dimanche 25 janvier 2015

La réponse du FNDU

Finalement, la réponse du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) aux propositions du gouvernement est tombée. Il s’articule autour des questions suivantes :
-          Un gouvernement consensuel : un gouvernement avec de larges prérogatives et qui respecte les lois de la République est la seule garantie de la neutralité de l’administration et empêche l’utilisation des services et des intérêts publics dans la course politique ;
-          Les Institutions électorales que sont le Conseil Constitutionnel, la CENI et les directions du ministère de l’intérieur impliquées dans les opérations électorales. Toutes ces structures devront être restructurées et leurs responsables nommés de façon consensuelle ;
-          La neutralité de l’administration afin de garantir la non interférence de l’autorité publique et de l’argent public doit se faire à travers l’élaboration d’une nouvelle loi sur la neutralité de l’Etat dans le jeu politique et dans les élections, ainsi que la mise en application de toutes les lois ayant rapport à ce sujet. Mettre fin aux nominations sur la base d’allégeances politiques, éloigner l’administration de la politique, nommer sur la base de la compétence sans discrimination, et prendre des dispositions afin de l’indiquer avant tout processus de dialogue ;
-          Eloigner l’attribution de marchés publics, d’agréments et tout service public de la politique avant toute élection ;
-           Révision et application des lois sur les budgets électoraux pour les candidats et limitation de la participation individuelle à chaque campagne ;
-          L’annonce officielle par le chef suprême des Armées Président de la République de l’interdiction d’activités politiques aux éléments des forces armées et de sécurité, en plus de la déclaration solennelle des commandants des corps en vue d’affirmer le caractère républicain de son institution et leur engagement d’être à égale distance de tous les protagonistes politiques ;
-          Le vote des militaires en même temps que les civils et dans les mêmes conditions ;
-          Ouverture des médias publics à tous les protagonistes politiques de façon juste et continue, et désignation des responsables de ces établissements sur la base de la compétence et de l’indépendance ;
-          La préparation matérielle des élections demande quant à elle : la révision des textes relatifs aux élections de façon consensuelle ; l’accélération de l’opération d’enrôlement à l’intérieur et à l’extérieur et remise gratuite de la carte d’identité nationale aux enrôlés ; audit du fichier électoral ; implication de tous les protagonistes dans la préparation des listes électorales.

Rapidement résumées les propositions du FNDU qui devront être remises ce lundi au Premier ministre Yahya Ould Hademine. On saura alors si les prédispositions des uns et des autres sont sérieuses ou s’il s’agit simplement de manœuvres dilatoires. Ce à quoi nos politiques nous ont habitués.

