mercredi 28 décembre 2011

Enrôlez-vous !!!!


Ce n’est pas la présente campagne menée pour populariser l’opération d’enrôlement, qui me pousse ici. C’est mon expérience personnelle.
Je ne sais pas pourquoi, peut-être quelque relents de chauvinisme et de sentiment d’appartenance qui me rattrape, peut-être l’âge, en tout cas j’ai décidé depuis le début de faire enrôler à Mederdra. J’attendais donc l’occasion.
Ce matin, j’y suis allé. Seul. En arrivant, j’ai trouvé une équipe dirigée par un jeune homme et comprenant au moins un notable de la ville et l’adjoint de la Brigade de Gendarmerie. Il y avait là deux autres personnes que je ne connaissais pas. La commission était bien installée et vu la présence de Mohamed Ould Samba el Voullany (le notable), la question de l’identification était rapidement évacué, juste en utilisant la procédure consacrée : vous présentez vos papiers (CIN, acte de naissance originelle…), le président de la commission, cadre de l’Agence d’enrôlement et patron des lieux, s’assure auprès de vous de la conformité des informations, vous corrigez s’il y a lieu parce qu’on vous dit que ce qui sera saisi sera définitif pour vous, on vous fait lire les informations, vous signez et vous passez à la deuxième phase qui est celle de l’enregistrement des données physiques (biométrie) : photo, empruntes, signature… Et, séance tenante, une copie de votre nouvelle pièce d’identité vous est remise. Avec le numéro national qui servira à tout établir : la CIN, le passeport, le permis de conduire, la carte grise, la carte bancaire… c’est le seul pays qui aura un système intégré de la sorte, avec toutes ces possibilités.
La célérité, la solennité, la disponibilité de la commission, la clarté  et l’écoute font que là où j’ai été au moins, ça marche. On m’explique que depuis deux jours l’affluence est forte. C’est que, le 20 janvier prochain, on commencera à éditer les CIN et les passeports. Certains pays interdisent, à partir du 1er janvier 2012, l’accès sur leurs territoires de gens qui n’ont pas un passeport biométrique.
Quand vous aurez décidé de vous enrôler, je vous souhaite d’être gagné par le sentiment qui m’a étreint quand j’ai tenu l’acte entre mes mains. Grâce à ce sentiment et cette émotion, j’ai compris combien cette opération était importante. Ne serait-ce que parce que nous avons, enfin, un système sérieux et moderne. Manière d’avoir quelque chose qui inspire confiance. Tant mieux. 

