dimanche 13 mai 2018

Elections 2018 : Le compte à rebours a commencé


Tandis que les partis et conglomérats politiques essayent de s’organiser en vue de préparer des échéances qui semblent les avoir pris de court, le temps s’accélère pour tous.
La nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI) prend service au milieu d’une cohue et sous la pression du temps qui court. En effet, les élections prévues pour septembre, ont des délais imprescriptibles dans les étapes de préparation : la mise à jour des listes électorales par un nouveau recensement à vocation électorale (RAVEL), la convocation du collège électorale pour une date déterminée, pour ne citer que les actes qui doivent être fait quatre et trois mois avant la date du scrutin.
En plus, la CENI dont la confection n’a pas impliqué tous les acteurs, se doit de pallier à cette insuffisance par un dialogue intense avec les pans de l’Opposition tenus à l’écart du processus de sa désignation, notamment le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et le Rassemblement des forces démocratiques (RFD).
Si le FNDU est déjà partant pour les élections futures, la décision du RFD n’est pas encore connue. Mais nombre d’observateurs estiment que le parti du Président Ahmed Ould Daddah n’a pas le choix. D’ailleurs, dans une récente déclaration publique, Mohamed Ould Maouloud a annoncé la décision du G8 de participer, «y compris le RFD». Le G8, c’est ce regroupement qui avait rassemblé en plus du FNDU et du RFD, des formations de moindre importance et des syndicats et qui a vu le départ des Forces progressistes du changement (FPC), le huitième des ensembles. En attendant de rendre public sa décision, le RFD se comporte comme une formation en partance pour la course future. Tout comme le FNDU et l’Union pour la République, le parti au pouvoir, qui se préparent intensément.
Pour le FNDU, l’heure est à la préservation de l’unité du conglomérat. On sait que chacun des grands partis le composant, a sa propre stratégie.
Tawassoul n’a jamais déserté la scène politique et sa participation aux élections de 2013 lui a permis de s’organiser, de garder la main et de continuer à encadrer ses militants. Ce n’est pas le cas de l’Union des forces du progrès (UFP) qui a boycotté les dernières élections et a donc rompu avec l’exercice des urnes. C’est certainement le rapport entre ces deux partis qui va déterminer l’avenir du FNDU. L’heure fatale de la séparation n’a pas encore sonné mais tout sépare ces deux partis : l’idéologie de base, la vision du monde, le parcours et l’ancrage social des dirigeants…
On peut se demander ce qu’il adviendra des autres formations politiques moins importantes, des syndicats et du regroupement des «personnalités indépendantes». Tout ce monde va dans un premier temps s’accrocher à l’idée d’un candidat unique, au moins à l’espoir de la naissance de coalitions entre les composantes actuelles du FNDU.
De son côté, le RFD attend que soit épuisé le dialogue intérieur. Ce qui ne l’empêche pas de tenter d’occuper un espace, notamment par la prise de parole publique de ses leaders, principalement le Président Ahmed Ould Daddah et son premier adjoint Me Mohamed Mahmoud Ould Lematt, premier président du RFD et probable dauphin de son leader incontesté. C’est le sens qu’il faut donner à la dernière sortie devant des journalistes et des bloggeurs triés pour l’occasion. Ce qui cache mal l’affrontement de deux tendances au sein de la formation qui vit aussi l’implantation de ses structures étalées sur plusieurs mois.
D’une part ceux qui prônent un boycott sous prétexte qu’il ne sert à rien de concourir dans une compétition où le parti n’a aucune chance de parvenir à traduire sa force populaire. A cause des conditions qui n’assurent aucune régularité du scrutin, et du manque de moyens financiers qui aura son poids sur les contreperformances attendues logiquement. Pourquoi alors légitimer des élections à un pouvoir jugé illégal et déloyal ?
Face à eux, il y a d’autre part, ceux qui mettent en avant le risque de voir retirer le récépissé du parti suite à son absence à deux rendez-vous électoraux successifs (2013 et 2018). Ceux-là pensent que le parti a toutes les chances de remporter le nombre de sièges qui lui permet de compter parmi les formations les plus importantes du pays, voire de reprendre sa place de leader de l’Opposition démocratique. «Surtout si le Président Ahmed Ould Daddah accepte de prendre la tête de la Liste nationale».
D’ailleurs, au niveau de toutes les formations, on semble s’acheminer vers la mise en avant des leaders. L’on sait déjà que Yahya Ould Ahmed Waqf dirigera la Liste nationale au sein de Adil dont la Liste des femmes sera dirigée par Fatimetou Mint Khattri, ancien ministre et militante engagée de Adil, le parti fondé sous la présidence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Pourquoi ne verrait-on pas Mohamed Ould Maouloud à la tête de la Liste nationale de l’UFP, Kadiata Malik Diallo qui a brillé sous une législature précédente, à la tête de celle des femmes ? Imaginons effectivement Ahmed Ould Daddah et Nana Mint Cheikhna diriger les listes au niveau du RFD, Mohamed Mahmoud Ould Seyidi et Fatimetou Mint el Meydah pour Tawassoul… On aura déjà relevé le niveau de cette Assemblée nationale qui revient de loin. Ajoutez à cela tous les possibles et imaginables candidats au sein de la Majorité, de l’Opposition sous toutes ses nuances (dialoguiste et radicale), on peut espérer la meilleure configuration pour la nouvelle Chambre.
Le temps des implantations est aussi celui de la préparation. C’est le cas au RFD, mais surtout à l’Union pour la République (UPR) qui prévoit en finir dans les jours qui viennent. Une implantation qui lui a révélé un grand engouement de la part des populations avec notamment plus d’un million d’adhérents. Il est certain que ce chiffre va tomber au moment du passage à la mise en place des instances de base. Quand il s’agira de se déplacer effectivement et de s’exprimer soi-même. Si le parti s’obstine à appliquer la règle de la transparence comme il l’a annoncé, il sera de l’ordre de l’impossible pour des milliers d’adhérents déclarés de faire le déplacement vers les centres dans lesquels ils se sont fait enregistrer. Comme il sera coûteux pour ceux qui ont payé dans l’ordre de 30.000 UM (3000 MRU) le reçu d’inscription, de «convaincre» les mêmes à venir se prononcer effectivement.  
Les guerres claniques vont participer certainement à exacerber les ardeurs, mais pas assez pour refléter le niveau annoncé. C’est justement cette guerre ouverte entre clans qui sera le pire handicap pour l’UPR. Des processus d’implantation sont présentement arrêtés à cause de cela. Arrivera le moment où des départs seront enregistrés parce que leurs auteurs n’auront pas trouvé leur part. Déjà de fortes critiques sont exprimées à l’égard de ministres qui usent de leurs positions pour imposer ceux de leurs clans ici et là. Les dernières nominations au Conseil des ministres sont facilement expliquées par la volonté de s’allier telle ou telle faction dans la bataille de l’implantation. Tandis que ceux qui sont démis invoquent tout aussi facilement «un compte à régler pour le mauvais positionnement». Des ressentiments en plus des problèmes habituels et des mécontentements qui en naissent.
Mine de rien, la scène politique s’agite en vue de préparer les échéances de septembre. Reste à sa voir si la classe politique  arrivera ou non à dépasser les réflexes qu’elle a laissé s’ancrer pour s’inscrire dans les ADN. Notamment le rejet les uns des autres et leur volonté de se faire écraser les uns par les autres.

