vendredi 25 octobre 2013

Une soirée Maalouma

D’abord l’ârdine, avec un flux intense, sans agressivité cependant, sans violence aussi… juste une série de sonorités qui vous transpercent… doucement… pas lentement, mais doucement… qui vous transportent… La voix de Maalouma arrive pour vous baigner dans l’univers du plus romantique des poètes amoureux de l’espace Bidhâne, M’hammad Wul Ahmed Youra, le génie de tous les temps de cet espace…
«shmeshâna wu shga’adna/âana wunta hawn uhadna
yal ‘agl ‘la daar Inzdna/giblit sâhil wâd Hnayna…»
Pendant qu’on s’oublie dans la méditation de ce dialogue que le poète entreprend avec son âme ingrate parce que voulant quitter ces lieux sans se donner le temps de pleurer le bonheur ici vécu, sans se souvenir pour rendre aux lieux quelques bribes du bonheur d’antan, en signe de reconnaissance…
…«mâ vit âna wunta lathnayn/viddâr g’adna wu bkayna
wu tmathnayna viddâr ilayn/min haq iddâr tnajayna»
Comme pour venir en écho au poète Lamartine qui, lui, interpellait le temps qui passe :
«Eternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?» (Le Lac)
On est perdu dans la comparaison des approches dans l’expression du bonheur perdu… en pensant que M’hammad a voulu faire de ce temps (qui n’est pas perdu pour lui), un espace qu’il vénère et pour lequel il exprime une profonde gratitude… Lamartine qui s’en prend à «ceux» qu’il croit responsables du vol de son bonheur…
Et dans tout ça, la voix douce et mélancolique de Maalouma… On suffoque sous l’emprise de la complainte quand, soudain sortent les sonorités de la tidinît de Mokhtar Wul Meydah, le père de Maalouma… Il joue sa célèbre partition «Gwoyridh»… «dent-daan-denna-det-denadenadenna-den…»
Une voix unique en son genre. Un jeu unique d’une tidinît unique… On plonge dans le passé… au sens de l’ancrage, du retour aux sources, de l’immersion dans l’Originel, de la restauration de l’Authentique, de la reprise du chemin perdu, celui de la création et de l’innovation…
Retour à Maalouma, à l’ârdîne et à la poésie de M’hammad… le moment de flottement qui devrait se comparer avec celui de l’ivresse… qui met les sens aux aguets… tous les sens… quand arrivent les voix d’un chœur chantant un rap des plus modernes… avec des mots qui célèbrent la vie et qui donnent espoir…
Silence. Méditations. On est encore sous les effets de cette magie qui associe ancien, moderne et postmoderne dans une harmonie parfaite…
«Gwoyridh» est un élément d’un ensemble, celui du nouvel album de Maalouma Mint el Meydah et qui porte le nom évocateur de «Knou», ce rythme si apprécié par les connaisseurs de la musique traditionnelle qu’ils ont souhaité l’entendre joué dans tous les modes. Certains le jouent dans le Vaghu de la Jamba el Kahla (la Voie noire), dans le K-hâl de la Jamba el baydha (Voie blanche), d’autres ont créé «knou el vayiz» dans le Sayni-karr… chacun y allant de ses petites variations pour célébrer ce rythme destiné à faire danser les plus belles femmes présentes. Car pour danser Knou, il faut répondre à un minimum de conditions physiques qui sont pour le rythme, déjà fantastique, une sorte d’ornements supplémentaires…
J’ai, comme Maalouma, le souvenir de la première femme, épouse d’un fonctionnaire affecté au milieu des années 60 à Mederdra, qui dansait le Knou dans cet environnement-là. Je la vois encore envoûter le public qui n’avait pas l’habitude de voir les femmes danser debout… Je crois que ce sont bien les prestations de cette femme-là qui ont causé une nette évolution dans le milieu de l’Iguidi, libérant notamment les femmes des appréhensions qui pesaient pour les empêcher d’occuper la scène de la danse. Comme quoi…
L’album de Maalouma sort en début d’année 2014. Il fera date parce qu’il va signer l’arrivée à maturité d’un style, celui de Maalouma. Un style devenu école malgré les hostilités des premières heures.

