mardi 2 avril 2013

Hollande est inquiétant

Un ami m’a signalé un texte écrit dans la dernière édition du Monde Diplomatique par Alain Gresh. Je trouve utile de partage cette interpellation qui renseigne sur la position du Président français François Hollande sur l’épineuse question de la Palestine. Le Président Hollande s’est trahi au cours de l’hommage rendu à Stéphane Hessel le 7 mars dernier.
«Stéphane Hessel, François Hollande et la Palestine», un titre sobre et annonciateur de la suite :
«Au cours des obsèques de Stéphane Hessel organisées le 7 mars, le président de la République François Hollande a rendu hommage à l’homme. Il s’est pourtant permis, fait à ma connaissance sans précédent dans de telles circonstances, de prendre ses distances à l’égard de Hessel. Sur quel thème ? Les sans-papiers ? Les inégalités sociales ? L’injustice de l’ordre international ? Non, sur aucun de ces thèmes sur lesquels, pourtant, la politique actuelle du gouvernement est bien différente de celle préconisée par Hessel. Un seul sujet a suscité ses réserves, celui de la Palestine :
«Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage.»
Une nouvelle fois, le président a cédé aux nombreuses pressions : il ne faut rien faire qui puisse susciter l’ire du gouvernement israélien. On savait déjà que la personne qui écrit les discours du président était un dirigeant du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Une confusion des genres qui ne peut qu’alimenter les discours antisémites rampants : les juifs sont partout, ce sont eux qui dictent la politique de la France. On savait aussi que Richard Prasquier, président du CRIF, dans un éditorial daté du 27 février, avait fortement critiqué Hessel, l’accusant d’être «avant tout un maître à ne pas penser».
Mais, au-delà de ces pressions, il y a le refus persistant de tous ceux, au gouvernement comme dans l’opposition, de prendre en compte une réalité simple : c’est le gouvernement israélien qui refuse toute négociation de paix sérieuse et qui poursuit une politique de colonisation et de répression contre les Palestiniens — une réalité que Stéphane Hessel avait plusieurs fois soulignée, notamment lors de son voyage à Gaza. A la fin de son mandat, le président Sarkozy avait fini par reconnaître que M. Benjamin Nétanyahou était un «menteur». Le président Hollande se comporte encore comme si on pouvait «convaincre» ce premier ministre d’aller vers une paix véritable. Mais qui peut sincèrement croire un seul instant que le gouvernement israélien acceptera de se retirer de l’ensemble des territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem ?
Par ailleurs, le gouvernement français ferme les yeux sur le fait que le parti même de M. Nétanyahou est composé d’hommes et de femmes que, dans tout autre pays, on qualifierait de «fascistes». Comme il ignorera demain que le parti Maison juive, qui s’apprête à entrer dans la coalition gouvernementale en Israël, est un parti fasciste et raciste. Paris, qui n’a pas de mots assez durs pour critiquer le Hamas, cautionne ainsi les partis politiques israéliens d’extrême droite.
Quant à la politique de colonisation persistante du gouvernement israélien, Paris se borne à des condamnations purement verbales, sans jamais prendre aucune mesure de sanction. Au contraire, la coopération bilatérale (et européenne) avec Israël dans tous les domaines — économique, politique, militaire et même policier — nous ramène à l’année 1956, quand le gouvernement socialiste de Guy Mollet s’alliait à Israël contre l’Egypte de Gamal Abdel Nasser, «un Hitler au petit pied».
Partout dans le monde, le gouvernement n’a qu’un mot à la bouche, celui des droits humains et de leur défense, partout sauf en Palestine. Il est ainsi resté bien silencieux sur le dernier rapport de l’Unicef consacré au traitement des enfants palestiniens. Voici comment Libération présentait ce rapport :
«Les “mauvais traitements” des mineurs palestiniens dans le système de détention militaire israélien sont “répandus, systématiques et institutionnalisés”, affirme dans un rapport rendu public mercredi le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).
“Dans aucun autre pays les enfants ne sont systématiquement jugés par des tribunaux militaires pour mineurs qui, par définition, ne fournissent pas les garanties nécessaires au respect de leurs droits”, souligne le rapport.
L’Unicef évalue à “environ 700 chaque année le nombre d’enfants palestiniens de 12 à 17 ans, en grande majorité des garçons, arrêtés, interrogés et détenus par l’armée, la police et les agents de sécurité israéliens”.
“Ces mauvais traitements comprennent l’arrestation d’enfants chez eux entre minuit et cinq heures par des soldat lourdement armés, le fait de bander les yeux des enfants et de leur lier les mains par des attaches en plastique”, selon le rapport, qui cite également “les aveux forcés, l’absence d’accès à un avocat ou à des membres de la famille pendant l’interrogatoire”.»
Comment expliquer ce silence ? Les enfants palestiniens ne seraient-ils pas des enfants comme les autres ? Stéphane Hessel avait simplement témoigné de ces mauvais traitements.
Lors de l’inhumation de Stéphane Hessel, Michel Rocard affirmait : «Ceux qui l’ont critiqué feraient mieux de faire leur examen de conscience.» Serait-ce un appel à M. Hollande ?»