Editorial 753


Il y a ceux qui sont occupés par des guerres entre eux. Malgré le fait d’être aux affaires, ils dépensent moyens et énergies pour barrer la route à des adversaires avec lesquels ils partagent pourtant l’engagement derrière le «même programme».
Ce n’est pas la sécheresse et ses effets néfastes, ce n’est pas la proximité de grands rendez-vous comme le sommet de l’Union Africaine, ce n’est pas la menace d’un futur pour lequel il faut se préparer en anticipant ses problématiques qui viendront s’ajouter à celles du présent déjà compliqué par le refus obstiné de régler celles du passé (proche et lointain), ce ne sont pas les retards dans la réalisation de projets structurants, ni les «revues à mi-parcours» des programmes financés par les partenaires techniques et financiers (PTF)… rien de tout ça ne les occupe.
Les ministres, parce qu’il s’agit d’eux, sont absorbés par la bataille de l’implantation. Le résultat est là : des quotidiens où il n’est question que de promesses ou de menaces de promouvoir celui-là pour son alliance, de casser celui-ci pour lui faire payer son engagement dans le camp d’en face…
On sait déjà que Mohamed Lemine Ould Seyidi, ancien député de Tawassoul à Tintane, est assuré d’être présenté, cette fois-ci par l’UPR, à la Législature prochaine. C’est ce que dit LE ministre aux acteurs politiques de Tintane qu’il veut rallier à la cause.
Au Hodh, au Brakna, au Gorgol, au Trarza, en Guidimakha et même à Nouakchott, les clans sont menés par de dignes représentants de la République qui donnent ainsi le la de l’éclatement de l’ensemble au pouvoir.
Il y a ceux qui sont plongés dans la classe de «rattrapage». Ceux-là ont refusé de voir venir les évènements. Encore une fois, ils se préparent à les subir. Comme par le passé, ils se trompent de combat.
Chacun des pans de ce côté de la scène politique s’active pour rattraper à sa manière le temps perdu. Avec beaucoup de maladresses pour les uns et de mauvaise foi pour les autres. Pas de programme commun. Pas de candidats communs. Pas de perspective commune.
L’objectif est aujourd’hui la dissolution de la CENI. Alors qu’ils ont torpillé le processus qui devait en faire une institution représentative et consensuelle.
Cette demande de dissolution de la CENI relève de la tactique pernicieuse qui a fait l’ajournement du renouvellement du Sénat en 2011 quand les mêmes avaient demandé le recul pour permettre la participation d’un grand nombre au dialogue en perspective. Avant de se rétracter et de boycotter avec pour résultat la «péremption» des institutions non renouvelées et l’invocation de leur illégalité. Aujourd’hui, tout ce qui peut reculer les élections est fallacieux et dangereux pour la démocratie, y compris le dialogue ou la dissolution de la CENI.
Le départ annoncé du Président Mohamed Ould Abdel Aziz sidère ses opposants qui n’avaient d’autre convergence que la haine de celui qui a provoqué la fin du régime de Moawiya Ould Taya et de l’expérience avec Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Des orphelins de l’un ou l’autre qui sont encore plus orphelins aujourd’hui avec ce départ désormais certain.
Entre les premiers et les seconds, il existe une animation active – au sens du théâtre des ombres – qui va dans tous les sens et dont la raison existentielle n’est autre que la volonté de s’affirmer. En tant que communauté, en tant que cause, en tant que clan, en tant que tendance, en tant qu’acteur… et pour ce faire, rien, absolument rien n’est interdit. Au contraire, il faut user de fausses informations, d’analyses erronées, de chiffres tronqués, de fausses vérités, de descriptions fallacieuses… pour tromper l’opinion et se donner l’aire de justicier.
Les discours populistes sous nos latitudes n’ont aucune originalité. Ils utilisent les mêmes moyens et visent les mêmes objectifs que dans le reste du monde. Les fascismes se ressemblent. Les racismes aussi.
Résultat : l’image du pays détruite par ses fils qui croient ainsi se rapprocher de la prise de pouvoir ou imposer à ceux qui l’ont de le partager avec eux. Sacrifiant du coup l’intérêt général sur l’autel des ambitions sectaires et égoïstes.
L’existence d’un troisième larron dans le jeu politique devrait pousser les acteurs politiques qui croient encore en une Mauritanie unie, en une Mauritanie pour tous, les pousser à chercher la convergence pour atténuer l’émiettement, ce mal qui ronge notre société et qui ne peut profiter qu’aux sectarismes et égoïsmes , différents dans leurs expressions multiples, semblables dans leurs essences et dans leurs compréhensions du monde et de son devenir.

