dimanche 5 juin 2011

Dimi nous quitte

Après quelques jours de sa chute, Dimi Mint Abba nous quitte ce matin. C’est une grande perte pour le pays et pour la chanson mauritanienne, bidhâne en général. La douleur des Nouakchottois - dont je suis – est immense. Dimi a marqué son époque.
Certains s’arrêteront à la chanteuse et à son apport dans la modernisation de la chanson mauritanienne. D’autres à ses efforts couronnés de succès de mettre la chanson mauritanienne au niveau de tous, de la populariser. D’autres encore à sa belle voix, une voix si douce…
Dimi n’est pas seulement ça. Humainement, socialement, elle est beaucoup plus pour ses compatriotes. Dimi a perpétué la tradition qui fait du griot et de son exercice le moment social par excellence. Chez elle, c’est un lieu de convergences pour tous les Mauritaniens. C’est ce cosmopolitisme qui fait qu’elle nous appartient à tous et non à sa stricte parentèle.
J’appartiens à une génération qui a vu Dimi évoluer pour devenir cette étoile qu’elle fut. Je me dis que les plus brillantes des étoiles sont malheureusement celles qui filent les premières.
Qua tous les Mauritaniens, que tous les habitants du Trab el Bidhâne, trouvent ici l’expression de mes condoléances les plus attristées.

samedi 4 juin 2011

Réhabilitation des putschistes, de tous les putschistes

J’avoue ne pas avoir lu les comptes-rendus de la conférence de presse que le ministre de la défense nationale a donnée à l’issue de la réunion du gouvernement. C’est ici qu’il a expliqué la communication relative à l’indemnisation des anciens militaires. L’on comprend alors que cette indemnisation recouvre l’ensemble des militaires accusés d’avoir participé ou organisé un putsch. Trois catégories ont été identifiées :
-          Les victimes des événements de 90 et 91, c’est-à-dire ceux des militaires qui ont été radiés et maltraités dans le cadre de l’enquête initiée à l’époque sous prétexte de tentative de «coup d’Etat ethnique». Etant entendu que le cas des …victimes – ceux qui ont été tués – a déjà été traité avec leurs ayant-droits.
-          Les victimes des événements de 1989, c’est-à-dire ceux qui ont été radiés pour délit d’appartenance ethnique à la faveur du conflit sénégalo-mauritanien qui a été largement utilisé par le pouvoir pour expulser des milliers de Mauritaniens, aujourd’hui revenus pour l’écrasante majorité.
-          Les victimes des événements de 1981, 1987, 1988, 2003 et 2004. Il s’agit pour 1981, des militaires radiés à l’occasion du putsch manqué du 16 mars ; pour 1987 de ceux radiés à la suite du putsch dit «des Pulaars», cette tentative qui a été suivie par trois exécutions après procès ; pour 1988, des militaires accusés d’appartenir à l’aile militaire des Baaths, ils sont des dizaines à avoir été radiés de l’Armée à l’époque ; pour 2003, ce sont les mutins du 8 juin qui ont pourtant causé la mort d’une quinzaine de personnes ; pour 2004, ce sont les militaires impliqués dans la tentative fomentée à partir de l’extérieur par les Cavaliers du Changement dirigés par les auteurs du 8 juin.

