dimanche 15 mai 2011

La dernière tentation

On hésite entre deux titres célèbres : «La chute» et «la dernière tentation», pour qualifier ce qui vient d’arriver à Dominique Strauss-Kahn, DSK pour les intimes. Le patron du FMI, aspirant à la présidence française, fortement pressenti pour cela, a passé sa nuit dans un commissariat de Harlem, à New York à la suite d’une tentative d’agression sexuelle sur une femme de chambre d’un hôtel de «big apple»… tout est dit… «la grosse pomme», c’est comme ça que les Américains appellent leur mégalopole… avec toutes les tentations qu’il y a, on comprend bien… mais revenons à DSK.
Hier encore, dans «on n’est pas couché» de Laurent Ruquier (France 2), on vilipendait l’homme de gauche qui se faisait flasher descendant d’une Porsche rutilante. Comme si l’on voulait en faire «l’homme parfait». On parlait de ses costumes qui coûteraient dans l’ordre de …35000 dollars. Et l’on discutait si cela était «convenable» pour l’homme de gauche de qui on attendait le renouveau et la restauration de l’héritage Mitterrand dont on vient de commémorer le trentième anniversaire de son arrivée au pouvoir.
On disait qu’en juin prochain, il allait se décider à annoncer sa candidature et qu’il rentrerait en France pour cela. Qu’il battra Ségolène Royal, François Hollande et tous les aspirants socialistes. Son épouse, Anne Sinclair est déjà sur la route de la campagne présidentielle… tout cela c’était hier soir… ce matin DSK est poursuivi pour agression sexuelle et se retrouve dans un commissariat de New York en attendant son inculpation et probablement son jugement.
C’est quand même le patron de l’institution financière qui fait la pluie et le beau temps sous nos cieux qui fait ainsi preuve de légèreté et d’irresponsabilité morale. C’est lui qui, depuis quelques années, dicte ses volontés aux faibles économies du sud. C’est lui qui juge depuis ce temps, des performances de nos économies, de leurs faiblesses, de la corruption et de la mal-gouvernance…
Chez nous, nous dirons : «Que Dieu nous préserve de ce que nous n’aimons pas». Là-bas, on dit déjà : «dommage». Pourquoi pas : «tant pis».

samedi 14 mai 2011

Attachement à l'espace=amour de l'espace?

Je me suis réveillé ce matin avec une envie pressante d’écouter Cheikh Ould Abba. Et je suis tombé sur un vieil enregistrement de celui à qui l’on doit la «démocratisation» de la musique Bidhâne. Avec son frère Sidaty qui est le pionnier en la matière, ils ont introduit la guitare et simplifié la composition. Ce au moment où la radio faisait son entrée dans les foyers, contribuant à populariser une musique jusque-là dédiée aux élites aristocratiques. Au temps où la Mauritanie se construisait.
La Mauritanie moderne qui nous manque aujourd’hui et que nous percevons aux travers de regards nostalgiques, cette Mauritanie-là doit beaucoup à cette catégorie sociale, aujourd’hui délaissée, les Igawen (singulier : Iguiw)… Cela mérite réflexion et j’y reviendrai.
Cheikh Ould Abba a aussi diffusé, à grande échelle, le genre poétique bien particulier aux habitants du Tagant. La plupart des textes qu’il chante sont puisés dans les compositions dédiées à cette région.
La particularité de cette poésie est son attachement à l’espace. C’est ici et seulement ici – ou presque – dans l’espace des Bidhânes, que l’on chante le lieu pour ce qu’il est, pas pour le temps qu’on y a passé. Dans ce que j’ai déjà entendu, il n’y a que quelques exceptions dont la plus éminente et la plus éternelle reste l’expérience poétique d’Arabâne Ould Amar Ould Maham, le génie inégalé de l’Aftout. Partout ailleurs, on chante le lieu pour le moment passé et le souvenir laissé. Un peu pour le perpétuer, le rendre éternel. Ce qui fonde le drame que nous vivons dans notre relation avec le temps : nous tenons à en faire un lieu, vaine tentative de le fixer. C’est aussi un autre sujet qui mérite plus de… temps… et d’espace.
Wul Gaçry disait, au bout d’un long poème dédié à l’attachement à la terre du Tagant, qu’il restera toujours au poète le mal d’exprimer ce qu’il doit à une terre dont la beauté ne ressemble pas à celle des autres, et à des habitants qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Wul Adouba est capable de se fendre de plusieurs tal’a (pluriel : tli’) pour peindre un tableau, un relief, une nature. Et ils ne sont pas les seuls. C’est encore un autre sujet qui demande le temps et l’espace.
Ici, il suffira de dire que c’est l’attachement à l’espace qui fonde le patriotisme. Tout peut-il s’expliquer par la rareté de l’expression d’un tel attachement dans notre culture ?

vendredi 13 mai 2011

la fin de l'ère des "DIRCAB" ?

