jeudi 22 janvier 2015

L’enlisement au Mali ?

Il ne se passe plus un jour sans que les régions du Nord malien ne soient le théâtre d’affrontements entre les forces multinationales et maliennes d’une part et les Jihadistes d’autre part. La carte des préoccupations dans cette région est en train de changer. Avec de moins en moins de premier rôle pour les organisations connues comme le MUJAO (mouvement pour le Jihad en Afrique de l’Ouest), les Mourabitounes (mouvement créé pour unifier les segments AQMI sous un même commandement, celui de Mokhtar Belmokhtar alias Belawar), Ançar Eddine du dirigeant touareg Iyad Ag Ghali…, de moins en moins de rôle aussi pour les mouvements rebelles qui ne finissent pas de se reconstituer, de s’unir et de se désunir. Ce qui complique la lisibilité de la situation : on ne sait plus qui est qui et qui veut quoi. Les commentaires malveillants et l’intoxication à travers la presse faisant le reste.
De nouveaux mouvements sont en construction. Ils épousent souvent les contours d’une ethnicité qui ne dit pas son nom. Les agresseurs de Nampala et ailleurs sont pour la plupart des Peulhs. Jusqu’à présent cette composante ethnique du Nord n’occupe pas de place prépondérante dans le dialogue intercommunautaire d’Alger. Alors que les prédicateurs radicaux ont trouvé dans cette exclusion de fait un motif et une justification pour recruter au sein de cette composante importante de cet espace. On y pensera quand on se rappellera que, comme les Bidhânes et les Touaregs du Nord, les Peulhs ont leurs ramifications sociologiques partout en Afrique de l’Ouest. Que partout où ils sont, ils vivent une marginalisation plus ou moins avérée. Que les raisons de les pousser dans les bras du radicalisme sont d’autant plus fortes qu’ils sont naturellement un peuple religieux, fier d’avoir été l’élément essentiel de la propagation de l’Islam au sud du Sahara.
Toutes les missions internationales – celle de l’ONU (MINUSMA) et celle de l’Union Africaine (MISMA) – reconnaissent désormais l’ambigüité de la situation et la difficulté à trouver des solutions et à rétablir l’ordre.
L’une des grandes difficultés reste l’absence de l’Etat malien et son incapacité à étendre son autorité sur le Septentrional comme on dit là-bas. La présence de troupes étrangères ne peut être envisagée indéfiniment car elle est déjà assimilée à une force d’occupation. D’autant plus que personne ne peut assurer l’intégrité territoriale du Mali en dehors de ses fils. Personne non plus ne peut trouver de solutions aux problèmes posés en dehors d’eux-mêmes. 
Dans une déclaration faite aujourd’hui, Pierre Buyoya, le chef de la MISMA a invité à la mutualisation des efforts car aucun pays du Sahel, ne peut réussir seul à combattre le terrorisme et ses ramifications transfrontalières.
Selon les termes du communiqué rendu public par son bureau, «cette mise en commun des moyens devrait se faire à travers une pleine appropriation par les pays concernés du Processus de Nouakchott dont l’objectif est le renforcement de la coopération en matière de sécurité entre les pays du Sahel et l’opérationnalisation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) dans la région sahélo-saharienne». 
C’est dans ce cadre qu’il faut envisager le passage à l’acte par «la mise en place d’une force régionale d’intervention rapide au Nord du Mali, des patrouilles conjointes aux frontières et une force multinationale pour faire face à Boko Haram»
La reprise des pourparlers d’Alger s’annonce difficile et l’accord qui peut en découler restera fragile tant que toutes les problématiques de la région ne sont pas prises en compte.

