vendredi 11 mai 2012

Le symbole oublié


Chaque fois que je le rencontre, je me fais un devoir d’en parler. Il s’agit de l’artiste-griot Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane, véritable mémoire vivante d’un monde que l’on croit perdu et dont quelques bribes survivent encore…
Hier soir, je suis resté longtemps à discuter avec lui… «discuter»…, cette fois-ci je l’ai laissé parler sans chercher à le faire douter… Et c’est le nationaliste arabe qui est revenu à la surface… Un nationalisme qui se traduit par la volonté de tout raccorder à la Péninsule ou à ses environs immédiats. Une lecture teintée de naïveté, une innocente… instrumentalisation. Ce qui, il y a quelques années encore, m’irritait beaucoup, prenait dans sa bouche des airs de sympathique naïveté…
La musique aurait été créée par Ishaq al Mowçili (de Moçoul en Irak). «Attention, précise Sid’Ahmed, c’est un homme qui descend d’une lignée éthiopienne même s’il était blanc. Son art, il a commencé à le pratiquer suivant une tradition familiale. Ishaq grandit avec la dynastie des Abbassides qui allaient faire de Baghdad leur capitale. Il était souvent l’invité des princes.
«Il fut particulièrement bien traité par El Mamoune qui le prit sous sa protection. Chaque jour, il venait l’enchanter par sa musique. Il chantait rarement. A la fin de la journée, El Mamoune le couvrait de présents et le laissait partir».
Un jour, il lui demanda s’il n’avait pas réussi à former des disciples dans l’art qu’il exerçait. Ishaq commit l’imprudence de lui parler de son «meilleur disciple : Ziryab». Il le fit amener pour l’écouter lui qui chantait et jouait en même temps. Le maître remarqua l’enchantement produit par l’élève sur le Khalife. Il décida de réagir et vite.
A la fin de la journée, Ishaq s’adressa à Ziryab : «tu as le choix entre deux : soit je te tue, soit tu quittes le pays pour des contrées lointaines, l’Andalousie par exemple, là où les survivants Omeyades sont allés s’installer».  Rapidement équipé par son maître, Ziryab s’en alla le plus loin possible. Ishaq rendra compte fidèlement le lendemain au Khalife. «De son côté Ziryab alla propager cet art dans l’Occident du Monde de l’époque, et c’est ainsi que cet art parvint à nous…»
Il fut un temps où cette lecture relevait de la pensée dominante. Heureusement qu’elle est largement dépassée aujourd’hui. Pendant des décennies, notre culture nationale – dans sa diversité – était prise en otage par des lectures idéologiques. L’un des acquis du «processus démocratique» restera « l’arrachement» de ces questions culturelles à cet espace idéologique. Si la question de la langue – Arabe, Pulaar, Soninké, Wolof – reste dans le champ de l’instrumentalisation par les politiques, ce n’est plus le cas des produits culturels comme la musique ou la poésie. On sait – et on en est fier – que les évolutions doivent d’abord aux emprunts des uns des autres. Que la musique Bidhâne doit beaucoup à l’héritage Mandingue ouest-africain que nous partageons avec les frères de l’espace soudano-sahélien. Que la musique Pulaar doit aussi à celle Arabe, tout comme la Soninké ou la Wolof.
Ces échanges ont créé une culture nationale, multiples dans ses manifestations et ses pratiques, une dans ses fondements et son osmose. «Unique», reconnait Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane… avec nostalgie. Tout chez lui inspire la mélancolie. La voix, l’intonation, la fragilité du physique de l’homme, sa manière de déployer ses ustensiles de tabac, les sujets abordés, l’attitude face à la vie…
«Je suis un être oublié ici… J’ai conscience d’appartenir à une société qui a eu ses heures de grandeurs, de dignité, de générosité… Je m’interdis aujourd’hui d’aller tourner dans les bureaux ou les lieux publics pour ne pas qu’on dise que je suis à la quête de quelques biens immérités… Je me dis parfois que je n’intéresse plus personne… pour me rendre compte ensuite que je me trompe… heureusement. Mais jusqu’à quand ?»
Aucune autorité «culturelle» ne se soucie de ce monument. De temps en temps, un chercheur étranger, un nostalgique local, un survivant de l’ancien monde… sinon, «el khoumoudoud ni’matoun»…

