mercredi 28 janvier 2015

Fin de l’impunité ?

Les récentes affaires qui ont secoué le ministère des finances et le système bancaire donnent l’occasion au Président Mohamed Ould Abdel Aziz de réaffirmer sa volonté déclarée d’engager une lutte sans merci conte la gabegie. Cette lutte commence naturellement par l’assainissement du système financier.
On voit, à travers la succession d’interpellations dans le milieu des percepteurs, que les pouvoirs publics sont dans la phase de mise en œuvre d’une opération coup de poing qui demande du courage, de la détermination, de l’équité, et, bien sûr, une volonté politique soutenue et inébranlable. Les limogeages dans la haute administration et les interpellations suivies ou non d’inculpations ne suffisent pas à elles seules. Les enseignements tirés du contrôle et des inspections doivent être lisibles (et visibles) pour prétendre à un soutien populaire à la politique engagée contre la mauvaise gestion sous toutes ses formes.
Il faut rappeler que la demande sociale en matière de lutte contre la gabegie n’est pas évidente. Même si elle découle d’une attitude logique qui doit être celle de tout humain «normal», ayant grandi dans un univers qui bannit le vol et l’indélicatesse sous quelque forme que ce soit, cette attitude n’est pas le fort de notre encadrement national (société politique, notabilités traditionnels, chefs religieux, élite en général). Il suffit de voir les soutiens apportés aux auteurs de malversations par les partis politiques, les segments entiers de notre société bienpensante, de pans de l’élite… Ces soutiens donnent aux prédateurs l’air de héros des temps modernes. Tout ça parce qu’entre l’exigence d’assainissement et la demande sociale et politique, il y a un hiatus difficile à passer.
En attendant, il est utile de rappeler ce que nous écrivions il y a quelques semaines, quand les premiers trous ont été découverts dans les perceptions de l’intérieur. On concluait que le système de prédation dans les finances avait fini par prendre l’allure de réseaux maffieux qui ont profité de l’absence de contrôles et d’inspections professionnelles. L’absence d’auditeurs au sein de la direction du Trésor y est pour beaucoup. Et ce ne sont pas les auditeurs de l’Inspection générale d’Etat qui vont combler le déficit : en fait ils ne voient que ce qui est évident. Ils ont eu quand même le mérite d’avoir été à l’origine des actions d’assainissement, mais il faut, pour aller plus au fond, renforcer, instituer s’il y a lieu, le contrôle interne. Parce que toutes les perceptions inspectées ont été mise à défaut.
Dans toutes les situations de dérapages découvertes ces derniers temps, il est évident qu’il y a eu négligence de la part de la hiérarchie, à tous les niveaux. Quand une petite commune comme Jidrel Mohguen (Rosso, Trarza) affiche plus de 120 millions de recettes en un exercice, il y a lieu pour toute la chaine de la hiérarchie de se poser des questions et d’émettre des doutes. Donc de donner l’alerte immédiatement. Au lieu de cela, on a continué à satisfaire les demandes de provisionnements exprimées par les percepteurs sans se poser des questions.
Pendant des années, des situations comme celle-là ont été enregistrées partout en Mauritanie : des communes dont le budget dépasse rarement les deux millions et qui se retrouvent avec un niveau de recettes exorbitant. Deux explications à cette situation : 1. C’est une manière pour les percepteurs de réorienter les dépenses des fonds destinés aux différents plans d’urgence pour justifier leurs affectations. 2. Le percepteur ayant la latitude de produire lui-même des carnets pour prélever taxes et amendes, il en abuse sans que cela se traduise sur les écritures officielles du trésor public.
Ici apparait la responsabilité pécuniaire du percepteur, une responsabilité pour laquelle il paye en s’expliquant devant la police financière puis en allant devant une juridiction et probablement en prison. Mais il y a une responsabilité technique qui doit aussi être identifiée pour payer ses manquements. Sans l’indulgence, la négligence et la bienveillance (complicité, diront certains) de la hiérarchie, le fauteur aurait sévi une fois peut-être mais la prédation n’atteindrait jamais les proportions qu’elle a atteint. Il y a aussi la responsabilité politique qui est engagée. Nous savons tous qu’une partie des fonds amassés frauduleusement va dans l’entretien de couvertures politiques (hommes influents qui protègent, dépenses inconsidérées pour le Parti au pouvoir, clientélisme tribal, régional et local, entretien des services régionaux et ceux de renseignements…). La main de l’Etat doit aller là où est passé l’argent de l’Etat suivant une procédure frauduleuse.
La responsabilité technique et politique n’est jamais dégagée, même si l’on doit considérer que les derniers limogeages au sein des Finances répondent justement à cette exigence-là. Mais ce n’est pas suffisant pour créer une forte adhésion autour de cette guerre contre la gabegie dont on veut faire l’axe principal du mandat en cours. Il faut plus pour dissuader les cercles et les réseaux de prédation qui se greffent autour des dysfonctionnements de l’administration.
La maitrise des flux au niveau des dépenses doit s’accompagner d’un contrôle total des recettes par l’émission de carnets uniques de quittance pour les différents démembrements de l’Etat pour s’assurer que toute la collecte va dans les caisses du Trésor public (communes, Autorité de transport, amendes…).
L’assainissement du secteur exige une mise à terme de la règle de l’impunité. On devra payer à tous les niveaux de responsabilité son indélicatesse, sa négligence et sa protection du Mal.