Elections 2018 : Le FNDU s’engage


Une décision attendue… annoncée à l’avance… celle de la participation du Forum national pour la démocratie et l’unité aux élections futures. Il y a quelques semaines effectivement, les grands partis membres de ce regroupement dit de «l’opposition radicale», avaient annoncé leur décision de participer aux échéances prochaines. Ce qu’on ne savait pas au moment de l’annonce, c’est que le Forum était en pleine discussion avec les partis de la Majorité présidentielle. Des négociations qui n’ont pas abouti à la signature de l’accord qui avait pourtant été rédigé.

Le secret éventré

Le premier à donner sa version des faits et à annoncer la fin des négociations fut Me Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union pour la République (UPR), le parti présidentiel. Lundi dernier (16/4), Me Ould Maham déclarait à l’AFP la fin d’un «accord politique que nous devions signer jeudi dernier (12/4, ndlr), mais entretemps, l’autre partie a fuité une mouture proche de l’accord mais qui en dénature la forme et le fond».
Dans la même dépêche de l’AFP, Mohamed Ould Maouloud, président en exercice du Forum annonçait que l’UPR «nous a officiellement signifié la fin de ce dialogue secret».
S’en suivront quelques joutes, les uns réfutant ce que les autres affirmaient. Chacun tentant de donner une version qui le sert sur le déroulement des négociations et sur leur objet. Si Me Ould Maham a tout de suite occupé la scène médiatique, ses protagonistes ont préféré s’expliquer devant les bloggers et les groupes de l’application WhatsApp, un support informel qui leur portera quelque peu préjudice dans la mesure où cela a été perçu comme un refus de faire face aux questions des journalistes.
L‘un des points de convergence dans l’accord était la nécessité de permettre l’implication du Forum dans la confection de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI). Sitôt la fin des négociations annoncées, celle-ci a été créée. C’est cet élément qui aiguisait la curiosité sur la suite que donnera le Forum aux derniers développements.

Participation quand même

«Nous avons décidé de participer à ces élections (Législatives, municipales et locales de 2018, ndlr) car nous n’acceptons pas de rester en marge du processus devant conduire à une alternance politique dans le pays en dépit de la gestion unilatérale de ce processus par le pouvoir». L’annonce est faite par Mohamed Ould Maouloud lors d’un point de presse tenu ce samedi en présence des autres membres du Forum national pour la démocratie et l’unité.
Tout en accusant le pouvoir actuel de «pousser le pays vers une élection conflictuelle», Ould Maouloud dénonce la désignation de la CENI qualifiée par lui «d’illégale». Et promettant de «faire appel devant la justice contre sa constitution qui exclut un pan important de l’opposition en violation de la loi la créant».
C’est sans grand cérémonial donc que le FNDU accepte de reprendre le chemin des urnes. Non sans s’être tiré plusieurs balles dans les pieds.
Par l’entêtement dans le refus de participer aux dialogues déclarés (2012, 2013, 2014 et 2016), le FNDU donne la preuve de son manque de discernement quand il a été incapable d’anticiper l’échéance fatale qu’il prend aujourd’hui comme prétexte pour accepter tout ce qu’il a refusé : l’alternance de 2019.
Avec ces histoires de dialogues «secrets», le Forum et ses composantes politiques, discréditent leur action et jettent le doute sur leurs objectifs réels.
Engager des négociations secrètes en vue de faire avancer la démocratie, de corriger les erreurs, de rattraper le temps perdu et donc de servir un intérêt général, n’a rien de reprochable. Au contraire, c’est ce qui est attendu d’un acteur politique : le sacrifice de soi, de son amour-propre, pour servir le pays et la démocratie. Ce n’est pas la révélation par la presse du projet d’accord qui le torpille. Ce sont les méthodes et le sentiment d’avoir trahi les siens qui créent ici problème. Le sentiment de culpabilité et «la honte» qui l’a accompagné à la révélation de ces négociations découlent effectivement d’un désarroi.