mercredi 21 janvier 2015

Transparence et développement en Afrique

L’événement était de taille : une conférence internationale sur la transparence en Afrique dans un pays classé très bas dans la perception de l’indice de corruption et dans le classement annuel publié par Transparency International. C’est que lors de sa visite en Mauritanie en décembre dernier, Peter Eigen, président de TI avait été subjugué par le dispositif mis en place par notre pays pour lutter contre la corruption et la mauvaise gouvernance en général. Le rapport qui sortait la semaine de sa visite, et qui plaçait la Mauritanie à la 122ème place ne l’avait pas empêché de provoquer cette réunion internationale sur terre mauritanienne.
Sous le thème «Transparence et développement en Afrique», la rencontre a finalement réuni les experts de tous horizons : institutions internationales (TI, Banque Mondiale, Union Européenne, Union Africaine, PNUD…), organisations de la société civile locales et régionales et les représentants de gouvernements. En fait ce qui fait la fameuse triptyque du «Triangle magique» tel que défini par Peter Eigen.
Après deux jours de discussions ouvertes, les participants ont convenu de «la nécessité urgente et permanente d'accélérer les progrès dans la lutte contre la corruption, le blanchiment d'argent, l'évasion fiscale et toutes les autres formes de flux financiers illicites, à travers des approches globales et stratégiques à long terme». Relevant que «l'Afrique est dotée d'une richesse de ressources naturelles, dont le pétrole et le gaz, les mines ainsi que les ressources marines». Malgré cela, notre continent vit toutes ces misères qui n’expriment en rien ses potentialités. Pourtant, «avec une bonne gouvernance à tous les niveaux, ces ressources naturelles peuvent transformer les vies de millions de citoyens africains des générations actuelles et futures. Avec une bonne gouvernance, les ressources naturelles peuvent permettre à nos Etats de créer des emplois, dynamiser la croissance économique, réduire la pauvreté et les inégalités, accroître l'intégration sociale et favoriser le développement durable».
Dans le texte intitulé «Déclaration de Nouakchott», les participants ont appelé «à soutenir et à suivre l’engagement du gouvernement de la Mauritanie, qui assure actuellement la présidence de l’Union Africaine». Notamment «à encourager la gestion efficace et transparente des ressources publiques par des institutions fortes et fonctionnelles, une fonction publique professionnelle et efficace, ainsi que des politiques saines de gestion budgétaire et de passation de marchés et l'utilisation des nouvelles technologies et des instruments pour la publication et l'analyse des données fiscales». Ensuite «promouvoir et renforcer la coopération et le dialogue entre les gouvernements, la société civile et le secteur privé, afin de construire le consensus politique et la compréhension qui sera nécessaire à prévenir et éradiquer la corruption, le blanchiment d'argent, et les flux financiers illicites.»
Sans oublier d’appeler à «réaffirmer davantage le soutien pour les efforts des pays membres de l'Union africaine pour récupérer et restituer les avoirs volés, à refuser un havre de sécurité aux recettes de la corruption, à mettre en place les principales conventions régionales et internationales de lutte contre la corruption par leurs engagements internationaux de recouvrement des avoirs, et à initier les procédures internes contre les agents corrompus y compris le recouvrement des avoirs volés».
La conscience aigue de l’utilité des médias amène les participants à «soutenir la liberté de, et l'accès à l’information, un principe qui est vital à la promotion de l'ouverture et la redevabilité dans la politique public et la passation des marchés, et à permettre à la société civile, y compris les médias, à aider à prévenir et lutter contre la corruption et ses infractions principales».
Les participants ont déclaré s’être réunis à l'invitation de Mohamed OULD ABDEL AZIZ, Président de la République Islamique de Mauritanie, et Président en exercice de l'Union africaine, avec le soutien de la Banque africaine de développement, l'Union européenne, Deutsche Gesellschaftfür Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, Transparency International (TI), le Programme des Nations Unies pour le Développement, et la Banque mondiale ; provenant du secteur public, du secteur privé et de la société civile, et en présence du chef d'État de Mauritanie, de représentants de plusieurs gouvernements, et de hauts représentants des organisations internationales et régionales.

