vendredi 25 janvier 2013

SNIM, de A à Z (2)


B comme Ben Ameira qui est un bloc de pierre situé à mi-chemin entre Nouadhibou et Zouératt, à 393 km de la capitale économique qui se trouve à 650 km de la capitale minière. C’est un monolithe, troisième du genre dans le monde (Uluru et Mont Augustus en Australie), qui culmine à 550 mètres. Il serait, selon les scientifiques, un morceau de météorite tombé ici il y a des millions d’années. La nature de la roche diffère complètement de ce qui l’entoure. Non loin du pic, un autre de la même nature mais plus petit appelé «Aysha Edhkhira» (Aïcha la prestigieuse). On raconte dans la zone qu’une histoire d’amour aurait lié les deux pics «étrangers», mais que la jalousie avait poussé le mâle (Ben Ameira) à éloigner de lui celle qu’il aimait et à laquelle il tenait pourtant. Ce qui expliquerait la distance qui les sépare et leur positionnement actuel l’un par rapport à l’autre.
Après avoir été une grande attraction pour les touristes étrangers, surtout pour les artistes du monde entier qui ont marqué leurs passages de traces indélébiles gravées sur les parois du monolithe, Guelb Ben Ameira est aujourd’hui un témoin silencieux des vaines tentatives humaines de changer le cours des choses : ici le village qui a voulu être l’une des plus grosses agglomérations de la zone, là la ceinture verte qu’on avait voulu barrage aux vents et au désert… Ben Ameira n’est même pas une étape obligatoire même s’il reste un passage obligatoire pour les trafiquants qui prennent la voie tracée à travers le Tijirit et qui mène d’ici à la route Nouakchott-Nouadhibou, au niveau de là où les humanitaires espagnols avaient été kidnappés un certain 29 novembre 2009…


C comme Choum, sans doute la plus grosse agglomération dans «le couloir», mot qui désigne l’espace traversé par le chemin de fer reliant Zouératt à Nouadhibou. Un arrondissement de l’Adrar qui vit au rythme des passages du train. Il y a quelques années, Choum était un centre d’échanges où débarquaient la majeure partie des voitures volées en Europe et réexportées à travers marchés marocains vers la Mauritanie, le Mali et le Sénégal. De Nouadhibou, les voitures entrées frauduleusement sont embarquées à bord du train et descendent à Choum pour reprendre la route des marchés du sud par Atar et Akjoujt. La route Nouakchott-Nouadhibou a ouvert un axe plus rapide et moins coûteux pour les trafiquants. Les restaurateurs de Choum sont partis s’installer sur cette route. Les mécaniciens, les commerçants d’occasion, les crieurs… tous ont quitté le patelin qui est revenu à sa population d’origine faite de migrants et d’autochtones qui n’ont d’autre choix que celui de rester. La sécheresse des deux dernières années a lourdement affecté le cheptel. Des cas de malnutrition sont signalés ici et là. Les populations d’ici n’ont pas l’habitude de se plaindre, l’Histoire leur a appris à vivre du peu qu’elles ont.
La Fondation de la SNIM contribue considérablement à améliorer leurs conditions de vie. Un abattoir, une centrale, des médicaments, des fournitures scolaires et deux écoles… L’une de ces écoles a été construite dans l’oued de Choum, à quelques kilomètres du village. Là où l’on avait cru un jour pouvoir installer la nouvelle ville. Là où «meurt» a le plateau de l’Adrar pour laisser place à un champ de dunes qui prend possession de la vie, là était «l’oued de Choum», un projet resté à l’étape de projet. La Fondation, sur demande de l’administration et de la Mairie, a implanté une école de …six classes… pour seize élèves pour la plus optimiste des estimations.

jeudi 24 janvier 2013

SNIM, de A à Z

J'ai récemment fait un voyage dans le Nord du pays, un voyage qui m'a conduit de Zouératt à Nouadhibou par le fameux "couloir" que constitue la ligne du chemin de fer qui relier la capitale minière à son port d'exportation. J'en ai rapporté une sorte de reportage qui espère faire la lumière sur certaines activités de la Société nationale industrielle et minière (SNIM) dans le Nord.