Quand l’école initiée par Maalouma mûrit, elle revient fatalement aux premières sources de ses inspirations : son père Mokhtar, sa tante Nîla Mint el Boubâne, ses premiers amours musicaux occidentaux et arabes… En somme, un ancrage dans la Tradition résolument ouvert à la Modernité. Qui dit mieux ? (qui fait surtout mieux ?)

jeudi 24 octobre 2013

La tribu dans tous ses états

A peine les choix de l’Union pour la République (UPR) annoncés, que les mécontentements se sont exprimés. C’était attendu. Mais ce qui l’était moins, c’est le cadre dans lequel cette expression s’est faite : à travers la tribu.
Au Hodh, en Assaba, au Trarza, des communiqués ont été publiés au nom de tribus mécontentes du choix fait par l’UPR. C’est ce qui choque.
Jamais des choix n’ont suscité autant de désapprobation «tribale». Allant jusqu’à amener à dénoncer des éléments de la tribu cooptés par le parti qu’on dit «au pouvoir». Jamais justement l’expression tribale et sectaire n’a été aussi forte en Mauritanie. Quelques raisons à cela.
D’abord la perte des repères «traditionnels» parmi lesquels ceux dits «idéologiques». Qui est qui aujourd’hui ? qui est de gauche ? qui est de droite ? qui est du centre ? qui est conservateur ? qui est progressiste ? qui est islamiste ? qui est laïc ? La laïcité existe-t-elle ici et sous quels aspects ? suffit-il de revendiquer un référentiel religieux pour être islamiste ? ou de ne pas le faire franchement pour ne pas l’être ?
Il y a aussi les repères «physiques» autour desquels s’articulaient les enjeux politiques locaux et nationaux. D’abord les intermédiaires qualifiés parfois de «grands électeurs» : notables et dignitaires de régimes qui ont toujours servi d’encadreurs de masses. Le pouvoir de Ould Aziz a, dès son avènement, déclaré la guerre à l’intermédiation et aux professionnels en la matière. Décapitant «l’industrie politique» et mettant fin au racolage en la matière. Sans asseoir quelque chose à la place. C’est ce qui explique que la scène semble aujourd’hui un peu perdue, et même chaotique par moments et dans certains microcosmes.
Troisième raison et non des moindres, l’absence d’alternative autre que l’instinct grégaire qui nous réunifie autour de ce que nous avons été et non de ce que nous aurions voulu être. Il est toujours plus facile pour les formations politiques de jouer sur les fibres sectaires et primitives que de concevoir et de travailler pour un projet moderniste et citoyen. Surtout qu’avec la désaffection des populations, le refus de ces formations de prendre leurs responsabilités et leur incapacité à faire face aux défis, les partis politiques n’ont pas pu dépasser le stade de la gestation «démocratique». Leurs choix de boycott en 1992 et plus tard ont eu l’effet d’une IGV pour la démocratie naissante. Du coup, la scène politique n’est jamais arrivée à maturation.
Il est plus simple alors de rester dans les schémas traditionnels qui imposent à l’individu la sujétion au groupe restreint. C’est finalement aux autorités de réagir fortement et rapidement.
Toute expression franchement tribaliste, ethnique et/ou régionaliste publique doit être sanctionnée dans l’immédiat. Aucune faiblesse ne doit être acceptée par les autorités. Les élections concernent les partis et non l’administration publique. Toute protestation doit viser les partis et non les structures de l’Etat…
On pourra m’opposer que l’Etat lui-même et ses représentants doivent se faire respecter. C’est vrai, d’autant plus que ces élections occasionnent des manquements graves. Quand on sait que les arbitrages sur la loi des finances ont été suspendus parce que les administrations n’ont pas le temps, on est en droit de s’inquiéter. Cette loi des finances doit être soumise au Parlement la première semaine de novembre pour permettre aux dépenses de l’Etat d’être ordonnées et d’être exécutées. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, rien n’a été fait du travail préalable. A cause de la politique et des élections…