Après avoir tout refusé

En 2011, les mêmes acteurs étaient regroupés au sein de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui avait alors engagé un dialogue ouvert avec le pouvoir. Ce fut le meilleur moment parce que la conjoncture s’y prêtait et que les acteurs étaient disponibles à l’engager eux-mêmes.
La Mauritanie venait d’engager sa bataille pour sécuriser ses frontières et stabiliser la vie quotidienne : les premières frappes contre AQMI se déroulaient au Mali et à la frontière mauritanienne. La nécessité de consolider le front intérieur était évidente et ressentie par tous.
Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz avait fini par rencontrer l’ensemble des acteurs politiques. Il avait même accepté de faire un appel solennel au dialogue comme l’avait exigé une partie de l’opposition (28/11/2010).
Les échanges de notes entre le pouvoir et les envoyés de la COD avaient eu lieu. Cette dernière devait présenter son cahier de doléances pour permettre au pouvoir d’y répondre. Lequel avait dit d’avance que, mis à part l’exigence d’un gouvernement d’union, tout le reste était possible…
Le 17 décembre 2010, un jeune tunisien s’immole pour protester contre les mauvais traitements de la police. C’est le point de départ d’une explosion sociale qui mène à la révolution du Jasmin et au départ forcé du dictateur Zein El Abidine Ben Ali. Dans le monde arabe, c’est l’effervescence qui allume des foyers un peu partout. L’Egypte ne tarde pas à tomber dans l’escarcelle des «révolutionnaires». Puis le Yémen, la Syrie, la Libye s’enflamment…
En Mauritanie, des pans de l’opposition croient que le temps de balayer le pouvoir en place est arrivé. C’est le «dégagisme» qui l’emporte. Fin du processus de dialogue pour bon nombre des formations politiques.
Seules l’Alliance populaire et progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir et le Wiam de Boydiel Ould Hoummoid – pour ne citer que les plus importants -, continuent à discuter. Ils obtiennent des avancées significatives aussi bien sur le plan des outils électoraux que sur le plan de l’implication de l’opposition dans le jeu politique.
Malgré toutes les tentatives et tous les appels au dialogue, rien n’y fait : le FNDU, constitué entretemps sur les cendres de la COD, refuse toute participation aux élections. Si bien qu’en 2013, à la veille des élections municipales et Législatives, il continue de s’obstiner manquant de peu la déchirure.
Les Islamistes de Tawassoul acceptent de participer tandis que l’UFP refuse contre toute attente. Mais le Forum qui regroupe les syndicats et les personnalités indépendantes en plus des partis, traverse la crise. Il s’acclimate avec une situation où il prône le boycott quand il s’agit d’une prise de position générale, et où l’une de ses composantes est présente sur la scène institutionnelle : avec 16 députés à l’Assemblée nationale, Tawassoul dirige le bureau de l’Institution de l’Opposition démocratique.

Mobilisation impossible

En 2016, le FNDU essaye de rassembler autour la question du troisième mandat. Mais la mobilisation est en-deçà des attentes et l’action fait pschitt quand le Président annonce lui-même qu’il n’a jamais eu l’intention de changer la Constitution en vue de se frayer le chemin pour un mandat supplémentaire.
La leçon n’est pas retenue parce que le Forum refuse de participer au dialogue ouvert en septembre de la même année. La logique de l’absence continue de l’emporter jusque cette fameuse interview accordée par le Président Ould Abdel Aziz à Jeune Afrique. Rien de nouveau pourtant dans son annonce qu’il ne briguera pas un troisième mandat.
Mais c’est surtout la volonté d’assainir et de relancer l’Union pour la République qui pèse dans le positionnement du FNDU. Le nouvel engagement du Président crée une énergie nouvelle et l’implantation entamée annonce un renforcement du parti au pouvoir.
Le FNDU accepte enfin de tirer les leçons de ses boycotts successifs. Mais avec maladresses. Si bien que la décision de participer, normale du reste, parait aujourd’hui comme un acte d’abdication qui aura ses conséquences sur la perception publique de l’action politique en général et des positionnements du FNDU en particulier. Ce qui pèsera certainement sur ses résultats lors des élections de septembre-octobre 2018. Si jamais il survit aux secousses qui l’ont affecté.

Editorial 752


La presse n’a plus de place dans ce pays. D’abord ce gouvernement qui lui a coupé les vivres avec la circulaire du Premier ministre interdisant la communication et les abonnements de l’ordre public. Sous prétexte qu’il y avait une loi sur la publicité en cours d’adoption.
La circulaire date de février 2016 et nous sommes en avril 2018. La loi a été adoptée mais n’a pas encore été mise en œuvre. Alors que le blocus est toujours en vigueur… pas pour tout le monde.
Il y a la presse écrite et électronique, fortement soutenue par de hauts responsables et dont la fonction est de couvrir ses «sponsors» de fausses qualités et de s’attaquer à leurs ennemis. L’objectif ici n’est pas de protéger ou de défendre le système, mais des individus, quitte à tirer sur le Président de la République et sa famille.
Le résultat d’une telle action de sape se lira dans le classement de la Mauritanie cette année. Mais il suffit de voir qu’une seule télévision fonctionne actuellement sur les cinq privées, qu’aucune radio n’émet plus régulièrement. De se rappeler la crise de la presse écrite dont le summum a été atteint avec l’arrêt de parution des quotidiens Chaab et Horizons pendant quelques deux semaines.
Jusqu’à récemment, il ne restait à la presse que le respect du public, acteurs étatiques et non étatiques, militants politiques et non politiques, défenseurs ou non des droits…
Quand éclate l’affaire des «négociations secrètes», les politiques concernés ont essayé de faire porter la responsabilité de leur échec à la presse. Laissant entendre la «perfidie», «l’inconscience», «la mauvaise volonté», «la nocivité»… de celui qui a révélé l’existence d’un dialogue souterrain.
Le rôle de la presse est bien de mettre à nu, de débusquer, de dénoncer s’il y a lieu, de révéler au grand jour, d’expliquer et d’expliciter… bien sûr en donnant la parole à ceux qui sont concernés pour être juste et complet.
Seulement la plupart des concernés dans cette affaire ont préféré s’en remettre aux bloggers, à Twitter et aux groupes de WhatsApp. On ne peut pas le leur reprocher. Deux remarques s’imposent.
La première est une explication avancée pour écarter ou éviter la presse. Les journalistes qui qu’ils soient, sont de nature curieux. Ils sont demandeurs de justificatifs et d’informations exactes. Contrairement aux militants qui forment la masse de ceux auxquels les chefs de partis s’adressaient. Acquis à la cause, indulgent vis-à-vis de ceux qui l’incarnent, l’auditoire ici n’est pas source d’inquiétude.
La deuxième découle de la première et relève d’un constat : ce ne sont plus les instances dirigeantes des formations politiques qui décident des positions à prendre, mais les utilisateurs des réseaux sociaux. La dictature de la pensée unique commence ici. Tout comme le populisme.
Les formations politiques et leurs dirigeants craignent plus aujourd’hui ce que ce blogger va écrire sur leur engagement que ce que vont dire leurs militants. On en oublie le passé de ces dirigeants et le parcours de ces formations. La légitimité de la pensée vraie et os acteurs      même le monopole de la vérité reviennent à un inconnu sirotant calmement un café et manipulant un clavier. Une horde de snipers s’est ainsi constituée pour imposer son diktat à de vieilles formations politiques dont la plupart ont hérité d’un combat qui date de la clandestinité. Les leaders de ces formations se rendent sans combattre et acceptent ainsi de renoncer à leur conviction pour ne pas exciter l’ire de ces hordes de snipers.
 Le résultat pour nous est une dépréciation de l’action politique qui commence par la réflexion. Si le premier venu peut se sentir la légitimité de dicter sa réflexion aux vieux dirigeants et à leurs formations, il n’y a plus rien à attendre d’eux. Et si les politiques n‘ont plus besoin de la presse et le montrent, il n’y a plus rien à espérer de la démocratie. Dont la presse doit être le reflet.

