samedi 2 novembre 2013

Deux journalistes de RFI enlevés et tués

La joie n’aura pas duré. Un nouvel enlèvement est signalé ce matin à Kidal, celui de notre consœur Ghislaine Dupont de RFI et de Claude Verion qui la secondait dans sa mission au Mali.
Conseillère éditoriale à la direction RFI, Ghislaine fait partie de ces journalistes français spécialistes de l’Afrique, à force d’y travailler. Elle est envoyée sur place pour interviewer et couvrir les évènements d’un Mali qu’on croit normalisé. Les deux journalistes travaillaient apparemment sur le Mouvement national de libération de l’Azawad et sortaient d’une entrevue avec l’un de ses chefs, Ambéry Ag Ghissa quand ils ont été enlevés par un groupe armé.
Les 6 et 7 novembres prochains RFI a prévu de les consacrer à la situation au Mali. Cela se traduira – si le rendez-vous est maintenu – par des émissions concoctées sur place, des interviews, des dossiers de presse, des débats… Pour ce faire une grosse équipe a été envoyée sur place. Ghislaine Dupont s’est donc rendue au Nord pour faire un travail de terrain.
Ghislaine Dupont qui a couvert plusieurs théâtres d’instabilité, a déjà souffert pour son engagement professionnel. Certains gouvernements totalitaires d’Afrique en ont fait une ennemie. Tandis qu’elle a même été en 2011 écarté de RFI.
...J'ai dû reprendre le papier là où je l'avais arrêté. J'ai appris depuis, que les deux otages ont été exécutés à la sortie de la ville de Kidal. Ont-ils été suivis et pris en charge par les forces françaises comme avec les otages de Niamey en 2011? Très probablement. Parce que le temps est aux interrogations, comment comprendre que les deux journalistes n'aient pas été l'objet d'une protection durant leur séjour dans cette ville? Les forces françaises ont-elles une mauvaise appréciation de la situation?
En attendant d'en savoir plus, que les employés de RFI, les parents, amis, compagnons et collègues des deux victimes de cette barbarie, acceptent ici l'expression de nos condoléances attristées.

vendredi 1 novembre 2013

Le pacte de plus ?