mardi 27 décembre 2011

Le politique et le journaliste


C’est l’édito paru dans La Tribune de la semaine que j’ai voulu partager avec vous :
«Nos confrères d’ANI (akhbar Nouakchott) et d’Alakhbar ont rapporté des informations qui n’ont visiblement pas plu à l’Union pour la République (UPR). Le parti qui se veut au pouvoir s’est fendu d’un communiqué virulent où il a accusé les deux organes de mentir. Poussant la méchanceté des propos jusqu’à accuser ceux de l’ANI d’être à la solde du …prosélytisme chrétien et juif (sic)… Ce que cela veut dire ? Rien sinon la suprême insulte pour les rédacteurs du communiqué. Toute la presse a fait bloc face à cette attaque sans précédent.
Jusque-là, et même du temps des dictatures du PRDS et UFD (union des forces démocratiques, parti d’opposition très sensible aux critiques), aucun parti n’est allé jusqu’à attaquer de front des organes de presse. On se contentait de parler d’«une certaine presse», «des journaux», «un site»… tout en restant dans le vague. Mais jamais d’attaque aussi virulente et aussi vulgaire.
Ceci dit, nous allons revenir aux informations publiées ça et là (et pas seulement dans les deux organes).
La semaine dernière, et juste à la veille du vote de la loi des finances rectificative, le directeur politique – on peut être directeur politique d’un parti comme on l’est d’une entreprise publique  (avec avantages pour soi et risques pour elle) – de l’UPR tient une réunion avec les députés de son parti. C’est la première du genre. Et nombre de députés étaient venus croyant qu’ils auraient affaire au président du parti, ce qui aurait été l’occasion de «régler certains problèmes». Ce n’était que le directeur politique…
En ouvrant la réunion, le responsable politique a tenu des propos qui ont dérangé. Il a demandé aux députés d’être plus engagé dans la défense du gouvernement en remarquant que «quelques députés de l’opposition ont pris le devant de la scène». Qu’à l’occasion du passage de la loi des finances, l’UPR a confié à des spécialistes la rédaction d’un mémorandum qui sera distribué aux députés qui devraient articuler leurs discours autour des axes de ce document. Objection des députés : le projet de loi est en discussion depuis un mois, pourquoi attendre la dernière minute pour proposer ce discours ? Réponse : à prendre ou à laisser. Malaises et protestations. Clashs même entre les députés de la formation.
En fait, cette réunion intervient à un moment où des voix se font de plus en plus entendre, des voix qui dénoncent tantôt l’inertie du parti, tantôt son absence de représentativité, tantôt ses incohérences, tantôt ses mauvais choix, tantôt… son existence (khlagtou baat)…
Les détracteurs de l’UPR ne sont plus ses adversaires politiques mais ses militants, ses cadres, on personnel administratif… Mais plus grave pour lui, le refus du Président de la République de faire comme avant, d’aller plus loin que ce que lui permet la loi : Ould Abdel Aziz ne veut visiblement pas d’un PRDS ou d’un Adil bis. C’est pourquoi il refuse de laisser utiliser les moyens de l’Etat au profit de l’UPR. C’est pourquoi quand un groupe vient le voir pour décrier la situation qui y prévaut, sa réponse est toujours la même : si la situation est telle que vous la décrivez, pourquoi ne pas essayer autre chose ? Avec les partis de jeunes en formation, il a poussé le résonnement jusqu’à s’engager à ne rien faire pour un parti quel qu’il soit, allusion à l’UPR…
Il y a de quoi énerver un parti qui ne compte visiblement que sur le soutien officiel, celui de l’autorité publique. Un parti qui refuse de comprendre que la Mauritanie a dépassé un cap et qu’il serait impossible de la faire revenir en arrière. Ce n’est pas la faute de la presse si on en est là. Ce n’est pas non plus sa faute si le parti qui devait épauler le Président de la République dans la réalisation de son programme, que ce parti vive aujourd’hui sur le crédit de celui qu’il devait servir, avec les risques de l’entamer sérieusement. Pas non plus sa faute si, pour organiser un meeting dans la capitale économique – là où il y a hommes d’affaires et cadres déclarant leur soutien à Ould Abdel Aziz qui y a eu la majorité des suffrages lors de la présidentielle de 2009 -, si donc dans cette capitale, l’UPR a fait une collecte de militants : chaque fédération UPR était appelée à mobiliser quinze voitures avec quatre personnes en moyenne à bord de chaque. Ce n’est pas la faute de la presse si l’UPR n’arrive pas à être un Appareil politique capable d’accompagner les grands changements en cours…
C’est une tendance chez nos hommes politiques, dans les formations politiques de chez nous : quand ça ne va pas pour eux, c’est la faute de la presse. Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Ce n’est pas nouveau et ce n’est surtout pas l’apanage d’un parti donné. C’est une valeur largement partagée et qu’il va falloir analyser, discuter en partenaires.
Il est vrai que notre personnel politique est issu de l’école du monolithisme. Nationalistes de tous bords, communistes, disciples du PPM (parti du peuple mauritanien, 1961-1978), ou des SEM (structures d’éducations de masses, 1980-1991), ou du PRDS (parti républicain démocratique et social, 1991-2005)… tous n’ont qu’une vision : celle de faire de la presse un moyen de propagande à leur service.»