mercredi 18 avril 2018

Editorial 751


Quand la tentative d’établir un contact entre la Majorité et le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) a été révélée, elle a été immédiatement démentie avec véhémence. Laissant entendre qu’il s’agit d’une affabulation de plus de la presse.
Quand les détails d’un accord longuement discuté ont été publiés, les réactions ont été différentes selon le positionnement de leurs auteurs. On peut cependant retenir les catégories suivantes :
Il y a ceux qui crient au scandale et qui accusent le FNDU de chercher, «encore une fois», à trahir les autres composantes de l’opposition radicale qui a refusé jusqu’à présent le dialogue avec le pouvoir. Notamment le G8 – réduit à 7 depuis le départ des forces du changement, ancien FLAM. Les partenaires du FNDU au sein de ce regroupement n’avaient pas été mis au courant de la démarche.
Il y a ceux qui regrettent le non aboutissement du processus et qui cherchent à situer les responsabilités. Pour eux, «le fuitage» du document a mis fin aux négociations. Accusant ceux qui l’ont fuité de l’avoir «travaillé» pour en trafiquer le contenu pour le faire rejeter. Ceux-là dont le président de Tawassoul, Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, ne nous renseignent pas sur le texte originel, celui qui n’a subi aucune manipulation. Comme ils ne nous disent pas pourquoi le simple fait de fuiter un document destiné à être rendu public, remet en cause tout un processus qui reste vital pour le pays.
Il y a ceux qui profitent de la fin annoncée de la démarche pour culpabiliser ses promoteurs et les rendre responsables de son échec.
Tous oublient de relever que les acteurs, qui qu’ils soient, sont d’accord pour dire la nécessité d’une ouverture de la scène en vue de son apaisement. Tout le monde constate que le tournant que notre pays entame demande une convergence et un renforcement du front intérieur.
Une large partie de l’opinion publique reproche aux pans de l’opposition de n’avoir rien fait pour anticiper les événements pourtant prévisibles. Préférant s’obstiner à animer un positionnement nourri de rejets et ne tenant pas compte du rapport de force avec le camp d’en face.
Au pouvoir, on reproche aussi le refus de faire preuve d’indulgence en faisant l’effort nécessaire pour inclure le maximum d’acteurs dans le jeu politique qui, finalement, peut et doit contenir tout le monde.
En réalité, ni le pouvoir ni son opposition ne sont assez homogènes pour imposer en leur sein une discipline à même de favoriser la convergence.
Chaque camp est conscient de ses fractionnements internes mais ne fait rien pour les soigner. D’où la nécessité pour la Majorité et le FNDU de chercher à garder au secret des négociations qu’il n’y a pas de honte à entreprendre. Au contraire, la publicité autour de ces négociations aurait suscité le contrôle et la pression de l’opinion publique pour les accompagner. Mais non !
Ici, ce sont les partis de la Majorité qui ont peur de «leur» gouvernement coupable, par le passé, de plusieurs actes de sabotages pour les essais de rapprochement.
Là, ce sont les groupes d’influence si ce ne sont les partis qui s’accusent mutuellement et occasionnellement de trahison.
Les suspicions qui rongent les intérieurs des deux camps sont plus fortes que celles qui leur dictent leurs positionnement l’un vis-à-vis de l’autre. Tout comme les effets de la défiance qui pèse plus sur les relations entre partenaires supposés, plus qu’entre protagonistes déclarés.
La plus forte opposition et la plus dangereuse pour le pouvoir, c’est celle qui nait des dissensions internes. Parce qu’elle discrète le système et parce qu’elle bouffe toute son énergie.
Au sein de l’opposition, les rapports sont tellement mauvais et la défiance si totale, qu’aucune action commune ne peut aboutir. Les acteurs passent leur temps à s’épier les uns les autres. Plus qu’à regarder devant eux pour agir.
L’émiettement de la scène politique est un mal mauritanien…

