jeudi 22 décembre 2011

Les concessions rurales toujours…


On parle beaucoup ces jours-ci de la ceinture verte qui a été morcelée en une multitude de concessions rurales et ce depuis l’ère Taya. On a parlé de l’immense territoire concédé à un promoteur d’un projet touristique et qui a fini loti et vendu au plus offrant. Bien sûr que le promoteur a été obligé «d’associer» l’un des premiers responsables de la transition en lui donnant la moitié des terres…
On a parlé des concessions rurales octroyées à des proches, des serviteurs et des membres de l’ancien pouvoir. On parle actuellement des 150 hectares qui entrent dans le cadre du marché de l’aéroport de Nouakchott. Les travaux ont commencé sur la partie de la ceinture verte octroyée à la nouvelle société chargée de construire l’aéroport.
Quand les bulls ont détruit ce qui restait de la ceinture verte, cela a mis à nu un peu plus une belle concession de 50.000 m2 environ. Une concession qui se trouve au carrefour entre la route qui va au 1er Arrondissement et la bretelle allant au projet Sukuk. Vous ne pouvez pas rater cette concession bien clôturée, ayant une forme peu rectiligne.
Cette concession qui n’a pas été incluse dans l’ensemble «douteux» devant faire l’objet d’une révision, cette concession a été accordée le 27 juillet 2009. Elle a eu son titre foncier le 29 juillet, deux jours après l’acte administratif l’octroyant au nom d’un Med El Mamy dit Meme Ould Mohamed qui est visiblement un prête-nom… à quelque marabout de grande envergure dit-on. Moyennant un prix de 18.750 UM pour une valeur estimée pourtant à 5 millions.
«L’immeuble distinct créé a été inscrit au livre foncier du Cercle du Trarza sous le n°12519 et il a été délivré dudit titre une copie à Mr MED ELMAMY DIT MEME OULD MED acquéreur susnommé». C’est ce que les autorités foncières – le conservateur de la propriété foncière – ont mentionné le 29 juillet 2009 en accordant le titre.
Une concession est octroyée sous forme de «concession provisoire» par une autorité administrative en vue d’une activité productive (agriculture). Après constat des autorités concernées (agriculture) d’une activité sur plusieurs années, vous obtenez une concession définitive.
Le troc du marché de l’aéroport nous permet de relancer le fameux dossier des concessions rurales qui a tant intéressé…

mercredi 21 décembre 2011

De Lemghayti à Adel Begrou


Le 4 juin 2005, le GSPC (groupe salafiste de combat et de prédication) attaquait la garnison de Lemghayti et tuait une quinzaine de mauritaniens (les nôtres). Le 24 décembre 2007, AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique, ancien GSPC) assassine quatre touristes français près d’Aleg. Le 27 décembre 2007, AQMI tue trois soldats mauritaniens (les nôtres) à Ghallawiya. Le 15 septembre 2008, summum de l’horreur, 11 soldats et un guide civil sont assassinés, décapités et leurs carcasses piégées, à Tourine. Il s’agissait là aussi des nôtres. Le 29 novembre 2009, le 15 décembre de la même année, des occidentaux sont enlevés sur les routes mauritaniennes…
Que la Mauritanie réagisse, on ne doit pas parler d’une «guerre mauritanienne», mais d’une «guerre déclarée à la Mauritanie». Laquelle des attitudes aurait été la plus dangereuse pour le pays : attendre et subir, se contenter dans ce cas de résister aux assauts ; ou reprendre l’initiative, essayer d’éloigner la menace et même d’y mettre fin ?
La Mauritanie a choisi de s’attaquer au mal. A sa racine. Le résultat est évident : certes AQMI continue à menacer, à frapper dans des lieux isolés comme ce qui vient de se passer à Adel Begrou. Il y a quelques mois, AQMI avait essayé l’expédition de Bassiknou qui s’est mal terminée pour ses combattants.
Il faut donc comprendre la recrudescence des activités AQMI, notamment les enlèvements, non pas comme une reprise de l’initiative, mais une tentative de donner l’impression. L’impression d’exister, de continuer à menacer. Se profile derrière aussi, la volonté d’avoir des boucliers pour se protéger contre la menace des Etats de plus en plus déterminés.
Pas lieu encore une fois de présenter cette incursion comme un échec de notre pays. Nous sommes déjà assez émus à l’annonce du rapt de ce gendarme qui n’est plus seulement le fils de sa mère, mais le fils de toutes les mères de Mauritanie, le fils de tous les pères de Mauritanie…
Je crois qu’il est utile aussi de rappeler que ces soldats qui meurent, que celui qui est kidnappé, sont des Mauritaniens, pas des soldats de l’OTAN considérés comme envahisseurs par les Afghans… ce sont les nôtres qui se trouvaient chez eux au moment des faits… et ce n’est pas un titre comme «un gendarme mauritanien kidnappé par les combattants d’AQMI», ce n’est pas ce titre qui permettra d’en faire un citoyen d’une autre contrée. Ce n’est pas non plus une telle attaque qui signe la consécration d’AQMI. Et ce ne peut être l’occasion pour un journaliste de donner l’impression de s’en féliciter. Pas du tout. 