mardi 27 janvier 2015

Argent, argent… arnaque, arnaque…

Au centre hospitalier de Nouakchott, appelé «Hôpital national», il existe désormais un système de kit qui fait payer aux malades le service rendu. Il s’agit de trois niveaux de traitement :
-          Le kit I payé à 5000 UM. Il concerne les malades en consultation dans les urgences, en général les maladies qui ne demandent pas de gros traitements ;
-          Le kit II à 10.000 UM. Il concerne la catégorie suivante, celle qui demande hospitalisation et traitements particuliers ;
-          Le kit III à 15.000 UM. C’est le plus lourd parce qu’il couvre les malades du bloc opératoire.

La première décision du nouveau directeur, nommé il y a quelques semaines, a été d’interdire aux médecins de prescrire de traitements avant la présentation de quittances par les malades. Aucun médecin ne peut plus délivrer une ordonnance avant la présentation de cette quittance. Le malade peut alors prendre les médicaments auprès de la pharmacie de l’hôpital.
Le problème, c’est que les ordonnances des malades externes qui sont les plus nombreux ne coûtent jamais plus 1500 UM, alors qu’aucune ristourne n’est prévue dans le circuit. La plupart des malades de l’hôpital national payent donc 5000 UM sans avoir eu pour 1500 UM. Où va le reliquat ? quelque part certainement.
Ce qui est considéré déjà comme une arnaque des populations, est perçu comme une possibilité d’aller vite en besogne…
Avant l’arrivée de l’actuel directeur, le malade payait 500 UM pour la consultation, recevait son ordonnance et allait acheter les médicaments qui lui sont prescrits. Cela lui coûtait rarement plus de 1500 UM quand il s’agit de traitements de premier degré.
Les nouvelles mesures adoptées imposent aux malades et à leurs parents de payer plus pour ce qu’ils reçoivent. Un système ingénieux d’arnaque…
On sait cependant que l’hôpital national a toujours été – surtout ces dernières années – le moins pourvu en moyens de tous les centres hospitaliers de Nouakchott. S’il reçoit entre 700 et 800 mille ouguiyas de subvention pour le lit, l’hôpital Zayed va jusqu’à plus de trois millions par exemple. Ce au moment où l’on sait que la pression exercée sur l’hôpital national est la plus forte.

Ce qui n’explique absolument pas le fait de faire payer aux citoyens le prix fort par le recours à ce procédé de kit qui sème le doute et ajoute aux problèmes qui se posent déjà au malade…

lundi 26 janvier 2015

Et le droit dans tout ça?