mardi 20 janvier 2015

Dialogue : la copie du gouvernement

Dans le papier remis par le Premier ministre au Secrétaire permanent du FNDU, on note d’abord l’engagement de la Majorité à s’inscrire dans la dynamique du dialogue constructif inclusif, en vue de créer «une atmosphère politique apaisée». Partant de ce principe et «en vue de concrétiser sa volonté d’ouverture, la Majorité déclare sa disponibilité à discuter les thèmes suivants qui ont été soulevés par l’Opposition».
Thèmes à discuter : la couverture par les médias publics des activités de l’Opposition, le rétablissement de la confiance entre les deux pôles, l’arrêt de l’exclusion des cadres et hommes d’affaires de l’Opposition («s’il s’en trouve»), réorganisation du Conseil Constitutionnel, organisation de nouvelles élections municipales et législatives consensuelles et recul des sénatoriales, restructuration de la CENI, accord sur un calendrier électoral, réforme de la Constitution pour lever la limitation d’âge pour la candidature aux présidentielles, interdiction à l’Armée Nationale d’interférer dans la politique, organisation d’élections présidentielles anticipées, redéfinir les pouvoirs du Parlement et du Premier ministre, l’Unité nationale, la sécurité publique et extérieure, la loi et la transparence dans la gestion des affaires publiques, neutralité de l’administration, indépendance de la justice, relations des partis au pouvoir avec l’administration et la redéfinition du leadership de l’Opposition.
Le document conclut à la nécessité de discuter l’ensemble de ces questions «dans le cadre d’un dialogue national consensuel auquel tous les acteurs de l’espace politique national». Chacune des deux parties sera conviée à désigner des représentants à ce dialogue.  
Même si le document (en Arabe) précise qu’il répond à des doléances écrites, nous n’avons pas connaissance d’un écrit autre que celui de la proposition de Messaoud Ould Boulkheir. Or de nombreux points soulevés par le document du Premier ministre ne figurent pas dans la proposition de Ould Boulkheir. Notamment la question de l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, mais pas seulement. Alors ?
Dans sa copie, le Premier ministre s’est voulu exhaustif : il a complété la proposition de Ould Boulkheir par toutes les demandes antérieurement exprimées par l’Opposition, mais aussi par tout ce qui peut l’intéresser. Les dix-huit points recouvrent effectivement le spectre revendicatif de l’Opposition dans son ensemble. Cela pose plusieurs problèmes.
D’abord de quelle opposition parle-t-on quand on fixe les protagonistes au nombre de DEUX ? Dans les documents on se suffit à désigner LE POUVOIR et L’OPPOSITION comme les deux parties prenantes. Dans ce cas, le label OPPOSITION désignera en même temps ceux de la CAP (Wiam, APP et Sawab) et ceux du FNDU. Mais accepteront-ils d’être traités au même niveau, de désigner leurs représentants d’un commun accord, de défendre les mêmes points de vue… ?
Même au sein du FNDU, les divergences sont évidentes et s’expliquent par les différences dans les approches et dans les conduites. Si le parti Tawassoul a participé aux dernières élections législatives, abandonnant ses compagnons de la défunte Coordination de l’opposition démocratique (COD), c’est bien parce que sa vision de l’avenir politique du pays et de son rôle sur l’échiquier est différente des autres. Si l’Union des forces du progrès (UFP) doit payer le prix du boycott qu’elle a adopté malgré de fortes réticences au sein des masses populaires et même de l’élite dirigeante, c’est bien parce que la direction historique s’est inscrite dans la logique d’autres composantes de la COD comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) de Ahmed Ould Daddah. Les sentiments l’ont emporté à ce moment-là, mais la Raison a repris le dessus plus tard.
Autant dire que la proposition du gouvernement peut paraitre comme une manœuvre dans la mesure où l’on est sûr de côté qu’il sera difficile de trouver un accord entre les acteurs de l’Opposition. Surtout si ceux-ci lisent la proposition comme étant un moment de faiblesse, la conclusion est alors : «il ne faut pas aider le pouvoir à sortir de ses problèmes, mais le laisser s’empêtrer encore plus pour provoquer sa chute inéluctable». Cette conclusion amène à refuser toute ouverture sur le vis-à-vis.
On peut cependant refuser en adoptant une attitude de rejet pur et simple. C’est mortel et on le sait. On peut aussi faire des contrepropositions impossibles à réaliser et dans ce cas faire croire à une disponibilité qui n’est pas réelle mais qui a l’avantage de renvoyer la balle ailleurs, loin de son camp.