samedi 24 janvier 2015

La mise à nu du système judiciaire et pénitencier

Toute la soirée de vendredi à samedi, Nouakchott a vécu au rythme d’événements singuliers et pour le moins inattendus survenus dans la prison civile de Nouakchott.
Tout commence en fin d’après-midi quand des prisonniers salafistes accrochent des gardes venus mater un sit-in qu’ils organisent depuis plus d’une semaine. Ce sit-in visait à protester contre le maintien en détention de quatre d’entre leurs amis dont la peine a expiré et que le Parquet refuse de libérer, sans explications.
L’accrochage entre gardes et prisonniers prend l’ampleur d’une bataille rangée qui voit les Salafistes prendre le dessus, avec le retrait des gardes qui laissent derrière eux deux de leurs camarades qui deviennent alors des otages aux mains des prisonniers. On tente dans un premier temps de couvrir la mutinerie en utilisant la force. Mais très vite, les autorités se rendent compte qu’il est trop tard. Les Salafistes, bien organisés et ayant les moyens technologiques de faire participer l’extérieur au déroulement des événements, ont déjà envoyé les images des deux otages à l’extérieur.
Sans scrupules, la plupart des moyens d’informations privés – télévisions et sites électroniques – publient immédiatement les photos. L’alerte est donnée. Les événements se déroulent alors en direct de la prison de Nouakchott.
C’est un peu avant minuit que preneurs d’otages et autorités arrivent à un accord : les quatre prisonniers salafistes sont libérés en échange de la libération des otages. Une honte à double niveau.
D’abord au niveau de l’éthique : voilà des prisonniers dont la peine a expiré et qu’on maintient malgré cela en prison. Une habitude qui relève de la normalité de l’excès d’autorité dont font preuve les hommes du Parquet. Il suffit de faire la liste de tous les prisonniers dont la peine a expiré et qui sont maintenus malgré cela en détention. Paresse ou insouciance ? probablement les deux à la fois.
Ensuite au niveau sécuritaire : voilà que des prisonniers qui plus est salafistes peuvent prendre en otage des gardes en plein Nouakchott. On est loin, très loin, du zéro risque qu’on espérait avoir approché avec toutes les réussites en matière sécuritaire.
L’action de ces dernières vingt-quatre heures met effectivement à nu le système judiciaire en étalant sur la place publique ses défaillances, son incohérence et sa mauvaise foi. Défaillances, incohérence et mauvaise foi sont à la source de l’arbitraire exercé au quotidien contre toutes les victimes qui ne comptent (ou décomptent pas).
Elle a mit à nu aussi les insuffisances du système pénitencier qui finit par vivre sur le compte des prisonniers qui, eux, ont tout loisir à se comporter comme ils veulent. Sinon comment expliquer la présence de téléphone de grande qualité dans la prison ? et les armes blanches, s’il y en a eu ? et cette bonhomie qui caractérise les relations entre prisonniers et geôliers ? que dire aussi de ces prisonniers fraichement rapatriés de la prison du désert qui les isolait et qui prouvent qu’ils ont la possibilité de continuer à agir et à recruter ? où en sont les ONG qui reprochaient aux autorités de les avoir isolés ?
Les prisonniers salafistes dont la peine a été consommée et qui ont finalement été libérés à la suite de cette action violente sont :
1.      Tiyib Ould Salek, arrêté en 2005. Il était accusé d’abord de participation à l’opération de Lemghayti qui a coûté la vie à 17 de nos vaillants soldats. Il a été ensuite jugé pour avoir reçu de l’argent de l’extérieur en vue d’organiser des actions terroristes et d’avoir recruté à cet effet. Il est accusé d’appartenir à une filière internationale, c’est pourquoi les services espagnols ont demandé à l’interroger dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid le 11 mars 2004.
2.      Mohamed Said Ould Moulaye Eli accusé d’avoir participé à plusieurs actions d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Il a été appréhendé puis jugé en Algérie où il a écopé de trois ans fermes. Remis à la Mauritanie, il a été condamné à deux ans. Sa peine a expiré le 15 de ce mois.
3.      Taleb Ould Hmednah, recherché pour appartenance à AQMI, il a été arrêté au Sénégal puis remis à la Mauritanie. Il a été jugé et condamné à cinq ans de prison. Son frère Abdel Kader a été tué au Mali au cours de l’offensive française de 2013. Sa peine a pris fin il y a deux mois environ.
Mohamed el Hafedh alias Jouleybib qui fait partie de ceux qui ont bénéficié de l’amnistie faisant suite au dialogue de 2010. Il est vite repris et accusé de recruter pour le compte d’AQMI. Il est condamné à cinq ans avant de faire appel, ce qui lui permet de réduire sa peine à trois ans qui ont pris fin ce vendredi, le jour de la mutinerie.