jeudi 10 mai 2012

C’est mieux comme ça


La Coordination de l’opposition démocratique (COD) a organisé une marche suivie d’un meeting… on va dire «qui a pris du temps», un meeting qui a duré le temps nécessaire pour permettre à tous les leaders et chefs de partis de dire ce qu’ils avaient envie à dire, pour permettre que tout soit dit. Sans discernement parfois, sans retenue souvent. Toute la nuit. Entre deux heures et trois heures du matin et après concertation, les chefs de la COD ont décidé de se retirer sans confrontation. La semaine d’avant ils avaient été «surpris» par l’offensive policière et préféré vider les lieux sans se battre.
Les explications données sont (très) recevables : en fait c’est pour éviter à la Mauritanie les dérives et les affrontements inutiles. Noblesse d’esprit à louer d’autant plus que tous les leaders ont répété cette explication des faits. Mais pourquoi ne pas avoir le même souci avant même d’enclencher le processus qu’on voulait déterminant pour le départ du pouvoir de Ould Abdel Aziz ? C’est là où l’opposition pèche.
Le «dégage» de Tunisiens – parce que c’est lui que nous empruntons – n’a pas fait partie des slogans des premiers jours. Si l’on considère que la «révolution tunisienne» - insurrection populaire qui a abouti à faire partie la tête du système – a duré un mois (du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2012), on peut dire que le slogan «dégage» a été le leitmotiv des dernières 72 heures. On a commencé par des revendications de changement, d’amélioration, de pluralisme, de justice… et devant l’entêtement du régime qui n’a pas hésité à tuer pour réprimer, on est passé à la vitesse supérieure. Même démarche en Egypte…
Ici, les partis de la COD sont passés du stade de l’opposition «conciliante» ou «bienveillante» ou encore «constructive», vers le slogan «dégage». Trois qualificatifs pour utiliser une situation où les partis s’empressaient à rompre le processus du rejet du pouvoir issu des élections de juillet 2009, pour chercher à s’acoquiner avec lui plus ou moins franchement.
Si ces partis ont pour la plupart refusé de reconnaitre les résultats de juillet 2009, on a vu leurs leaders autour du Président Ould Abdel Aziz de juillet à décembre 2010. On les a entendus reconnaitre sa légitimité (et ou sa légalité), engager avec lui un rapprochement très rapide. Avant de les voir à nouveau virer pour aller le plus loin possible… et aboutir, dès les premières hésitations de la révolution, au slogan «dégage»…
Certains parmi les acteurs souhaitent voir le dialogue reprendre pour inclure ceux de la COD. Tous ceux qui l’ont exprimé appartiennent à des formations qui ne font pas partie du regroupement de l’opposition. Celle-ci ne l’a pas exprimé, d’aucune manière. Et si l’on s’en tient à ce slogan «dégage», la perspective d’une participation à un nouveau dialogue n’est pas envisageable.  Ce n’est pas pour autant qu’il faille rester à attendre de voir les protagonistes s’user sans faire quelque chose qui puisse faire avancer la situation.
Première urgence, mettre en pratique les lois fruits de l’accord entre les partis ayant accepté de participer au processus de dialogue de 2011. Mettre en place, et au plus vite, la Commission électorale indépendante consensuelle. Cette mise en place de la CENI permettra de déplacer le débat vers la participation ou non aux élections futures. A la place du slogan «dégage» qui bloque la situation politique aujourd’hui, il faut espérer une dynamique de discussions autour des garanties données sur la régularité des élections pour permettre une grande participation. Cette dynamique participera à désamorcer la tension entretenue actuellement en ouvrant des horizons devant les opérateurs politiques.
En attendant des mesures concrètes qui participeraient à l’apaisement de la scène, profitons de l’accalmie, résultat de la fin heureuse du meeting d’hier.

