lundi 9 juillet 2012

L’UE s’en mêle


Dans une lettre adressée le 25 juin dernier au ministre des transports, l’Ambassadeur de l’Union Européenne en Mauritanie, veut comprendre certains aspects de la crise ouverte dans le secteur du transport par l’entrée en vigueur de l’Arrêté fixant les redevances au profit de l’Autorité de régulation.
Il veut notamment savoir si le «bon de sortie» (ré)institué obligeait les transporteurs à faire des gares routières leurs points de départ. Une question piège quand on sait qu’il n’y a pas de gare routière. En fait, il y a des lieux de «rassemblement» loués par les regroupements de transporteurs qui payent parfois les loyers, l’électricité et l’eau, en plus des redevances aux municipalités.
En lien avec l’existence des gares, le représentant européen se pose la question de savoir s’il y a un cahier de charges, une idée de l’assiette fiscale procurée par les redevances prélevées par l’Autorité. Autre question celle qui consiste à savoir si le bon de sortie s’appliquait à toutes les catégories et comment.
La lettre du diplomate européen pourrait rester sans réponse, la bureaucratie jouant pleinement. Comme elle pourrait avoir une réponse prompte pour éviter des «incompréhensions» avec le principal bailleur de la réforme du secteur des transports.
Rappelons que les fédérations ayant menacé de grève, ont finalement suspendu cette menace en attendant de trouver une solution promise par les autorités.
Restauration su système de rang, du service payé, du bon de sortie, des redevances...

dimanche 8 juillet 2012

Pour reparler du 10 juillet


Nous sommes le 10 juillet 2008. La bataille fait rage entre les deux ailes du pouvoir, la civile et la militaire. D’un côté, une sainte alliance entres les «victimes du 10 juillet 1978 et celles du 3 août 2005», d’un autre les militaires qui tentent de faire la rupture avec le passé. Au beau milieu des deux protagonistes, la Mauritanie et les espoirs des Mauritaniens.
Comment, dans notre éditorial de l’édition N°408, nous lisions la situation ?
«Cette semaine, on aurait dû fêter… non pas fêter, disons ‘commémorer’ le trentième anniversaire du 10 juillet 1978… Mais les événements nous obligent à occulter cette date. Ou plutôt à ne pas s’étaler comme il se doit là-dessus.
Le 10 juillet 1978, Me Mokhtar Ould Daddah, Président depuis l’indépendance, est surpris par l’entrée du jeune lieutenant Moulaye Hachim qui lui dit : «Monsieur le Président, l’Armée a décidé de vous retirer sa confiance…» La guerre du Sahara est passée par là.
En arrivant au pouvoir l’Armée avait promis d’instaurer la démocratie en remettant le pouvoir aux civils, de redresser l’économie et surtout de sortir le pays de la guerre.
Il aura fallu 29 ans pour arriver à un régime civil légitimé par des élections dont la transparence et la régularité ont été saluées par tous les acteurs. L’économie nationale n’a jamais été redressée. Et le pays, même s’il n’est plus en guerre, continue d’en souffrir les affres.
Nous avons tous écrit sur cette période dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elle a constitué l’ère de la négation. De l’Etat, des valeurs, de la culture… de tout.
Il aura fallu l’avènement de jeunes officiers – officiers de seconde génération, ayant fait l’Armée après le 10 juillet – aux commandes pour voir les militaires s’engager sérieusement sur la voie de la réforme.
Le symbole, en avril 2007, était fort. Le 10 juillet 1978, Eli Ould Mohamed Val, était un jeune lieutenant en charge d’une unité sous les ordres du commandant Moulaye Ould Boukhreiss. Ce dernier avait fait bouger ses troupes en direction de Nouakchott. Si lui savait pourquoi, ses subordonnés ignoraient tout de l’action.
C’est ce jeune lieutenant qui passera le pouvoir à l’un des plus jeunes ministres du gouvernement civil renversé à l’époque. En effet Sidi Ould Cheikh Abdallahi était, avec Ahmed Ould Daddah (son cadet), des plus jeunes de l’équipe.
Les vrais auteurs de cette orchestration n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire.
Aujourd’hui le débat porte sur le rôle des uns et des autres dans l’exercice du pouvoir. Comme si les jeux n’étaient pas faits à l’avance.
Le malheur pour nous, c’est qu’on découvre l’ampleur de l’incompétence politique de l’Appareil qui nous dirige. Sinon comment comprendre la mésentente entre le Président et ses différents partenaires ? Comment comprendre le pourrissement d’une situation dont les faiblesses sont claires ? Comment comprendre d’abord l’absence de réaction du chef du gouvernement, chef du parti Adil, ensuite l’entrée en scène fracassante du Président, son recul et enfin sa tentative de relance ?
Les questions sont nombreuses. Les réponses sont inquiétantes. Les parades sont dangereuses.
En attendant, nous pouvons positiver et nous dire qu’il y a quelque chose de changé en Mauritanie. Les militaires n’interviennent pas directement. La démarche entreprise semble se conformer à la légalité. Ce sont les députés et les sénateurs qui font front. Au nom de leur légitimité. Quelqu’un me disait qu’il est heureux de voir se développer «le logique des urnes», plutôt que «la logique des armes». Je pensais aussi qu’il faille se féliciter d’entendre enfin plus parler de motion de censure que de motions de soutien.
La logique de la confrontation nous mène droit au blocage. L’essentiel c’est de ne pas reprendre la phrase de 1978, mais d’arriver à une solution politique et légale. «Les élus du peuple vous retirent leur confiance…», c’est ce que les frondeurs préparent visiblement. Vont-ils aller jusqu’au bout ? Nous verrons».
…et nous avons vu. 