lundi 1 avril 2013

L’UPR à la conquête du pouvoir


Me Hamdi Ould Mahjoub n’est plus le ministre de la communication et des relations avec le Parlement. Il a été remplacé hier soir par Mohamed Yahya Ould Horma jusque-là Chargé de Mission à la Présidence de la République et 1er Vice-Président de l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir.
On attendait Ould Horma aux finances, lui l’ancien directeur général des impôts, des douanes, haut fonctionnaire du département où il a acquis la réputation d’«incorruptible» au temps où la corruption et l’indélicatesse dans la gestion des affaires étaient des valeurs cultivées par le système auquel il a néanmoins appartenu. Le voilà qui va donc à la communication. D’où l’«indice» politique de ce remaniement.
En même temps que lui, Aïcha Vall Mint Vergès prend le portefeuille des affaires sociales, de l’enfance et de la famille. Elle est la responsable des femmes au sein de l’UPR. Ould Horma est la deuxième personnalité du parti. C’est pourquoi on pense ici et là qu’il s’agit d’un remaniement politique qui met en scelle, pour la première fois, le parti au pouvoir. Et ce au moment où l’on a les élections législatives et municipales en perspective et à quelques mois du lancement de la précampagne présidentielle de 2014.
L’UPR fait main basse sur la communication : le directeur de l’Agence d’information est un secrétaire exécutif du parti, comme le directeur adjoint de la TVM dont le boss est membre du Conseil national du parti. Ce qui ne veut pas forcément dire que le Président a décidé de reprendre en main un secteur qui n’arrive pas à s’affranchir de l’autorité de l’Exécutif. L’un des acquis sous l’exercice de Me Ould Mahjoub aura été justement l’institution de lois et règlements transformant les médias «officiels» en «service public». C’est avec lui qu’il ya eu aussi la libéralisation de l’audiovisuel, la dépénalisation du délit de presse, l’institution de l’aide publique à la presse privée, la loi régissant la presse électronique… Même si l’ouverture des médias publics reste timide, elle a quand même été amorcée ces derniers mois. Plus ou moins bien.
C’est le challenge qui attend Ould Horma dans l’immédiat : pouvoir donner le gage que la volonté politique d’ouverture est réelle et qu’elle doit être accélérée pour permettre aux différents acteurs de s’exprimer sans difficulté et en toute équité. Pour ce faire, il ne doit pas perdre de temps à savoir comment, il doit accélérer le processus déjà en cours en s’adressant directement aux acteurs pour leur réaffirmer cette volonté de n’oublier personne.
En moins de cinq semaines, le Président Ould Abdel Aziz a, par deux fois amené du sang neuf «dans» son gouvernement. Pas assez cependant pour y voir un réel changement de cap ou une ouverture. En effet, si l’on veut continuer dans la logique du dialogue dont les conclusions ont permis de mettre en place la CENI, laquelle a fixé un deadline pour les élections municipales et législatives, il faut bien agir sur d’autres leviers dont l’intérieur. C’est pour quand ?