Encore une fois, le Président Ould Abdel Aziz surprend tout le monde et déjoue les pronostics. Alors qu’on nous avait convaincus de nous attendre à l’un des hommes du sérail actuel, voilà que c’est Isselkou Ould Ahmed Izidbiih qui est nommé au cabinet du Président en remplacement de Cheyakh Ould Ely qui avait été «écarté» vers la France comme Ambassadeur.
J’ai connu Isselkou Ould Ahmed Izidbiih au début des années 90 à travers d’excellentes réflexions qu’il nous envoyait depuis la France. La qualité de l’écriture et la richesse du contenu m’avaient laissé penser qu’il s’agissait d’un compatriote depuis longtemps installé en Europe et très porté sur la littérature. A l’époque on recevait de belles pages écrites par des jeunes comme Jemal Yessa, Sidi Ould Salem, des moins jeunes comme feu Kane Saydou. Une tradition qui sera perpétuée dans les pages de Mauritanie Demain, d’Al Bayane, du Calame, de La Tribune et de bien d’autres journaux indépendants. Isselkou Ould Ahmed Izidbiih était en fait un mathématicien qui finissait ses études en France.
Il est rentré et a commencé à militer dans les rangs de l’Opposition de l’époque. Je le retrouverai auprès de feu Hamdi Ould Mouknass qui avait une grande confiance en lui. Sans doute le plus proche de lui des cadres de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP). Il «l’attachera» d’ailleurs au cabinet présidentiel quand il sera nommé ministre secrétaire général de la présidence.
Je ne sais plus à quel moment il soutiendra Ahmed Ould Daddah et militera dans les rangs de son parti. On le retrouve naturellement postulant, en 2007/2008, au poste de président de l’Université de Nouakchott. Avec Ahmedou Ould Hawba et Sidi Abdalla Ould Mahboubi, il était l’un des favoris de tous les points de vue. Un moment, on a craint que ses engagements politiques ne le lèsent. Ce ne fut pas le cas.
On peut être inquiet pour cette nomination au cabinet pour ceux qui croient qu’un tel poste ne peut être pourvu que par «un vieux de la vieille», avec les «qualités» qu’on sait : connaitre les méandres de la politique locale, les intermédiaires et les jeux traditionnels… quand aussi on fait le bilan de l’intéressé à l’Université qui est aujourd’hui source de toutes les inquiétudes. Mais est-ce la faute à son administration seulement ?
Mais on est plus optimiste quand on voit dans cette nomination une recherche de renouvellement de l’appareil de l’Etat. Avec Ould Ahmed Izidbiih, l’intellectuel mesuré, le mathématicien doué, l’homme appliqué, on peut espérer le début d’une rupture avec les traditionnels visages qui ont fait le système jusque-là. Homme moderne relativement «détribalisé», on ne retiendra de sa nomination que le fait qu’elle ne découle pas de la recherche d’un dosage. Tant mieux.

jeudi 12 mai 2011

La HAPA se rebiffe

«La Haute Autorité de la Presse et de l'Audiovisuel (HAPA) a indiqué que certaines agences ont "attribué, à tort", à son président d'avoir donné un "qualificatif incommode aux médias officiels", et ce dans son discours d'ouverture d'une journée de concertation sur les cahiers de charges des services audiovisuels. "Naturellement, le président de la HAPA a voulu évoquer la modicité des moyens des médias officiels", a souligné la Haute autorité dans une "mise au point importante" publiée moins de deux heures après le discours.  La HAPA a ajouté saisir cette occasion pour réaffirmer "son respect et sa considération des medias officiels et de leurs responsables".
Le président de la HAPA, Dr Haibetna Ould Sidi Haiba a-t-il tenu les propos qu’on lui prête ? Absolument. A-t-il qualifié la presse officielle de «wadhi’a» (quelque chose qu’on peut traduire par «exécrable» ? Oui, absolument. Alors pourquoi dire que «certaines» agences lui ont attribué des propos «à tort» ? Pourquoi essayer de trafiquer la vérité en faisant porter la responsabilité aux agences de presse ? Venant de la HAPA, c’est au moins inquiétant. N’est-il pas de son rôle de rappeler à l’ordre ceux d’entre nous qui ne respecteraient pas la véracité des faits ? bizarre, bizarre…
«wadhi’a» pour les médias officiels, «munharifa» pour l’Université de Nouakchott, les mots n’ont pas manqué au président de la HAPA pour dire son désespoir de voir le pays réussir à relever les défis de la libéralisation de l’audiovisuel. Tout le contraire de l’expert ayant travaillé sur le dossier. Pour celui-ci, son séjour en Mauritanie lui a permis de voir que les facteurs de réussite sont là : une volonté politique exprimée, un bon cadre légal et une ressource humaine à la hauteur. Si c’est l’avis de l’expert, qu’est-ce qui inquiète le philosophe ? Allez savoir… (pour lire l’intégralité du discours dont les passages «corrosifs» ont été «sucrés» par les médias officiels, allez sur www.alakhbar.info)