Majorité-FNDU : Echec des négociations de la dernière chance


«Après avoir été sur le point de signer l’accord politique auquel nous sommes parvenus, des pans du Forum ont fait fuiter le texte modifié (‘enlaidi’) de l’accord, obligeant le FNDU à faire marche arrière. A 3 heures ce matin, le dernier round des négociations a pris fin, rompant le processus de négociations secrètes entre la Majorité et le FNDU.»
C’est ce tweet de Me Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union pour la République (UPR), qui nous apprend la fin officielle de négociations engagées discrètement entre la Majorité et le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU).
Il est 4:06 en ce dimanche 14 mars, quand, de part et d’autre, les langues «officielles» se délient et acceptent de parler des négociations «secrètes» entre les deux parties. Quelques jours avant, les deux parties rejetaient, parfois violemment, une telle éventualité. On se souvient du communiqué publié par la commission de communication du FNDU pour démentir «catégoriquement» tout contact avec l’autre partie.
Pourtant, c’est maintenant Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, président de Tawassoul, qui essaye de reprendre l’initiative en communiquant le plus clairement sur la question. Il choisit pour cela une plate-forme constituée par des groupes sympathisants de l’opposition sur l’application WhatsApp.
Le tout nouveau président de Tawassoul nous apprend que les négociations ont été engagées il y a un an. Avec un relâchement dû à l’absence prolongée (maladie) du président du FNDU et au congrès de Tawassoul, le congrès de décembre qui allait le consacrer pour remplacer Jemil Mansour.
«Il y a quelques semaines, ces négociations étaient reprises entre d’une part une délégation dirigée par Ethmane Ould Ebilmaaly, président de la coalition de la Majorité, et comprenant Me Sidi Mohamed Ould Maham et le ministre Seyidna Ali Ould Mohamed Khouna et, d’autre part Mohamed Ould Maouloud, président en exercice du FNDU, Yahya Ould Ahmed Waqf et Mohamed Mahmoud Ould Seyidi».
Une plate-forme a été remise à la Majorité par les négociateurs du FNDU à ceux de la Majorité qui n’ont pas tardé à répondre. Classant les doléances en trois catégories :
- celles qui n’étaient pas négociables comme la constitution d’un gouvernement de consensus ou de technocrates ;
- celles qui ne pouvaient attendre comme la question de la participation à la désignation de la nouvelle Commission électorale indépendante ;
- et celles enfin qui pourraient être discutées plus tard pour éviter de compromettre le calendrier électoral comme tout ce qui peut nécessiter l’élaboration d’une loi.
Le président Ould Seyidi explique que leurs interlocuteurs avaient demandé une discrétion totale pour éviter le sabotage du processus. Sans donner de détails.
On se souvient cependant que dès septembre 2014, les interférences de certains pans de la Majorité, parfois du FNDU, avaient empêché les rapprochements esquissés ici et là et d’un moment à un autre. Visiblement, la Majorité tenait à ne pas laisser fuiter le nouveau contact pour donner le maximum de chances à sa réussite. C’était compter sans la nocivité de ceux qui épient toute approche constructive pour la torpiller. D’un côté comme d’un autre.
Au conseil des ministres du 22 mars dernier, la Majorité est surprise de voir inscrit à l’ordre du jour, l’adoption d’un décret fixant les modalités de désignation des membres du Comité directeur de la CENI, alors que les négociations sont en cours pour permettre un processus inclusif. L’alerte est lancée et deux options sont retenues.
La première est le retrait du projet de décret de devant le Conseil. Auquel cas, le Président de la République sera dans l’obligation de donner aux ministres les raisons réelles. Du coup, le caractère «secret» perdra son effet.
La deuxième, c’est de laisser faire tout en avertissant ceux de l’autre bord que cela n’affectera en rien les conclusions ou les mesures qui seront prises d’un commun accord. S’ils sont compréhensifs, c’est tant mieux, sinon prendre le risque de fuiter l’accord. Après concertations, il a été décidé de garder secret le processus et de lui donner toutes les chances.
Finalement la fuite est venue visiblement du camp du FNDU. Toutes ces allées et venues ne pouvaient en fait être gardées secrètes. Surtout que l’opinion publique épiait – épie - tout mouvement pouvant indiquer un rapprochement attendu sinon fortement espéré. Naturellement, quand il est annoncé, la réaction a été de le démentir avec véhémence.
Nous savons de ce qui a fuité que l’accord comportait un préambule qui fixait la philosophie et l’atmosphère générale qui présidait à la prise de contact. L’objectif étant la normalisation des relations entre les deux parties : une Majorité qui gouverne avec délégation du peuple mauritanien et une Opposition «responsable» qui joue son rôle de suivi, de conseil s’il y a lieu et de critique dans une démocratie apaisée. Tout cela pour faciliter l’exercice politique, particulièrement la tenue d’élections régulières et consensuelles.
C’est, selon le préambule, la situation régionale et internationale qui dicte aux parties de prendre en considération l’intérêt supérieur de la Nation et d’exprimer fortement leur volonté de se parler, d’échanger et même de se mettre d’accord sur la manière d’assurer une alternance pacifique par l’expression libre et rassurée du choix de l’électeur par la voie des urnes. C’est seulement par cette convergence que chacune des parties saura se satisfaire de la part et du rôle qui lui reviennent.
Après ce préambule fixant le cadre général, suivent une dizaine d’articles qui décident de la participation de toutes les composantes du FNDU aux futures élections en contrepartie de la prise en compte de l’avis du Forum dans la constitution de la CENI, de la mise en place d’une commission d’experts chargée de lutter contre la corruption pour limiter les dépenses en matière électorale, pour discuter le vote de l’Armée, l’accès aux médias publics, la neutralité de l’Administration…
Il est précisé aux termes des articles que le dialogue continuera autour des questions autres que la CENI pour laquelle il y a urgence. Tout comme, il est dit que le FNDU s’engage à entériner les résultats des dialogues antérieurs.
Avec cette annonce de Me Ould Maham, suivie par la déclaration de Ould Seyidi, il ne subsiste visiblement rien de ce dialogue avorté. Que reste-t-il alors à faire ?
Pour la Majorité, il ne reste que se préparer à des élections primordiales parce que déterminantes pour la suite des évènements particulièrement pour la présidentielle de 2019. L’UPR devra relever le défi de mener à terme son implantation et dans les délais. Ce qui lui permettra d’affronter ses adversaires sur le terrain des urnes à partir de septembre prochain.
Pour le FNDU qui est déjà déclaré partant pour les élections, sans conditions, il va falloir trouver la parade qui permettra d’assurer un minimum de conditions pour la tenue d’élections régulières. Une seule voie : pousser vers l’implication de l’Institution de l’Opposition dans la confection de la CENI et dans le processus politique à venir. Après tout, cette Institution a la force du constitutionnel et son implication légitime nécessairement ce qui sera entrepris… Elle constitue le dernier pont qui peut relier les deux rives qui semblent aujourd’hui si loin l’une de l’autre.

vendredi 13 avril 2018

Politique : L’opposition dans tous états


Si dans le camp de l’opposition impliquée dans le processus de dialogue, donc dans «l’institutionnel politique», on attend plutôt calmement la désignation d’une nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI), c’est l’ébullition dans le camp de l’opposition dite radicale. Ce terme désignant ceux qui avaient refusé de participer aux différents dialogues entrepris ces dernières années avec le pouvoir. Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et le Rassemblement des forces démocratiques.