dimanche 31 mars 2013

Le Président Hollande se trompe


Dans une récente sortie, le Président français, François Hollande s’est dit satisfait de la guerre menée au Mali. Il considère qu’il avait «atteint ses objectifs» parce qu’il avait pu «arrêter l’offensive terroriste», «reconquérir les villes occupées par les terroristes» et aller dans «le réduit des terroristes, dans leur sanctuaire». Le Président Hollande qui est au plus bas dans les sondages, en profite pour dire que «la France a été regardée comme le pays de la délivrance» et que «chaque Français doit en être fier et les soldats français doivent en être remerciés».
Dans cette partie du propos, le Président Hollande se trompe énormément. La guerre des terroristes, celle qu’ils affectionnent et qu’ils savent mener, vient de commencer. Avec les kamikazes, les terrains minés, les attaques surprises… Ils sont désormais ici et nulle part. Ils frappent quand ils veulent et où ils veulent. S’ils arrivent à maintenir le rythme des attaques actuelles encore quatre semaines, on commencera alors à parler d’enlisement. Ce n’est pas parce que les soldats français ne tombent pas en nombre qu’il faille parler d’une réussite militaire. Les Maliens et les Tchadiens meurent en nombre eux. Les civils aussi.
Pour ce qui est de la fierté «légitime» des Français, elle devrait être tempérée par ce qui se passe sur le terrain en matière d’exactions, de répressions et de règlements de compte sauvages. Assassinats, enlèvements, tortures, expropriations, chasse à l’homme…, les forces maliennes avec lesquelles l’Armée française partage tout, sont coupables du pire en terme de représailles et de punitions collectives. Que dire des dizaines de victimes civiles innocentes maltraitées, dépossédées, parfois exécutées sans discernement sous le couvert de la reconquête du Nord ? L’Armée française est la première à savoir, à voir directement parfois s’exercer l’arbitraire contre des populations isolées (Peulhs, Touaregs, arabes, Songhaïs). Qu’a-t-elle fait pour arrêter cela ?
Sur le calendrier des opérations, le Président François Hollande a promis que le processus de retrait commencera en avril et qu’en juillet, il n’y aura plus «que 2000 soldats français au Mali dans le cadre sans doute d’une opération de maintien de la paix de l’ONU». Que faire de l’exigence onusienne d’avoir des forces parallèles à celles destinées au maintien de la paix, des forces qui auront vocation de continuer la guerre aux groupes terroristes ? Le secrétaire général de l’ONU a bien dit la semaine dernière que les forces qui seront mobilisées dans le cadre d’une mission des casques-bleus, seront assistées par d’autres qui auront pour mission de faire la guerre. Le Président Hollande a fait semblant d’ignorer cela.
Son envolée l’a amené à se dire «intraitable» sur la question de l’élection présidentielle en juillet prochain. Et de demander «deuxièmement» un «dialogue avec toutes les composantes de la société malienne». On doit en comprendre que la France tient d’abord à l’organisation d’une élection présidentielle qui permettra de légitimer le pouvoir qui en sortira à Bamako. Mais lequel des Mali va choisir «son» Président ? celui qui est sur la route de l’exil ou celui qui est terrorisé par les perspectives ouvertes depuis l’effondrement de l’Etat malien ? Qui est, au sein de la classe politique malienne actuelle, apte à diriger en temps pareils ? où est le charisme nécessaire à cela ? Et, grande question, à quoi sert une légitimation par les urnes si le Mali dont doit hériter le futur pouvoir est exsangue, atomisé et occupé ?
Ce dont le Mali a besoin aujourd’hui, c’est d’abord de se retrouver et de renouer les liens entre les différentes communautés, d’imposer un dialogue à toutes les composantes du paysage politique et social et de les amener à imaginer une porte de sortie qui pourrait assurer la reconstruction de l’Etat et la restauration (réhabilitation) de la démocratie. L’élaboration d’une vision d’ensemble dont l’objectif premier est la réconciliation nationale et la création de refondations assurant un avenir commun, sur la base de la recherche de compromis possibles…, il n’y a que ça pour assurer un avenir viable et stable au Mali. Et certainement pas les affirmations d’un Président français en proie à de nombreuses difficultés et qui veut atténuer la désaffection de son opinion publique en imposant sa volonté à des peuples certes pauvres mais libres quand même de concevoir par eux-mêmes ce qu’il leur faut…

samedi 30 mars 2013

CAREJA ou «CARETHA»