Le «shut down mauritanien» menace le pays qui se déchire entre soutiens et protagonistes de groupes tribaux qui n’entendent rien céder de ce qu’ils croient être une suprématie et qui n’est qu’un sentiment factice d’auto-consécration. L’Histoire nous apprend que tout ce que nous savons de nous-mêmes est juste ce que nous voulons savoir, ce que nous avons construit par nous-mêmes et sur le tard. Rien qui puisse justifier la déconstruction de l’Entité nationale.

mercredi 23 octobre 2013

Cri du cœur

J’ai reçu ce papier que j’ai voulu partager avec vous en signalant que l’auteur est une figure emblématique du mouvement national démocratique (MND), d’où l’intérêt de ce qui ressemble plus à un cri de cœur qu’à un exercice froid d’analyse. A vous d’en juger :
«Je ne pouvais imaginer qu’un jour, certains parmi nous ne croiront plus à la démocratie et  n’en voudront pas, nous qui avions abandonné les idées nationalistes chauvines à la fin des années 60 pour adopter la pensée démocratique, ou plus exactement «la démocratie populaire».
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera parmi nous des gens qui n’écouteront pas et qui ne se plieront  pas à la voix des masses populaires, de la base, celles-là même qui permettent de réaliser les objectifs tactiques et stratégiques que nous avons fait nôtres.
Je ne pouvais imaginer qu’alors que nous avons acquis un espace démocratique dans lequel nous nous sommes engagés par la persévérance, le combat et les sacrifices des années 90, il se trouvera parmi nous des personnes qui défendront aujourd’hui le défaitisme et la fuite en avant, sans motif stratégique autre que celui de la peur de participer franchement au jeu politique sur une scène où seul l’engagement peut faire avancer les choses.
Je ne pouvais imaginer un instant qu’il se trouvera parmi nous certains qui travailleront à nous faire taire, à nous empêcher de faire entendre notre discours politique, à nous priver d’exploiter toutes les tribunes pour faire entendre notre voix. faire connaitre nos idées et notre projet de société, produits d’un long parcours et motifs d’une  grande fierté.
N’avons-nous pas fait le choix stratégique de ne renoncer à aucune des tribunes offertes (ou conquises) pour faire passer notre message? N’est-ce pas  pour cela que nous avions participé aux organisations de masses du Parti du Peuple Mauritanien (PPM), puis après à toutes les organisations réactionnaires à pensée unique ?
Nous avions à chaque fois choisi délibérément d’occuper les espaces existants.
Nous avions par exemple participé à la conception et à la rédaction du journal «Gounguel Soukabé» qui était l’organe de la jeunesse du PPM à Kaédi. Cela nous avait permis de publier de belles réflexions qui versaient toutes dans notre vision de la société. Une vision souvent en contradiction avec la pensée dominante : souvenez-vous des articles contre la guerre du Sahara qui, à nos yeux, menaçait gravement les «réformes» entreprises à l’époque (pas besoin de rappeler que l’Histoire devait nous donner raison).
Nous avions aussi intégré activement l’Union des travailleurs de Mauritanie, syndicat affilié au PPM. Puis nous avions été actifs dans le «Volontariat national» des années 80, avant d’aller dans les Structures d’éducations des masses (SEM).
Nous soutiendrons plus tard la liste dirigée par Messaoud Ould Boulkheir aux municipales de 90 à Nouakchott, avant d’aller à toutes les élections proposées par le régime d’alors.
A ce moment-là, les cartes d’identité étaient confectionnées sur des cartons volants, les fonds de verre servant à imiter les cachets. A ce moment-là aussi, pas moyen de contrôler le travail d’une administration complètement inféodée.
Nous avons arraché au pouvoir de Ould Taya, grâce à notre persévérance dans la lutte par le dialogue, l’établissement d’une carte nationale infalsifiable. Nous avons aussi enlevé aux dictateurs successifs maintes concessions qui nous ont permis de conquérir 6 Mairies dont deux centrales (Boghé et Barkéwol) et 3 députés qui comptent aujourd’hui parmi les meilleurs et les plus représentatifs de la ligne populaire. Ce qui leur est reconnu unanimement, y compris par leurs adversaires les plus radicaux. Les députés Kadiata Malick Diallo et Moustapha Bedredine se distinguaient par la maitrise des sujets traités, par la capacité à faire parvenir les critiques et les plaintes des couches défavorisées. Toutes ces organisations et ces élections là n’étaient-elles pas fondamentalement unilatérales et falsifiées ?