lundi 26 décembre 2011

La question du Sahara, le défi premier


Mes amis de la Jeunesse Euro-Méditerranéenne m’ont demandé de leur faire une présentation sur le conflit du Sahara. Je partage avec vous la présentation ci-après :
«Chaque fois que l’on évoque l’union du Maghreb Arabe ou encore l’intégration dans cet espace, l’on bute sur la question du Sahara qui constitue aujourd’hui un défi majeur sur la voie de la réalisation de cette aspiration légitime de nos peuples.
Trente-six longues années de déchirements dont seize ans de guerre larvée, pèsent lourdement sur le devenir du Maghreb. Même si l’on ignore, le temps d’une analyse, les effets, les blessures de cette guerre, il nous sera impossible d’en occulter l’aspect «bloquant» et déstabilisant pour toute la région. Et parce que votre forum est celui d’un Maghreb de paix, tout commence par là.
Ne perdons pas de temps dans les rappels historiques, certes utiles à comprendre la genèse d’un conflit, mais dangereux quand ils servent à enraciner et à justifier les divergences. Aussi le propos n’est pas de fonder ici une position. Mais plutôt de réfléchir avec vous sur la situation actuelle. Une situation qui est le produit d’un immobilisme injustifié et d’un radicalisme excessif dans les positions.
Mon pays, la Mauritanie, a choisi de se cantonner dans une position de «stricte neutralité». Et pour éviter d’avoir à faire un équilibrisme aventureux face aux puissants voisins du nord, la Mauritanie en a fait sa religion. Arguant la nécessité pour elle de respecter le plan préconisé par les Nations-Unies.
Le Maroc a annexé les territoires qu’il estime siens et a énormément investi pour maintenir sa présence et renforcer le sentiment d’appartenance au Maroc chez les populations de ce territoire. Il a relativement progressé dans son positionnement en acceptant l’idée d’une large autonomie qui pourrait être accordée aux territoires concernés.
L’Algérie continue de soutenir avec force les indépendantistes sahraouis qui ont déclaré leur indépendance le 27 février 1976. Le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, l’illégitimité (et la non applicabilité) de l’accord tripartite, celui de Madrid signé entre le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie… tout cela justifie la position de l’Algérie.
Mais au-delà des positionnements officiels (et rigides), y a-t-il des perspectives d’action en vue de rompre avec l’immobilisme qui entretient le conflit ? Oui, quand on fait le constat suivant :
-          Le conflit est très coûteux pour toutes les parties prenantes : au-delà du maintien d’une tension entre les deux pays, le Maroc et l’Algérie dépensent une grande part de leurs ressources financières pour renforcer leurs positions respectives. Des ressources qui auraient pu être allouées aux projets à même renforcer l’intégration au sein d’un Maghreb dynamique et interdépendant. Imaginons les routes qu’on aurait pu construire pour relier les pays entre eux, les réseaux électriques transfrontaliers, les chemins de fer…
-          La résolution du conflit n’intéresse pas réellement la communauté internationale, occupée plutôt par d’autres foyers autrement plus stratégiques pour l’Amérique et l’Europe qui constituent les composantes de cette «communauté internationale» (la Palestine, l’Afghanistan, le Darfour…). Cette indifférence – cachée cependant – a été renforcée par l’état de «ni guerre ni paix» qui prévaut depuis la cessation officielle des hostilités militaires en 1991.
-          Le conflit dure depuis trop longtemps. Et comme tout conflit qui dure, les protagonistes commencent à s’y habituer, à vivre avec, à composer avec… Il est même perçu par certaines oligarchies de la région comme une source de maintien au pouvoir, et une possibilité de tirer profit de la situation.
-          Le conflit se rapporte à un territoire de 266.000 km2, avec une population totale estimée à 120.000 habitants, alors qu’il bloque la constitution d’un espace qui couvre près de six millions de kilomètres carrés et qu’il sert une population de plus de 110 millions d’habitants (sans pour autant dénier à cette population un quelconque de ses droits, sans chercher non plus à l’empêcher de traduire sa volonté malgré la règle de la majorité).

Ce constat fait, nous n’avons plus besoin de faire le plaidoyer d’une action urgente en vue de faire bouger les choses. Cette action doit être la vôtre, vous qui avez bousculé l’ordre établi, vous qui avez dérangé la paresse ambiante, vous qui avez fait écrouler les murs construits par la peur et l’habitude.
Vous devez savoir qu’après avoir essayé les armes dans une guerre sous-régionale coûteuse, les parties prenantes ont décrété un cessez-le-feu ouvrant la voie aux négociations qui durent depuis 20 ans.
Le bouleversement que notre monde arabe en général a connu a ouvert la voie à la volonté des peuples de s’exprimer. Il s’agit pour vous d’imaginer comment le Maghreb de paix à construire peut d’abord régler, et au plus vite, le conflit du Sahara qui reste l’élément de blocage premier sur la voie de la construction d’un Maghreb intégré.
Comme pour ce bouleversement, il vous appartient à vous de créer l’onde de choc qui obligera nos dirigeants à trouver la voie de la paix. Puis celle de la solidarité. Puis celle de l’intégration. Enfin celle de l’union.»