vendredi 3 juin 2011

L’heure des comptes

«Le Ministre de la Défense Nationale a présenté une communication relative au règlement du dossier du Passif humanitaire des personnels des Forces Armées Nationales. Cette communication fait suite aux instructions du Président de la République, son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, visant à engager le pays dans la voie d'une véritable réconciliation nationale. Dans ce cadre des mesures concrètes ont été prises en vue du règlement apaisé de tous les différends qui ont, sous les régimes précédents, ébranlé la cohésion nationale du pays et entravé sa marche vers le progrès». dixit le Conseil de jeudi.
Peu importe les montants qui seront versés. En réalité aucune fortune sur terre ne peut compenser les douleurs provoqués ou effacer le mal subi. Seulement la satisfaction pour nous d’avoir enfin compris que le devenir dépendait largement de notre capacité à reconnaitre les fautes commises, les crimes commis par ceux qui ont cru à un moment donné que la Mauritanie resterait ce qu’ils ont voulu qu’elle soit. Ceux qui ont cru que leurs pouvoirs étaient éternels. Et que le jour du jugement humain ne viendrait pas.
Aujourd’hui, les autorités semblent vouloir solder ce passé douloureux. Le pouvoir actuel ne doit pas craindre de remuer ce passé dont il n’est pas comptable. Mais il doit compter avec tous ceux qui étaient aux affaires à l’époque et qui ont toujours les moyens de nuire à toute entreprise de réconciliation nationale. On les retrouve dans l’appareil, au sein des formations politiques les plus «à gauche» (de quoi, en fait ?), dans les organisations des Droits de l’Homme… Il doit compter avec l’aversion «humaine» pour tout retour sur des événements douloureux. Ceux qui les ont commis ne veulent pas qu’on en parle. Ceux qui se sont tu au moment où ceux-ci les commettaient ne veulent pas non plus qu’on en parle. La majorité silencieuse craint d’en parler pour ne pas être en face de sa lâcheté. Comment alors attendre un soutien ou même une compréhension populaire à ces décisions pourtant courageuses et nécessaires ?
Le pouvoir de Ould Abdel Aziz est bien en train de solder un compte qui n’est pas le sien, d’apurer un passif qui continue de peser sur notre vie, sur les consciences de certains d’entre nous (ceux qui en ont). Mais cela devrait s’accompagner d’une campagne de sensibilisation. Ne serait-ce que pour limiter la nuisance des ennemis de la démarche.
Les faits sont têtus, dit-on. En juillet 1991, avec quelques amis dont Habib Ould Mahfoudh et M'Barek Ould Beyrouk, nous publiions, dans Mauritanie-Demain, un dossier intitulé «Arabes-Négro-africains : La fin d’un mariage de raison». Ce fut la première – et je crois l’unique – enquête journalistique sur ce qui s’est passé dans les casernes en 90 et 91. L’instrumentalisation politique du dossier devait empêcher son étalage et son analyse sereine sur la place publique. Nous courons depuis, derrière les rendez-vous manqués. Il ne faut pas que nous rations à présent celui-là.

jeudi 2 juin 2011

Quand on regarde TVM…

C’est ce qui arrive quand on regarde TVM le matin… ce jeudi matin, on relançait les programmes de la veille. A 9 heures, on avait Mauristar qui a ses fans. Mais quelle ne fut leur surprise en voyant leur émission interrompue par l’appel à la prière de «El ‘açir». En fait, on était la veille aux environs de 16:30-17 heures et cela se répétait bêtement. La paresse est la pire des habitudes. Elle aboutit fatalement à la médiocrité. Et quand la médiocrité s’installe, il est difficile de la déloger. Je plains le nouveau directeur, Djié Ould Sidaty qui, malgré tout son tact et son adresse aura fort à faire. Je plains grandement le ministre, Me Hamdi Ould Mahjoub qui, malgré sa bonne volonté et son engagement sincère (et jusque-là efficace), aura toujours l’impression de n’avoir rien fait. Je plains surtout le téléspectateur mauritanien qui aura encore et encore à souffrir la TVM dans cette version héritée de mille ans de rejet de renouveau.
Dans le temps, l’un de ses directeurs avait dit qu’il n’avait qu’un seul téléspectateur à satisfaire : le Président Ould Taya. C’est la doctrine qui a fait loi tout ce temps. Et maintenant ? maintenant que les décideurs politiques, Président et ministre, répètent qu’ils laissent libre-cours au savoir-faire du personnel et de l’administration des organes officiels ? Quelles excuses va-t-on invoquer à présent ?