samedi 7 juillet 2012

L’anonymat encore


J’ai toujours associé l’anonymat à une lâcheté avérée. Il ne peut en être autrement. Quand une personne prend la décision d’écrire, c’est pour exprimer une idée, une position, un état d’âme. On veut partager ce qu’on croit ressentir pour trouver chez l’autre un répondant quelconque. A la base, il doit nécessairement y avoir une forte dose de sincérité et une transparence absolue.
L’identité de celui qui écrit ajoute parfois à la crédibilité de ce qu’il dit. Elle renseigne au moins sur l’auteur et sur ses raisons. Elle adresse un peu ce qui est écrit et permet au lecteur de fixer l’idée et son auteur.
En signant avec un pseudonyme, c’est exactement ce que l’auteur veut éviter. Parce qu’il n’est pas prêt à assumer ce qu’il dit. Soit parce qu’il ne le pense pas vraiment. Soit parce qu’il le pense mais qu’il n’a pas le courage de l’afficher. Dans tous les cas, c’est l’expression la plus évidente de la lâcheté.
En Mauritanie, on pouvait comprendre, il y a quelques années, que quelqu’un signe avec un pseudo pour préserver ses intérêts. Il n’y a plus de risques aujourd’hui que tout ce qui est dit ne porte pas vraiment à conséquence. Alors pourquoi continuer à utiliser des pseudonymes qui finissent toujours par être identifiés ?
Il faut dire que les auteurs sont immédiatement identifiés parce qu’ils finissent fatalement par se trahir. L’excès de langage, les insultes proférées envers des individus ou des ensembles (tribaux, ethniques, régionaux, partisans…) servent d’abord des intérêts. Leurs auteurs entendent les «marchander», soit auprès de ceux que cela plairait, soit auprès du pouvoir pour l’amadouer et/ou lui rappeler qu’on existe et qu’il serait bien (peut-être) de se réconcilier les talents de l’auteur.
Si l’auteur ne s’arrange pas pour qu’on sache qui a écrit ce qu’il a écrit, ses objectifs ne seront pas atteints. Forcément, il finit par faire en sorte qu’on le reconnaisse. Et on le reconnait.
Reste pour lui la honte d’avoir été incapable d’afficher au grand jour ses idées sur tout et sur tous, la frustration de tous ceux qu’il a injustement insultés (individus, tribus, groupes…), la peur de devoir répondre de tout le mal qu’il a fait gratuitement… Il se révèle ainsi dans toute sa petitesse, sa mesquinerie naturelle, sa perfidie…
L’anonymat est le pire ennemi des libertés aussi. Parce qu’il enseigne la combine, la lâcheté, le travail dans l’ombre et parce qu’il va à contre-courant de la transparence et de la vérité. Alors ?