Il y a deux ans environ, la Mauritanie exprimait le besoin de reconstruire la route Rosso-Nouakchott. Les amis européens lui offrirent gracieusement le financement du tronçon Nouakchott-Bombri, soit environ 140 kilomètres. Le reste, Bombri-Rosso soit une soixantaine de kilomètres, fut pris en charge par la Banque Mondiale.
Le premier tronçon financé par les Européens connut de nombreux problèmes dont notamment la difficulté de faire accepter aux partenaires le choix de l’entreprise ATTM, comme meilleur choix. Les deux parties ont fini heureusement par accepter de reprendre le processus : l’appel d’offres vient juste d’être lancé.
Le deuxième tronçon n’a pas connu ces difficultés. Il fut adjugé pour une société espagnole pour un montant de 20 millions dollars. On ne fit pas attention au montant de la proposition, la deuxième proposition était à 25 millions dollars (considérable différence), ni aux moyens, ni à l’historique de la société. «Mécaniquement», le marché fut octroyé au moins-disant, sans aller plus loin pour savoir si l’entreprise était crédible ou si elle était capable d’honorer ses engagements. On oublia même qu’elle avait soumissionné pour le premier tronçon et proposé environ trente millions d’euros pour un marché estimé à quarante-quatre millions. Qu’à l’époque le caractère farfelu de sa proposition avait été pris en compte pour la mettre hors-jeu. Elle eut le marché de Bombri-Rosso…
La société espagnole s’appelle «CAREJA», transcrit phonétiquement cela donne «karekha». Localement, on l’appelle «karetha», en jouant sur l’une des lettres en Arabe, les habitants ont construit ce mot qui veut dire «la catastrophe». Ils jurent n’avoir jamais vu plus d’une dizaine d’engins sur la route. Tout ce temps, la route n’a pas avancé d’un mètre, la société se contentant de colmater les trous, de creuser des tranchées aux abords, de produire beaucoup de poussière et de gêner la circulation déjà très affectée par l’état de la route. On dit que la société exploite le tout-venant du bord de mer, ce qui ajoute aux inquiétudes des populations qui y voient une menace contre l’environnement.
Normalement, en octobre prochain, nous devrions avoir une route toute neuve, large de 7 mètres avec un accotement de 1,5 m de chaque côté. De quoi émerveiller la région et les visiteurs de la porte sud du pays. Au regard de l’activité actuelle, il est impossible de réaliser cela.
On se demande si cela va affecter le premier tronçon ou pas. Si les travaux ne se terminent pas dans les délais impartis, la Banque Mondiale va retirer son financement. N’est-ce pas ?

vendredi 29 mars 2013

Le rôle de la Corée du Nord

Je ne vais pas vous faire la leçon sur l’histoire des deux Corées, sur la guerre froide, l’équilibre des terreurs et tout ce qui s’en est suivi. Vous savez sans doute mieux que moi, sinon vous pouvez accéder à toutes les encyclopédies du net pour vous affranchir de l’ignorance d’un tel épisode de l’Histoire du Monde moderne. Par contre je vais partager avec vous la réflexion de mon ami Moussa (le noir) sur la Corée du Nord et sur son rôle.
Il me disait il ya quelques années, qu’elle existait des peuplades en Mauritanie, réduites au métier de bergers, tributaires de groupes plus forts, vivant une misère qui ne dit pas son nom, au sein de ces peuplades, il n’y avait pas de place pour les plus âgés. Quand un homme – ou une femme – atteint l’âge de l’incapacité à courir derrière les troupeaux, à les traitre, à battre leur laine ou même à leur enlever les tics et autres parasites, à cet âge la personne est installée sous le «pan sud-ouest» (elkhaalva ilguebliya-sahliya) de la tente, solidement attachée au poteau qui soutient aussi cette partie de la tente.
Généralement nue, la personne est prise pour folle par tout nouvel arrivant. Ses airs perdus et son état font déjà assez peur. Et si l’étranger n’y trouve pas une sérieuse raison de déguerpir sans attendre d’être traité selon le rituel consacré dans ces contrées, le troisième âge s’en mêle. La loque remplit ses mains d’excréments et les balance vers cet étranger téméraire. Ne lui reste plus que recevoir les excuses des parents «sains» et l’obligation de repartir honteusement avec une odeur dont il aurait bien pu se passer.
Pour mon ami, c’est ce rôle qui est dévolu à la Corée du Nord qui possède quelques têtes nucléaires dont elle menace ponctuellement ses voisins, principalement le Japon et la Corée du Sud (depuis peu les Etats-Unis). «Dès que la Chine veut déranger un ordre qu’on entend lui imposer, elle actionne cet être dégueulasse visiblement atteint de démence». Le temps de faire peur à tous, de leur faire abandonner certains de leurs projets, de les faire reculer sur d’autres fronts et les choses reviennent à leur plus simple expression : le fou répugnant qui reste cependant assis sagement là où il est… jusqu’au jour où l’on tente d’imposer une présence de trop, une posture qui ne convient pas… et les jets qui recommencent…