mercredi 1 juin 2011

Le dialogue impossible

Le 28 novembre 2010, le Président Ould Abdel Aziz disait sa pleine disposition et même sa foi en la nécessité d’un dialogue avec l’opposition. On attend depuis des propositions officielles de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD). Mais cette réponse a tardé pour raisons de mésententes internes. On nous dit aujourd’hui qu’elle est fin prête. Mieux vaut tard que jamais. Trois positionnements auront marqué cette longue gestation.
Les plus radicaux vis-à-vis du pouvoir préconisaient l’exigence d’une élection présidentielle anticipée. Cette position défendue par le RFD était assimilée par Ould Boulkheir de APP à un coup d’Etat.
Un deuxième groupe, dirigé par l’UFP, revendiquait le retour à l’Accord de Dakar comme base de dialogue. En faisant fi du fait que l’Accord de Dakar est un tout destiné à sortir le pays d’une situation politique d’exception et non à régir la vie publique. Une élection présidentielle consensuelle et dont le processus est cogéré, tel est le sens de la lettre de cet Accord. En son article VII, il disait que «dans le prolongement» de cette élection, un dialogue inclusif devrait être promu entre les différentes composantes de l’espace politique mauritanien. Il n’y a pas eu de «prolongement» parce que les deux autres protagonistes – le FNDD et le RFD – ont refusé de reconnaitre les résultats de ces élections pourtant cogérées. L’Accord de Dakar est mort quand ses signataires ont convenu de l’enterrer. Et si on le remet aujourd’hui en vigueur, comment faire pour retrouver «les parties prenantes signataires» ? d’une part le FNDD avec l’UFP, ADIL (aujourd’hui dans la Majorité), Tawaçoul (encore indécis pour son orientation carrément opposante et s’inscrivant dans le sillage de la COD), d’autre part le RFD et les forces soutenant le candidat Ould Abdel Aziz… Le RFD de l’époque est-il celui d’aujourd’hui ? les forces soutenant Ould Abdel Aziz sont-elles celles d’aujourd’hui ? et l’APP, et l’UFP, et Tawaçoul ???
Vient la troisième tendance qui est celle prônant le dialogue et dont les figures de proue sont Messaoud Ould Boulkheir président de l’APP et de l’Assemblée nationale, et Boydiel Ould Hoummoid président du Wiam qui vient de se renforcer par l’arrivée en son sein de deux députés. Ni référence franche à l’Accord de Dakar, ni exigence d’élections anticipées…, juste concevoir une plateforme autour de laquelle un dialogue «constructif» peut s’engager.
Reste que l’approche des élections municipales et législatives (octobre ou novembre) bouscule les acteurs politiques. Certains parlent déjà de la possibilité de boycott oubliant les expériences du passé. En réalité certains chefs politiques de chez nous ont toujours calculé avec «l’effondrement imminent du pouvoir». Treize ans durant, ils ont espéré voir s’effondrer le pouvoir de Ould Taya. Quand il y a eu le putsch manqué du 8 juin 2003, personne n’est pourtant sorti dans les rues saluer une chute éventuelle. Pourtant le pouvoir est resté 48 heures dans la rue. Et quand vint la délivrance de 2005, nos appareils politiques étaient loin d’être préparés à une telle éventualité. D’où l’obligation pour eux de suivre le mouvement. Aveuglément et sans condition pour certains… nous en subissons encore les conséquences. Apprendre du passé n'a jamais été notre fort. Tout comme d'ailleurs anticiper sur l'avenir. 