Le meilleur n’est pas dans le passé


J’ai entendu, il y a quelques mois, un leader politique soutenir que le pire des régimes de notre histoire est l’actuel. Je n’avais pas pu m’empêcher de réagir. Pour rappeler que tout ce que la Mauritanie a souffert de pillages de ses ressources, de remises en cause de ses fondements, de sape de son économie, de corruptions morales et matérielles, de blessures, de fractures, d’injustices et d’arbitraires quotidiens… tout est fruit d’une gouvernance que certains débutent en 1978, que d’autres limitent à 1980 ou 1984. C’est selon l’interlocuteur. Mais que tous confondent avec le régime militaire qui s’est approprié le pays jusqu’en 2005, date à laquelle le premier vrai changement a été espéré et même mis en œuvre pour un temps donné.
J’ai toujours cru que la bataille en Mauritanie est celle qui oppose ceux qui ont à cœur de réhabiliter un système et une méthode de gouvernement, et ceux qui espèrent tourner définitivement la page de ce système et de cette méthode. Si les derniers ne coordonnent pas et ne se retrouvent pas dans le même camp, les premiers travaillent de connivence et tiennent compte des positionnements. Refuser de trafiquer l’Histoire et de réhabiliter une page sombre de notre destin, c’est l’objectif que doivent se fixer ceux qui croient que la Mauritanie a trop souffert l’impunité et l’irresponsabilité de ses élites. Il ne faut rien laisser passer…
Cette semaine encore, l’une des figures de proue de la politique actuelle, soutenait : «J’étais ministre avec Ould Taya, parce qu’il y avait un Etat de droit, parce que les Institutions républicaines étaient respectées, parce qu’il y avait une justice sociale…» En substance devant des milliers de militants venus l’écouter. Un autre ancien haut cadre (et actuel figure de premier plan) soutenait : «Vous avez là les meilleurs ministres des anciennes époques, les meilleurs présidents, les meilleurs intellectuels, les meilleurs administrateurs…» Un troisième, arrivé à la politique par les affaires (l’un menant facilement à l’autre), martelait : «Il n’y a jamais eu autant de gabegie, autant de détournements…» Pour quelqu’un qui a participé à l’effondrement du système bancaire, au pillage des ressources halieutiques, au gaspillage des ressources destinées au développement agricole…, les propos ne peuvent laisser indifférents.
Quand Ould Taya prend le pouvoir en décembre 1984, il hérite d’une Mauritanie exsangue, avec plus de 7000 de prisonniers et d’exilés forcés, mais d’une Mauritanie fortement décidée à tourner la page.
21 ans après, c’est d’une Mauritanie plus meurtrie que celle de 1984 qu’il laisse à ses successeurs. En plus du sac économique et moral, le pouvoir a travaillé sur l’atomisation sociale. Affrontements ethniques, tribaux, oppositions sur la base régionaliste… tout fut mis à contribution pour assurer la pérennité du pouvoir par l’instrumentalisation des différences et l’exacerbation des divergences.
Ce fut une entreprise savamment orchestrée par des cadres bien formés, très intelligents et sachant parfaitement ce qu’ils voulaient : perpétuer le système de prédation par l’affaiblissement des structures de l’Etat. Des cadres identifiés et identifiables. Regardons autour de nous et écoutons la cacophonie. Discernons leurs voix, reconnaissons leurs silhouettes… le combat pour le changement commence par l’isolement de ces virus.

mercredi 9 mai 2012

Célébrer par-ci, commémorer par là


Le 8 mai 1945 a été «retenu» comme jour de la libération par la France. C’est le jour où l’Allemagne nazie a signé la capitulation à Berlin. Elle avait signé la veille, le 7, à Reims, mais les Russes avaient exigé un second acte à Berlin qui n’eut lieu que le 8 à 23 heures et quelques minutes, heure de Berlin : on était déjà le 9 mai en Russie. Trois dates pour un même événement.
Chaque année, la France fête solennellement cet anniversaire qui est celui de la fin de l’occupation allemande. En grande pompe. Mais chaque année aussi, la France doit faire un examen de conscience que lui impose la commémoration, cette fois-cis en Algérie de cette date… autre lieu, autre symbole, autre événement…
Le 8 mai 1945, alors que la France se libère, ses colonies bougent. A Sétif, à Guelma, partout dans le Constantinois, des militants du mouvement indépendantiste algérien manifestent pour réclamer l’indépendance. Dans l’euphorie qui suit l’annonce de la capitulation allemande, les militants du Parti populaire algérien (PPA) de Messali Hadj arborent fièrement le drapeau de l’indépendance. Un policier tire sur la foule. Il tue un manifestant à Sétif. Des émeutes qui font une centaine de morts dans les rangs des colons. Répression sanglante des forces coloniales. 45.000 morts selon la mémoire collective algérienne, 17.000 et 20.000 blessés selon les services américains de l’époque, les historiens se contenteront de parler de «milliers de morts». Assez pour approfondir la fracture entre autochtones et colons et pour refonder le mouvement nationaliste qui donnera la révolution algérienne, épique dans ses parcours, accomplie dans son aboutissement… L’insurrection de novembre 1954 qui est le point de départ de cette fabuleuse révolution algérienne.
Reste cette plaie… La France, prompte à reconnaitre le «génocide arménien», refuse encore de reconnaitre le mal fait et de s’excuser en conséquence… sujet de discorde entre les deux pays…