La confrontation impossible

En fait la construction de ces rassemblements de l’opposition, a obéi à une logique de confrontation, toujours annoncée et chaque fois reportée faute de moyens. Elle découle d’une conclusion : «Si Ould Abdel Aziz appelle (ou propose) le dialogue, s’il accepte de discuter, c’est soit parce qu’il est malade, soit parce qu’il est aux abois. Accepter son offre, c’est le sauver d’une fin imminente et inévitable».
C’est cette logique qui a présidé à la création de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) et quand celle-ci a échoué dans le processus du «dégagisme», elle a été remplacée par le FNDU, lequel a été (presque) «absorbé» par le G8 pour permettre l’entrée de courants encore plus radicaux. Mais rien de tout ça n’a servi finalement. Tous ces courants de l’opposition se retrouvent aujourd’hui obligés de participer à un processus électoral dont ils ont refusé jusque-là l’éventualité. Rejetant de participer à ses démarches préparatoires que furent les dialogues successifs entre le Pouvoir et une partie de l’Opposition.
Rien de plus prévisible que cette fin pourtant. C’est donc sans surprise que le FNDU, par la voix de son président actuel, Mohamed Ould Maouloud, vient d’annoncer qu’il participait aux futures élections. Sans conditions et surtout sans préalables.
Le RFD quant à lui attend encore, mais le camp de la participation semble le plus fort. Même s’il existe un courant prônant le boycott et qui serait discrètement appuyé par Ahmed Ould Daddah, le président emblématique du parti. L’argument fondamental est celui de l’inutilité d’entrer en négociations avec un pouvoir dont on sait d’avance qu’il ne respectera pas ses engagements. «Il faut éviter de légitimer un processus qui vise au plus la pérennisation d’un système qu’on combat depuis tout ce temps». Il est sûr cependant qu’on prendra ici en considération la menace de dissolution du parti après l’absence à deux élections successives.
C’est pourquoi, malgré les réticences qui relèvent plus de positions individuelles, la tendance générale est celle de la participation. Cette tendance est d’ailleurs une décision prise sans ambages. Même si…
Des sites ont fait état de l’ouverture d’une négociation secrète entre le Pouvoir (ou la Majorité) et le FNDU. Que cette négociation a eu pour entrer en matière la question de la représentation du regroupement dans le choix de la CENI dont la formation est imminente. Le FNDU exigeant qu’il lui revienne de nommer deux des onze membres de la CENI.
Première réaction du FNDU : démenti catégorique de la part du bureau de la communication. Puis refus de donner des explications de la part du président en exercice du FNDU, Mohamed Ould Maouloud lors de la sortie de vendredi dernier. Pour enfin reconnaitre devant les compagnons du G8 (devenu G7 avec le départ des Forces du Changement, ancien FLAM), avoir entrepris des approches du genre.
C’est ce caractère «cachotier» qui imprime aux acteurs politiques mauritaniens cette image de «faux» qui leur permet d’entretenir un flou permanent sur ce qu’ils entreprennent. Ce qui va influer sur le cours des évènements et empêcher toute pacification de la scène politique. Ce qui explique aussi la désaffection du public vis-à-vis du politique.

De dialogue en dialogue

En juillet 2010, le chef de file de l’opposition démocratique avait (enfin !) accepté de rencontrer le Président Ould Abdel Aziz dont il ne reconnaissait pas la légitimité. Les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) avaient alors amorcé un mouvement de rapprochement avec le pouvoir, suivi de peu par les Islamistes de Tawaçoul qui allaient finalement rejoindre la Coordination. Seul le Président Messaoud Ould Boulkheir semblait hésitant, posant une condition : que le Président Ould Abdel Aziz exprime publiquement la demande de dialogue. Ce qui fut fait le 28 novembre 2010, à l’occasion du message à la Nation.
La COD engagea une réflexion interne sur une plate-forme commune qu’elle devait présenter lors de ce qui allait être les conciliabules pour un vrai dialogue. Survinrent les évènements de Tunisie et d’Egypte. La COD exigea alors le départ de Ould Abdel Aziz. Seuls les partis APP de Ould Boulkheir et El Wiam de Boydiel Ould Hoummoid (rejoint par Sawab de Abdessalam Ould Horma) continuèrent dans la logique du dialogue. La cérémonie d’ouverture de ce dialogue fut solennelle. Le Président de la République ouvrant lui-même le processus. Quelques semaines suffiront à faire le tour des questions, celles initialement fixées par le document de la COD que les «dialoguistes» se sont appropriées. Une commission chargée du suivi des résultats de ce dialogue fut mise sur pieds. Elle réussit à faire passer toutes les réformes, y compris les plus complexes (réforme constitutionnelle, esclavage, augmentation de la représentation populaire…).
Deux ans (ou presque) pour mettre sur pieds une CENI chargée de mener le processus électoral de bout en bout. C’est elle qui annonce la date des élections, qui reporte cette date après accord politique, qui engage le recensement à vocation électorale et qui doit superviser le scrutin.
Alors qu’elle voyait les portes se refermer devant elle, la COD a finalement accepté de renoncer à son exigence de départ pour accepter enfin de discuter avec la Majorité des conditions qui lui permettront de participer. Profitant des avances faites par le Président Ould Abdel Aziz lors de sa conférence de presse à Néma (août 2013). Autour de trois axes principaux : report de la date des élections, ouverture de la CENI et création d’un Observatoire des élections. En plus, s’il y a lieu, d’un audit du fichier électoral. Le report fut décidé : du 12 octobre au 23 novembre. Mais la prise de conscience du danger d’une CENI partisane empêcha de traiter la question.