mercredi 11 mai 2011

RAS... ou presque

En consultant ce matin les différents sites d'information, on se rend compte que nous entrons dans une phase de monotonie exceptionnelle en ces temps de foisonnements multiples. Comme si on entrait dans une ère "d'habitude" alors que nous sommes à quelques mois de l'anniversaire marquant les deux premières années du mandat du Président élu le 19 juillet 2009 et investi le 5 août de la même année.
Inquiétant quand on voit que nous en sommes encore à espérer les ruptures promises. Ruptures qui sont l'unique voie vers le véritable salut...
On apprend que le parti au pouvoir, l'Union pour la République (UPR) a suspendu certains de ses cadres et en a averti et blâmé d'autres pour indiscipline. Il s'agit de ceux qui ont réfuté les choix du parti au renouvellement partiel du Sénat initialement prévu en avril dernier et reporté au dernier moment.
C'est une première quand on se rappelle que les "rébellions contre les partis au pouvoir" vivaient seulement le temps de l'élection. Les élus revenant au bercail dès qu'ils ont exprimé leurs individualités (ou leurs communautés).
Mais l'UPR doit aller plus loin en provoquant l'élaboration d'une loi interdisant le nomadisme politique: le poste électif appartiendrait alors au parti et non à l'individu, les candidatures se faisant uniquement au nom des partis. Cela renforcerait les formations politiques, obligerait à plus de constance et limiterait cette pratique de la débauche que l'UPR semble avoir hérité du PRDS.
Chaque jour, le parti au pouvoir annonce de nouveaux ralliements en insistant sur la provenance de la défection: c'est toujours APP, RFD ou UFP, donc les partis d'opposition. C'est la plus antidémocratique des démarches parce qu'elle vise à tuer les partis en les vidant. A quoi sert à l'UPR d'avoir tous les Mauritaniens dans ses rangs? Ses dirigeants et ses cadres savent pourquoi ils ont choisi cette formation. Ils doivent se dire que les mêmes raisons qui les ont amenés ici, entraîneront suffisamment de notabilités, d'intermédiaires et d'activistes politiques pour occuper la scène. Sans pour autant pouvoir se targuer d'avoir créé un parti et confédéré des fidèles et des inconditionnels. Ce sont toujours ceux qui manifestent les premiers la fin du régime qu'ils soutenaient qui font preuve de tels engagements. A bon entendeur...

mardi 10 mai 2011

Un discours qui dérange

l'un des grands sujets qui agitent le microcosme de Nouakchott, est le discours d'ouverture de la session parlementaire au niveau de l'Assemblée nationale. Tout le monde en parle. C'est que le vice-président de la première Chambre, El Arby Ould Jideine, n'est pas connu pour son courage politique, encore moins pour ses engagements. On fait semblant d'oublier que le premier vice-président n'a fait que lire le discours de Messaoud Ould Boulkheir, actuellement en Afrique du Sud.
Il est vrai cependant que Ould Jideine a eu le temps de "peaufiner" - sans apparemment "bûcher" - le texte, probablement de le faire "viser". Il peut donc déclarer qu'il assume ce qu'il a lu. Qu'est-ce qui dérange dans ce qu'il a dit et qui cela dérange?
C'est le ton jugé "critique" vis-à-vis du pouvoir. On ne semble pas croire que le moment des peurs est révolu, que les Mauritaniens qui qu'ils soient, se sont libérés. Plus ou moins.
L'utilisation d'un discours, "normalement" réservé à l'opposition dérange au sein de la Majorité qui y voit les prémisses d'un changement non encore prévisible. Comme il dérange au sein de l'Opposition qui se sent "lésée" de se faire "enlever" le discours critique qui lui restait.
Faut-il se résoudre que la Mauritanie est en pleine mutation ? ou doit-on rester sur les schémas traditionnels ? La Mauritanie appartiendra à ceux qui croient aux portes ouvertes, pas à ceux qui ruminent et perpétuent les discours et les attitudes du passé...