Hier, jeudi 31 octobre, plusieurs associations et regroupements de la presse mauritanienne ont été conviés par la HAPA en vue de discuter et de signer un pacte d’honneur, une sorte de déclaration sur l’honneur en vue de couvrir dans les limites «professionnelles» les élections futures. Comme tout pacte de ce genre, le document qui se veut le résultat d’un consensus entre les différentes organisations syndicales de presse, indique quelques principes majeurs :
  1. Le refus de publier tout ce qui peut altérer les valeurs islamiques et l’unité nationale.
  2. Le refus d’altérer l’honneur, les biens et la liberté des individus, tout en respectant le pluralisme dans les idées et dans les orientations intellectuelles.
  3. Le respect du droit du citoyen à avoir l’information et à s’exprimer en toute liberté.
  4. La différentiation entre l’information et la publicité.
  5. Le refus de publier tout ce qui menace la sécurité publique, la cohésion nationale et l’intégrité territoriale.
  6. L’éloignement des discours qui incitent à la division, à la haine et aux conflits personnels.
  7. Stricte observation de la neutralité et de l’égalité entre les candidats durant toute la campagne électorale.
Les signataires ont déclaré leur engagement quant au respect des principes démocratiques, le droit à la différence, insistant sur le souci de renforcer le pluralisme et la liberté en prenant en considération l’intérêt général du pays. Pour le suivi de tels engagements, les signataires ont constitué une commission chargée de suivre le respect de ces engagements et la coordination avec la HAPA et les parties prenantes. Ils s’engagent à faire la publicité de ce document auprès des intervenants politiques et de leurs adhérents.
Ce n’est pas le premier engagement du genre. Ce ne sera pas le dernier. C’est pourquoi, il importait de mettre en place une procédure répressive car il n’est vain de croire que le seul engagement sur l’honneur dans un pays où rares sont ceux qui se sentent engagés par ce qu’ils disent, écrivent ou signent.
Quant à faire la différence entre la propagande (publicité pour tel ou tel candidat, telle ou telle posture), il y a encore à faire plus qu’une déclaration d’intention. Il y a des sites, journaux et autres moyens d’information (TV et radios) qui sont les outils de partis reconnus. Il n’y a aucune honte à cela, mais il est impossible de leur faire respecter les limites élémentaires de la neutralité. Ils donneront la parole plus aux uns qu’aux autres, mettront à nu plus les uns que les autres, couvriront (dans tous les sens) les uns plus que les autres… Que peut faire la commission de suivi ?
Il y a pire : tous ces organes de presse qui ne vérifient jamais les informations, qui ne les démentissent jamais quand il est avéré que ce qu’ils ont écrit est faux, qui ne s’abstiennent jamais de faire les commentaires les plus excessifs sur les uns et les autres, de répercuter les communiqués les plus sectaires, les plus virulents et les plus menaçants pour «l’unité nationale» et la «sécurité publique», genre ces communiqués signés au nom de tribus et qui remplissent nos rédactions en ces jours de pré-élections.
Quand un mouvement se pose en défenseur d’une cause (anti-esclavagiste par exemple), il ne peut être taxé d’«antinational» ou de «menace pour l’unité nationale» quelle que soit par ailleurs sa méthode. Parce qu’il participe, de manière radicale ou non, à l’établissement d’un dialogue autour d’une question d’intérêt public, une question centrale dans le devenir du pays. Mais quand un individu ou un groupe d’individus bougent au nom d’une tribu donnée et expriment par là les velléités de cette tribu, cette expression entre forcément en contradiction avec cette volonté de créer un Etat où toutes les différences de naissance doivent disparaitre. Elle est donc en opposition à ce que nous avons choisi d’être : des citoyens d’un Etat unitaire, égalitaire et équitable pour tous.
Il fallait discuter, le temps qu’il faut, de ces principes et de ce qu’ils recouvrent. Il ne suffit pas d’appeler les représentants des syndicats et regroupements, leur faire signer un document plein de bonnes intentions et lui faire la publicité pour avoir une presse qui respecte les faits et le public, qui refuse le faux et la manipulation, qui veut l’indépendance financière et l’autonomie politique… Non ! Les élections sont conçues comme une période de «faste» pour ces organes de presse qui ne comptent sur aucun soutien financier sérieux et suffisant. Surtout en cette année où l’enveloppe de l’aide à la presse n’a pas encore été distribuée pour l’année 2013…

Encore une fois : «l’argent est le nerf de la guerre». Ici plus qu’ailleurs…

jeudi 31 octobre 2013

Zèle, acharnement ou maladresse ?