mardi 20 décembre 2011

Corée du Nord-Mauritanie


Kim Yong-un a remplacé son père Kim Yung-il à la tête de la Corée du Nord. Le père est mort à l’âge de 69 ans, le fils accède au «trône» à 26 ans. Le père a hérité ce «trône» de son père Kim Il-sung, lui-même fondateur et premier président de la Corée du Nord. Il a régné près d’un demi-siècle avant d’être remplacé par son fils en 1994.
Vous entendrez ces jours-ci beaucoup sur cette dictature que l’on hérite de père en fils. On vous dira certainement que c’est le modèle nord-coréen qui a inspiré Hafedh El Assad en Syrie, Husni Mubarak en Egypte, Zeine el Abidine en Tunisie, Omar Bongo au Gabon et autres. Mais parce que personne ne s’attardera sur les fortes relations que nous avions eues avec ce pays et ce régime, je m’en vais rappeler ce que j’en sais encore.
Au milieu des années 70, les relations sont si fortes qu’elles nous valent la présence, pour quelques jours, de Kim Il-sung à Nouakchott. Il fut hébergé dans la villa de passage qui était en fait la seule maison appartenant à la famille du Président Mokhtar Ould Daddah, lequel avait préféré la laisser à la disposition des autorités pour y héberger les hôtes de marque. Nouakchott était encore une cité, certes propre et coquette, mais sans grands immeubles, sans le frasque qui allait la caractériser à partir des années 80.
Les enfants de l’époque se racontaient que Kim Il-sung rassemblait sa délégation à l’ombre des grands arbres qui sont encore là, pour passer le temps. On supposait qu’ils discutaient de chose et d’autre. Mais on remarquait que les autres ne riaient jamais en même temps que le «Président éternel», le «professeur de l’humanité tout entière» (c’est comme ça qu’il était surnommé par son appareil de propagande). On s’amusait beaucoup à regarder ces «poupées» qui se déplaçaient dans une harmonie parfaite et qui semblaient avoir trouvé le chemin du bonheur éternel.
De ces années, est née l’usine d’habillement : la Sonaco (société nationale de confection), actuel centre féminin situé non loin du marché ayant son centre de production à El Mina (revendu plus tard à l’ouguiya symbolique). Ce sont aussi les Coréens (du nord) qui organisèrent le défilé du 15ème anniversaire de l’indépendance nationale. Mais la lune de miel ne dura pas à cause de la guerre du Sahara. Les nord-coréens préférant soutenir le mouvement indépendantiste sahraoui.
Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir de Ould Haidalla pour relancer ces relations privilégiées. Lui-même ira en Corée du Nord d’où il ramènera l’idée des Structures d’éducation de masses (SEM). Un embrigadement à la communiste qui visait à organiser les populations et qui sera le bras séculier de l’époque CMSN. Plus tard les SEM se mueront en PRDS.
Je ne sais pas exactement quand nos relations ont été définitivement coupées avec la Corée du Nord. Mais je me souviens très du jour où les drapeaux de la Corée du Sud ont remplacé ceux du nord. On disait à l’époque, et je crois que c’est vrai, que les armateurs qui commençaient à avoir leur mot à dire dans la gestion du pays, avaient plus de relations avec le Sud qu’avec le Nord. Ils auraient poussé les autorités vers cette orientation. En effet à partir de la fin des années 80, c’est bien la maffia sud-coréenne qui va régner en maître sur la ressource halieutique mauritanienne. Bien sûr que c’est avec la complicité des opérateurs dans le secteur… mais ça c’est une autre histoire.
Ceci dit, cette relation a été l’expression de l’indépendance de la diplomatie mauritanienne. Chaque fois que cette diplomatie a diversifié ses orientations, cela a été porteur pour le pays. Le contraire a signifié l’isolement.
Le fait de recevoir aujourd’hui une grande délégation iranienne, d’entretenir les meilleures relations avec les Etats-Unis et les pays du Golf, d’aller en Algérie et d’avoir de bonnes relations avec le Maroc, d’être à égal distance de tous nos frères voisins, de nos amis traditionnels… tout cela promet une vision plus équilibrée du monde et probablement moins d’extravagance dans les positions.