vendredi 23 janvier 2015

Le cas Ould Sellahi

Les mémoires du célèbre prisonnier Mohamedou Ould Sellahi sont parues cette semaine sous le tire de «Carnets de Guantanamo». Premier du genre, ce livre retrace l’expérience douloureuse de notre compatriote, torturé par la police de son pays, parfois sous la supervision des agents du FBI et de la CIA, avant d’être livré par les autorités aux Américains qui ont dû être convaincus de l’utilité pour eux d’accepter ce cadeau.
Nous sommes en octobre 2001 quand le jeune ingénieur Mohamedou Ould Sellahi est arrêté par la police politique mauritanienne pour une deuxième fois. Cette fois-ci, alors qu’il participait à une réunion tribal qui préparait l’une des visites carnavalesques du Président Moawiya Ould Taya à l’intérieur du pays.
La première fois, ce fut au lendemain de son retour de l’extérieur où il avait pourtant été longuement interrogé par les polices du Canada et de l’Allemagne sur son implication éventuelle dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001. Toutes les polices du monde avaient fini par le laisser tranquillement rentrer chez lui. Mais ici, il arrivait à un moment où le pouvoir cherchait à tout prix à trouver des excroissances aux réseaux terroristes pour justifier l’autoritarisme qui occasionnait des répressions périodiques contre telle ou telle mouvances.
C’est en août 2002 que Ould Sellahi est remis aux Américains et c’est seulement en octobre de la même année qu’il arrive à Guantanamo. Où a-t-il été quand il a quitté la Mauritanie, et surtout comment les Mauritaniens ont-ils convaincus les Américains de le prendre avec eux ? Selon lui, il a fait un séjour en Jordanie et un autre en Afghanistan avant d’être à Guantanamo.
Une première tentative a vu venir à Nouakchott des éléments du FBI qui ont participé à l’interrogatoire de Ould Sellahi par la police. Un interrogatoire où l’utilisation de la torture a été systématique chaque fois que le prisonnier semblait ne pas vouloir collaborer. En présence ou non des agents américains, les policiers ont longuement interrogés Ould Sellahi. Sans résultat apparemment parce que les agents du FBI repartiront sans être convaincus par les révélations.
Puis vinrent des agents, probablement de la CIA, habitués eux aux méthodes des polices arabes et musulmanes en général. Ce sont eux qui finalement accepteront d’amener Mohamedou Ould Sellahi.
Agé de 32 ans à l’époque, Mohamedou Ould Sellahi semble avoir été contraint à collaborer dans un premier temps. Ses mémoires nous diront jusqu’à quel niveau il a pu tenir.
Douze ans après les événements, le voilà qui consigne son expérience dans des carnets qu’il publie dans vingt pays. Tous les droits ont été donnés au journal The Guardian qui a d’ailleurs publié des extraits du journal intime de notre compatriote.
Nous ne savons pas pour notre part combien de passages sont réservés à la partie mauritanienne de sa mésaventure qui a tourné au drame. Séparé de sa famille, notamment de son épouse palestinienne et de son enfant vivant depuis en Allemagne sur le compte de compatriotes amis, puis de sa famille mauritanienne, il apprendra la mort de sa mère à laquelle il vouait un grand amour, alors qu’il est retenu contre son gré dans la prison américaine de Guantanamo.
Reste pour nous le droit de demander des explications aux autorités de l’époque : au Président de la République, au Premier ministre, au ministre de l’intérieur, au directeur général de la police, au directeur de la police politique… Pourquoi avoir livré un compatriote aux Américains, même s’il était demandé par eux ?
Et si réponse il y a, ils devront rendre compte de ce qu’ils lui ont fait subir de tortures et de mauvais traitements. Il faut que quelqu’un paye et il en est temps. 

jeudi 22 janvier 2015

L’enlisement au Mali ?