lundi 19 janvier 2015

Ould Mohamed Laghdaf revient

C’est sans doute l’information du jour : Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, resté Premier ministre pendant plusieurs années (en fait d’août 2008 à août 2014), revient aux premières loges en devenant Ministre secrétaire général de la Présidence. Ce poste fut conçu pour coordonner l’action de tout l’Exécutif et son occupant devait jouer le rôle d’interface entre la présidence et le Premier ministère (ou le gouvernement). Mais la succession à ce poste de personnages insignifiants lui a fait perdre son rôle et son poids. Au lieu d’être perçu comme un Premier ministre bis, le secrétaire général de la Présidence a fini par devenir un conseiller si ce n’est un attaché de cabinet de plus à la Présidence. La nomination de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf peut-elle signifier une réhabilitation du poste ?
Homme de confiance qui a su (ou pu) accompagner Ould Abdel Aziz aux moments difficiles, Ould Mohamed Laghdaf a été chargé de superviser le dialogue politique qui a fini par ne concerner que la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP formée par l’APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wiam de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab de Abdessalam Ould Horma). Avec cette expérience, Ould Mohamed Laghdaf est pressenti par certains observateurs comme le futur vis-à-vis de l’opposition dans le dialogue attendu. Même si l’enclenchement de ce dialogue a été du fait du Premier ministre actuel, Yahya Ould Hademine qui a déjà remis une proposition de thèmes au secrétaire permanent du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Cette feuille de route est le deuxième acte d’un processus dont on ne voit pas clairement le déroulement.
Tout commence par une énième proposition de dialogue élaborée par le président Messaoud Ould Boulkheir. Après quelques rencontres avec le Président de la République d’une part et les leaders les plus en vue de l’opposition d’autre part, Ould Boulkheir consigne ses propositions dans un document qu’il fait parvenir aux autorités.
La proposition de Ould Boulkheir s’étale sur quatre étapes dont la première consiste en une rencontre préliminaire entre le Président de la République et les leaders de l’opposition, «à sa convenance, ensemble ou individuellement». L’objectif est de «les rassurer quant à sa volonté sincère d’échanger avec eux sur tous les problèmes majeurs du pays dans le but d’aboutir, ensemble, à des résultats qui garantiront au pays une transition consensuelle, rassurante, paisible, civilisée et démocratique». A ce stade, les rencontres «valent également déclaration solennelle d’intention et engagement des deux parties à accepter et à respecter les clauses» énumérées ensuite.
Engagements : ne pas recourir à la violence pour changer le pouvoir, ne pas remettre en cause la limitation des mandats présidentiels, ne pas soutenir un successeur désigné, adapter la législation et la réglementation en vigueur «pour prémunir le pays contre les dérapages et les extrémismes de toute nature susceptibles de porter atteinte à l’unité et à la sécurité du pays» (?), promouvoir une administration «au service de tous» loin des jeux politiques et «une justice pour tous, indépendante et crédible», restructurer la CENI et le Conseil Constitutionnel «sur les seuls critères de la compétence et de l’intégrité», couper les liens entre les partis soutiens du Président de la République et l’administration, reconsidérer le leadership de l’Opposition démocratique (Statut de l’Opposition), «interdire par tous les moyens légaux et réglementaires l’implication de l’Armée Nationale dans les activités politiques autres que le droit de vote universel», amender la Constitution pour «supprimer la limitation de l’âge des candidats aux présidentielles, y définir et y changer le mode de désignation des membres du Conseil Constitutionnel», pour finir par proposer «l’organisation de nouvelles élections municipales et législatives inclusives et le report des élections sénatoriales en vue d’y rendre possible la participation la plus large».
Les deux parties désignent alors leurs représentants aux négociations formelles qui devront se tenir «à l’abri des médias». Suivra ensuite l’ouverture officielle et solennelle et la dernière étape qui est celle de la mise en œuvre des termes de l’accord.
Le papier est daté du 7 janvier 2015. La réponse viendra le 14 janvier sous forme de feuille de route remise de main à main par le Premier ministre Yahya Ould Hademine au Secrétaire permanent du FNDU, Mohamed Val Ould Bellal (voir le posting prochain).