lundi 19 décembre 2011

Sauver le privé mauritanien


Malgré les performances, on va dire, «macroéconomiques» du pays, malgré les efforts pour l’assainissement de la gestion, malgré les avancées certaines sur ce plan-là, il y a une question qui reste posée : quelle traductions dans la réalité ?
Chacun sa réponse. Moi je voudrai en profiter pour relancer la question des rapports que notre intelligentsia entretient avec notre privé.
La première grande – et heureuse – conséquence de la naissance de l’Ouguiya, a été l’émergence d’une classe d’hommes d’affaires nationaux qui ont, peu à peu, pris la place des entrepreneurs étrangers (français, libanais, sénégalais et autres). Le Gouvernement de Mokhtar Ould Daddah avait développé une politique volontariste en vue de promouvoir la formation de cette classe. Les faisant bénéficier de traitements de faveur (crédits, impôts allégés, priorité dans les marchés…). Ceux qui étaient là se souviennent encore de la floraison de sociétés de constructions, d’import-export, d’industries… En ce temps où l’Appareil d’Etat était (relativement) vertueux, le boom enregistré était d’bord le fait du dynamisme du privé. Avec en prime la création de fortunes nationales importantes.
Vint le temps des calamités qui se termina, aux environs du début des années 90, à une collision entre le privé et le public. Les politiques – hauts cadres, leaders d’opinion mais aussi chefs de tribus – se mettent au service des hommes d’affaires pour brader les ressources nationales. C’est au plus offrant.
Il est facile aujourd’hui de mettre tout sur le dos d’une classe d’affaires qui s’est approprié le pays, où ce qu’il y avait de bien – au sens matériel – dans le pays. Mais l’on oublie le rôle des hauts fonctionnaires véreux qui ont eu trois attitudes étalés sur le temps :
-          en se prêtant à la corruption par certains hommes d’affaires, ils vendent biens publics, mobiliers et immobiliers, à des particuliers. Ils ont leurs commissions et font la politique. Pour les autres.
-          En entrainant ensuite les hommes d’affaires dans le politique, les amenant à se mettre en avant, à acheter les allégeances quitte à les monnayer plus tard pour le gouvernant. Quand, à l’époque, les hommes d’affaires versent des sommes faramineuses dans le panier de l’action politique, ils sont sûrs de se faire rembourser plus qu’ils ne dépensent à travers marchés de gré à gré, versements, virements, parrainage de nominations… à un certain moment, ce sont des intermédiaires d’affaires qui garantissaient les carrières…
-          En s’engageant eux-mêmes dans les affaires. A la fin des années 90 et au début des années 2000, les prédateurs (hauts cadres du pays) avaient déjà leurs affaires qu’ils faisaient vivre à partir de leurs postes de responsabilité. Un ministre, un secrétaire général, un directeur… chacun avait ses fournisseurs, proches parents qui ne sont que des prête-noms. C’est cette concurrence entre le milieu d’affaires (originel) et le milieu d’affaires (affaires) qui est à la source de blocages du milieu des années 2000. C’est certainement l’un des facteurs du coup d’Etat : les ressources se raréfiant, les prédateurs augmentant, la concurrence devenant chaque jour plus aigue. Le système n’a pu supporter les tiraillements et a implosé de l’intérieur…
De cet épisode nous est restée cette suspicion envers les opérateurs économiques nationaux. Propagande aidant, la stigmatisation des hommes d’affaires a été forte. Si bien quand on parle de la fameuse dévaluation de 1992 (octobre), on vilipende d’abord les bénéficiaires (quelques hommes d’affaires) en oubliant l’organisateur principal, l’esprit, le génie de la manigance (Gouverneur de la BCM). Celui qui a appelé les hommes d’affaires, leur a demandé de verser des fonds qui seront transférés au taux d’avant la dévaluation. Lesquels hommes d’affaires pourraient revendre les devises sur le marché et faire des bénéfices inimaginables. Ce qu’ils ont fait. Ce fut la première grande arnaque en Mauritanie. Elle ne sera pas la dernière…
Quoi qu’on dise, il est temps que l’on se dise que sans un privé dynamique, laborieux, inventif, il n’y a pas de développement possible. Que pour ce faire, les autorités ne doivent pas adopter une attitude de destruction systématique de l’activité privée.
Au niveau des impôts, il faut trouver des solutions aux petites et moyennes entreprises pour leur permettre de payer le fisc sans risquer d’être étouffées. On dirait qu’on n’a jamais entendu sous ces contrées l’expression : «trop d’impôts tue l’impôt». Il faut aussi payer ces entreprises à temps pour leur permettre de tourner. Il faut enfin les impliquer intelligemment dans la lutte contre la corruption et la gabegie en général. Rien de mieux qu’un chef d’entreprise pour vous dire où il faut toucher pour mettre fin aux pratiques frauduleuses. Il faut enfin réhabiliter nos promoteurs nationaux et les protéger des promoteurs politiques.