A comme ATTM qui est l’une des filiales de la SNIM. C’est celle qui est dédiée aux travaux et génie civil d’où son nom : Assainissement, Travaux, Transport et Maintenance. Elle fait partie du «consortium» (même si ce n’est pas le nom retenu par la SNIM) qui comprend d’autres entités : la SAFA qui produit de l’acier, la COMECA qui s’occupe de la construction mécanique, la GMM qui traite le granite et le marbre, la SAMIA pour les industries métallurgiques et qui a fait du gypse, la SAMMA pour l’acconnage et la manutention, la GIP pour la gestion des installations pétrolières et qui tend à devenir un acteur dans la distribution des hydrocarbures, la DAMANE pour les assurances et la SOMASERT pour le tourisme.
La philosophie au début du lancement des filiales était double : créer des sociétés spécialisées dans des activités que la SNIM ne pouvait plus prendre en charge et pousser l’expertise privée nationale à améliorer ses prestations en lui imposant une concurrence. Mais cette concurrence est devenue à la longue déloyale. Une filiale comme l’ATTM a fini par avoir tous la majeure partie des marchés de construction des routes et des aéroports et ce au moment où elle connaissait une sérieuse baisse dans son régime de travail. Au lendemain de la nomination au poste de ministre de son ancien directeur, Yahya Ould Hademine, son remplaçant, Mohamed Ould Bilal avait cru bon de renouveler tout son personnel d’encadrement, mettant à la marge une grande expérience. Ce qui lui a fait prendre de grands retards sur les marchés qui lui ont été confiés. ATTM peine par exemple sur l’axe Kiffa-Tintane qui était parti pour un délai de deux ans et qui est bientôt à sa quatrième année. Elle a beau sous-traiter à des intervenants privés, ATTM est incapable de résorber ses retards.
Par contre la SOMASERT a connu un processus inverse. Si elle a connu un âge d’or qui a marqué les premières années de son démarrage avec son premier directeur Abderrahmane Ould Douwa, elle va entrer dans une profonde léthargie qui va compliquer sa mission qui est celle de booster l’industrie touristique au moment où la situation sécuritaire crée une véritable crise dans le secteur. Depuis un an et à la suite de la nomination d’un universitaire à sa tête, Dr Ahmed Ould Gawad, la SOMASERT reprend son rôle de leader et améliore sa position et sa situation (voir aussi H comme hôtellerie).

mercredi 23 janvier 2013

Le choix des mots


Ce matin, j’ai entendu le correspondant de France24 à Niono (Mali) dire une phrase comme «…les islamistes ont cherché à se cacher sous ces arbres, ce n’était pas assez pour éviter la puissance de nos forces aériennes…» Le mot «islamiste» revient souvent dans la bouche des reporters – pressés et/ou fatigués – quand ils parlent des groupes armés qui subissent les bombardements de l’Armée française.
Quand on dit «islamisme» cela renvoie désormais à l’activisme politique militant qui est, dans son acception officielle, loin de toute violence. Même si cela couvre plusieurs écoles, le mot désigne d’abord ceux qui ont choisi le terrain politique visible et concurrentiel pour exprimer leurs idées et leurs choix.
Même quand on parle de «Salafisme», on doit savoir qu’il s’agit d’une idéologie qui n’est pas nécessairement violente. Elle peut évoluer vers l’adoption d’une attitude violente qui considère que l’autre est sur la mauvaise voie et qu’il faut le remettre sur la bonne voie même par la force. De là à introduire l’exigence du «Jihad», il n’y a qu’un pas allègrement franchi par les «Salafistes jihadistes» dont se réclament tous ces mouvements qui opèrent au Nord du Mali, mais aussi un peu partout sur les théâtres brûlant de Syrie, de Libye, du Yémen…
En Mauritanie, la presse peut adopter, en tous temps et en toutes circonstances, les positions que lui dictent ses choix idéologiques et ses lignes éditoriales. Pendant que le pays menait la guerre aux bandes armées l’ayant attaqué dans ses frontières, des journaux et des sites ont défendu la cause de l’ennemi en dénonçant les agissements de l’Armée mauritanienne. Ce n’est qu’un exemple…
Ailleurs, la presse est tenue de s’aligner sur les «préférences de la Nation». L’intérêt national permet de limiter les libertés, de les conditionner et de diriger ainsi la presse. D’où le «nous» fréquemment utilisé par les journalistes quand ils parlent des forces de leurs pays. Consultez n’importe quel site mauritanien, il vous dira : «…l’Armée mauritanienne… le Président mauritanien… la Mauritanie…», vous laissant l’impression qu’on parle de la Papouasie-Nouvelle Guinée ou en tout cas d’un pays autre que celui qui est le nôtre…Pourquoi ? Parce que… c’est certainement la conscience que nous avons de nous-mêmes et du rapport que nous entretenons avec cette portion de la terre qui reste étrangère dans le subconscient de la plupart de nos élites… mais ça c’est une autre question.