dimanche 25 décembre 2011

La dérive de la SNDE

La SNDE, c’est la société nationale de l’eau. Elle s’appelle comme ça depuis la séparation avec la société d’électricité. Après avoir vécu les affres du manque d’eau, Idini n’arrivant plus à subvenir aux besoins croissants de la ville de Nouakchott, la SNDE a fêté le lancement de la production de l’Aftout Essahli comme s’il s’agissait de la fin de ses déboires.
Il est vrai que l’Aftout Essahli permet de fournir près de 90.000 m3 par jour à la ville. Dont à peine 43% sont facturés. Mais en fait ce qui pose véritablement problème, c’est la gestion de cet ouvrage. Sa rentabilisation qui doit signifier d’abord un recouvrement plus efficient. Ensuite le manque de personnel qualifié pour l’exploiter et l’entretenir. Si bien que la société est en passe de lancer un contrat d’entretien de la grosse tuyauterie avec une société chinoise de la place. Les cadres de la société vivent mal la situation et l’expriment. La hiérarchie est bien au courant de la dérive de la SNDE.
Il y a un peu plus de deux mois, le ministre de l’hydraulique (tutelle) et celui des finances ont été mandatés par le Président de la République pour diagnostiquer et proposer des solutions. Après deux visites de terrain, les ministres ont désigné une commission technique qui a rendu son verdict.
Ne relevons pas cette incapacité du ministre de tutelle d’identifier les problèmes bien avant que le Président ne le lui demande… ce n’est pas la peine, un ministre de chez nous est fait pour attendre qu’on lui dise de faire pour faire, pour ignorer tout de son secteur et des secteurs environnants. Ne nous attardons pas non plus sur le fait de se dire que le ministre des finances doit avoir d’autre chose à faire que de venir s’entretenir, des heures durant avec des cadres mal exploités, peu payés et très mécontents d’une société qui n’est pas sous sa tutelle…
Revenons à nos moutons… Les deux ministres ayant présenté leurs conclusions au Président se sont vu répondre que rien ne sera fait tant que la société n’a pas fait preuve de bonne santé. Pour avoir les milliards demandés, il fallait que la société augmente substantiellement ses capacités de recouvrement. Il fallait qu’elle assainisse sa gestion, qu’elle cesse de recruter…
Quelques semaines après, on se rend compte facilement que le taux de recouvrement a reculé, que la société a recruté sans pour autant prendre en compte ses besoins. Un cadre de la société me disait récemment que si la Mauritanie a effectivement investi dans la réalisation d’un projet comme l’Aftout Essahli, celle-ci n’a pas préparé la gestion de cette grande réalisation. «C’est comme, disait-il, si tu donnais une voiture dernier cri à quelqu’un qui ne sait pas conduire»… et d’en conclure que le problème de la société est d’abord un problème de management. Et c’est vrai. 