Toutes ces élections, toutes ces conquêtes ont été possibles grâce à notre forte détermination d’exploiter tous les espaces ouverts dans un environnement ou l’unilatéralisme des dirigeants a toujours été de mise.
Nous avons défié l’unilatéralité, la fraude et la manipulation parce que ce n’est pas la régularité de ces élections qui nous amenait à y participer, mais la prise en compte de leur légalité comme cadre nous permettant de faire parvenir notre discours, notre message à la plus grande frange de notre peuple qui reste la source de notre inspiration et dont le bien-être est l’objectif de notre action…
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera un jour parmi nous des compagnons qui oseront sacrifier tous ces acquis et tous ces militants qui ont permis de réaliser ce parcours, pour… pour… pourquoi en fait ?
Je ne pouvais imaginer qu’un jour, il se trouvera parmi nous quelqu’un qui chercherait une opinion publique – encore à créer en Mauritanie – au risque d’ignorer et de mépriser cette opinion publique que constituent les militants de notre parti, ceux-là qui ont, bon an mal an, accompagné et soutenu notre combat, ceux qui ne cherchent que la réalisation d’objectifs communs, d’objectifs nobles et qui ne sont mus que par la foi en des principes hautement valeureux.
Je ne pouvais imaginer qu’il se trouvera un jour parmi nous des personnes qui, après avoir défendu la participation à l’élection, contestable du reste et unilatérale par excellence, de 2009, appellent au boycott d’élections locales où les candidats restent quand même des ressortissants des communes concernées dont les habitants ne veulent que les plus représentatifs et les plus probes de leurs enfants comme représentants, nonobstant l’unilatéralisme du processus électoral.
La démocratie n’est-elle pas fondée sur le principe de la participation à tous les aspects de la vie politique ? Pour ce qui est des garanties, comme il est de tradition chez nous, c’est à nous de les donner à nos militants à travers leur mobilisation en vue de dénoncer toutes les infractions et de les faire échouer. Personne en fait, ne peut nous donner ce que nous voulons, parce que nous, nous l’arrachons, comme par le passé. Et puis, n’y a-t-il pas encore des gens qui savent distinguer entre les enjeux locaux et ceux qui relèvent du niveau national ?... Sommes-nous allés aussi loin dans les erreurs de jugement ?
Dommage.
Je ne pouvais imaginer non plus qu’il se trouvera parmi nous des gens qui ignoreront que l’exercice politique découle d’une analyse froide de la réalité qu’on voudra changer vers le meilleur.
Ne disions-nous pas : «prends de ta main gauche ce qu’on te donne et tends la main droite pour avoir plus» ? Moteur d’une lutte continue que cette affirmation…
Mais… mais… tout ce que je ne pouvais imaginer est arrivé.
 Il s’agit aujourd’hui d’une situation née quand la vénérable direction de mon Parti a choisi de ne pas répondre aux attentes des masses militantes qui ne demandaient que la cohérence dans les positions par rapport à l’histoire commune.
Quand cette direction a d’abord choisi de ne pas choisir, de tanguer entre «la participation» et «le boycott», avant de se résoudre à exiger le retrait des listes déposées en son nom par des militants convaincus de la nécessité pour eux de participer, d’occuper le terrain, de faire entendre leurs voix en vue de refuser le diktat et l’arnaque politique.
…Qu’Allah préserve l’Union des forces du progrès, qu’Il lui rendre ses masses militantes et tous ceux qui ont décidé – ou vont décider - de le quitter…
Nous n’avons jamais été adeptes de la démission devant les défis…
Je ne m’imaginais pas qu’il se trouverait parmi nous des démissionnaires au premier écueil. Une expérience de plus de cinquante ans nous a aguerris. Assez pour nous amener, le cas échéant, à reconnaitre nos erreurs et à travailler pour les corriger. Pour éviter le pire.» 