mardi 22 janvier 2013

Au nom des Musulmans du Mali


Une quarantaine de figures plus ou moins connues du salafisme en Mauritanie ont émis un avis dénonçant la guerre «menée par la France chrétienne» contre «les Musulmans du Mali». Parmi eux se trouvaient certes quelques vénérables Shaykhs comme Mohamed Lemine Ould Hacen, mais cela n’a pas donné une grande ampleur au mouvement. Puis vint la position très tranchée du Conseil mondial dirigé par Youssouf Qaradawi, le Shaykh établi au Qatar dont il cautionne tous les agissements. Et enfin notre vénérable Shaykh Mohamed el Hacen Ould Deddew est entré en ligne pour exprimer la même attitude de condamnation violente d’une «croisade» contre les Musulmans du Mali.
Il se trouve, en plus de ce que nous avons déjà dit, que le Haut conseil islamique du Mali, seul représentant de l’expression musulmane dans le pays, bénit parfaitement l’intervention française. Aujourd’hui, le président de ce Conseil, Mahmoud Dicko qui, faut-il le souligner pour le lecteur mauritanien n’a pas d’équivalent ou de concurrent au Mali, a déclaré devant la presse que cette guerre vise la reconquête et donc la libération d’une partie du Mali occupée par des bandes armées «qui n’ont rien d’islamique» même si elles revendiquent le contraire.
Le porte-parole – légitime et légal – s’est dit outré par l’attitude exprimée par les Salafistes d’Egypte, le Président Mohamed Morsi, le gouvernement de Tunisie, le Shaykh Qaradawi et le Qatar qu’il a accusé d’avoir une position équivoque vis-à-vis des groupes agissant au Nord du Mali.
«Le Haut Conseil islamique du Mali constate avec regrets que depuis le début de la crise du Nord le 17 janvier 2012, le Mali, pays membre fondateur de l’OCI n’a pas bénéficié du soutien de la communauté musulmane». Et de rappeler que c’est le Mali qui a été agressé et que sa population a subi la loi de «bandes de criminels» agissant au nom de l’Islam et bénéficiant visiblement de la complicité de certains pays de la Oumma islamique. Avant de conclure : «Tous les Musulmans du Mali apprécient hautement l’intervention militaire française qui vise à mettre fin à l’occupation d’une partie de leur territoire».
Et comme cela ne suffit pas pour convaincre nos shuyukh (pluriel de shaykh) de revenir sur leurs propos qui sont finalement un encouragement pour les groupes armés, voilà venir le temps des dissensions au sein de l’organisation principale qui justifie cet alignement : Ançar Eddine. Avec la naissance du Mouvement Islamique de l’Azawad, nous avons le premier «coup de gueule» au sein de la nébuleuse créée par Iyad Ag Ghali. La dissidence exprime naturellement sa volonté d’«aller vers une solution pacifique». Le mouvement, «indépendant», «composé exclusivement de nationaux», affirme «de la manière la plus solennelle qu’il se démarque totalement de tout groupe terroriste, condamne et rejette toute forme d’extrémisme et de terrorisme et s’engage à les combattre». Le nouveau groupe dirigé par l’une des figures locales Algabas Ag Intalla qui a participé aux différentes rencontres de Ouagadougou, «lance un appel aux autorités maliennes et à la France pour un arrêt des hostilités dans les zones que nous occupons, à savoir les régions de Kidal et Ménaka (nord-est du Mali) et (pour) créer un climat de paix qui va nous permettre d’aller vers l’établissement d’un dialogue politique inclusif».
A ceux qui se sont empressés pour se ranger du côté des vrais assaillants d’appeler les groupes armés à déposer les armes, de demander aux combattants algériens, mauritaniens, nigériens, nigérians, libyens, égyptiens, tunisiens, européens ou nord-américains, de leur demander de quitter ce pays qui n’est pas le leur et de laisser sa population vivre en paix. Eux qui semblent écoutés par ces jeunes en rupture avec leurs sociétés d’origine, doivent dire la seule bonne parole qui vaille : parce que la solidarité des «frères» (de tous genres) a fait défaut, le Mali avait le droit de faire appel à ses alliés pour continuer à exister et pour refaire son unité. Les criminels, les vrais, sont ceux qui ont mis la région à feu et à sang. Depuis quelques mois déjà et qui ont préparé le coup depuis quelques années déjà.