mardi 31 mai 2011

Des printemps arabes


«Le temps des printemps arabes», c’était le thème de la conférence introduite par le Professeur Bertrand Badie, éminent politologue français et grand connaisseur des évolutions du Monde Arabe.
Il a d’abord défini les soulèvements de Tunisie et d’Egypte comme des événements «exceptionnels», évoquant la complexité de trouver la formule exacte pour les qualifier : révolution arabe, mouvements sociaux, pour opter pour «le temps des printemps arabes». Il a ensuite démontré qu’il s’agit d’un mouvement de rupture d’avec le système classique. Dont la première manifestation est l’absence d’unité de temps, d’unité de lieu et d’unité d’action. Une trilogie qui a fait le classicisme.
Il a développé son argumentaire suivant trois axes :
-          Le temps social qui a été très fort et très dynamique. C’est lui qui a fait la révolution. Mais va-t-il s’articuler avec le temps politique ? C’est toute la question qui déterminera le devenir proche de ces révolutions. C’est une révolution qui s’est faite sans avant-garde, sans programme et sans doctrine. Première révolution post-léniniste, elle est une revanche des sociétés sur les systèmes politiques. Une sorte d’autonomisation de la société par rapport au joug du politique institutionnelle. Elle est pour cela sans précédent dans l’Histoire du Monde. Au moment où l’on croyait que l’ère des révolutions était terminée, voilà que les sociétés décrètent le passage en force en rompant avec la logique des Etats. Ce qui a été nouveau c’est la recréation et la redynamisation du lien social détruit par les autocraties.
-          Le temps politique devrait nécessairement arriver par la prise en charge des ruptures sociales. «Si le temps social ne débouche pas sur le temps politique, ce sera un gâchis». Le printemps arabe pourrait alors être «juste un mai 68 arabe». L’expérience de la Révolution française nous enseigne qu’il faut assurer le transfert du temps social vers le temps politique. Nous aurons alors besoin d’une pensée politique comme celle des Lumières qui a servi en 1789 (en fixant les objectifs politiques) et des élites fournies par les associations et le foisonnement social de l’heure. Le danger pour nos révolutions actuelles, c’est bien la tendance de vouloir produire une pensée politique qui cherche à «se réfugier dans les utopies régressives» comme la culture d’un passé=âge d’or. L’élection risque aussi de servir à reproduire le passé.
-          Le temps international nous amène à nous poser la question suivante : l’interférence du système international est-elle facteur de facilitation pour permettre l’articulation des temps social et politique, ou sera-t-elle simplement une manière pour ce système dominant de s’approprier le mouvement ? Trois phases dans les attitudes à relever dans le comportement du système international. Cela commence par la recherche de l’endiguement, comme au bon vieux de la politique du containment. La logique développée ici est que le mouvement pourrait déstabiliser la marche du Monde. Puis la politique dite de l’accompagnement qui a été portée par le discours du président Obama au Caire. Mais elle pose la question de savoir si une diplomatie de l’accompagnement est possible ? Enfin arrive la diplomatie de la substitution qu’on vit actuellement en Libye. Le système international – autant dire la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, pour le cas de la Libye – se substitue aux acteurs politiques arabes pour réguler et accélérer le devenir. Une révolution qui conduit à un tel processus devient une guerre. «La guerre est l’antisocial par excellence, la révolution est la quintessence du temps social», conclura Bertrand Badie. 

Le RFD adopte le CNT

C’est une conférence de presse d’exception, parce qu’elle a visiblement été décidée en catastrophe vu l’urgence du communiqué en faisant état. En milieu d’après-midi, le Rassemblement des forces démocratiques de Ahmed Ould Daddah annonce une conférence de son président. Urgent !
En fait c’était pour annoncer que le RFD et son président soutiennent (désormais) le conseil national de transition (CNT) des insurgés libyens. C’est une information et même une première. Tout comme les critiques acerbes formulées à l’encontre de Kadhafi. Tout cela est nouveau chez la plupart de nos politiciens.
Il faut rappeler que Kadhafi utilisait l’argent libyen pour soudoyer les acteurs politiques en Mauritanie, en Afrique et dans le monde en général. Des militants de l’IRA (Irlande) à ceux du Farabundo Marti d’Amérique Centrale, en passant par les mouvements d’opposition ou les pouvoirs en Afrique ou dans le Monde arabe.
Ici Kadhafi a commencé par fortement soutenir le Front Polisario dans sa version originelle de mouvement de contestation des pouvoirs en place en Mauritanie et au Maroc. Particulièrement en Mauritanie. Ce n’est pas par hasard si toute la pression a été exercée sur notre avec d’ailleurs une tentative de prise de pouvoir par l’attaque de Nouakchott en juin1976.
Puis vint l’épisode du financement des groupuscules nationalistes et, au même moment, des pouvoirs militaires successifs. Ce qui explique le mépris qu’il a toujours affiché pour le pays et pour ses dirigeants. Le «tozz vi muritaanya» qu’il a plusieurs fois lancé en est une manifestation. Le jeu démocratique lui permettra d’interférer dans le jeu. Financement de toutes les entreprises et de tous les entrepreneurs politiques. Si l’on excepte l’UFP – même si l’un de ses hauts responsables a déjà fait le voyage de Tripoli – et Tawaçoul, pas un parti mauritanien n’a échappé à la générosité de Kadhafi et de son système. Les comportements de ses envoyés – Ave’ el Madani, Moussa Koussa et autres – s’expliquaient par le fait d’avoir «alimenté» nos symboles politiques. Toutes les campagnes de ces dernières années se sont faites en partie avec de l’argent venant de Libye. Comprenons alors la complexité des positions de nos politiques et leurs hésitations…