Nous sommes
mercredi 6 août, un mercredi comme celui du 12/12/84, comme celui du 3 août
2005… Ceux qui ont l’habitude d’écouter Radio Mauritanie tôt le matin
apprennent dès 7 heures que le Président a limogé les principaux chefs de corps :
le cabinet militaire de la Présidence, le Chef d’Etat Major de l’Armée, celui
de la Gendarmerie, de la Garde et le Directeur de la Police.
Ce serait un
communiqué qui n’a pas suivi les procédures légales pour devenir un décret. Dans
la précipitation, le Président a voulu agir. Sous quelles pressions ?
On s’attendait à
tout sauf à cette décision et à cette heure. «Tayhet el vejer», comme à la vieille tradition des guerriers Maures
qui choisissaient toujours ce moment de la journée (ou de la nuit) pour s’attaquer
à leurs ennemis. On estime qu’à ce moment-là, toute réaction est pratiquement
impossible. Un coup d’Etat …civil qui vise la destitution des militaires
devenus «encombrants». Le prétexte
développé plus tard est que «les généraux
préparaient une prise de pouvoir par les Parlementaires à l’issue de
manifestations qui se dirigeront vers la Présidence». Mais les civils ne
semblent pas avoir calculé leur «coup».
Ils sont arrêtés un à un : le Président Ould cheikh Abdallahi, son Premier
ministre Yahya Ould Ahmed Waqf, son ministre de l’intérieur Mohamed Ould
Rzeizim, le président du conseil économique et social Ahmed Ould Sidi Baba et
le directeur de l’ANAIR Moussa Fall. Les Mauritaniens ont droit à suivre en
direct le processus d’une prise de pouvoir finalement heureuse parce que n’occasionnant
pas d’effusion de sang.
Quoi qu’en disent
leurs détracteurs, il est clair de leur attitude que les militaires n’avaient
pas prévu de prendre le pouvoir. D’ailleurs il faut dire que deux visions s’opposaient
ici. La première, celle d’une génération à laquelle le Président Ould Cheikh Abdallahi
a appartenu croit ferme que «tout
problème a une durée de vie : il nait pour se développer et mourir, le
défi pour l’homme étant de supporter cette durée de vie». La seconde est
celle de la génération des officiers comme Ould Abdel Aziz qui réagissent aux
situations, un peu à la manière d’un réflexe de survie, «quitte à voir après». Si la première porte les germes de la
destruction par l’inaction, la seconde inquiète pour ce qu’elle suppose d’improvisation.
Ce
n’est qu’en fin d’après-midi ce jour-là que le putsch est décidé. La première
mouture proposée est de créer un Haut conseil d’Etat comprenant cinq
personnalités militaires (les chefs de corps démis) et cinq personnalités
civiles (les présidents des deux Chambres, le chef de file de l’Opposition
démocratique, le président du conseil Constitutionnel et celui du Haut conseil
islamique). Ce conseil aura à gérer une transition au terme de laquelle tous
ses membres s’engagent à ne pas se présenter. Les politiques ne marchent pas :
tout ce qui peut les exclure du jeu ne peut être accepté.
On
pense alors à un gouvernement d’union nationale avec pour mission de préparer
une présidentielle. Nouveau refus des politiques. C’est ce qui explique le
retard pris dans la mise en place du gouvernement qui comprendra quand même d’éminentes
personnalités du RFD, lequel procèdera ultérieurement à leur exclusion.
Un
Front national de défense de la démocratie (FNDD) est créé par ceux qui sont
opposés au putsch et qui entendent le faire échouer. Les députés affiliés aux
partis APP, Adil, UFP et Tawaçoul refusent un premier temps la convocation du
Parlement par les nouvelles autorités.
Sur le plan extérieur, le Président Nicolas Sarkozy déclare
sur RFI : «Franchement,
le malheureux continent africain, il en a connu (des coups d’Etat, ndlr) et pas seulement dans la période récente.
Sur la Mauritanie, vous connaissez bien ça puisqu’on a souvent vu un coup
d’Etat sans manifestation et sans protestations si ce n’est celles de la
France, lorsque le président démocratiquement désigné a été retenu.» Et le
président français de préciser : «Moi-même
je l’ai appelé, moi-même j’ai exigé qu’il soit libéré. Enfin, force est de
constater qu’il n’y a pas eu un député, un parlementaire qui a protesté et
qu’il n’y a pas eu de manifestations.» Il ne se suffit pas de commettre un
mensonge – il n’a jamais appelé Ould Cheikh Abdallahi – mais il laisse la porte
ouverte à tous les retournements ultérieurs.
La
Mauritanie est alors divisée en deux camps farouchement opposés. Messaoud Ould
Boulkheir martèle : "le général Aziz ne sera jamais président de
la Mauritanie, nous ne le permettrons jamais" et "le putsch ne réussira jamais, le putsch a
été vaincu, les putschistes sont en déroute". Le Président Ould Cheikh
Abdallahi déclare qu'il serait prêt à discuter de "l'avenir
des institutions du pays", "une fois le putsch mis en échec",
dans un discours diffusé par la chaîne de télévision Al-Arabiya repris par une
dépêche de l’AFP. "Une fois le
putsch mis en échec, je serai ouvert à tout dialogue ou réflexion portant sur
l'avenir des institutions du pays, dans le cadre de la Constitution et des lois
de la République, dans un climat de tolérance et de pardon, au service de la
cohésion et de l'unité de la Nation". L’initiative lancée par le
président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir (encore lui),
propose "une sortie de crise"
qui passerait par "le retour au
pouvoir" du président "pour
une période déterminée, suffisante pour l'organisation d'une élection
présidentielle" à laquelle il ne participerait pas.
Mais
le général Ould Abdel Aziz est déjà lancé politiquement. Il multiplie les
sorties où il promet "une lutte sans merci contre la corruption et le
détournement des deniers publics", accusant le président renversé de
s'être "évertué à favoriser un climat propice à la corruption"
tout en favorisant le népotisme et la gabegie. Le Général s’engage aussi à
livrer une "lutte sans merci contre le terrorisme sous toutes ses
formes et quelles que soient ses causes dans le cadre des obligations et des
engagements internationaux en la matière". Il promet de "lutter
efficacement contre l'immigration clandestine, le trafic de drogue et le crime
organisé" en Mauritanie.
Tout un programme de gouvernement.
Mais
il faudra attendre l’Accord de Dakar pour voir le monde politique adopter une
feuille de route visant à restaurer la démocratie en Mauritanie. Un
gouvernement d’union nationale ayant en charge d’organiser une élection
présidentielle consensuelle et une possible ouverture sur l’avenir. Le 18
juillet 2009, le Président Ould Abdel Aziz est élu au premier tour avec 52% des
suffrages. L’opposition se réveille avec la gueule de bois… elle court depuis
derrière une reprise du processus…
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