Il ne se passe plus un jour sans que les régions du Nord malien ne soient le théâtre d’affrontements entre les forces multinationales et maliennes d’une part et les Jihadistes d’autre part. La carte des préoccupations dans cette région est en train de changer. Avec de moins en moins de premier rôle pour les organisations connues comme le MUJAO (mouvement pour le Jihad en Afrique de l’Ouest), les Mourabitounes (mouvement créé pour unifier les segments AQMI sous un même commandement, celui de Mokhtar Belmokhtar alias Belawar), Ançar Eddine du dirigeant touareg Iyad Ag Ghali…, de moins en moins de rôle aussi pour les mouvements rebelles qui ne finissent pas de se reconstituer, de s’unir et de se désunir. Ce qui complique la lisibilité de la situation : on ne sait plus qui est qui et qui veut quoi. Les commentaires malveillants et l’intoxication à travers la presse faisant le reste.
De nouveaux mouvements sont en construction. Ils épousent souvent les contours d’une ethnicité qui ne dit pas son nom. Les agresseurs de Nampala et ailleurs sont pour la plupart des Peulhs. Jusqu’à présent cette composante ethnique du Nord n’occupe pas de place prépondérante dans le dialogue intercommunautaire d’Alger. Alors que les prédicateurs radicaux ont trouvé dans cette exclusion de fait un motif et une justification pour recruter au sein de cette composante importante de cet espace. On y pensera quand on se rappellera que, comme les Bidhânes et les Touaregs du Nord, les Peulhs ont leurs ramifications sociologiques partout en Afrique de l’Ouest. Que partout où ils sont, ils vivent une marginalisation plus ou moins avérée. Que les raisons de les pousser dans les bras du radicalisme sont d’autant plus fortes qu’ils sont naturellement un peuple religieux, fier d’avoir été l’élément essentiel de la propagation de l’Islam au sud du Sahara.
Toutes les missions internationales – celle de l’ONU (MINUSMA) et celle de l’Union Africaine (MISMA) – reconnaissent désormais l’ambigüité de la situation et la difficulté à trouver des solutions et à rétablir l’ordre.
L’une des grandes difficultés reste l’absence de l’Etat malien et son incapacité à étendre son autorité sur le Septentrional comme on dit là-bas. La présence de troupes étrangères ne peut être envisagée indéfiniment car elle est déjà assimilée à une force d’occupation. D’autant plus que personne ne peut assurer l’intégrité territoriale du Mali en dehors de ses fils. Personne non plus ne peut trouver de solutions aux problèmes posés en dehors d’eux-mêmes. 
Dans une déclaration faite aujourd’hui, Pierre Buyoya, le chef de la MISMA a invité à la mutualisation des efforts car aucun pays du Sahel, ne peut réussir seul à combattre le terrorisme et ses ramifications transfrontalières.
Selon les termes du communiqué rendu public par son bureau, «cette mise en commun des moyens devrait se faire à travers une pleine appropriation par les pays concernés du Processus de Nouakchott dont l’objectif est le renforcement de la coopération en matière de sécurité entre les pays du Sahel et l’opérationnalisation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) dans la région sahélo-saharienne». 
C’est dans ce cadre qu’il faut envisager le passage à l’acte par «la mise en place d’une force régionale d’intervention rapide au Nord du Mali, des patrouilles conjointes aux frontières et une force multinationale pour faire face à Boko Haram»
La reprise des pourparlers d’Alger s’annonce difficile et l’accord qui peut en découler restera fragile tant que toutes les problématiques de la région ne sont pas prises en compte.