Ahmed Ould Khattri, ancien directeur de PROCAPEC, a été empêché de se présenter aux élections législatives au niveau de R’Kiz, suite à une démarche initiée par le Parquet général qui a écrit à la CENI pour signaler que l’intéressé ne pouvait se présenter parce qu’il est sous le coup d’une «condamnation». Démarche singulière et inappropriée.
Singulière parce que le Parquet n’a aucun mandat pour interpeller la CENI. Rien dans la loi électorale, ni dans la pratique n’ouvre la voie au Parquet pour une telle interférence. A la limite, le Parquet ne sait même pas qui se présente et sous quelles couleurs. Il doit être pris par le suivi des enquêtes sur les viols et meurtres, par les affaires pendantes devant les juridictions, et non par l’épluchement des listes candidates pour savoir qui peut et qui ne peut pas se présenter.
Inappropriée parce que si le Parquet est très au fait de qui est qui parmi les candidats, il aurait interdit la candidature à d’autres personnes, notamment à ce candidat qui se présente en bonne place sur la liste UPR et dont la procédure judiciaire vient de se terminer pour le faire bénéficier d’une «liberté provisoire» qui ne le soustrait pas normalement à la situation de "poursuivi". Et si Ould Khattri avait été candidat UPR, aurait-il fait l’objet de la même démarche ? si non, pourquoi ne pas entamer la démarche contre cet autre candidat ?
Inappropriée aussi parce que nous sommes en phase de crédibilisation d’élections qui font déjà l’objet d’objections plus ou moins objectives avec notamment l’absence d’une partie de l’opposition (boycott), les lenteurs de la CENI l’organe chargé d’organiser ces élections, la culture du doute devenue un élément essentiel de la réalité mauritanienne… Trop de choses peuvent être invoquées par ceux qui ne veulent pas de ces élections – et ils sont nombreux parce qu’ils se trouvent aussi dans la Majorité et chez les «participationnistes» -, trop pour prêter le flanc ou pour créer de nouvelles sources de suspicions et de doutes.
C’était à la CENI de voir par elle-même si Ahmed Ould Khattri a un dossier complet, auquel cas l’accepter, sinon le rejeter. Pas besoin d’une interférence du Parquet parce que les concurrents de Ould Khattri et du parti Tawaçoul sous les couleurs duquel il voulait mener campagne, auraient pu émettre des réserves. A ce moment-là, les services concernés – peut-être le Parquet – seront interpellés pour rétablir le droit. C’est ce qui devait être…
L’interférence du Parquet trouverait sa justification dans l’établissement d’un casier judiciaire «vierge» à Ould Khattri. N’est-ce pas un cabinet d’un tribunal, un service du secteur de la justice qui établit ce genre de document ? A qui la faute si dans notre pays, on peut établir un document comme celui-là ? A qui la faute si dans ce pays, des hommes, sous mandat, d’autres en liberté conditionnelle ont été, par le passé, nommés ministres ? Cela fait partie de la déliquescence du secteur de la Justice, déliquescence née de plusieurs décennies d’inféodation, d’incohérences, d’impunité, de poursuites ciblées, de décisions qui n’ont aucun rapport avec la Justice, d’arbitraires… (tout le reste a été dit)… C’est cette situation qui devait être corrigée depuis août 2005. Mais la réforme a toujours été remise à plus tard à cause des «urgences politiques» : le débat politique occultant toujours l’essentiel.
Qu’on donne à Ould Khattri ou à quelqu’un d’autre un certificat attestant qu’il ne souffre aucune poursuite judiciaire et qu’il n’a jamais été condamné, qu’il est donc dans la situation normale d’un citoyen normal, cela relève d’un dysfonctionnement de la Justice qui lui-même n’est que la partie visible d’un iceberg de dysfonctionnements : tout ce qui fait qu’aujourd’hui aucune action de la Justice ne peut être comprise ou justifiée aux yeux du citoyen lambda. C’est cette situation qu’il faut corriger un jour ou l’autre. Si le Parquet avait ordonné une enquête sur l’établissement de ces casiers judiciaires et sur les autorités qui les établissent, cela aurait eu le résultat escompté : les challengers de telle ou telle liste auraient engagé une procédure de contestation et le dossier aurait fini devant le Parquet pour conclure. Plus adroitement, en prêtant moins le flanc aux critiques et en laissant peu de place aux interprétations fallacieuses ou non.

En décidant de passer outre et d’en faire une affaire personnelle visant la seule personne de Ould Khattri et en s’abstenant de poursuivre d’autres personnes dans la même situation que lui, le Parquet a laissé la porte ouverte aux interprétations les plus dangereuses. En s’abstenant de poursuivre les autorités qui ont établi les casiers judiciaires, le Parquet évite de corriger le plus évident et le plus dangereux des dysfonctionnements de la Justice.