lundi 21 janvier 2013

Ce qui devait être dit


Ils étaient finalement 32 agresseurs à avoir participé à l’attaque du site gazier de Tiguentourine. 29 d’entre eux ont été tués. Ils appartenaient à sept pays différents : Algérie, Egypte, Tunisie, Mali, Niger, Canada et Mauritanie.
Le Mauritanien du groupe est un jeune du nom de Abdallahi Ould Hmeida. Il a rejoint les groupes au Nord du Mali en 2008 alors qu’il avait 14 ans. Il en a donc 18 aujourd’hui.
Deux des Algériens, Abul Bara qui a un moment été présenté comme le chef du groupe opérant à In Amenas, et Lamine Bouchenab qui en est le véritable cerveau, appartiennent tous deux à un groupe algérien dénommé «les fils du Sahara islamique». Voilà ce que nous en écrivions en avril dernier (édition N° 590 du 8/4/12), après avoir insisté sur l’option du MUJAO de cibler l’Algérie : «Un autre mouvement partage le souci de cibler l’Algérie. Un peu plus marginal que le MUJAO, le «mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique», composé essentiellement des ressortissants des zones sahariennes algériennes. Né en 2007, il a eu à son actif une attaque célèbre : l’opération de Djanet effectuée le 8 novembre 2007 et à la suite de laquelle les autorités algériennes ont ouvert des pourparlers avec le mouvement. Pour ce faire, elles auraient utilisé les services des notabilités locales pour avoir une accalmie. Le mouvement réapparait en septembre 2011 à travers un violent communiqué annonçant que le mouvement prend ses bases dans le nord malien avec pour objectif de s’attaquer au pouvoir algérien. Les combattants de ce mouvement seraient aujourd’hui sous la bannière du MUJAO pour certains, de Ançar Eddine pour d’autres». C’est un mouvement qui voulait jouer le rôle d’Ançar Eddine mais pour le Sud algérien…
Abderrahmane Ennigery du Niger est très connu des services mauritaniens pour avoir participé à plusieurs attaques contre notre pays et pour avoir encadré de nombreux combattants recrutés parmi la jeunesse mauritanienne.
L’opération de In Amenas a finalement coûté très cher à AQMI en la privant des services de quelques-unes de ses figures les plus emblématiques et de ses animateurs les plus déterminés et les plus sanguinaires. Au moment où la communauté internationale accepte enfin de consacrer un effort pour éradiquer le crime organisé dans cette région sahélo-saharienne.
Dans le même journal de l'époque, on concluait sur AQMI :
«Que veut AQMI ? Créer un Emirat islamique qui servira de base pour«combattre les impies», gouvernements jugés à la solde de l’ennemi de l’Islam (l’Occident), populations ne se pliant pas aux «préceptes originels de l’Islam», intellectuels, cadres, femmes dévoilées… et surtout lutter contre la démocratie considérée comme une apostasie, source des malheurs des peuples de la sous-région. C’est du moins l’objectif officiellement exprimée des chefs de l’organisation.
Dans la vie de tous les jours, on les voit se mêler aux trafics les plus illicites : drogue, armes, personnes, cigarettes et même alcool. Et s’ils ont réussi leur insertion sociale dans cet espace sahélo-saharien, c’est bien parce qu’ils ont pu «accompagner», couvrir et promouvoir les activités qui font vivre les populations et qui sont nécessairement des activités illégales.
Avec la prise des grandes villes du nord malien par ses alliés d’Ançar Eddine et ceux de MUJAO, AQMI aura à faire une mutation. De mouvement faisant des montagnes Tegharghar un Tora Borasaharien, AQMI est désormais adressée dans des villes comme Tombouctou, Gao ou Kidal. Peut-être pas ses éléments algériens, mais son élément africain, surtout malien et mauritanien. Est-ce à dire qu’il est plus facile désormais d’éradiquer le mouvement ? Rien n’est moins sûr maintenant qu’elle a de nouveaux armements, des bases fixes et un territoire à défendre.
Les spécialistes ont souvent parlé de la volonté d’Al Qaeda de provoquer l’arrivée sur ses territoires d’opération d’un élément militaire occidental. Cela lui permet à chaque fois de transcender le débat sur la légalité de combattre une armée d’occupation, et en même temps de justifier de nouveaux recrutements. C’est la théorie de «l’ennemi lointain» qu’il faut amener à proximité en combattant «l’ennemi proche» que sont les gouvernements locaux (Jean-Pierre Filiu).
Certains considèrent que les attaques du 11 Septembre ont été une catastrophe pour Al Qaeda et ses protecteurs Talibans, pour ce qu’elle a signifié de désastres, de morts ciblées, de démantèlements de réseaux, de perte d’initiative… D’autres estiment par contre qu’elle a permis à la nébuleuse de vivre une multitude de vies et sur tous les continents.
Qu’en sera-t-il de l’expérience que nous voyons se déployer au Mali ? Va-t-elle servir AQMI en en faisant un mouvement de libération nationale, ou, au contraire, va-t-elle la desservir en mettant à nu son caractère encombrant pour les populations ? En d’autres termes, dans les jours qui viennent, l’enjeu ne sera pas seulement «quelle intervention pour éradiquer le mouvement ?», mais celui de savoir qui des protagonistes présents, aujourd’hui alliés, va servir l’autre (ou le desservir)».