dimanche 18 décembre 2011

Gone with the wind


Ils sont partis. Sur la pointe des pieds. «Ils», ce sont les soldats américains. De l’Irak, ils se sont retirés après près de neuf ans de présence. On s’en souvient encore…
Le 20 mars 2003, le président George W. Bush envoie ses troupes contre l’Irak de Saddam Hussein, accusé de tous les maux et faisant partie du fameux «axe du Mal» contre lequel l’Amérique lançait sa croisade. L’opération avait pour objectif de «libérer» l’Irak, de donner à son peuple l’occasion de s’exprimer, de lui offrir la démocratie, la sécurité, la prospérité, l’espoir d’un lendemain meilleur, de garantir son unité et de le laisser se prendre en charge enfin.
Près de neuf ans après, les 170.000 hommes mobilisés pour occuper le pays le quittent. Le Pentagone aura dépensé 770 milliards dollars dans cette opération d’occupation. L’Amérique aura perdu 4474 hommes dont la majorité dans les combats, 32.000 ont été blessés et ont quitté le champ de bataille (définitivement ?).
Côté irakien, l’occupation américaine s’est traduite par la mort de 113.680 civils, par la destruction des infrastructures (routes, ponts, bâtiments…), par l’exil d’une partie de la population, l’appauvrissement de cette population, l’exacerbation des déchirements confessionnels et ethniques, le recul de l’Irak sur le plan du développement humain, le pillage de ses ressources naturelles, de son patrimoine historique, l’hypothèque sur son avenir…
Il n’y aura plus que 157 soldats pour entraîner les forces irakiennes et protéger l’Ambassade des USA. Les 505 bases américaines ont été fermées. Parce que l’Irak refusait d’accorder l’immunité aux soldats américains, on ne doit laisser sur place que les indispensables.
L’Irak qui exporte 2,2 millions de barils de pétrole par jour, a un revenu pétrolier de 7 milliards dollars par mois.
L’Irak d’avant les américains ne manquait pas d’eau potable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Irak d’avant les Américains envoyait l’image d’un pays riche, très développé sur le plan des infrastructures, autosuffisant en cadres techniques de grande valeur, où l’on ne comptait pas d’analphabètes… il parait aujourd’hui comme un pays du Tiers-Monde, avec une situation sanitaire des plus alarmantes dans le monde arabe, un niveau de vie très bas, des conditions précaires et une insécurité très forte.
Mais le plus grave, c’est que l’Irak est menacé dans son intégrité. En partant, les Américains laissent derrière eux une société éclatée, un peuple émietté. Après les Kurdes qui sont en passe de prendre leur indépendance, au moins deux des provinces sunnites ont déclaré leur autonomie ces jours-ci. La province de Diyala ou celle de Salah Eddine estiment qu’il n’ya pas de place pour les Sunnites dans l’Irak d’aujourd’hui. On s’achemine donc vers une partition qui sera fatale pour toute la région.
Encore plus grave, l’étendue du phénomène de la corruption qui ronge l’appareil depuis l’arrivée des Américains…
Les soldats américains n’ont pas manqué d’exprimer leur joie de quitter ce pays en espérant rentrer chez eux le plus tôt possible. L’occupation n’ayant pas été une promenade de santé comme l’avait promis George W. Bush.
Mais les Irakiens sont encore plus contents, eux qui estiment avoir «poussé» les Américains au départ et qui espèrent qu’avec ce départ, c’est la fin de l’occupation.
Les images du retrait américain du Vietnam avaient traumatisé l’Amérique. Il a fallu attendre les expéditions d’Irak et d’Afghanistan pour voir la première puissance mondiale essayer de faire oublier cet épisode malheureux. Aujourd’hui, vous ne verrez aucune image de ce retrait qui signe pourtant l’échec d’une folie guerrière, encore plus absurde que celle du Vietnam. Sur ce plan (communication), l’Amérique est encore très forte…
Il faut dire que les yeux du monde sont braqués sur la Syrie, le Yémen et l’Egypte. Encore un service rendu par les dictateurs aux maîtres du moment. Une trahison de plus pour leurs peuples…