lundi 7 mai 2012

Par la faute d’un médecin


Le jeune enfant du propriétaire de l’immeuble où se trouvent nos bureaux, vient de vivre une expérience, pour le moins risquée. Il avait été opéré il y a peu à Boutilimitt pour une appendicite. Sortie plutôt normale de l’hôpital. Mais quelques jours après il y revient en urgence à cause de fortes douleurs et des vomissements continus. Il est évacué à Nouakchott où il est admis en urgence à l’hôpital. Le chirurgien diagnostique l’existence de corps étrangers autour de ses instincts. L’opération est immédiate. On découvre du kleenex et des pansements «oubliés» apparemment par celui qui lui avait fait l’opération à Boutilimitt… Il est, heureusement, sauvé. Mais ses parents sont sidérés devant l’absence de réaction du chirurgien de Boutilimitt qui a pourtant été averti par son collègue de Nouakchott. Erreur anodine…
Il ne se passe pas de semaine sans qu’on vous parle d’une erreur similaire ou pire. Les erreurs de diagnostics ne comptent pas non plus. Ce n’est pas la compétence qui est ici en cause. Nos médecins ont reçu les meilleures formations. Certains d’entre eux sont très bien classés au sein de leurs promotions. Je crois que c’est la responsabilité et la conscience qui sont en cause.
L’exercice dans le privé d’un horaire qui vous prend huit heures par jour (au minimum), ensuite dans le public (huit heures aussi) diminue considérablement les facultés, la concentration et le sérieux de la consultation. L’empressement à faire passer le maximum de malades compromet sérieusement le travail. Tout comme les pressions d’ordres social, politique, humain… celles de tous les jours.
Mais c’est surtout l’absence de sanction qui est le facteur premier de l’inconscience. En effet, on a (très) rarement vu un médecin traduit devant la justice pour un mauvais diagnostic, de mauvais soins ou un comportement inhumain. Pourtant, des manquements on en voit au quotidien. Mais les arrangements sociaux, la résignation «naturelle» du Mauritanien, la force des praticiens, tout fait que le citoyen lambda n’a pas la force de s’adresser à la justice pour faire payer le moment d’irresponsabilité et d’inconscience au médecin. LE jour où l’on verra deux, trois procès engagés pour punir ce moment d’irresponsabilité, je suis sûr que le taux des erreurs diminuera considérablement. Il n’y a rien de pire que l’impunité… en tout.

dimanche 6 mai 2012

Reconnaissances posthumes


En ces jours de fête internationale de la liberté de presse, on est heureux d’entendre que l’agence américaine Associated Press (AP) vient de présenter ses excuses posthumes à l’un de ses journalistes, disparu en 1963. Reconnaissance du professionnalisme et du sens du scoop du journaliste Edward Kennedy qui avait été le premier à donner la nouvelle de l’abdication de l’Allemagne au lendemain du 7 mai 1945.
L’abdication avait été signée à Reims d’abord par les chefs de l’armée allemande en face des Alliés. Mais les Russes qui avaient joué un grand rôle dans l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne, avaient demandé d’attendre de signer à Berlin avant de rendre publique la capitulation. L’Armée américaine avait alors demandé aux correspondants de guerre présents de surseoir à la publication de l’information en attendant son officialisation à Berlin.
24 heures après, Edward Kennedy, incapable de cacher une information d’une telle importance, envoie sa dépêche à son agence.
Il est immédiatement suspendu par l’Armée, avant d’être licencié par son employeur. 67 ans après l’évènement et 49 ans après sa mort son employeur reconnait son erreur et réhabilite le travail du journaliste.
"C'était un jour affreux pour AP. Cette affaire a été gérée de la pire des manières", a déclaré le patron de l'agence américaine, Tom Curley aux organes de presse. "Lorsque la guerre est terminée, on ne peut pas retenir l'information de cette manière. Le monde a besoin de savoir", a ajouté le directeur de AP.
Une leçon d’abnégation et d’équité. Quand je pense à toutes nos valeurs qui ne sont pas reconnues même après leurs morts. Quand je pense à tous ceux que nous glorifions et qui ne le méritent pas. Aux trafics de l’Histoire, aux dérives voulues et orchestrées…