A la suite de la mutinerie de la prison centrale de Nouakchott, les autorités judiciaires sont vite montées au créneau pour se justifier plus que pour éclairer. Un passage des propos entendus, l’affirmation que la décision de libérer ceux parmi les prisonniers dont la peine avait expirée avait été prise le vendredi même, «mais des problèmes personnels avaient empêché la mise en œuvre de la décision avant la fin de l’heure légale».
En entendant cela, je me suis rappelé des propos similaires tenus en avril 2002 par le directeur de la police politique qui me retenait alors depuis douze jours. Il arrive avec ses principaux collaborateurs et me dit : «Tout est fini, la décision de te libérer est prise parce qu’on n’a rien trouvé contre toi. Mais on arrive en fin d’heure et je ne peux procéder à sa mise en application parce que je vais en weekend». Et en riant : «…quarante-heures de plus ce n’est rien, à la première heure dimanche tu pourras aller chez toi…»
Treize années séparent les deux affirmations, mais leur effet est le même. Leur justificatif aussi. Voilà qu’un responsable – peu importe s’il est de la police ou de la justice – peut décider de maintenir en prison quelqu’un qui est libre par le fait de la loi ou de la décision politique. Peu importe pour ces gens si les détenus souffrent, peu importe ce que la liberté signifie pour quelqu’un qui en était privé, peu importe si leurs décisions personnelles respectent ou non la morale, la loi… Un abus d’autorité, voilà ce que le Procureur a reconnu l’autre soir à la télévision publique.
Cet abus d’autorité, le ministère de la Justice avait cherché à l’éviter. Il y a quelques années, le ministère avait commandité un système d’alerte pour permettre à la direction des prisons de suivre l’état d’avancement de la peine de chaque prisonnier électroniquement. A la fin de la peine, un bip permettrait aux autorités concernées d’agir immédiatement. L’Union Européenne avait financé ce projet dont le mécanisme n’a jamais été utilisé par les autorités concernées. Après cet incident, il est temps de s’approprier et d’activer ce mécanisme qui existe sous forme de projet parce que personne n’en veut au ministère.
Ce qu’on nous cache et qu’on n’a pas pu comprendre à travers tout ce qui a été dit et écrit sur la question, c’est que les prisonniers sont une source de revenus. Tant qu’ils sont là. Pour tout le système, judicaire et pénitencier.
A la longue, un système maffieux s’installe où chacun trouve un petit quelque chose à soutirer. De l’avocat, au juge, au gardien de prison, au codétenu… tout le monde… a besoin de prisonniers.
En contrepartie, les prisonniers établissent facilement des rapports de complicité avec cet environnement dans lequel ils sont obligés de s’adapter. C’est seulement ainsi qu’on peut comprendre comment des prisonniers salafistes peuvent avoir des Smartphones dans leurs cellules. Ce qui leur permet de maintenir le lien avec l’extérieur, parfois de continuer à prêcher leurs dangereuses idéologies, à recruter…
La mutinerie de l’autre soir doit servir. Aucune impunité n’est acceptable en la matière. Et pour le signifier, la réaction doit être rapide.
Pas besoin de rapports pour savoir que l’abus d’autorité a été exercé à l’encontre de citoyens dont la peine a expiré ou de savoir que les prisonniers ont besoin de sérieuses complicités pour préparer un tel coup.
Pas besoin d’analyses pour comprendre que les manquements et les excès ont mis le pays dans une situation qui a remis en cause toutes les certitudes concernant la sécurité et la stabilité. Qu’ils ont mis les Salafistes dans la position des Justes qui revendiquent un droit, juste ce droit… qui ont fini par faire plier l’injustice par la violence… comment faire ensuite pour empêcher la jeunesse mauritanienne, une certaine partie de cette jeunesse, de les adopter comme héros… en un temps où la recherche de modèle et de héros est effrénée ?

Il y a des coupables à la faillite – même momentanée – de l’ordre et de la justice. Il faut faire payer quelqu’un… qui ?   

dimanche 25 janvier 2015

La réponse du FNDU

Finalement, la réponse du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) aux propositions du gouvernement est tombée. Il s’articule autour des questions suivantes :
-          Un gouvernement consensuel : un gouvernement avec de larges prérogatives et qui respecte les lois de la République est la seule garantie de la neutralité de l’administration et empêche l’utilisation des services et des intérêts publics dans la course politique ;
-          Les Institutions électorales que sont le Conseil Constitutionnel, la CENI et les directions du ministère de l’intérieur impliquées dans les opérations électorales. Toutes ces structures devront être restructurées et leurs responsables nommés de façon consensuelle ;
-          La neutralité de l’administration afin de garantir la non interférence de l’autorité publique et de l’argent public doit se faire à travers l’élaboration d’une nouvelle loi sur la neutralité de l’Etat dans le jeu politique et dans les élections, ainsi que la mise en application de toutes les lois ayant rapport à ce sujet. Mettre fin aux nominations sur la base d’allégeances politiques, éloigner l’administration de la politique, nommer sur la base de la compétence sans discrimination, et prendre des dispositions afin de l’indiquer avant tout processus de dialogue ;
-          Eloigner l’attribution de marchés publics, d’agréments et tout service public de la politique avant toute élection ;
-           Révision et application des lois sur les budgets électoraux pour les candidats et limitation de la participation individuelle à chaque campagne ;
-          L’annonce officielle par le chef suprême des Armées Président de la République de l’interdiction d’activités politiques aux éléments des forces armées et de sécurité, en plus de la déclaration solennelle des commandants des corps en vue d’affirmer le caractère républicain de son institution et leur engagement d’être à égale distance de tous les protagonistes politiques ;
-          Le vote des militaires en même temps que les civils et dans les mêmes conditions ;
-          Ouverture des médias publics à tous les protagonistes politiques de façon juste et continue, et désignation des responsables de ces établissements sur la base de la compétence et de l’indépendance ;
-          La préparation matérielle des élections demande quant à elle : la révision des textes relatifs aux élections de façon consensuelle ; l’accélération de l’opération d’enrôlement à l’intérieur et à l’extérieur et remise gratuite de la carte d’identité nationale aux enrôlés ; audit du fichier électoral ; implication de tous les protagonistes dans la préparation des listes électorales.