mercredi 21 janvier 2015

Transparence et développement en Afrique

L’événement était de taille : une conférence internationale sur la transparence en Afrique dans un pays classé très bas dans la perception de l’indice de corruption et dans le classement annuel publié par Transparency International. C’est que lors de sa visite en Mauritanie en décembre dernier, Peter Eigen, président de TI avait été subjugué par le dispositif mis en place par notre pays pour lutter contre la corruption et la mauvaise gouvernance en général. Le rapport qui sortait la semaine de sa visite, et qui plaçait la Mauritanie à la 122ème place ne l’avait pas empêché de provoquer cette réunion internationale sur terre mauritanienne.
Sous le thème «Transparence et développement en Afrique», la rencontre a finalement réuni les experts de tous horizons : institutions internationales (TI, Banque Mondiale, Union Européenne, Union Africaine, PNUD…), organisations de la société civile locales et régionales et les représentants de gouvernements. En fait ce qui fait la fameuse triptyque du «Triangle magique» tel que défini par Peter Eigen.
Après deux jours de discussions ouvertes, les participants ont convenu de «la nécessité urgente et permanente d'accélérer les progrès dans la lutte contre la corruption, le blanchiment d'argent, l'évasion fiscale et toutes les autres formes de flux financiers illicites, à travers des approches globales et stratégiques à long terme». Relevant que «l'Afrique est dotée d'une richesse de ressources naturelles, dont le pétrole et le gaz, les mines ainsi que les ressources marines». Malgré cela, notre continent vit toutes ces misères qui n’expriment en rien ses potentialités. Pourtant, «avec une bonne gouvernance à tous les niveaux, ces ressources naturelles peuvent transformer les vies de millions de citoyens africains des générations actuelles et futures. Avec une bonne gouvernance, les ressources naturelles peuvent permettre à nos Etats de créer des emplois, dynamiser la croissance économique, réduire la pauvreté et les inégalités, accroître l'intégration sociale et favoriser le développement durable».
Dans le texte intitulé «Déclaration de Nouakchott», les participants ont appelé «à soutenir et à suivre l’engagement du gouvernement de la Mauritanie, qui assure actuellement la présidence de l’Union Africaine». Notamment «à encourager la gestion efficace et transparente des ressources publiques par des institutions fortes et fonctionnelles, une fonction publique professionnelle et efficace, ainsi que des politiques saines de gestion budgétaire et de passation de marchés et l'utilisation des nouvelles technologies et des instruments pour la publication et l'analyse des données fiscales». Ensuite «promouvoir et renforcer la coopération et le dialogue entre les gouvernements, la société civile et le secteur privé, afin de construire le consensus politique et la compréhension qui sera nécessaire à prévenir et éradiquer la corruption, le blanchiment d'argent, et les flux financiers illicites.»
Sans oublier d’appeler à «réaffirmer davantage le soutien pour les efforts des pays membres de l'Union africaine pour récupérer et restituer les avoirs volés, à refuser un havre de sécurité aux recettes de la corruption, à mettre en place les principales conventions régionales et internationales de lutte contre la corruption par leurs engagements internationaux de recouvrement des avoirs, et à initier les procédures internes contre les agents corrompus y compris le recouvrement des avoirs volés».
La conscience aigue de l’utilité des médias amène les participants à «soutenir la liberté de, et l'accès à l’information, un principe qui est vital à la promotion de l'ouverture et la redevabilité dans la politique public et la passation des marchés, et à permettre à la société civile, y compris les médias, à aider à prévenir et lutter contre la corruption et ses infractions principales».
Les participants ont déclaré s’être réunis à l'invitation de Mohamed OULD ABDEL AZIZ, Président de la République Islamique de Mauritanie, et Président en exercice de l'Union africaine, avec le soutien de la Banque africaine de développement, l'Union européenne, Deutsche Gesellschaftfür Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, Transparency International (TI), le Programme des Nations Unies pour le Développement, et la Banque mondiale ; provenant du secteur public, du secteur privé et de la société civile, et en présence du chef d'État de Mauritanie, de représentants de plusieurs gouvernements, et de hauts représentants des organisations internationales et régionales.