dimanche 18 janvier 2015

Dommage collatéral

Le maire de Villiers-sur-Marne a décidé de déprogrammer le film Timbuktu de notre compatriote Abderrahmane Sissako. Pour lui, cette œuvre qui vient d’être nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger fait l’apologie du terrorisme. Alors que le film est le premier acte de combat contre l’obscurantisme et contre l’idéologie qui soutient et justifie l’exercice de la violence en terre d’Islam et ailleurs. C’est la preuve de cette folie qui prend l’élite bienpensante du pays qui a vu naitre la philosophie des Lumières. On ne sait plus distinguer la bonne graine de l’ivraie, l’amalgame est l’exercice le mieux partagé au sein de la classe dirigeante.
Le Maire, devant l’énormité de sa décision, a dû revenir là-dessus en expliquant au journal Le Monde que «compte tenu des événements, et du fait que Hayat Boumeddiene était originaire de Villiers, je ne voulais pas que le sujet du film soit dévoyé et que les jeunes puissent prendre comme modèle les djihadistes. Nous allons reprogrammer le film dans une quinzaine de jours, et organiser un débat, avec des responsables des trois grandes religions, des représentants d’associations, et pourquoi pas, s’ils le souhaitent, des membres de l’équipe du film».
On peut rappeler la grande cabale suscitée par la censure du film Exodus dans certains pays arabes et tout le tintamarre produit par la presse occidentale autour de la question. Le film qui remanie profondément l’Histoire pour ancrer l’idée du’ «Peuple errant» qui fonde la victimisation chez les idéologues particulièrement du sionisme, a été jugé une instrumentalisation, un usage de faux pour justifier les prétentions de l’Etat hébreux sur les terres arabes, notamment la Palestine.
Pour revenir à Timbuktu, il faut signaler que le réalisateur s’est abstenu de faire une déclaration à la presse locale, préférant réserver ses paroles aux médias étrangers. Nous apprenons par une dépêche de l’AFP que la nomination de son film est «un grand signe pour la Mauritanie et l’Afrique». Ajoutant qu’il s’agit là de «la reconnaissance d’un travail accompli avec la passion et l’engagement de femmes et d’hommes de différents pays unis pour défendre nos valeurs universelles d’amour, de paix et de justice».
Pour lui ; le film défend les valeurs universelles d’amour, de paix et de justice. On est loin, très loin de l’apologie du terrorisme.

samedi 17 janvier 2015

Qui marche, et pour aller où ?

Comme dans de nombreuses villes du Monde islamique, Nouakchott a connu sa marche de l’après prière du vendredi. A la suite de l’appel lancé par le Forum des Imams et Ulémas proche de Tawassoul, l’Association des Ulémas, proche du pouvoir, entre autres organisations islamiques, des milliers de Nouakchottois ont marché pour dénoncer ce qu’ils considèrent être une offense fait à l’Islam et aux Musulmans après la publication de nouvelles caricatures dans le numéro de Charlie Hebdo et systématiquement reprise par les médias français et d’autres médias internationaux.
La marche s’est d’abord dirigée vers la présidence où l’attendait le locataire du lieu entouré de ses principaux collaborateurs. Le discours était net et sans ambages. Premier axe : la position par rapport aux caricatures, à leurs auteurs, à leurs soutiens, à leur esprit. Deuxième axe : l’explication personnelle par rapport à la présence sur les réseaux sociaux.
