvre sur Zayed et son équipe entrant dans un bidonville de Nouakchott. Il faut chercher et trouver l’invité du jour, le mendiant Abdallahi, un malvoyant qui tourne autour de la Télévision de Mauritanie. Il explique qu’il y a plus à trouver dans ce coin qu’ailleurs. Mais il nie les idées reçues sur les mendiants qui se délimiteraient des domaines et travailleraient de concert. En général, chacun va là où il croit pouvoir recevoir le plus de dons. Ceux qui donnent et qui ont quelque chose à donner sont plutôt à Tevraq Zeina.
Zayed nous fait découvrir les aspects cachés de la vie de Abdallahi qui a grandi dans le Gorgol. Là-bas, il avait eu son handicap à l’âge de 3 ans. Ce qui ne l’a pas empêché d’aller à l’école en même temps que ses copains. Jusqu’à la quatrième année, il avait bénéficié de la complicité d’un enseignant qui l’entourait d’une grande attention. Abdallahi dictait énoncés de problèmes et solutions qu’il trouvait à l’enseignant qui recopiait et corrigeait ensuite. Il l’accompagnait dans son effort lui qui réussissait à passer de classe en classe, se donnant l’impression d’être un élève normal. C’est en cinquième que le nouvel enseignant l’interpelle avec violence : «es-tu aveugle ?». Avant de le renvoyer de la classe.
C’est à Nouakchott, bien plus tard, qu’il apprend qu’il existe un langage pour les malvoyants comme lui. Il apprend alors à l’utiliser. Ce qui lui permet de profiter de multiples formations dont la confection de grillages, de formateur dans certains petits métiers. «Je peux travailler et je ne demande que ça. Mais sans travail, je suis alors obligé de me résoudre à faire appel à la pitié des autres, à la solidarité que nous impose notre religion…»
Mais Abdallahi avoue être polygame. «J’en ai deux, la première est celle qui est prépare présentement le thé, la seconde est chez elle…» Le débat est lancé pour deux minutes entre le journaliste et son invité qui le reçoit dans une baraque prêtée par un bienfaisant quelque part dans le quartier appelé Baçra de Sebakha.
On apprend alors que Abdallahi est aussi un artiste, qu’il fait partie d’un groupe qui dédie son art aux louanges du Prophète (PSL). Le soir venu, le groupe se retrouve chez Abdallahi, au moins deux fois par semaine. Ils jouent de la guitare et du tamtam et chantent les belles poésies à la gloire du Prophète.
A la fin de l’émission, on en sort avec ce sentiment d’être passé plusieurs à côté du plus important que les acteurs qui s’imposent à nous au quotidien. L’idée de l’émission est d’ailleurs celle-là : proposer au public des gens normaux comme invités, comme vedettes… Cela procède de la recherche du vrai, de l’authentique… Dans son quotidien, Abdallahi est plus proche de la réalité des gens que le plus imposant des leaders (politiques, intellectuels…). Il est plus humain. Il est donc plus utile à découvrir.
Le naturel de Zayed aidant, on est facilement interpellé par cette émission qui ne dure pas le temps de vous ennuyer, une émission qui met en scène l’humilité et une certaine image de la dignité

jeudi 18 juin 2015

Que s’est-il passé à Charleston ?

Quand il entre dans cette église de Charleston (Caroline du Sud), Dylann Roof, blanc de 21 ans, savait exactement ce qu’il avait à faire pour assouvir une haine enfouie, endormie quelque part dans le subconscient du jeune homme. Elle est une résurgence de l’histoire tragique de la guerre qui a opposé le Nord et le Sud. La guerre de Sécession (1861-1865) avait opposé l’Union dirigée par Abraham Lincoln et les Confédérés dirigés par Jefferson Davis. Abolitionnistes, les Etats du Nord de l’Union entendaient imposer leur autorité à ceux du Sud profondément ruraux et esclavagistes.
La Caroline du Sud fait partie de ces Etats esclavagistes et arbore fièrement encore le drapeau des Confédérés devant les bâtiments publics. Quant à l’Eglise visée, elle est tout un symbole.
L’Eglise méthodiste Emanuel de Charleston a été fondée au 19ème siècle pour servir aux Noirs discriminés et interdits dans les églises des Blancs. C’est ici que le premier projet de rébellion des esclaves a été fomenté en juin 1822. Ecrasée dans le sang, cette révolte occasionne la première destruction de l’église qui sera reconstruite avant d’être victime d’un tremblement de terre en 1886.
Reconstruite dans son style actuel, elle restera le symbole de la lutte contre l’esclavage puis contre la discrimination. De grands noms de la lutte pour les droits des Noirs viendront s’exprimer et prendre leur envol à partir de «Mother Emanuel» (c’est comme ça que les croyants ont fini par appeler affectueusement l’église). De Booker T. Washington à coretta Scott King, en passant par Roy Wilkins et l’illustre Martin Luther King, tous viendront prêcher la lutte pacifique pour les droits civiques ici.
L’agresseur savait-il tout ça ? Peut-être. En tout cas il avait bien préparé son coup et l’a bien exécuté. Il entre dans l’église où il se fait accepté par les croyants pour une lecture et une méditation de quelques passages de la Bible. Une heure environ pour prendre le maximum de plaisir macabre.
Quand il finit sa sale besogne, Dylann Roof laisse vivante une personne à laquelle il demande de témoigner. Il ne nie rien quand il est arrêté. Il déclare que son objectif était de «déclarer une guerre raciale». Avec une facilité déconcertante, ce jeune homme est entré dans une église et a tiré sur des citoyens américains pour une raison : la couleur de leur peau. Aux Etats-Unis, cela suscite quelques débats passionnés.
D’abord sur le racisme toujours très vif. Ces derniers mois, plusieurs affaires ont mis en cause des policiers blancs ayant tiré sur des jeunes noirs sans raison apparente. Le comportement de l’autorité dans la rue est celui qui accuse les peuples de couleur de tous les maux. Comme si, au fond, la haine et les suspicions d’origine raciale sont restées tapies dans le subconscient du citoyen lambda.
Ensuite sur cette liberté de port d’armes. Sur 100.000 habitants, 30.000 meurent chaque année aux Etats-Unis du fait des armes. Le pays bat tous les records en la matière. C’est ici le lieu de signaler que le Pasteur de l’église de Charleston, Clementa Pinckney était un fervent militant de la lutte contre le port d’armes. D’ailleurs il a été mise en cause par le puissant lobby agissant pour la promotion du port d’armes (NRA).
Aujourd’hui, Dylann Roof fait face à la Justice américaine qui considère qu’il s’agit là d’«un acte de terrorisme intérieur». Pour les porte-paroles de cette Justice, «cet épisode bouleversant était sans aucun doute destiné à semer la peur et la terreur dans cette communauté et le ministère considère ce crime avec toutes les perspectives possibles, y compris comme un acte motivé par la haine».