mercredi 30 octobre 2013

AQMI, la nouvelle énergie

Quoi qu’en disent les autorités françaises et quoi qu’on appelle ce qui a été versé – «rançon», «compensation», «contrepartie»… -, il est sûr qu’une grosse somme a été versée à ceux qui détenaient les quatre otages. 20-25 millions d’euros peut être une fourchette indicative quand on sait que pour libérer les trois premiers otages (un togolais, un malgache et l’épouse Larribe), les sociétés françaises ont dû verser plus de dix millions d’euros.
Sitôt empochée, la somme va servir d’abord à arroser les intermédiaires, puis à huiler les réseaux de la clientèle tribale des groupes terroristes  et enfin à s’acheter de nouvelles armes. Il suffira pour eux de se rendre dans le Sud libyen pour trouver l’armement le plus sophistiqué pour faire face aux forces de la MINUSMA et celles françaises encore déployées dans le Nord malien, sinon à frapper ailleurs pour étendre le conflit aux pays de la région.
Alors que la France accueillait triomphalement ses ex-otages, les Jihadistes attaquaient Gao à coups de mortier. Ils savent qu’avec une opération spectaculaire, ils peuvent reprendre du poil de la bête et recommencer à recruter parmi la jeunesse désemparée de l’espace sahélo-saharien.
La libération des otages est certes un évènement heureux pour tout le monde, surtout pour les Français qui récupèrent ainsi quelques-uns des leurs, mais en terme de victoire, il faut la mettre à l’actif des terroristes parce qu’ils auront vaincu les réticences françaises quant au paiement des rançons. Ils auront prouvé par la même occasion leur capacité à imposer leur diktat au pays qui continue de les bombarder. Avec, en prime, la préservation de la santé des otages malgré la situation difficile créée par la guerre dans le Nord malien. Sur tous les plans, ce sont les ravisseurs, les criminels de guerre qui en profitent.
Le plus grave est que la somme versée va servir immédiatement à équiper des unités combattantes qui ont pour objectif de bouter les Français hors de la région. D’où le refus de reconnaitre que de l’argent a été versé aux ravisseurs. Quitte à recourir à des formules ridicules comme «aucun argent public» n’a été versé. A supposer que l’argent versé appartienne à Vinci et Areva, les deux sociétés françaises pour lesquelles travaillaient les ex-otages, en quoi cela change-t-il les donnes ? Ces sociétés ne sont-elles pas «publiques», au sens de propriété «publique» ?
Querelle de mots qui aura des conséquences politiques certaines sur la politique intérieure française dans les jours qui viennent.
Au niveau de la zone Afrique, particulièrement Sahel et Sahara, les pays ne doivent pas laisser passer cette reculade française sur un principe que tous voulaient imposer au monde. L’Algérie et la Mauritanie en premier ont intérêt à se prononcer sur la question. Tout versement de rançon est dangereux rien que parce qu’il incite à continuer sur cette voie et qu’il entretient cette «économie de la traite des personnes» qu’est la prise d’otages. 

mardi 29 octobre 2013

Les otages d’Arlit libérés

Inattendu et surprenant ! Le Président français François Hollande annonce ce soir la libération des quatre otages enlevés en septembre 2010 sur le site minier d’Areva à Arlit au Niger. Le Président Hollande est au plus bas de sa forme, les derniers sondages l’accréditent de moins de 24% d’opinion favorable et la courbe s’en va descendant. La gestion faite de l’affaire Leonarda, du nom de cette jeune kosovare expulsée de France, n’a fait qu’user l’image déjà ternie d’un Président qui se bat vainement contre une crise économique et sociale qui ne semble pas s’atténuer. Pour la troisième fois, c’est donc le théâtre des opérations au Nord du Mali qui donne un nouveau souffle au Président français.
Le bonheur des parents et des retrouvailles en général va cacher momentanément – peut-être le temps de reprendre le souffle – les questions essentielles qui entourent cette libération. En attendant d’en savoir plus, l’on peut rapporter le récit qui fait déjà le tour du monde.
Les négociations auraient repris il y a quelques mois. La diffusion par les ravisseurs de la vidéo il y a six semaines environ, faisait partie du processus de négociations : il fallait donner une preuve de vie des otages après tant d’accrochages dans la région où ils sont sensés être détenus.
Le Président du Niger entre en ligne et fait actionner ses réseaux à travers un ancien ministre de l’environnement Mohamed Akotey qui est secondé par un ancien membre de la DGSE française qui préside (ou qui est lié) à une société privée de sécurité.
On sait que depuis la débandade des groupes jihadistes sous les coups répétés des forces françaises, et surtout depuis la mort de Abu Zeyd, le redoutable chef de la Katiba Tarek Ibn Zeyad responsable de l’enlèvement. Depuis ce temps, les otages sont entre les mains d’un groupe prêt à négocier.
On sait aussi que l’influence du chef de Ançar Eddine Iyad Ag Ghali restant intacte, les otages sont devenus une partie prenante de la problématique du Nord. Leur sort est désormais lié au processus de règlement de la question du Nord. Ce n’est donc certainement pas par hasard que le gouvernement malien a annoncé ce matin-même l’annulation de quelques mandats d’arrêt qui visaient certaines grosses pointures de l’aristocratie devenue élite politique locale.
La DGSE qui avait implanté un bureau à Gao, savait parfaitement que ce sont les filières touarègues qu’il faut désormais activer pour avoir un répondant. Ne pouvant plus passer par Bamako, c’est naturellement le Niger qui devait servir d’interface. Exit aussi le Burkina Faso et son incontournable président dans ces affaires-là.
Comme le rapporte déjà la presse, la libération a été obtenue jeudi dernier. Mais les modalités d’échange (de quoi ?) devaient prendre le temps nécessaire de vérifier qu’on n’est pas floué. Pour chacune des parties. Depuis dimanche (28/10), les otages ont été récupérés. Restait la mise en scène qui devait suivre. Le timing est choisi. L’évènement peut être annoncé par le Président depuis Bratislava en Slovaquie…