Pour le deuxième axe, ce fut surtout l’occasion de démentir l’existence de comptes facebook ou tweeter pour le Président de la République. On sait que depuis un certain temps, des pages sont animées en son nom sur la toile. Sur ces pages des positions ont été exprimées. La dernière d’entre elles, largement reprise par la presse électronique, annonçait l’imminence d’une épuration au sein du système financier mauritanien, quelques heures seulement avant les premiers changements à la tête de la BCM, de la CDD et enfin du ministère des finances. La déclaration du Président mettait un terme à de nombreuses supputations données pour informations précises et analyses lumineuses autour de soi-disant déclarations du Président Mohamed Ould Abdel Aziz sur ses pages. Un mensonge de plus, entretenu depuis longtemps… on passe à un autre mensonge que doivent préparer nos internautes. Sans commentaire.
«Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas Coulibaly». Explication de texte : la première partie de l’affirmation permet au Président de se démarquer de l’esprit et de la pratique de l’hebdomadaire français qui est rapidement revenu à ses habitudes de stigmatisation et d’orientation contre l’Islam et le sacré des Musulmans. La deuxième partie lui permet de revenir sur le combat mené par le pays contre le terrorisme ces dernières années et de rappeler qu’il a toujours considéré que la menace était globale et qu’elle trouvait justement sa justification dans le ciblage systématique des Musulmans et de leur religion.
L’essentiel étant d’expliquer l’absence à la marche internationale de Paris. «Je ne soutiendrai jamais ce qui touche aux valeurs et au sacré des Musulmans». Tous les présidents de pays musulmans ayant participé à la manifestation de Paris ont dû au moins s’expliquer devant leurs opinions publiques. Autant, la solidarité avec la France est exigible à la suite de cet assassinat, autant il leur était préjudiciable de se retrouver dans une marche où les caricatures du Prophète Mohammad (PSL) étaient brandies en signe de victoire.
Si la Mauritanie a marché dans le calme, d’autres pays ont manifesté violemment leur hostilité à la France. C’est le cas, en Afrique, du Niger où les manifestants s’en sont pris malheureusement à des églises et à leurs compatriotes de confession chrétienne. Qui est responsable de ces morts ? D’abord ceux qui ont tenu à poursuivre l’œuvre jugée blasphématoire provoquant ainsi l’ire de près de deux milliards de Musulmans à travers le monde.
Qui est responsable de cette hostilité envers la France ? Ceux qui tiennent encore à en rester à faire des amalgames entre des brebis galeuses, perdues pour tous, et les adeptes d’une religion monothéiste qui a tant donné à l’Humanité.
Quand on décidera en France de parler des causes profondes de l’existence des loups solitaires et autres groupes terroristes, de passer à l’après 11 janvier, on comprendra et on corrigera peut-être. Les problèmes d’intégration, de ghettoïsation, d’exclusion, de stigmatisation et d’injustice dont la moindre manifestation n’est pas cette situation où l’antisémitisme est combattu par des lois dangereuses pour le principe sacré de la liberté d’expression, alors que l’islamophobie est toléré sur la place publique.
J’ai entendu une jeune élève dire : «Quand on s’attaque aux homosexuels, on crie à l’homophobie ; quand on parle des Juifs on crie à l’antisémitisme ; quand on attaque l’Islam, on parle de liberté d’expression». Vue d’ici, la réalité est celle-là.