Rapidement résumées les propositions du FNDU qui devront être remises ce lundi au Premier ministre Yahya Ould Hademine. On saura alors si les prédispositions des uns et des autres sont sérieuses ou s’il s’agit simplement de manœuvres dilatoires. Ce à quoi nos politiques nous ont habitués.

samedi 24 janvier 2015

La mise à nu du système judiciaire et pénitencier

Toute la soirée de vendredi à samedi, Nouakchott a vécu au rythme d’événements singuliers et pour le moins inattendus survenus dans la prison civile de Nouakchott.
Tout commence en fin d’après-midi quand des prisonniers salafistes accrochent des gardes venus mater un sit-in qu’ils organisent depuis plus d’une semaine. Ce sit-in visait à protester contre le maintien en détention de quatre d’entre leurs amis dont la peine a expiré et que le Parquet refuse de libérer, sans explications.
L’accrochage entre gardes et prisonniers prend l’ampleur d’une bataille rangée qui voit les Salafistes prendre le dessus, avec le retrait des gardes qui laissent derrière eux deux de leurs camarades qui deviennent alors des otages aux mains des prisonniers. On tente dans un premier temps de couvrir la mutinerie en utilisant la force. Mais très vite, les autorités se rendent compte qu’il est trop tard. Les Salafistes, bien organisés et ayant les moyens technologiques de faire participer l’extérieur au déroulement des événements, ont déjà envoyé les images des deux otages à l’extérieur.
Sans scrupules, la plupart des moyens d’informations privés – télévisions et sites électroniques – publient immédiatement les photos. L’alerte est donnée. Les événements se déroulent alors en direct de la prison de Nouakchott.
C’est un peu avant minuit que preneurs d’otages et autorités arrivent à un accord : les quatre prisonniers salafistes sont libérés en échange de la libération des otages. Une honte à double niveau.
D’abord au niveau de l’éthique : voilà des prisonniers dont la peine a expiré et qu’on maintient malgré cela en prison. Une habitude qui relève de la normalité de l’excès d’autorité dont font preuve les hommes du Parquet. Il suffit de faire la liste de tous les prisonniers dont la peine a expiré et qui sont maintenus malgré cela en détention. Paresse ou insouciance ? probablement les deux à la fois.
Ensuite au niveau sécuritaire : voilà que des prisonniers qui plus est salafistes peuvent prendre en otage des gardes en plein Nouakchott. On est loin, très loin, du zéro risque qu’on espérait avoir approché avec toutes les réussites en matière sécuritaire.
L’action de ces dernières vingt-quatre heures met effectivement à nu le système judiciaire en étalant sur la place publique ses défaillances, son incohérence et sa mauvaise foi. Défaillances, incohérence et mauvaise foi sont à la source de l’arbitraire exercé au quotidien contre toutes les victimes qui ne comptent (ou décomptent pas).
Elle a mit à nu aussi les insuffisances du système pénitencier qui finit par vivre sur le compte des prisonniers qui, eux, ont tout loisir à se comporter comme ils veulent. Sinon comment expliquer la présence de téléphone de grande qualité dans la prison ? et les armes blanches, s’il y en a eu ? et cette bonhomie qui caractérise les relations entre prisonniers et geôliers ? que dire aussi de ces prisonniers fraichement rapatriés de la prison du désert qui les isolait et qui prouvent qu’ils ont la possibilité de continuer à agir et à recruter ? où en sont les ONG qui reprochaient aux autorités de les avoir isolés ?
Les prisonniers salafistes dont la peine a été consommée et qui ont finalement été libérés à la suite de cette action violente sont :
1.      Tiyib Ould Salek, arrêté en 2005. Il était accusé d’abord de participation à l’opération de Lemghayti qui a coûté la vie à 17 de nos vaillants soldats. Il a été ensuite jugé pour avoir reçu de l’argent de l’extérieur en vue d’organiser des actions terroristes et d’avoir recruté à cet effet. Il est accusé d’appartenir à une filière internationale, c’est pourquoi les services espagnols ont demandé à l’interroger dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid le 11 mars 2004.
2.      Mohamed Said Ould Moulaye Eli accusé d’avoir participé à plusieurs actions d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Il a été appréhendé puis jugé en Algérie où il a écopé de trois ans fermes. Remis à la Mauritanie, il a été condamné à deux ans. Sa peine a expiré le 15 de ce mois.
3.      Taleb Ould Hmednah, recherché pour appartenance à AQMI, il a été arrêté au Sénégal puis remis à la Mauritanie. Il a été jugé et condamné à cinq ans de prison. Son frère Abdel Kader a été tué au Mali au cours de l’offensive française de 2013. Sa peine a pris fin il y a deux mois environ.
Mohamed el Hafedh alias Jouleybib qui fait partie de ceux qui ont bénéficié de l’amnistie faisant suite au dialogue de 2010. Il est vite repris et accusé de recruter pour le compte d’AQMI. Il est condamné à cinq ans avant de faire appel, ce qui lui permet de réduire sa peine à trois ans qui ont pris fin ce vendredi, le jour de la mutinerie.