Aynina Ould Ahmed El Hadi

-Membre fondateur du Mouvement national démocratique (MND)
- Signataire et co-fondateur du Groupe des 25 revendiquant la démocratisation en 1991
- Membre fondateur de l’Union des Forces Démocratiques (UFD)

- Militant de l’UFP

mardi 22 octobre 2013

Pêche : la remise à niveau continue

Le 20 et 21 octobre une délégation japonaise a négocié avec le ministère mauritanien des pêches en vue du renouvellement de l’accord de pêche au thon qui existe depuis 21 ans. Jusque-là, c’était l’affaire des ministres qui se rendaient au Japon et donnaient leurs accords pour permettre à la flottille japonaise de continuer son activité. Cela ne signifiait pas grand-chose pour le Trésor mauritanien. En 2010, un nouvel accord avait signé à Tokyo et prévoyait la reprise des négociations avant l’expiration, le 13 décembre prochain, de cet accord.
C’est naturellement Cheikh Ould Baya, conseiller technique du ministre des pêches, qui a dirigé la délégation mauritanienne à ces négociations. La délégation japonaise était dirigée par Jun Yamashita, président de Japan tuna, opérateur privé dans le secteur des pêches au thon.
Passées les amabilités préliminaires, la délégation mauritanienne a exposé son point de vue après avoir présenté le nouveau contexte caractérisé par la volonté de réaliser des accords et/ou convention «équitables» pour le pays, et «non discriminatoires» pour les partenaires. C’est la philosophie qui est à l’origine des accords et conventions avec l’Union Européenne, les Chinois et les opérateurs russes qui opèrent dans nos eaux territoriales.
Pour les Mauritaniens, le niveau des redevances versées actuellement par la flottille japonaise est en-deçà de ce que payent les autres opérateurs. D’où la nécessité de corriger pour revenir à une situation «non discriminatoire». D’autant plus que le Japon, grande puissance économique, a intérêt à intégrer cette activité à l’économie mauritanienne «conformément aux objectifs stratégiques du secteur des pêches et de la lutte contre la pauvreté» et «participer au développement de la pêche artisanale et côtière» (dixit P-V de la réunion). Une manière d’engager la responsabilité morale d’un pays comme le Japon.
Côté japonais, on estime «irrégulières» les activités des thoniers japonais : 12 navires et 1,5 millions euros par an en moyenne. C’est ce qui explique la réticence face aux exigences mauritaniennes.
La partie mauritanienne demande une compensation financière de 10 millions euros/an, somme qui doit être considérée comme participation à l’effort de lutte contre la pauvreté notamment en finançant des activités de la société de distribution de poisson qui est l’un des axes fondamentaux de la nouvelle politique visant à faire profiter les populations mauritaniennes de leurs ressources : on ne peut pas continuer à souffrir la faim alors que nous avons à portée tant de protéines. En plus, les thoniers japonais devraient payer 35 euros par tonne pêchée.
Pour la partie japonaise, ces conditions seront difficiles à adopter, surtout que le prix du thon baisse avec la dévaluation du Yen face au dollar. Tout en laissant ouverte la porte a de nouvelles négociations en vue d’arriver à un accord profitable à tous.
Prions pour que les deux parties arrivent à un accord dans la lignée de ceux qui ont été signés avec l’Union européenne, les Chinois et les Russes. Espérons aussi que cette remise à niveau des accords touche les autres secteurs de l’économie, les mines notamment.