vendredi 16 janvier 2015

Nominations, dénominations

L’affaire de la Maurisbank a-t-elle des incidences qui échappent encore au public (et aux journalistes qui ne lui accordent aucun intérêt) ? L’on soupçonnait qu’elle est derrière le limogeage du Gouverneur de la BCM. L’on s’attendait à ce qu’elle touche d’autres hauts responsables dont le ministre des finances, en première ligne aussi dans d’autres affaires de malversations dans son département.
Voilà que c’est d’abord le Directeur général de la Caisse de dépôts et de développement (CDD), Ahmed Ould Moulaye Ahmed qui est brusquement remercié. Il est remplacé par son secrétaire général Mohamadou Youssouf Diagana, comme si la décision avait été prise dans l’urgence. Mais quel rapport avec l’affaire de la Maurisbank ? La CDD avait bien refusé de prendre en charge la faillite de cette banque et avait même fait un rapport qui aurait été à l’origine de la prise de conscience des hautes autorités de l’ampleur des dégâts. Mais pourquoi, parce que la CDD savait ce qu’il en était, avait-elle fait d’importants dépôts à Maurisbank ? C’est la liaison dangereuse qui aurait entrainé le Directeur général de la CDD dans le flot qui semble emporter tous ceux qui ont eu un lien avec ce dossier. Sinon, Ahmed Ould Moulaye Ahmed est connu plutôt pour son sérieux et son dévouement au travail.
La victime attendue était bien sûr Thiam Dhombar, le ministre des finances. D’abord pour la question des cinq milliards (environ) de chèques certifiés entassés au niveau du Trésor et jamais débités au niveau des comptes de la Maurisbank à la BCM. Il y a bien sûr aussi ces quelques milliards envolés dans les perceptions d’Aïoun et de Nouadhibou (ce sont les seules jusqu’à présent ayant subi un contrôle sérieux). Les malversations découvertes ne peuvent se faire sans complicités ou au moins une indulgence et/une incompétence caractérisée de la hiérarchie dont le ministre est finalement le premier responsable.
C’est probablement dans l’urgence que le départ de Thiam Djombar a été décidé la veille de la tenue du sommet de la transparence, intitulé «Transparence et développement durable en Afrique». En tout cas, il donne la preuve que les autorités mauritaniennes entendent bien punir tout agissement contraire aux règles de la transparence.
L’occasion de procéder au premier remaniement de l’ère Yahya Ould Hademine. Ce remaniement a touché des ministères importants, emportant trois ministres et permettant l’entrée de trois autres.
Ahmed Ould Teguedi quitte les affaires étrangères alors qu’il est au Caire où il préside les tractations entreprises par la Ligue Arabe en vue d’apporter des solutions au dialogue interlibanais. Il est remplacé par Vatma Val Mint Soueyné qui était à la culture. Professeur de littérature anglaise, Mint Souené parle aussi bien Arabe que Français. Sa prestation à Chinguitty lors du festival des villes anciennes a révélé une femme de caractère. Sa nomination à ce poste remet la Mauritanie en scelle sur la question genre. Notre pays est le premier pays arabe à avoir nommé une femme à la tête de sa diplomatie en 2009 quand c’était Naha Mint Mouknass. Un gage de modernité dont nous avons besoin en ces temps où l’obscurantisme assombrit les horizons.
Mokhtar Ould Diay qui remplace Thiam Diombar aux Finances était jusque-là directeur général des Impôts. A ce poste, il a été salué pour l’ampleur des recouvrements effectués par ses services. Il n’a pas hésité à procéder à des redressements fiscaux qui n’ont pas épargné les hommes d’affaires supposés très proches du pouvoir. Il a été menacé publiquement et par téléphone par certains d’entre eux, ceux qui excellent dans le trafic d’influence et pour lesquels une telle mesure renseigne sur le peu de protection dont ils bénéficient. Certains lui reprochent d’en faire trop, mais, vu à l’aune des appréciations des gros opérateurs habitués à corrompre et/ou à terroriser les fonctionnaires, Ould Diay a plutôt assuré.
Ahmed Salem Ould Bechir, excellent ingénieur, hérite du ministère du pétrole, des mines et de l’énergie. Il revient à un secteur qu’il connait bien lui qui avait été directeur général de la SOMELEC. Au ministère de l’hydraulique où il est remplacé par Mohamed Ould Khouna, il avait eu pour mission d’engager le programme d’assainissement de Nouakchott. Des solutions ont été trouvées et même des financements, mais rien n’est concrètement réalisé. Intelligent et entrepreneur, Ould Bechir a à réactiver un ministère qui sombrait dans la léthargie. Il remplace quelqu’un qui a l’art d’endormir les départements où il exerce (formation, enseignement technique, pétrole, mines, énergie…).
Dia Mokhtar Malal quitte le secrétariat général de la Présidence, un poste équivalent à celui de Premier ministre bis, pour l’emploi et la formation professionnel (les TIC’s aussi). Que pourra-t-il faire ici qu’il n’a pu faire ailleurs ?
Notre consœur Hindou Mint Aïnina n’aura pas le temps de finir le travail qu’elle a plutôt bien commencé au niveau des Mauritaniens de l’étranger. Elle atterrit à la culture (et l’artisanat). Ses atouts : son niveau, son cursus et sa force de caractère. Sa remplaçante aux affaires maghrébines, africaines et aux Mauritaniens de l’étranger est une inconnue de l’espace médiatico-politique. On sait d’elle juste qu’elle s’appelle Khadijetou Mbareck Fall.
Coumba Bâ, l’inamovible conseillère du Président de la République revient au Gouvernement comme ministre des sports. Elle remplace Houleymato Sao, une fille qui ne savait finalement pas pourquoi elle était là, à peine si elle ne s’excusait pas d’être là justement. La personnalité de la Denianké Coumba Bâ servira-t-elle à faire avancer le secteur abandonné trop longtemps ?  

Il faut remarquer enfin que le quota des femmes a augmenté : elles sont maintenant 7 sur les 29 portefeuilles (y compris le Premier ministre et le ministre secrétaire général de la Présidence). Les femmes présentes au gouvernement ne font pas dans la figuration : six d’entre elles ont bien la compétence et l’envergure requises pour assurer leurs fonctions de ministres.