samedi 5 mai 2012

AQMI, de moins en moins de Mauritaniens

J’ai vu récemment des articles de presse (d’Algérie) visant à faire passer l’idée consistant à faire croire que la Mauritanie est le principal pourvoyeur de combattants à Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Ce qui est faux aujourd’hui.
En effet, entre 2003 et 2010, on peut dire que les recrutements en milieu mauritanien étaient très intenses. Des dizaines de jeunes, pour la plupart désœuvrés malgré un cursus scolaire parfois réussi, sont partis au Nord du Mali rejoindre les groupes dirigés et encadrés par des chefs de guerre algériens.
Les Mauritaniens fournissaient des combattants mais aussi des exégètes qui avaient une lecture sommaire de l’Islam et de ses textes mais dont l’érudition traditionnelle suffisait pour épater leurs traiteurs algériens. Même s’ils n’ont jamais eu de commandement d’unité, ils se retrouvaient dans le statut de muftis de la Jamaa. C’est le cas de Abu Anas Echinguitty qui a été, jusqu’à son arrestation en Algérie l’année passée, membre du conseil de la Shura de AQMI. Il fut le plus haut gradé des Mauritaniens de AQMI. C’est le cas aujourd’hui de Hammada Ould Mohamed Khayrou au sein du Mouvement pour le Jihad et l’Unicité en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Avec cette différence que ce dernier groupe est essentiellement composé de Bidhanes (Arabes sahariens : originaires du Nord malien, du Sahara Occidental, du Niger ou de la Mauritanie). On considère qu’il est une dissidence «ethnique» de AQMI.
On dit que quand les dirigeants algériens de l’organisation ont donné le commandement d’une unité combattante à un Touareg (Abdel Kerim Targui qui dirige une Sariya-unité dépendant de Abu Zeyd, le chef de la Katiba Tarik Ibn Zeyad), les Hassanophones ont demandé un traitement similaire. Les commandants algériens, n’ayant pas trop confiance, ont refusé. Alors, quelques-uns des combattants originaires des tribus sahariennes ont décidé de passer à l’action dans des conditions pour le moins bizarres.
En effet, c’est à la faveur de l’enlèvement de trois humanitaires européens (deux espagnols et une italienne) que le MUJAO s’est fait connaitre. Alors que les services de renseignements de la région et ceux occidentaux braqués sur la zone, pistaient les ravisseurs qui avaient donné rendez-vous, en plein désert malien, à Belawar, le chef de la Katiba des Mulathamine, celui-ci disparaissait des écrans et laissait les «traiteurs» livrés à eux-mêmes. Pourquoi le chef terroriste passé maître dans l’enlèvement et le traitement des otages a-t-il fait volte-face aussi brusquement ? Est-ce la peur des représailles de l’Armée et des renseignements algériens dont le territoire venait d’être violé ? Peut-être, peut-être pas. Toujours est-il que Belawar se cache pour éviter de réceptionner le colis, d’une «denrée» du reste appréciée parce que l’Italie et l’Espagne sont toujours promptes à payer de fortes rançons. Dans les heures qui suivent cette volte-face, le MUJAO revendique l’enlèvement. On apprend du coup son existence et on explique qu’il est une dissidence de AQMI. Deuxième coup, celui de Tamanrasset, troisième celui de Gao qui a visé le consulat algérien. Cette dernière action fait ressortir plus encore le ciblage de l’Algérie.
Au début de l’occupation de Gao par les rebelles touaregs, ceux-ci avaient donné leur assurance au personnel du consulat algérien. Une protection qui ne servira à rien. Les combattants du MUJAO seraient venus armés jusqu’aux dents, avec notamment des ceintures explosives autour des corps. Ils auraient même exigé du MNLA de leur fournir un 4x4 fermé pour transporter les six diplomates algériens. Devant la détermination affichée et après visiblement accord du Consul, le MNLA dut obtempérer. Le MUJAO exige aujourd’hui le versement d’une rançon de quelques millions d’euros contre la libération des diplomates. Le MUJAO est d’abord un «instrument» anti-algérien, utilisé par qui et dans quel but ? On ne peut savoir encore…
Par contre nous savons que depuis 2010, les recrutements de Mauritaniens ont considérablement baissé. On croit savoir qu’il n’y a plus eu de nouvelles recrues de chez nous en 2011 et 2012. C’est certainement le résultat de la stratégie qui a allié réponse sécuritaire au dialogue par l’intermédiaire des Ulémas. Mais l’excitation actuelle est-elle propice à relancer la machine ? Certainement, parce que les mouvements extrémistes se nourrissent des excès. Il n’est pas exclu qu’en ces jours où l’on promeut la confrontation et où l’on vante le sacrifice, des jeunes mal encadrés et mal outillés se mettent à jouer aux kamikazes. Ils auront jugé qu’ils sont à deux doigts du martyr, donc du Paradis. Personne ne dit actuellement le contraire…
Il faut signaler enfin que les Mauritaniens de AQMI ont été décimés par les derniers combats dans le Nord du Mali. De grandes figures comme Ould Meynouh ou Sall Oumar font partie de ces morts, une chair à canon pour les vrais manœuvriers maîtres du jeu, les chefs Algériens.