lundi 21 octobre 2013

Leonarda, un prétexte

A peine une semaine après les drames de Lampedusa où près de 400 personnes sont mortes lors de leur traversée méditerranéenne, alors que les larmes coulaient encore et que les blessés et les traumatisés tentaient de retrouver leurs corps et leurs esprits, tandis que les survivants se débattaient encore dans leurs cauchemars, à peine une semaine et voilà qu’éclate l’affaire Leonarda. Du nom de cette jeune fille de 15 ans expulsée avec sa famille par les autorités françaises vers le Kosovo d’où ils sont supposés venir. Une affaire qui éclabousse déjà le Président François Hollande risquant de lui faire perdre le maigre taux de satisfaction (23% selon les derniers sondages) qu’il gardait encore.
Tout commence par une intervention policière au cours d’une expédition scolaire le 9 octobre dernier, intervention qui visait à extraire une jeune fille de 15 ans, Leonarda Dibrani, en vue de l’expulser du territoire français avec sa famille en situation irrégulière.
Quelques jours après, l’affaire est révélée par les associations de l’éducation et par les professeurs de la jeune fille qui trouvaient «inhumaines» et «inacceptables» les conditions dans lesquelles l’opération a été menée. Surtout que la jeune fille a été interpellée «en pleine activité scolaire».
L’occasion pour les détracteurs du ministre de l’intérieur Manuel Valls de l’accabler, lui qui a laissé faire. Pour les antisocialistes de monter au créneau pour dire que rien n’a changé depuis la bande à Sarkozy (Brice Hortefeux, Claude Guéant…), que la même politique est appliquée en matière d’immigration. Une politique visant à séduire dans le camp de l’extrême-droite qui a le vent en poupe. Ce n’est pas pour rien que Manuel Valls reste le plus apprécié des ministres du gouvernement actuel…
L’occasion de voir aussi la Gauche se déchirer en laissant apparaitre ses divergences sur une question fondamentale dans le débat français : l’immigration et la gestion des flux migratoires. Une distance phénoménale sépare les perceptions des Communistes, des Verts et des Socialistes, les Socialistes eux-mêmes restent divisés sur la question.
Mais le plus grand coup est sans aucun doute l’intervention malvenue du Président Hollande lui-même. Cherchant à calmer les esprits, le Président Hollande est sorti de son silence pour, d’une part soutenir son ministre de l’intérieur et, d’autre part proposer à la jeune fille de revenir sans ses parents terminer sa scolarité. Tollé général devant ce qui a été apprécié comme «un chantage fait à une mineure» (ou la France ou sa famille). Le Président n’avait pas besoin de ce faux pas lui qui était déjà au plus fort de sa désaffection par le public.
Mais au-delà des conséquences politiques de l’affaire – conséquences qui peuvent être immédiates avec la démission du ministre de l’intérieur ou «dans le temps» avec les remaniements de plus en plus probables dans l’Appareil politique des Socialistes – peut-on comprendre cette passion pour une affaire qui n’en est pas ? comment se fait-il que médias et opinion publique ne prennent pas la peine d’exposer les faits ? pourquoi se passionner pour des gens qui n’ont aucun mal à trouver refuge (la famille vient de l’Italie où elle ne risquait rien et non du Kosovo) ?
Notons que les drames de Lampedusa n’ont suscité aucun remous au sein de la classe politique européenne, les habitants de l’ile italienne étant les seuls à avoir fait du bruit sur les deux drames. En France, l’élite a regardé de loin si elle n’a pas superbement ignoré ce qui se passait à moins de deux heures de vol de Paris… mais passons.  