vendredi 23 janvier 2015

Le cas Ould Sellahi

Les mémoires du célèbre prisonnier Mohamedou Ould Sellahi sont parues cette semaine sous le tire de «Carnets de Guantanamo». Premier du genre, ce livre retrace l’expérience douloureuse de notre compatriote, torturé par la police de son pays, parfois sous la supervision des agents du FBI et de la CIA, avant d’être livré par les autorités aux Américains qui ont dû être convaincus de l’utilité pour eux d’accepter ce cadeau.
Nous sommes en octobre 2001 quand le jeune ingénieur Mohamedou Ould Sellahi est arrêté par la police politique mauritanienne pour une deuxième fois. Cette fois-ci, alors qu’il participait à une réunion tribal qui préparait l’une des visites carnavalesques du Président Moawiya Ould Taya à l’intérieur du pays.
La première fois, ce fut au lendemain de son retour de l’extérieur où il avait pourtant été longuement interrogé par les polices du Canada et de l’Allemagne sur son implication éventuelle dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001. Toutes les polices du monde avaient fini par le laisser tranquillement rentrer chez lui. Mais ici, il arrivait à un moment où le pouvoir cherchait à tout prix à trouver des excroissances aux réseaux terroristes pour justifier l’autoritarisme qui occasionnait des répressions périodiques contre telle ou telle mouvances.
C’est en août 2002 que Ould Sellahi est remis aux Américains et c’est seulement en octobre de la même année qu’il arrive à Guantanamo. Où a-t-il été quand il a quitté la Mauritanie, et surtout comment les Mauritaniens ont-ils convaincus les Américains de le prendre avec eux ? Selon lui, il a fait un séjour en Jordanie et un autre en Afghanistan avant d’être à Guantanamo.
Une première tentative a vu venir à Nouakchott des éléments du FBI qui ont participé à l’interrogatoire de Ould Sellahi par la police. Un interrogatoire où l’utilisation de la torture a été systématique chaque fois que le prisonnier semblait ne pas vouloir collaborer. En présence ou non des agents américains, les policiers ont longuement interrogés Ould Sellahi. Sans résultat apparemment parce que les agents du FBI repartiront sans être convaincus par les révélations.
Puis vinrent des agents, probablement de la CIA, habitués eux aux méthodes des polices arabes et musulmanes en général. Ce sont eux qui finalement accepteront d’amener Mohamedou Ould Sellahi.
Agé de 32 ans à l’époque, Mohamedou Ould Sellahi semble avoir été contraint à collaborer dans un premier temps. Ses mémoires nous diront jusqu’à quel niveau il a pu tenir.
Douze ans après les événements, le voilà qui consigne son expérience dans des carnets qu’il publie dans vingt pays. Tous les droits ont été donnés au journal The Guardian qui a d’ailleurs publié des extraits du journal intime de notre compatriote.
Nous ne savons pas pour notre part combien de passages sont réservés à la partie mauritanienne de sa mésaventure qui a tourné au drame. Séparé de sa famille, notamment de son épouse palestinienne et de son enfant vivant depuis en Allemagne sur le compte de compatriotes amis, puis de sa famille mauritanienne, il apprendra la mort de sa mère à laquelle il vouait un grand amour, alors qu’il est retenu contre son gré dans la prison américaine de Guantanamo.
Reste pour nous le droit de demander des explications aux autorités de l’époque : au Président de la République, au Premier ministre, au ministre de l’intérieur, au directeur général de la police, au directeur de la police politique… Pourquoi avoir livré un compatriote aux Américains, même s’il était demandé par eux ?
Et si réponse il y a, ils devront rendre compte de ce qu’ils lui ont fait subir de tortures et de mauvais traitements. Il faut que quelqu’un paye et il en est temps. 