samedi 24 décembre 2011


Le monde selon Ould Ahmed Zeidane

Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane est un monument de la culture de l’espace Bidhâne… sans doute le dernier à jouer une tidinit (luth traditionnel) authentique, à réciter tous les «bett» et autres panégyriques dédiés à la gloire des héros des épopées de cet espace qu’on appelle ailleurs «l’espace Maure»…
Ould Ahmed Zeidane, affaibli par l’exercice de son art qu’il voit dépérir dans une société de moins en moins attachée à ses valeurs premières, ce Ould Ahmed Zeidane résiste encore aux assauts de la guitare électrique, aux chansonnettes fredonnées plus que chantées sur des rythmes endiablés confectionnés grâce à l’électronique…
Un hawl de Ould Ahmed Zeidane est d’abord destiné à raconter les épopées qui se confondent avec l’histoire des groupes… surtout de celui des Awlad M’Barek, cette tribu guerrière appartenant à la lignée M’Ghafra faisant partie de la seconde vague des Hassane venus dans ces contrées à partir du 15ème siècle et dont la plus grande réalisation reste l’arabisation effective et complète de l’espace berbère saharien. De cette conquête victorieuse sont nés les Emirats (Trarza, Brakna, Adrar) et chefferies (Awlad M’Barek notamment). Est né aussi la structuration de la société Bidhâne (Maure) qui a survécu aux siècles d’évolution, à la colonisation et à l’Etat moderne se voulant égalitaire. Et, last but not least, est né le Hassaniya, ce dialecte qui a fini par être parlé dans tout le Sahara de l’ouest et une partie de son centre et qui unit aujourd’hui une aire culturelle qui compte une vingtaine de millions de personnes dont un peu plus de deux en Mauritanie qui reste un pays dédié à l’origine à cette population… du moins dans l’esprit de ses concepteurs (les colons avec notamment l’esprit Coppolani)…
Quand Ould Ahmed Zeidane joue sa tidinit, c’est avec passion. Quand il parle, c’est avec passion. Ce qu’il dit ne souffre pas la contradiction. D’ailleurs pourquoi contredire. N’est-ce pas la beauté des propos, le caractère extraordinaire du récit, la mélancolie que le jeu des cordes provoque, n’est-ce pas cela le plus important ? Parce que c’est l’art qui importe, pourquoi s’attarder sur le fait de savoir si les faits sont exacts ? Peu de gens acceptent cela aujourd’hui…
Je ne connais pas de griots qui récitent aujourd’hui les trois «bett» qui célèbrent «el kars», partition composée à l’origine en l’honneur de Mohamd Ammash Ould Amar, le premier de la lignée Amar Ould Eli et à qui Sid’Ahmed Wul Awlil, griot, praticien émérite de la tidinit et du verbe, avait dit : «Wul A’mar Wul Eli doumouli yelkhallag» (Que Dieu préserve pour moi Wul A’mar Wul Eli). Remplacé par son frère Eli Bouserwaal qui assassinat son frère Hennoun pour éliminer la concurrence, Wul Awlil composa pour le nouveau chef : «Wul A’mar Wul Eli marayt illi kiivu» (je n’ai vu de pareil à Wul A’mar Wul Eli). Puis Khattri vengea la mort de Hennoun et il lui composa : «Wul A’mar Wul Eli la dawar vi dayn» (ne rien devoir à Wul A’mar Wul Eli, je l’espère pour moi). Toutes les compositions ont gardé la rythmique, les notes… Ce qui fait aujourd’hui la confusion.
Guirit maça, guirit Ehl çabay, ntrish, el vayez, lehjib, le’seyri… des titres de partitions associés aux noms de héros de l’épopée Awlad M’Barek qu’il est difficile de dissocier de celle des Idaw’ish.
Cette dernière tribu, la seule tribu non arabe (d’origine) qui a pu résister aux poussées conquérantes et créer une dynastie et un Emirat régnant sur le Tagant. Cette tribu-là doit beaucoup à Seddoum Wul N’Diartou, le plus grand des poètes de l’espace Bidhâne.
Surnommé «l’idéologue de l’Emirat Idaw’ish», Wul N’Diartou incarne parfaitement ce que le griot doit être à la société : une sorte de ministre de la communication, un appareil de propagande qui doit allier le soutien absolu au recul qui permet d’imposer de nobles valeurs, de grands desseins et une belle âme à celui que l’on chante… Rien à voir à nos flatteurs modernes qui trouvent la vertu là où elle n’est pas, qui ne se soucient que de la prodigalité vulgairement exprimée…
Pas le temps de tout dire sur ce qu’inspire une compagnie aussi riche, aussi agréable que celle de Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane… Juste l’occasion de rappeler que le jour où le pays pleurera ce vieux griot, il aura perdu une partie importante de son patrimoine culturel et civilisationnel. Ce sera dommage.

vendredi 23 décembre 2011

«Dur, dur d’être bébé…»