vendredi 6 juillet 2012

Querelle de ...minaret


Ce matin, il est difficile de se rendre à Tékane (soixantaine de kilomètres à l’est de Rosso). Le poste de police à la sortie de Rosso vous oblige à présenter votre carte d’identité et à attendre un moment. Le jeune policier explique poliment : «Nous devons prendre l’identité de toute personne qui va à Tékane, la retenir ici le temps de rendre compte au commissaire et attendre qu’il nous dise de vous laisser passer»… Révoltant.
L’explication donnée ne vaut pas. On nous dit la crainte des autorités de voir éclater des affrontements à l’occasion de l’évènement qui nous amène : l’inauguration d’une nouvelle mosquée. A la base, le conflit entre deux familles de Tékane : les Sy, marabouts du Toro, gardiens de la tradition et la bibliothèque de la ville ; les Kane, seigneurs politiques et militaires, dépositaire de la réalité du pouvoir. Les premiers refusent le projet de création d’une nouvelle mosquée, de peur d’éclipser l’ancienne. Les seconds pensent plutôt que la ville a connu un afflux de populations qui fait que l’ancienne mosquée ne peut plus contenir les pratiquants et qu’elle ne peut être agrandie pour raison de manque d’espace de développement.
Le problème est resté dans l’ordre de la polémique autour de la possibilité d’avoir deux mosquées ou plus dans une même agglomération. Jusqu’au moment où le ministère des affaires islamiques s’en est mêlé. Prenant parti pour la thèse des Sy et refusant aux Kane de procéder à l’inauguration officielle de la nouvelle mosquée. La décision a été prise trois jours avant la date prévue pour l’évènement. Et pour justifier cette prise de position inappropriée, le ministre est intervenu en personne pour sonner le tocsin de la tension…
Pourtant rien de tout ce qui a été dit ou fait ne mérite tant d’appréhensions… ce sont les autorités qui ont raté de merveilleux moments de communion et de leçons de vie.
«Ce qui est fait renseigne forcément sur celui qui l’a fait», dira el Haj Thierno Nourour Bâ, Imam d’une ville du Sénégal dans un grand plaidoyer pour la solidarité, pour les valeurs humanistes islamiques…
De tout le Fouta son arrivés chefs religieux et Imams pour saluer l’évènement. Le temps de louer et de mettre en exergue les bienfaits du Créateur, les enseignements de son Messager, le Prophète (PSL), des Cheikhs Ahmed Tijane, d’El Haj Oumar El Fouty, d’El Haj Malick Sy… de toute cette tradition qui fait de cette terre, un havre de paix, un centre culturel dont le rayonnement spirituel a illuminé au-delà du Sahel et du Soudan.
Rappelons que la nouvelle mosquée a été construite sur financement de l’ancien ministre des finances, ancien Gouverneur de la BCM, Ousmane Kane. L’action de ce mécène a déjà permis l’équipement et la rénovation d’une mosquée à Nouakchott.
«Mon rôle s’arrête à la construction et à l’équipement, après je remets les clés à l’Imam et c’est lui qui va gérer les locaux selon les préceptes consacrés». L’Imam ici est Ahmed Sy, secrétaire général de l’association des Imams du Trarza. 

jeudi 5 juillet 2012

La grande fête du foot


Demain, vendredi 6 juillet, c’est jour de foot pour les jeunes mauritaniens intéressés. C’est la grande finale de la coupe qui opposera le club de Tevraq Zeina déjà titulaire du titre du championnat de première division (D 1) et l’AS Concorde, arrivé troisième au classement national. La fédération mauritanienne entend en faire un grand rendez-vous pour la jeunesse mauritanienne.
Plus de trois milles footballeurs défileront aux couleurs des clubs régionaux. Toute la Mauritanie sera ainsi représentée. Les festivités accompagnant le match de finale comprennent aussi un lâcher de parachutistes, un concert et quelques agréments en vue de «colorer» l’évènement.
La fédération et les jeunes espèrent avoir la présence du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. D’ailleurs, la cérémonie est placée sous sa présidence effective. Ce sera pour lui l’occasion d’exprimer l’engagement politique en faveur des jeunes et du sport en général.
Il faut dire – et nous le disons depuis un certain temps – que la nouvelle fédération a déjà pas mal travaillé pour améliorer la pratique du foot en Mauritanie. Il suffit de faire un tour du côté du stade de la capitale pour voir la rénovation complète du lieu. Voir aussi l’académie de foot qui peut désormais héberger les stagiaires. Voir enfin le studio d’enregistrement d’émissions télévisées en passe d’être entièrement équipé sur financement de la FIFA. Mais il y a déjà là un studio pratique et assez coquet pour ne rien envier aux studios de TVM.
Rappelons enfin que le match de la finale sera retransmis par BFM (Sénégal) et Nessma (Tunisie) en plus de la télévision nationale. 

mercredi 4 juillet 2012

«El maalu shaqiqu ennafsi»