Selon les premières informations, une somme de 20 à 25 millions d’euros a été versée pour obtenir cette libération. Si le gouvernement français refuse de reconnaitre qu’il a versé une telle somme, ce serait donc Areva qui a payé pour ses employés. Quelle différence ?

lundi 28 octobre 2013

A quand l’Observatoire du Sahel ?

Il s’agit d’un projet qui vise à installer un Observatoire du Sahel en Mauritanie qui couvrira la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso. Le choix de la Mauritanie s’explique par «son positionnement géographique et stratégique» et son rôle pionnier dans la lutte contre le terrorisme.
C’est pourquoi, les initiateurs du projet se battent actuellement pour avoir un répondant dans notre pays. Ayant eu l’aval de notre ambassade à Genève, ils attendent encore que le ministère du développement réagisse. Les objectifs de l’Observatoire peuvent être résumés ainsi :
- fédérer derrière un projet transversal et pluridisciplinaire visant à repenser les enjeux de sécurité et de développement au Sahel dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme au Sahel ;
- Créer une interface entre le milieu des praticiens et la société civile afin de faciliter le débat sur les questions susmentionnées
- Soutenir la recherche dans la sous-région, notamment à travers des approches empiriques et de terrain
- Tenir une conférence (dans les mois à venir) à Nouakchott, dans le but de dynamiser l'ensemble du projet et susciter la réflexion autour d'une problématique pré-définie et produire un rapport d'activités sur les principaux éléments de ledit évènement.
- Enfin, il s'agira d'accentuer les efforts de la recherche sur des thématiques peu ou mal comprises que sont les questions liées à la gouvernance, à la jeunesse, à l'islamisme et aux trafics en tout genre qui affectent la région et au delà.

Il faut signaler enfin que l’Observatoire sera l’interface pour l’UNIDIR (United Nations Institute for Disarmament Research), basé à Genève et qui lance un projet de recherche sur le Sahel. Un projet qui vise à analyser les limites des politiques de coopération dans la lutte contre l'extrémisme violent et le terrorisme dans la sous-région. C'est un projet transversal (analyses des dynamiques locales, régionales et internationales) et pluridisciplinaire (prendre en compte les domaines de la sociologie et de l'anthropologie, notamment les variables historiques et géographiques de la sous-région afin de contrebalancer les discours et approches sécuritaires qui sont limitées au vu de l'évolution du terrorisme au Sahel).

 De plus, à travers ce projet d'Observatoire au Sahel, la Mauritanie se trouvera de facto impliquée dans la mise en place des structures nécessaires pour une meilleure compréhension des enjeux de sécurité et de développement dans la sous-région et au delà.

dimanche 27 octobre 2013

Qui va défendre la CENI ?