samedi 17 décembre 2011

La Tunisie, un cas à part


Le 17 décembre 2010, un jeune étudiant, vendeur à la sauvette de son état, est excédé par le racket que lui fait subir une police municipale de plus en plus vorace et violente. Dans un geste, non pas de désespoir mais d’objection de conscience, de rappel à l’ordre pour ses compatriotes, le jeune Mohamed Bouazizi s’immole. C’est le point de départ de «la révolution du jasmin» qui va coûter quelques dizaines de morts (de plus mais pas inutilement).
Le 12 décembre 2011, un nouveau président est élu en Tunisie. Il s’agit de l’opposant historique Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, ancien candidat à la présidentielle et opposant farouche à Ben Ali. C’est qu’en Tunisie, du chemin a été accompli.
Un coup d’Etat constitutionnel a permis, avec la complicité de l’Armée qui a refusé de tirer, d’amener au pouvoir une équipe de réformateurs. Des gens qui ont travaillé avec l’ancien régime sans se salir, ayant donc une expérience de l’exercice du pouvoir et en même temps la capacité de satisfaire quelques-unes des aspirations du moment.
Des élections ont été organisées. Elles visaient à choisir les personnes qui devront faire partie de la Constituante ayant pour mission première d’élaborer une nouvelle Constitution pour le pays. Des élections régulières et qui ont donné vainqueur le parti de la Nahda, celui de la mouvance islamiste modérée.
Dirigé par Rachid Ghannouchi, un idéologue de première heure d’un islamisme modéré et moderniste, le parti Nahda a vite fait de composer avec la réalité politique. En fondant une coalition qui lui permettait non seulement d’exercer convenablement le pouvoir, mais aussi de donner les gages de sa bonne volonté à vouloir impliquer le plus de segments politiques de la société tunisienne. La démarche de Nahda lui a permis de faire passer le cap à la Tunisie, du moins jusqu’à présent.
L’autre jour, j’écrivais ici, que la Tunisie qui a aboli l’esclavage en 1846 (deux ans avant la France), qui a eu sa première Constitution en 1861, cette Tunisie-là avait pris forcément une longueur d’avance sur le reste du monde arabe. Ajouter à cela tout l’héritage bourguibien (de Habib Bourguiba, le premier président tunisien) : la scolarisation systématique, l’émancipation de la femme, la désacralisation de tous les aspects de la vie… bref tout ce qui fait que la Tunisie est restée la contrée arabe la plus ouverte sur l’Occident en particulier, sur l’Autre en général.
Le fait d’avoir Rachid Ghannouchi a certainement joué. Il a su avoir la vision, les mots pour l’exprimer, les actes pour la concrétiser, une vision qui rassure et qui n’exclut pas. Le mouvement islamiste tunisien est en avance sur les autres parce qu’il a un idéologue qui a su le réformer très tôt pour faire de la Modernité un enjeu central. Ce n’est pas le cas de l’Egypte où l’on est resté sur Hassan el Banna et ses disciples du siècle passé. Encore moins des autres pays où l’on se cherche encore.
Une société comme la société tunisienne a d’énormes capacités pour subir les du changement violent, en amortir le choc sans en ressentir les effets dévastateurs. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Surtout pas des pays arabes dont les peuples ont été volontairement maintenus dans l’ignorance et en retrait du monde. Surtout pas…  