D’après les enquêtes menées ici et là, la famille Dibrani est composée de huit membres : le père qui a quitté le Kosovo depuis 35 ans, la mère qui est italienne et les six enfants dont un seulement est né en France, les autres sont nés en Italie. Quand ils sont venus s’installer en France, ils ont prétendu venir d’un Kosovo encore instable. Pour éviter d’être contredits, ils avaient déchiré leurs papiers italiens. Le père cherchant à profiter des subventions promises en France à tout demandeur d’asile ayant régularisé sa situation. Il y comptait tellement qu’il refusait toute proposition de travail. C’est cette première constatation qui fonde les conclusions du rapport administratif aujourd’hui mis en ligne par le ministère de l’intérieur : «La décision d’éloigner la famille Dibrani est justifiée en droit ; aucun des recours de M. Dibrani n’a été jugé recevable». Parce que «M. Dibrani n’a jamais donné suite aux propositions d’embauche qui lui étaient faites, et il ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille».
Impliqué plusieurs fois dans des affaires de vol, le père a toujours eu des versions différentes de son passé et de sa provenance. Il a toujours affiché un mépris total des lois françaises. Le piteux état dans lequel la famille a laissé l’appartement qu’elle occupait au titre de demandeur d’asile, indique une volonté de prédation avérée : selon les rapports, sa réoccupation nécessite de grands travaux préalables.
Sa fille, Leonarda Dibrani, séchait régulièrement les cours et découchait tout aussi régulièrement. «Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège dont de 66 demi-journées en 6ème, 31 en 5ème, 78 en 4ème et 21 ½ depuis le début de l’année scolaire actuelle». On est loin de l’image angélique présentée par les médias.
Que les policiers n’aient «pas fait preuve du discernement nécessaire» lors de l’exécution de la décision, est un fait mais il reste qu’ils ont appliqué une décision judiciaire plusieurs fois confirmée. Alors ?
Je suis toujours surpris par ces émois collectifs qui secouent de temps en temps les opinions publiques occidentales en général, françaises en particulier. Des émois sélectifs souvent. Quand on s’émeut pour la scolarité interrompue de Leonarda (dont la famille a eu la chance de recourir à des juridictions qui l’ont finalement déboutée), on doit avoir un mot, une pensée pour les milliers d’enfants libyens privés parfois à jamais de leur scolarité à cause des bombes françaises lâchées par des avions français dans une bataille qui ne concernait en rien la France.
Un mot, une pensée pour les milliers de Syriens déchirés, assassinés, qui voient leurs écoles détruites, leur avenir à jamais compromis parce que la France et derrière elle une partie de l’Occident, a jugé qu’elle avait un devoir moral d’armer une partie contre l’autre dans un conflit qui n’est pas le sien.  
Un mot, une pensée pour tous ceux qui ont souffert à cause de la folie guerrière des gouvernements français, à cause des soutiens abusifs de l’élite, à cause de l’indifférence générale vis-à-vis de ce qui se passe ailleurs…
S’émouvoir pour Leonarda Dibrani n’absout rien. Ce ne peut être une prophylaxie collective à moindre prix. On n’oubliera pas les milliers de sans-papiers africains et arabes, habitant en France, lui offrant le meilleur d’eux-mêmes et qui n’arrivent pas à bénéficier d’une régularisation de leurs situation. Ni ces milliers de jeunes, diplômés ou non, cherchant à aller en Europe pour trouver de quoi vivre et qui meurent, violemment emportés par des vagues de plus en plus puissantes, de plus en plus hautes… aussi hautes que les murs érigés pour les empêcher d’arriver sur ces terres où ils estiment avoir une chance…