dimanche 20 janvier 2013

de quel côté on est?


Deux logiques peuvent être suivies face à la guerre qui se déroule à nos frontières. La première est celle qui mène fatalement au soutien de l’autorité malienne, donc de l’action de la communauté internationale. La seconde mène quant à elle au soutien des groupes armés qui ont fait main basse sur le Nord malien après avoir frappé les pays de la région.
La première logique «contient» une nuance qui veut que le soutien de toute action visant à rétablir l’intégrité territoriale du Mali et la légitimité politique dans ce pays, n’implique pas forcément un engagement sur le théâtre des opérations. Ce doit être – c’est déjà – la position officielle des autorités mauritaniennes. Lesquelles peuvent – et doivent – rappeler à tous les détracteurs d’hier, que sans les efforts consentis, souvent incompris, la Mauritanie aurait été l’objet des visées de ces groupes qui cherchaient un sanctuaire d’où ils pourraient agir impunément. Le Nord du Mali, le Sud de l’Algérie et tout le Nord-Est de la Mauritanie devait servir de base à leurs visées. Notre pays a réagi à temps. Il est momentanément hors danger aujourd’hui.
La seconde logique est celle développée par une partie de l’intelligentsia religieuse et politique. Elle part de la considération qu’il s’agit d’une nouvelle «croisade» chrétienne en terre d’Islam. Menée par la France contre de «pauvres frères Musulmans», cette guerre est injuste et toute aide des «agresseurs» (la France, les Maliens, les Africains…) est une hérésie. Même si dans leurs litanies, nos penseurs ne poussent pas le bouchon, on en comprend aisément que l’obligation d’aider les «frères» est la moindre des attitudes justes.
Jamais réactions aussi violentes n’ont été faites par cette intelligentsia. Comme si on les avait touchés dans le plus profond d’eux-mêmes.
Aucune guerre ne peut, à mon avis, être moralement justifiée. Aucune ! Mais il est difficile de ne pas essayer de faire la part des choses. Ce qui se passe au Mali est une guerre de libération et non une occupation. Quand les groupes islamistes composés de Maliens (oui), de Mauritaniens, d’Algériens, de Burkinabés, de Nigériens, de Nigérians, de Sénégalais, de Français… sont venus perturber l’innocence au Mali, détruisant le patrimoine culturel, violant tous les sacrés, amputant, flagellant on ne sait au nom de quelle loi… laquelle de ces voix s’est élevée pour dénoncer les auteurs de ces crimes ?
L’effondrement de l’Etat malien a suivi les actions de sape de ces groupes auxquels est venu se greffer le mouvement national touareg. La partition d’un pays voisin sur la base d’une revendication ethnique (très) discutable ne peut être acceptée par un pays comme le nôtre dont la diversité du peuplement pourrait bien susciter des envies.
La guerre provoquée par les agissements inconsidérés de ces bandes armées est légitimée par la demande du peuple malien à travers son gouvernement. Toutes les Fatwas du monde n’y peuvent rien : l’agresseur est bien celui qui a provoqué cette situation de guerre. On peut se demander combien de Maliens se battent aujourd’hui à Djabali, à Konna, combien sont présents à Gao, Tombouctou, Kidal et ailleurs ? et de quel côté ?
Quand les Américains et les forces de l’OTAN sont venus en Irak ou en Afghanistan, ils ont détruit un pays, ils ont écrasé – ou essayé d’écraser – une force nationale de résistance. Ce sont les Irakiens qui se sont battus contre les envahisseurs. En Afghanistan, ce sont des Afghans qui ont fait face. C’est pourquoi ces envahisseurs sont aujourd’hui obligés de quitter ces pays. Mais au Mali ? Qui a occupé qui ? qui a détruit quoi ?
Je comprends qu’une frange de cette intelligentsia pense qu’une guerre au Mali pourrait retarder – ou remettre en cause définitivement – le principe d’une intervention en Syrie. C’est le souci essentiel qui anime une partie de ceux qui se sont prononcés. D’ailleurs ils ne l’ont pas caché dans les communiqués où il est question de la situation catastrophique dans ce pays. A qui la faute ?
On exige l’intervention des Occidentaux pour la Syrie, dernier pays à tenir tête à Israël et à l’hégémonie américaine, aujourd’hui à jamais détruit. Mais on refuse ce droit au peuple malien qui fait face à plus fort que lui.
Ce sont les mêmes avions, probablement les mêmes hommes qui ont détruit la Libye après des semaines de bombardements continus, les mêmes probablement qui occupent le ciel malien. Les voix qui s’élèvent aujourd’hui pour les dénoncer, les avaient bénis à l’époque. Peut-être qu’à leurs yeux, les Bambaras, les Songhaïs, les Touaregs, les Peulhs… toutes les populations du Mali ne méritent pas le secours de leurs alliés quand celui de leurs frères et voisins leur manque cruellement.