jeudi 28 mars 2013

La déprime qu’on nous impose


Pas pire déprime que celle que notre classe politique et médiatique nous impose depuis un certain temps. Dans notre pays, il est désormais malsain de dire que «quelque chose va bien». Il est désormais très difficile pour l’un de nous de faire un raisonnement qui conduit à l’espoir de pouvoir prendre une route pouvant probablement mener quelque part.
Le «politiquement correct» est ici fait de discours entretenant l’angoisse au présent, l’incertitude pour le futur. La désespérance est en fait le facteur déterminant qui permet à certaines idéologies, à certains courants politiques, ceux qui ne sont pas vraiment porteurs de projets, de se mouvoir et d’arriver à tenir la société.
Ce n’est pas par hasard si les acteurs politiques refusent de rompre avec la virulence des propos, si des médias rompent avec la mesure et si tous cherchent à discréditer les institutions et les symboles sans respect et surtout sans recherche : on ne s’aménage pas une marge de manœuvre pour demain, parce qu’on a décidé de se lâcher en utilisant ses dernières cartouches, celles qu’on estime les plus meurtrières.
La violence des discours, l’approximation dans les propos avec notamment l’exagération de l’aspect négatif de notre réalité, expliquent largement l’état de tension actuelle. A force de rumeurs et d’analyses catastrophiques, la tristesse donc le désespoir sont entretenus par les «bienpensants». Ceux qui vivent à Nouakchott et qui ne dépassent pas les trois cents personnes… c’est déjà six mille doigts… pour manipuler un millier de claviers… et inonder le seul espace public dynamique en Mauritanie : l’Internet.
En réalité, la gestion passée a produit des agressions qui ont conduit à la destruction des espaces publics traditionnels. Le lotissement répondant toujours à la volonté intéressée des administrateurs a fini par privatiser tous les espaces publics dans les villes. Les asphyxiant encore plus et empêchant surtout la jeunesse des quartiers de trouver des lieux d’épanouissement, de rencontres et d’échanges. Où est le quartier de Nouakchott, de Nouadhibou, de Kaédi, d’Aïoun, de Néma, de Boutilimitt, de Sélibaby… où est, dans toutes nos villes, l’espace public qui permet de souffler, de sortir, de se rencontrer ? On sait que les «espaces publics» ont été attribués par les administrateurs aux plus offrants. Et quand les voisins sont assez influents pour empêcher cette «privatisation», ces espaces sont affectés pour la construction des mosquées. La seule soupape devient celle-là pour une société de plus en plus étouffée par la promiscuité.
Les organisations de la société civile qui auraient pu servir de cadre d’épanouissement, les partis, les journaux, l’internet… tout fut investi et infesté pour en chasser justement tout ce qui peut ressembler à une velléité d’épanouissement.
Les «années de braise» ne furent pas seulement terribles pour l’Unité nationale, pour l’expression politique, pour l’économie du pays, pour les valeurs…, elles le furent aussi pour le bien-être mental. Conséquence de cette gestion catastrophique : le recul de la joie qui a été fatal pour l’expression individuelle et collective du bonheur. On a fini par ne plus s’émouvoir…
Aujourd’hui, on tente de nous maintenir dans cet état d’esprit qui fait de nous des zombies. C’est pourquoi on a envie de crier à la figure de ceux qui nous dépriment tout l’espoir qu’on nourrit de voir le pays évoluer.
De voir se reconstruire les fondements qui furent à la base de l’ambitieux projet de Mauritanie. Un Etat pour tous et qui demande la participation de tous. Une société égalitaire et juste. Equitable surtout. Un citoyen libéré des jougs anciens, accompli, ambitieux pour lui-même et pour son pays, refusant l’exclusion pour lui et pour les autres, attentif aux douleurs de ses frères, solidaire avec les démunis…
C’est encore possible. C’est surtout possible actuellement. Il suffit de le vouloir pour forcer le cours de l’Histoire. Pour ce faire de redonner espoir et de renoncer à vouloir nous maintenir dans un état de désespérance qui est préjudiciable à l’existence même du pays. La conquête du pouvoir ne justifie pas qu’on travaille à l’effondrement d’un Etat. 