dimanche 20 octobre 2013

Les gendarmes se laissent aller

C’est un spectacle que nous offrent les Gendarmes chargés de surveiller et de protéger l’entrée de l’aéroport de Nouakchott. Quand on arrive on est frappé par la rigueur affichée : tenue correcte, tailles standards, déploiements convenables, propos (plus ou moins) acceptables… «Restez de l’autre côté, n’approchez pas si vous ne voyagez pas»… C’est bien et c’est tant mieux. Nous sommes tous demandeurs d’ordre.
Seulement voilà, après quelques minutes, vous allez voir nos gendarmes pris par des conciliabules avec des civils voulant entrer sans en avoir le droit. C’est ici un parent qui est invité à briser la rigueur affichée, ici un ami, là une connaissance…
Hier soir, je n’ai pu m’empêcher de le faire remarquer à l’un d’eux en lui disant que ce qui me choque, c’est surtout la jeunesse des Gendarmes en faction. Des jeunes doivent rester rigoureux et s’interdire de faire du favoritisme. Lui rappelant que si la mission de protéger l’aéroport a été confiée à la Gendarmerie, c’est parce qu’on accusait la police de «d’excès de convivialité» avec les usagers et de manque de rigueur. Que c’est finalement ce qui est en train de rattraper les Gendarmes. Qu’ils n’ont rien à gagner en donnant aux citoyens toutes les raisons de ne pas les respecter. «Vous êtes jeunes et vous devez tenir à votre respect et à celui de votre Corps».

Je le voyais me regarder sans entendre ce que je disais. Je me rappelais qu’il suffit de voir les allées et venues autour des postes de contrôle de la Gendarmerie sur les routes nationales pour comprendre que la Gendarmerie n’est plus ce Corps qui suscitait respect et considération. Il y a quelque chose qui s’est cassé au sein du commandement : le rajeunissement  de ce commandement ? ou son vieillissement ? le laisser-aller de ce commandement ? ou la mainmise de ce commandement ? C’est au fond le commandement qui détermine le comportement de tous les gens du Corps. Ici plus qu’ailleurs.

samedi 19 octobre 2013

Destinée

Il s’appelle Arnoud Van Doorn. Il est néerlandais. Il est connu pour avoir été un élu du parti d’extrême droite PVV connu pour ses engagements islamophobes. Il avait d’ailleurs activement participé à la réalisation du film «Fitna» dont l’objectif était de porter préjudice à l’Islam, aux Musulmans et surtout au Prophète Mohammad (PSL). Nous sommes en mars 2008 quand le parti de Geert Wilders avait mis en ligne ce film par ailleurs mal accueilli par l’ensemble des gouvernements européens.
Cet homme est musulman depuis quelques mois. Je l’ai vu sur une télévision arabe répondant aux questions d’une journaliste qui tenait à savoir tout sur le cheminement, sur la conversion de l’homme. Lui venait d’accomplir le Haj. Suprême récompense, grand moment d’accomplissement pour tout Musulman.
Arnoud Van Doorn qui siège toujours comme élu dans le conseil municipal de La Haye, entend dépenser son énergie pour «corriger» les torts qu’il a causés par son film et ses activités avant sa conversion.
«Je ne ménagerai pas mes efforts pour protéger les droits des Musulmans dans tous les pays européens, ainsi que pour servir l’Islam et ses croyants partout dans le monde». Puis d’ajouter : «Je ferai de mon mieux pour réparer les dégâts que j’ai faits à l’Islam et son Prophète à à travers le film ‘Fitna’».
Il va même jusqu’à envisager de créer un parti sur des bases islamiques. «Pas un parti islamiste, il est ouvert à tous», mais un parti construit sur les valeurs de l’Islam. Aujourd’hui, Arnoud Van Doorn est l’un des plus grands défenseurs de notre religion.
Quand le film a été mis en ligne des appels au meurtre ont été lancés par des fanatiques. Si quelqu’un avait tué cet homme, on n’aurait pas eu un aussi passionné Musulman. Laquelle des démarches était la plus judicieuse : celle qui consiste à tuer un homme au nom d’on ne sait quelle précepte ou celle de le laisser vivre sa vie, s’exprimer comme il l’entend et le voir évoluer sur des questions aussi fondamentale ? laquelle des situations sert le plus l’Islam et les Musulmans ?

Quand j’ai vu Arnoud Van Doorn s’exprimer, je n’ai pu m’empêcher de partager ces quelques réflexions.