jeudi 22 janvier 2015

L’enlisement au Mali ?

Il ne se passe plus un jour sans que les régions du Nord malien ne soient le théâtre d’affrontements entre les forces multinationales et maliennes d’une part et les Jihadistes d’autre part. La carte des préoccupations dans cette région est en train de changer. Avec de moins en moins de premier rôle pour les organisations connues comme le MUJAO (mouvement pour le Jihad en Afrique de l’Ouest), les Mourabitounes (mouvement créé pour unifier les segments AQMI sous un même commandement, celui de Mokhtar Belmokhtar alias Belawar), Ançar Eddine du dirigeant touareg Iyad Ag Ghali…, de moins en moins de rôle aussi pour les mouvements rebelles qui ne finissent pas de se reconstituer, de s’unir et de se désunir. Ce qui complique la lisibilité de la situation : on ne sait plus qui est qui et qui veut quoi. Les commentaires malveillants et l’intoxication à travers la presse faisant le reste.
De nouveaux mouvements sont en construction. Ils épousent souvent les contours d’une ethnicité qui ne dit pas son nom. Les agresseurs de Nampala et ailleurs sont pour la plupart des Peulhs. Jusqu’à présent cette composante ethnique du Nord n’occupe pas de place prépondérante dans le dialogue intercommunautaire d’Alger. Alors que les prédicateurs radicaux ont trouvé dans cette exclusion de fait un motif et une justification pour recruter au sein de cette composante importante de cet espace. On y pensera quand on se rappellera que, comme les Bidhânes et les Touaregs du Nord, les Peulhs ont leurs ramifications sociologiques partout en Afrique de l’Ouest. Que partout où ils sont, ils vivent une marginalisation plus ou moins avérée. Que les raisons de les pousser dans les bras du radicalisme sont d’autant plus fortes qu’ils sont naturellement un peuple religieux, fier d’avoir été l’élément essentiel de la propagation de l’Islam au sud du Sahara.
Toutes les missions internationales – celle de l’ONU (MINUSMA) et celle de l’Union Africaine (MISMA) – reconnaissent désormais l’ambigüité de la situation et la difficulté à trouver des solutions et à rétablir l’ordre.
L’une des grandes difficultés reste l’absence de l’Etat malien et son incapacité à étendre son autorité sur le Septentrional comme on dit là-bas. La présence de troupes étrangères ne peut être envisagée indéfiniment car elle est déjà assimilée à une force d’occupation. D’autant plus que personne ne peut assurer l’intégrité territoriale du Mali en dehors de ses fils. Personne non plus ne peut trouver de solutions aux problèmes posés en dehors d’eux-mêmes. 
Dans une déclaration faite aujourd’hui, Pierre Buyoya, le chef de la MISMA a invité à la mutualisation des efforts car aucun pays du Sahel, ne peut réussir seul à combattre le terrorisme et ses ramifications transfrontalières.
Selon les termes du communiqué rendu public par son bureau, «cette mise en commun des moyens devrait se faire à travers une pleine appropriation par les pays concernés du Processus de Nouakchott dont l’objectif est le renforcement de la coopération en matière de sécurité entre les pays du Sahel et l’opérationnalisation de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) dans la région sahélo-saharienne». 
C’est dans ce cadre qu’il faut envisager le passage à l’acte par «la mise en place d’une force régionale d’intervention rapide au Nord du Mali, des patrouilles conjointes aux frontières et une force multinationale pour faire face à Boko Haram»
La reprise des pourparlers d’Alger s’annonce difficile et l’accord qui peut en découler restera fragile tant que toutes les problématiques de la région ne sont pas prises en compte.