La CENI est l’objet de toutes les attaques. Et ça vient de commencer. Parce que les Mauritaniens cherchent toujours un responsable à leurs déboires, les politiques plus que le citoyen lambda. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai rarement vu un Mauritanien - noir ou basané, gris ou clair - reconnaitre ses erreurs et assumer la responsabilité de ce qui lui arrive comme conséquence de ses choix et de ses positionnements souvent hasardeux. Même quand vous reprochez à quelqu’un ses tendances à user de mensonge dans telle ou telle situation, il vous dit fatalement : «Ce n’est pas exprès, mais que veux-tu ? les gens te poussent au mensonge à force de te presser…» C’est bien parce que vous l’avez «trop regardé» qu’il a brûlé le feu rouge entrant en collision avec une voiture qui venait dans l’autre sens. Parce que vous l’avez «appelé au téléphone» qu’il a finalement renoncé à la mosquée pour faire sa prière d’Al Maghrib… n’importe quoi pour éviter de faire face à lui-même.
Les critiques dont la CENI est aujourd’hui l’objet sont peut-être fondées, pour certaines d’entre elles, mais elles ne justifient pas la violence des propos tenus, encore moins la stigmatisation dont ses membres et son président font l’objet. Une violence qui prépare – et entretient – un climat délétère, une atmosphère faite de tension et de rejet. C’est comme si on voulait discréditer à l’avance le travail qui sera fait. C’est de bonne guerre s’il s’agissait seulement des partisans du boycott qui feront tout pour faire échouer les futures élections dont la réalisation dans un minimum de «normalité» va les mettre définitivement hors jeu. Mais l’hostilité vis-à-vis de la CENI devient dérangeante quand elle s’exprime à travers les propos de ceux qui ont choisi et ses textes fondateurs et son appareil dirigeant. Comment comprendre cette focalisation des partis ayant participé à la confection de cette institution sur les défauts de la CENI ? Comme s’il ne s’agissait pas de choix qu’ils ont faits.
Quand la première mouture du texte fondateur de la CENI a été rejetée par le Conseil constitutionnel, il y a eu une campagne pour demander aux protagonistes du dialogue de faire en sorte de ne pas limiter le conseil des Sages aux plus de 60 ans. Ils ont refusé et sont allés au-delà de 60 ans pour tous ses membres. Prétextant qu’il est difficile de trouver dans les moins de 60 ans, l’indifférence, la neutralité, l’expérience nécessaires au travail demandé. Messaoud Ould Boulkheir, Boydiel Ould Hoummoid, Abdessalam Ould Horma, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, Ahmed Ould Bahiya et tous ceux qui ont participé au dialogue ont sélectionné ceux qu’ils croient être les plus pourvus : Abdallahi Ould Soueid’Ahmed, Ahmed Ould Ghnahalla, Moulaye Ahmed Ould Hasni, Pr Ba Mohamed Lemine, Dr Manthita Tandia, Memed Ould Ahmed et Mohamedhen Ould Bagga.
Aucun de ceux-là n’était connu du grand public, du moins pas pour ses précédents politiques compromettants. La principale critique émise au lendemain de leur nomination était surtout liée à l’âge et à la capacité de mettre en œuvre le processus électoral bloqué à l’époque.
On sait, tout le monde sait, que ces hommes et femme peuvent se tenir à égale distance des protagonistes politiques. Tout le monde sait qu’aucun d’eux ne peut faire l’objet d’une suspicion quant à la recherche de l’intérêt national et au sens de l’équité. Ils peuvent faire des erreurs, des mauvais choix. Ils ont peut-être fait de mauvais choix, certainement des erreurs. Mais ce n’est pas pour cela qu’il va falloir les disqualifier avant de les voir diriger le match tant attendu.
J’ai lu et entendu une grande adversité vis-à-vis de Ould Soueid’Ahmed et de ses compagnons. Elles ne sont tout simplement pas justes et relèvent de l’acharnement. Le niveau du langage, le contenu des critiques, l’absence de propositions alternatives, le manque de volonté de pousser vers une meilleure attitude, de meilleurs procédés… tout cela indique les véritables desseins.
D’une part, des partis qui préparent l’opinion à leurs résultats qui seront le reflet de l’appréciation publique de leurs actions. D’autre part, cette propension, devenue sport national, à toujours noircir le tableau. Comme si la réalité ne suffisait pas et comme si tous ne sont pas responsables de cette situation qu’ils prétendent décrier.

Quelqu’un que j’aime beaucoup me rappelait récemment ce que Gandhi avait dit : «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde» ! Chacun de nous doit faire sienne cette sagesse.