samedi 19 janvier 2013

BSA dans le collimateur


Le liquidateur de Mauritanie Airways tient visiblement à avoir sous la main le patrimoine de la société ou ce qu’il en reste. Alors que ce qu’il en reste a été précieusement préservé parce que justement les administrateurs mauritaniens de la société avaient refusa de le confier à un tiers tant que la justice ne s’est pas prononcée.
La semaine dernière, la surprise a été générale quand on appris l’interpellation de Mohamed Ould Debagh, ancien président du Conseil d’Administration de la société. La police économique voulait l’interroger sur ce patrimoine. le fait n’est pas anodin parce que la société est une société privée dont la majorité est détenue par le partenaire tunisien qui avait donc l’effectivité de la gestion. Alors pourquoi Ould Debagh ?
L’affaire est intervenue alors que toutes les sociétés appartenant à l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou sont l’objet de mises en demeure pour des redressements fiscaux «injustifiés», selon les responsables de ces sociétés. Mattel, Générale des Banques de Mauritanie (GBM) et toutes les filiales du groupe BSA ont été sommées de payer des montants jugés exorbitants. Le cas BSA Ciment est le plus révélateur de ce qui a vite pris l’allure de l’acharnement.
Il y a trois semaines environ, BSA Ciment recevait une correspondance de la DGI lui intimant l’ordre de payer 1,130 milliard d’ouguiyas. Avant de recevoir le courrier, les responsables de la société ont lu l’information sur des sites d’information. Ce qui les a fait tiquer.
La société a alors décidé de saisir la justice. Le président de la Chambre Civile de la Wilaya de Nouakchott a émis une ordonnance motivée par les articles 2, 5, 26 et 232 demandant à BSA Ciment de déposer une garantie dans un compte d’attente du Trésor en attendant de statuer sur le fond de l’affaire et ordonnant par la même occasion à la DGI de suspendre les mesures coercitives. BSA ciment s’exécuta en présentant une garantie de la GBM qui fut acceptée aussi bien par le président de la Chambre que par le Trésorier de la République. Ce qui n’empêcha pas la DGI de fermer le magasin où se trouve le pont-bascule. Sans autre forme de procès.
Cet acharnement accrédite l’information faisant état d’une rupture totale entre le Président Mohamed Ould Abdel Aziz et celui qui l’a soutenu en 2008 et 2009, l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou. Il est difficile de croire qu’un Président a le temps d’orienter ses services contre un opérateur, mais il est facile d’expliquer cet acharnement par un excès de zèle qui doit s’arrêter.