vendredi 16 décembre 2011

L’Opposition s’en va en guerre


Les partis de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) ayant refusé de prendre part au dialogue, ces partis ont organisé un grand meeting jeudi aux abords de la grande mosquée de Nouakchott (El ‘atiiq). «Meeting du ras-le-bol», il est, selon les leaders de la COD, le point de départ d’une série de manifestations qui déborderont vers une expression de ce «ras-le-bol» de «plus en plus anormale». Autrement dit, la COD chercherait dans les jours à venir à créer une tension par des «escarmouches» entre manifestants et forces de l’ordre. Selon toujours les milieux de la COD, ces «escarmouches» prendraient la forme de manifestations non autorisées, de «caillassages» de bâtiments officiels, et même de leur contrôle par des manifestants déterminés… un peu à la manière des Tunisiens, Egyptiens, Syriens ou Yéménites. L’objectif étant d’installer une atmosphère guerrière à même de favoriser l’instabilité du régime et probablement sa chute. On n’espère plus que cela au sein de la COD.
Les discours de plus en plus guerriers des leaders en disent long sut l’état d’esprit qui prévaut au sein de la classe politique opposante. On en est arrivé à souhaiter un changement de régime au plus vite, à n’importe quel prix, peu importe la manière.
Soit par coup d’Etat. Ce qui explique les derniers appels du pied à l’Armée que quelques-uns des leaders «caressent dans le sens du poil». Tantôt en lui disant que «si Ould Abdel Aziz a peur d’elle, à l’opposition, on attend beaucoup d’elle». Tantôt en l’appelant carrément à «prendre ses responsabilités» à un moment que l’on qualifie de «crise multiforme» et de «moment de blocage». Le salut ne venant plus que de là.
Mais c’est visiblement l’option du soulèvement populaire qui est maintenant envisagée dans les milieux de la COD.
Selon certaines sources, les Islamistes seraient le principal moteur d’une telle option. Ils auraient été encouragés par les exemples d’ailleurs. D’autres sources nous disent que ce sont plutôt les nouveaux arrivants, notamment les dissidents de l’Alliance populaire progressiste (APP de Messaoud Ould Boulkheir) qui pousseraient vers cette voie.
Quoi qu’il en soit, une question reste posée : à qui profitera un éventuel – et hypothétique – changement de régime, que ce soit par coup d’Etat ou à la suite d’un soulèvement populaire ?
Les acteurs qui sont en présence ont assisté, au moins à la tentative de juin 2003 qui a laissé le pouvoir dans la rue, sans aucune couverture ni défense. Nous avons vu comment ils sont restés terrés comme tous les autres mauritaniens (du soutien du régime visé à ses ennemis). Le 3 août 2005, le 6 août… ils étaient là sans profiter des changements pour imposer des points de vue, des visions. Le discours sur le retrait de l’Armée, sur les grandes réformes «nécessaire», «garantissant la démocratie», c’est à des moments pareils qu’il fallait le tenir. Pas six ans après, pas trois ans après…
Comment se fait-il que l’on puisse, pour améliorer les conditions de vie des gens, compter seulement sur une forte déstabilisation d’un pays que l’on juge par ailleurs «dans le gouffre» (pas au bord du gouffre) ? La haine et le rejet du régime doivent-ils tant aveugler ?
La politique est l’art du possible, comme l’on dit. Il est vrai qu’en refusant le dialogue comme cadre de raffermissement de la démocratie et comme possibilité d’acquisition de quelques réformes essentielles, il ne restait plus à cette opposition-là que l’option de la rue. C’est une logique qu’il n’est pas aisé d’assumer ni de réussir. Il est facile de s'enfermer dans des logiques stériles qui ne mènent nulle part...
Que Dieu préserve le pays de tout et de tous.