mercredi 27 mars 2013

La Mauritanie passe le témoin

Les chefs d’Etats Majors des pays du champ (Algérie, Niger, Mali et Mauritanie) sont à Nouakchott depuis hier. Ils viennent pour faire le point sur la coopération et la coordination en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, objet de l’accord signé le 13 août 2009 entre les quatre pays à Tamanrasset en Algérie.
Cette réunion est aussi l’occasion d’une passation de témoin entre le Chef d’Etat Major de notre Armée, le Général de Division Mohamed Ould Ghazwani et son homologue nigérien. En effet, la présidence mauritanienne du Conseil se termine dans un contexte particulièrement pesant à cause de ce qui se passe au Mali. D’une manière ou d’une autre, la présidence mauritanienne aura été marquée par le déclenchement d’une guerre totale contre les terroristes. Une guerre qui vise aussi le rétablissement de la légalité dans le Nord malien devenu le foyer de tension qui menace toute la région. La communauté internationale a fini par comprendre la nécessité d’éradiquer le crime organisé dans cette partie du monde. Une ambition de l’Etat Major conjoint installé à Tamanrasset et qui s’est trouvé prisonnier des divergences d’approches entre les pays du champ : le Niger va-t-en-guerre et l’Algérie attentiste.
La réunion de Nouakchott a permis d’évaluer la situation sécuritaire dans la zone à la lumière des évènements du Mali. De voir certainement dans quelles mesures les pays du champ devront aller ensemble pour assurer la paix après l’épisode de la guerre.
Au moment où se tenait cette réunion, le Secrétaire général des Nations Unies a parlé de la nécessité de déployer de nouvelles forces pour le maintien de la paix dans le Nord malien et au plus vite. Chose nouvelle, il a aussi indiqué qu’il était nécessaire de mobiliser une «force parallèle» qui aura pour mission de continuer à combattre le terrorisme et le crime organisé.
11.200 hommes seront nécessaires selon lui pour préserver la quiétude des populations. «Étant donné le niveau et la nature de la menace résiduelle, il y aura absolument besoin d’une force parallèle opérant au Mali (et potentiellement dans la sous-région) aux côtés de la mission de l’ONU afin de mener des opérations importantes de combat et de contre-terrorisme», a-t-il souligné dans son rapport présenté mardi.
La «force parallèle» sera constituée visiblement des forces françaises qui devront rester le temps nécessaire. Selon une dépêche de l’AFP, la présence de cette force «sera nécessaire pour un certain temps". Le texte ne fait pas référence explicitement aux troupes françaises et présente ce dispositif comme une des "deux options possibles soumises à l’examen du Conseil de sécurité". L’autre option consiste à "renforcer la mission politique» de l’ONU au Mali tout en laissant à la Misma, la force panafricaine, le soin d’assurer la sécurité. La Misma serait assistée par «des efforts militaires bilatéraux, en soutien aux forces maliennes". Elle aurait alors un rôle "offensif et de stabilisation centré sur les groupes extrémistes armés».
Alors d’où viendront les forces de maintien de la paix ? Il est certain qu’une partie des forces africaines déjà présentes feront partie des casques-bleus. Mais il est probable que la Mauritanie, l’Algérie et peut-être d’autres pays comme le Maroc envoient aussi des troupes pour assurer la paix dans la région. En fait, tous les pays intéressés par le développement de la situation malienne et qui n’ont pas envoyé des troupes faire la guerre, seront de la partie.