Tous les pères d’aujourd’hui – au moins ceux qui habitent Nouakchott et qui ont plus de trente ans – ont, à un moment de la journée, eu à discuter avec leurs enfants des conditions de vie de leur temps… quand ils avaient l’âge de leurs enfants…
L’absence d’électricité et la lampe à pétrole, sinon la bougie. Le morceau de pain providentiel de la journée que l’on continuait à mâcher manière de faire durer le plaisir. Les longues marches de tous les jours pour aller à l’école, ou rejoindre ses amis de l’autre côté de la ville. La douche exceptionnellement prise à l’occasion d’une fête ou d’une sortie. Les livres qui manquaient cruellement. Le plaisir d’aller au cinéma au mieux une fois le mois…
Et de comparer avec les enfants d’aujourd’hui qui ont l’eau courante, l’électricité, l’internet, les enseignants, le pain, les moyens de transport (publics et privés), la télévision…
On veut tous dire à nos enfants qu’ils sont mieux lotis que leurs aînés, ceux des générations de leurs parents. On veut tous les convaincre cependant que ce n’est pas cela qui en fait de meilleurs apprenant… parce que la conclusion à laquelle nous aboutissons facilement est celle-là : «…Pourtant les niveaux d’aujourd’hui sont exécrables, l’élève du CM2 de notre époque est plus outillé qu’un docteur d’aujourd’hui…»
A qui la faute ? Ce n’est pas parce que les enfants ne posent jamais cette question qu’il va falloir l’occulter. Répondons à la question…
A qui la faute si, malgré l’amélioration des conditions générales, la vie a dépéri chez nous, l’école a perdu de sa grandeur, la société s’est fourvoyée, les valeurs se sont inversées, la culture a foutu le camp… à qui la faute ? Si biens et opportunités ont été dilapidés ? à qui la faute si nous en sommes encore à nous lamenter sur un passé qui n’a pas, en vérité, été des plus brillants ? à qui la faute si nous avons continué à tourner en rond tout ce temps ? à qui la faute si nous avons manqué de courage pour entreprendre les ruptures nécessaires quand il le fallait ?
Les plus de trente-cinq ans – on va prendre d’autorité cet âge – ont été incapables de changer le monde, de faire évoluer le pays. Ils se sont contentés de le gérer sans risque pour eux de se remettre en cause, sans volonté de remise en cause non plus de l’ordre ante. Nous avons préféré l’immobilisme, nous avons eu la déconfiture.
Aujourd’hui, le pays compte 75% de sa population ayant moins de trente ans (au moins). Alors que la classe dirigeante – au pouvoir ou aspirant à y être – a une moyenne d’âge de 63 ans. Alors qu’il y a une véritable rupture entre cette majorité ayant désormais d’autres préoccupations que ses ainés, et ces ainés-là qui sont quelque part responsables de l’état de déconfiture que nous dénonçons… Cette rupture a besoin de s’exprimer en terme de conflit de génération irréfléchi et rebelle… la jeunesse mauritanienne a besoin de secouer le carcan séculaire, de soulever la chape de plomb, de vaincre les pesanteurs… Elle ne doit pas attendre qu’on en lui donne l’occasion, elle doit plutôt provoquer cette occasion… le souffle de la jeunesse doit emporter toutes les vieilleries qui nous empêchent d’avancer…

jeudi 22 décembre 2011

Les concessions rurales toujours…


On parle beaucoup ces jours-ci de la ceinture verte qui a été morcelée en une multitude de concessions rurales et ce depuis l’ère Taya. On a parlé de l’immense territoire concédé à un promoteur d’un projet touristique et qui a fini loti et vendu au plus offrant. Bien sûr que le promoteur a été obligé «d’associer» l’un des premiers responsables de la transition en lui donnant la moitié des terres…
On a parlé des concessions rurales octroyées à des proches, des serviteurs et des membres de l’ancien pouvoir. On parle actuellement des 150 hectares qui entrent dans le cadre du marché de l’aéroport de Nouakchott. Les travaux ont commencé sur la partie de la ceinture verte octroyée à la nouvelle société chargée de construire l’aéroport.
Quand les bulls ont détruit ce qui restait de la ceinture verte, cela a mis à nu un peu plus une belle concession de 50.000 m2 environ. Une concession qui se trouve au carrefour entre la route qui va au 1er Arrondissement et la bretelle allant au projet Sukuk. Vous ne pouvez pas rater cette concession bien clôturée, ayant une forme peu rectiligne.
Cette concession qui n’a pas été incluse dans l’ensemble «douteux» devant faire l’objet d’une révision, cette concession a été accordée le 27 juillet 2009. Elle a eu son titre foncier le 29 juillet, deux jours après l’acte administratif l’octroyant au nom d’un Med El Mamy dit Meme Ould Mohamed qui est visiblement un prête-nom… à quelque marabout de grande envergure dit-on. Moyennant un prix de 18.750 UM pour une valeur estimée pourtant à 5 millions.
«L’immeuble distinct créé a été inscrit au livre foncier du Cercle du Trarza sous le n°12519 et il a été délivré dudit titre une copie à Mr MED ELMAMY DIT MEME OULD MED acquéreur susnommé». C’est ce que les autorités foncières – le conservateur de la propriété foncière – ont mentionné le 29 juillet 2009 en accordant le titre.
Une concession est octroyée sous forme de «concession provisoire» par une autorité administrative en vue d’une activité productive (agriculture). Après constat des autorités concernées (agriculture) d’une activité sur plusieurs années, vous obtenez une concession définitive.
Le troc du marché de l’aéroport nous permet de relancer le fameux dossier des concessions rurales qui a tant intéressé…