mardi 20 janvier 2015

Dialogue : la copie du gouvernement

Dans le papier remis par le Premier ministre au Secrétaire permanent du FNDU, on note d’abord l’engagement de la Majorité à s’inscrire dans la dynamique du dialogue constructif inclusif, en vue de créer «une atmosphère politique apaisée». Partant de ce principe et «en vue de concrétiser sa volonté d’ouverture, la Majorité déclare sa disponibilité à discuter les thèmes suivants qui ont été soulevés par l’Opposition».
Thèmes à discuter : la couverture par les médias publics des activités de l’Opposition, le rétablissement de la confiance entre les deux pôles, l’arrêt de l’exclusion des cadres et hommes d’affaires de l’Opposition («s’il s’en trouve»), réorganisation du Conseil Constitutionnel, organisation de nouvelles élections municipales et législatives consensuelles et recul des sénatoriales, restructuration de la CENI, accord sur un calendrier électoral, réforme de la Constitution pour lever la limitation d’âge pour la candidature aux présidentielles, interdiction à l’Armée Nationale d’interférer dans la politique, organisation d’élections présidentielles anticipées, redéfinir les pouvoirs du Parlement et du Premier ministre, l’Unité nationale, la sécurité publique et extérieure, la loi et la transparence dans la gestion des affaires publiques, neutralité de l’administration, indépendance de la justice, relations des partis au pouvoir avec l’administration et la redéfinition du leadership de l’Opposition.
Le document conclut à la nécessité de discuter l’ensemble de ces questions «dans le cadre d’un dialogue national consensuel auquel tous les acteurs de l’espace politique national». Chacune des deux parties sera conviée à désigner des représentants à ce dialogue.  
Même si le document (en Arabe) précise qu’il répond à des doléances écrites, nous n’avons pas connaissance d’un écrit autre que celui de la proposition de Messaoud Ould Boulkheir. Or de nombreux points soulevés par le document du Premier ministre ne figurent pas dans la proposition de Ould Boulkheir. Notamment la question de l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, mais pas seulement. Alors ?
Dans sa copie, le Premier ministre s’est voulu exhaustif : il a complété la proposition de Ould Boulkheir par toutes les demandes antérieurement exprimées par l’Opposition, mais aussi par tout ce qui peut l’intéresser. Les dix-huit points recouvrent effectivement le spectre revendicatif de l’Opposition dans son ensemble. Cela pose plusieurs problèmes.
D’abord de quelle opposition parle-t-on quand on fixe les protagonistes au nombre de DEUX ? Dans les documents on se suffit à désigner LE POUVOIR et L’OPPOSITION comme les deux parties prenantes. Dans ce cas, le label OPPOSITION désignera en même temps ceux de la CAP (Wiam, APP et Sawab) et ceux du FNDU. Mais accepteront-ils d’être traités au même niveau, de désigner leurs représentants d’un commun accord, de défendre les mêmes points de vue… ?
Même au sein du FNDU, les divergences sont évidentes et s’expliquent par les différences dans les approches et dans les conduites. Si le parti Tawassoul a participé aux dernières élections législatives, abandonnant ses compagnons de la défunte Coordination de l’opposition démocratique (COD), c’est bien parce que sa vision de l’avenir politique du pays et de son rôle sur l’échiquier est différente des autres. Si l’Union des forces du progrès (UFP) doit payer le prix du boycott qu’elle a adopté malgré de fortes réticences au sein des masses populaires et même de l’élite dirigeante, c’est bien parce que la direction historique s’est inscrite dans la logique d’autres composantes de la COD comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) de Ahmed Ould Daddah. Les sentiments l’ont emporté à ce moment-là, mais la Raison a repris le dessus plus tard.
Autant dire que la proposition du gouvernement peut paraitre comme une manœuvre dans la mesure où l’on est sûr de côté qu’il sera difficile de trouver un accord entre les acteurs de l’Opposition. Surtout si ceux-ci lisent la proposition comme étant un moment de faiblesse, la conclusion est alors : «il ne faut pas aider le pouvoir à sortir de ses problèmes, mais le laisser s’empêtrer encore plus pour provoquer sa chute inéluctable». Cette conclusion amène à refuser toute ouverture sur le vis-à-vis.
On peut cependant refuser en adoptant une attitude de rejet pur et simple. C’est mortel et on le sait. On peut aussi faire des contrepropositions impossibles à réaliser et dans ce cas faire croire à une disponibilité qui n’est pas réelle mais qui a l’avantage de renvoyer la balle ailleurs, loin de son camp.