Est-ce suffisant pour exorciser les démons de l’Amérique des années sombres (esclavage, discrimination…) ? pour soulager les bonnes consciences du Monde, celles qui regardent vers ce pays comme un lieu de convergence, d’égalité, d’équité ? pour crédibiliser le discours de l’Administration américaine qui dicte – ou essaye de dicter – les beaux principes aux plus faibles ?

mercredi 17 juin 2015

Le baccalauréat, quelles solutions ?

Ce nouveau scandale du baccalauréat doit servir d’électrochoc aux structures du ministère pour apporter des correctifs à même de garantir l’équité, la transparence et la régularité de l’examen. Reprendre l’épreuve de physique-chimie est certes une bonne décision, mais il faut plus.
D’abord l’enquête. Une enquête doit être immédiatement lancée pour savoir d’où vient la fuite. Ne pas hésiter à remonter les filières jusqu’à aboutir à la source de cette fuite grave et dangereuse. Assurer ensuite le maximum de publicité aux résultats de l’enquête et frapper fort les coupables s’il en existe.
Dans l’immédiat, proposer des solutions pour éviter l’intrusion des moyens modernes dans le trichage. On parle beaucoup de l’utilisation excessive des réseaux sociaux et des applications permettant de diffuser informations et solutions concernant les épreuves. Si le gouvernement peut assurer l’installation de brouilleurs de réseaux dans tous les centres de l’examen, ce serait une solution à tester. Sinon, renforcer et systématiser le contrôle au téléphone.
Dans le long terme, envisager une profonde réforme de l’examen lui-même. Si dans beaucoup de pays, il n’existe pas de baccalauréat, dans d’autres, cette épreuve est étalée sur deux ans : les anticipés permettent aux candidats de l’année suivante de passer les épreuves des matières secondaires pour ne laisser que les matières principales. Ce qui facilite quelque peu la tâche. Mais le mieux, serait de faire du baccalauréat une composition de passage et rien de plus. Comment ? C’est aux spécialistes de l’éducation de faire des propositions.
On ne peut pas continuer à lier l’avenir d’un enfant à un examen qui se déroule en trois jours et qui est destiné, dans sa forme et dans son fond, à sanctionner un cursus qui aura duré treize ans (six pour le fondamental, quatre pour le collège et trois pour le lycée). D’autant plus que l’examen a perdu, depuis le scandale de 2000, toutes ses lettres de noblesses.
Il permet encore de distinguer qui des étudiants a droit à une bourse, à l’étranger ou à l’intérieur, de freiner quelque peu le gonflement de la masse des demandeurs d’emplois. Pas plus.
C’est bien cette hantise de réguler la masse des chômeurs qui a dicté aux pouvoirs publics (sous pression de la Banque Mondiale) de rallonger le cursus pour retarder le plus l’arrivée de dizaines de milliers de jeunes Mauritaniens sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui que la formation technique est remise sur la sellette, deux mesures s’imposent.
La première est de faire de l’école mauritanienne un outil de formation et de perfectionnement professionnels. Multiplier pour cela les établissements techniques secondaires, diriger les élèves de plus de quinze ans vers ces établissements au lieu de ceux de l’enseignement général, imposer dès le concours d’entrée en sixième des moyennes d’orientation vers l’un ou l’autre des enseignements (professionnel ou général)…
La deuxième mesure est d’instituer un service national qui, dans sa philosophie, doit être perçu comme un palliatif à l’absence des internats qui étaient un lieu de convergence pour les Mauritaniens de toutes origines. Un service national permettra aux jeunes Mauritaniens de servir leurs compatriotes dans leurs terroirs, de connaitre ces terroirs et leurs habitants, de les préparer à la vie active et aussi …retarder leur arrivée sur le marché du travail (si cela importe tant).
Les sous doués passent le bac, c’est le titre d’un film qui a eu un succès énorme à Nouakchott au début des années 80. C’est un peu une parodie de ce qui se passe aujourd’hui : parents et élèves multipliant les procédés et méthodes pour trouver le moyen de faire parvenir à leurs enfants les solutions des épreuves. Y compris les messages par tamtam utilisé par le fils d’un ambassadeur africain qui disait à ses copains : «bac ou pas bac, je serai ministre»…