C’est l’une de ces histoires qui servent à stigmatiser les éleveurs confrontés à la sécheresse et qui voient leurs cheptels décimés, les bêtes mourir l’une après l’autre, et qui sont dans l’incapacité de «faire quelque chose».
On raconte ces jours-ci que l’un d’eux s’est rendu en ville après un long séjour auprès de ses bêtes affamées. Il voulait voir le préfet pour avoir des rations de plus, certainement le responsable du CSA, le boutiquier ches lequel il s’approvisionne d’habitude, le cousin influent pour le faire intervenir, la famille qu’il n’a pas vue depuis deux mois… bref faire beaucoup de choses et revenir au plus vite auprès de ses bêtes. D’abord allez chez le coiffeur. Il sentait ses cheveux pousser exagérément et il fallait au plus vite «discipliner sa tête».
Il entre chez le coiffeur et lui : «écoute, coupe-moi la tête en attendant que je revienne, je dois impérativement voir le préfet»…
Ici, une digression s’impose à moi. «Couper la tête» est la traduction directe de «agta’ erraaç» chez les Hassanophones, «tajowo hooré» chez les Pulaarophones… cela me rappelle une enseigne des années 70 au marché de la capitale : sur la devanture de son lieu de travail, un coiffeur guinéen avait écrit : «Ici, Diallo coupeur de tête».
Revenons à notre éleveur qui demande à son coiffeur de lui «couper la tête» en attendant qu’il revienne. Les accès de folie sont faciles. Ce sont des moments de déstabilisation mentale qui font dire – ou adopter – une attitude anormale. On n’a pas besoin de violence forcément pour être dans cet état psychique d’incohérence dans les actes et les propos.
Je crois que la perte de ce qu’on a de plus cher est l’une des causes principales de ces moments, on va dire d’incohérence. Cela peut être des amis, des frères et sœurs, des compagnons de voyage… mais cela est souvent un bien matériel, un statut, un privilège, une rente, un poste… quelque chose qui pèse dans votre vie à telle enseigne que vous vous confondez à lui. En le perdant c’est un peu si vous vous perdiez vous-mêmes…
Les incohérences de notre monde d’aujourd’hui ne sont-elles pas liées à la perte de quelque chose pour les uns et pour les autres ?  

mardi 3 juillet 2012

Hypocrisie, duplicité, manque de discernement


La destruction des mausolées de Tombouctou a suscité un émoi général. Même la CPI s’est exprimé pour l’assimiler à un crime contre l’Humanité. L’acte est indiscutablement criminelle et barbare. Il est cependant la suite logique des évènements qui ont mené les groupes obscurantistes à l’occupation du Nord malien.
Ces évènements, je veux bien le rappeler aux cœurs fragiles, ont vu les combattants de ces groupes égorger 83 soldats après les avoir fait prisonniers. Des milliers de maliens innocents ont tout abandonné pour aller s’établir dans des camps de fortune, perdant tout au passage : biens, tranquillité, travail, parfois honneur… L’autre jour à Gao, on a vu ces combattants exécuter un officier rebelle, déjà blessé et fait prisonnier.
Plus loin de nous les épisodes de Tourine en Mauritanie. Quand une douzaine de Mauritaniens ont été assassinés, puis décapités avant de miner leurs corps. Le britannique  Dyer a été égorgé par les mêmes groupes, tout comme le français Germaneau.
Tous ces actes n’ont ému que partiellement. En tout cas pas comme la destruction des tombeaux. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que cet acte s’explique par la lecture que se font les Salafistes de la religion. L’acte prochain est probablement un immense autodafé qui verra la destruction d’une partie des manuscrits de Tombouctou, de véritables trésors pour toute l’Humanité. Quand ce sera fait ce sera trop tard de réagir.
Quelqu’un me disait l’autre jour, que l’attitude de la «communauté internationale» sur cette question est un peu comparable à celle de Christine Lagarde, directrice du FMI, quand elle oppose aux grecs, la nécessité d’apporter de «penser aux enfants nigériens qui manquent de tout». L’image de ces enfants qui vivent misérablement, qui manquent de tout, sert de faire-valoir à la représentante d’une institution dont les politiques d’ajustement structurel sont à l’origine de l’appauvrissement continuel des populations, à la ressortissante d’un pays - et d’un pôle – qui pillent les ressources naturelles du Niger (notamment l’uranium) sans occasionner de réelles retombées sur les populations locales.
Le pourrissement que vit le Nord du Mali est bien le résultat d’une politique hasardeuse qui allie paiement de rançons, instrumentalisation de groupes armés, couverture de trafics, exacerbation des divergences entre acteurs locaux… Elle est aussi la conséquence directe de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye. Elle en est un résultat, un dommage collatéral va-t-on dire pour rester dans les «normes verbales» de cette communauté.
L’émoi manifesté aujourd’hui est d’abord un faire-valoir comme il est un justificatif à une probable intervention qui se précise de jour en jour. La «communauté internationale» se présentera en sauveur du patrimoine musulman et humain. On en oubliera toutes les destructions en Irak, en Palestine, en Afghanistan…
Pauvres de nous, nous sommes encore le dindon de la farce.