lundi 19 janvier 2015

Ould Mohamed Laghdaf revient

C’est sans doute l’information du jour : Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, resté Premier ministre pendant plusieurs années (en fait d’août 2008 à août 2014), revient aux premières loges en devenant Ministre secrétaire général de la Présidence. Ce poste fut conçu pour coordonner l’action de tout l’Exécutif et son occupant devait jouer le rôle d’interface entre la présidence et le Premier ministère (ou le gouvernement). Mais la succession à ce poste de personnages insignifiants lui a fait perdre son rôle et son poids. Au lieu d’être perçu comme un Premier ministre bis, le secrétaire général de la Présidence a fini par devenir un conseiller si ce n’est un attaché de cabinet de plus à la Présidence. La nomination de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf peut-elle signifier une réhabilitation du poste ?
Homme de confiance qui a su (ou pu) accompagner Ould Abdel Aziz aux moments difficiles, Ould Mohamed Laghdaf a été chargé de superviser le dialogue politique qui a fini par ne concerner que la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP formée par l’APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wiam de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab de Abdessalam Ould Horma). Avec cette expérience, Ould Mohamed Laghdaf est pressenti par certains observateurs comme le futur vis-à-vis de l’opposition dans le dialogue attendu. Même si l’enclenchement de ce dialogue a été du fait du Premier ministre actuel, Yahya Ould Hademine qui a déjà remis une proposition de thèmes au secrétaire permanent du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Cette feuille de route est le deuxième acte d’un processus dont on ne voit pas clairement le déroulement.
Tout commence par une énième proposition de dialogue élaborée par le président Messaoud Ould Boulkheir. Après quelques rencontres avec le Président de la République d’une part et les leaders les plus en vue de l’opposition d’autre part, Ould Boulkheir consigne ses propositions dans un document qu’il fait parvenir aux autorités.
La proposition de Ould Boulkheir s’étale sur quatre étapes dont la première consiste en une rencontre préliminaire entre le Président de la République et les leaders de l’opposition, «à sa convenance, ensemble ou individuellement». L’objectif est de «les rassurer quant à sa volonté sincère d’échanger avec eux sur tous les problèmes majeurs du pays dans le but d’aboutir, ensemble, à des résultats qui garantiront au pays une transition consensuelle, rassurante, paisible, civilisée et démocratique». A ce stade, les rencontres «valent également déclaration solennelle d’intention et engagement des deux parties à accepter et à respecter les clauses» énumérées ensuite.
Engagements : ne pas recourir à la violence pour changer le pouvoir, ne pas remettre en cause la limitation des mandats présidentiels, ne pas soutenir un successeur désigné, adapter la législation et la réglementation en vigueur «pour prémunir le pays contre les dérapages et les extrémismes de toute nature susceptibles de porter atteinte à l’unité et à la sécurité du pays» (?), promouvoir une administration «au service de tous» loin des jeux politiques et «une justice pour tous, indépendante et crédible», restructurer la CENI et le Conseil Constitutionnel «sur les seuls critères de la compétence et de l’intégrité», couper les liens entre les partis soutiens du Président de la République et l’administration, reconsidérer le leadership de l’Opposition démocratique (Statut de l’Opposition), «interdire par tous les moyens légaux et réglementaires l’implication de l’Armée Nationale dans les activités politiques autres que le droit de vote universel», amender la Constitution pour «supprimer la limitation de l’âge des candidats aux présidentielles, y définir et y changer le mode de désignation des membres du Conseil Constitutionnel», pour finir par proposer «l’organisation de nouvelles élections municipales et législatives inclusives et le report des élections sénatoriales en vue d’y rendre possible la participation la plus large».
Les deux parties désignent alors leurs représentants aux négociations formelles qui devront se tenir «à l’abri des médias». Suivra ensuite l’ouverture officielle et solennelle et la dernière étape qui est celle de la mise en œuvre des termes de l’accord.
Le papier est daté du 7 janvier 2015. La réponse viendra le 14 janvier sous forme de feuille de route remise de main à main par le Premier ministre Yahya Ould Hademine au Secrétaire permanent du FNDU, Mohamed Val Ould Bellal (voir le posting prochain).