Manœuvres dilatoires

La composition de la délégation de la COD renseigne amplement sur ses intentions. On perdra du temps à expliquer à certains des membres de la délégation de quoi il s’agit, alors que d’autres se moqueront bien du temps que cela prendra et de la tournure que cela prendra. Le président Mohamed Ould Maouloud a toutes les capacités pour mener à bien des négociations, même s’il a en face de lui le chef de délégation de la Majorité qui lui a arraché l’Accord de Dakar (Mohamed Yahya Ould Horma). Mais Ould Maouloud ne peut pas compter sur le concours de ceux qui l’accompagnent, leur niveau étant ce qu’il est. La tactique fut de tenter de trainer pour faire perdre le temps et arriver à l’échéance pour obliger, encore une fois, à la reporter. Ce qui n’a pas réussi.
Le dialogue rompu, la COD appela «à faire échouer le processus électoral unilatéral». Nouveau boycott sauf pour Tawassoul, la deuxième grande composante du regroupement après le RFD. Les élections ont lieu, ce qui permet à Tawassoul d’entrer dans le jeu institutionnel et même de prendre le leadership de l’Institution de l’Opposition démocratique.
En mars 2014, une nouvelle entame de dialogue est lancée. Trois pôles sont impliquées : le Pouvoir (Majorité), la Coalition pour l’Alternance Pacifique (CAP regroupant APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab de Abdessalam Ould Horma) et la COD.
La Majorité a tout intérêt à garder le statu quo car elle n’est jamais sûre de faire les mêmes scores qu’elle a réalisés au cours des dernières élections. Encore moins de faire le score espéré pour la présidentielle qui suit (passage au premier tour). Il vaut mieux pour elle, tout en déclarant sa disponibilité à faire toutes les concessions nécessaires, de laisser le temps passer pour donner l’impression que la partie adverse fait blocage.
Pour la CAP, laisser la COD au bord du chemin sert certainement dans la démobilisation de ses militants et pourquoi pas dans leur débauchage éventuel. En attendant, sa mise à l’écart permet d’assouvir au moins quelques vieux ressentiments.
Pour le FNDU, la diversité des intérêts et des stratégies déployées par les uns et les autres ne laisse pas entrevoir une communauté de destin. Même au sein de la COD (qui devient le FNDU dans la foulée), les calculs ne paraissent nullement les mêmes. Entre l’UFP et le RFD, pour ne citer que les partis qui pèsent, les préoccupations sont différentes.
Pour le parti de Mohamed Ould Maouloud, l’heure est à la reprise de la ligne originelle perdue avec le boycott. Pour le RFD de Ahmed Ould Daddah, tout doit servir à compliquer la situation en espérant qu’un bouchon explosera quelque part. Parallèlement à ces deux grands partis dont la position est déterminante, les groupes d’influence manœuvrent plus ou moins ouvertement pour trouver l’occasion d’un placement.
Autre composante du FNDU qui doit avoir son agenda propre, Tawaçoul qui n’aspire pas à présenter un candidat la présidentielle de juin 2014, et déclare vouloir soutenir un candidat unique de l’opposition s’il en existe. Tout le monde sait qu’il n’en existera jamais. Donc, que le boycott soit ou non décidé, cela importe peu.

L’intransigeance mène à la capitulation

C’est naturellement le blocage qui s’en suit. Encore une fois le monde politique se laisse aller sans chercher à anticiper sur l’avenir. Le niveau du débat et ses objets restent les mêmes : dialogue inclusif sans toutefois préciser qu’est-ce qui peut en être l’objet. A entendre les plus radicaux, on croirait aisément qu’on en est encore à «exiger» le départ du Président Ould Abdel Aziz et de son pouvoir. Aucune leçon ne semble avoir été tirée de l’expérience des dernières années. On ne semble pas non plus croire que les élections législatives et municipales de 2013 et la présidentielle de juin 2014 constituent un tournant. Mais le plus grave est sans doute le refus de mettre en perspective l’échéance de 2019.
2019, c’est la fin du deuxième et dernier mandat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le Président a, par lui-même, décidé de respecter ces dispositions de la Constitution. Rien ne semble pouvoir l’amener à remettre en cause ses engagements et tout indique au contraire qu’il quittera tranquillement le pouvoir après avoir accompli ce qu’il a pu. On jugera plus ou moins sereinement du bilan, mais une chose est évidente : la Mauritanie a changé dans le sens d’une nette évolution qui lui ouvre de belles perspectives d’avenir.
Le retour sur la scène internationale, le règlement du passif humanitaire, notamment de l’esclavage avec la mise en œuvre d’une feuille de route visant à l’éradiquer, la liberté d’expression qui devient un acquis irréversible, et surtout la stabilité et la sécurité dans un environnement fragilisé par les conflits de toutes sortes. Quoi qu’en disent ses détracteurs, Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas resté les bras croisés.
En février 2014 pourtant on est en passe de parvenir à un accord qui vise la reprise des élections législatives et municipales pour permettre la participation d’un plus grand nombre de formations. Devant les élus de sa Majorité, le Président Ould Abdel Aziz insiste sur l’importance pour lui du dialogue «qui ne découle pas d’une conjoncture particulière – ni faiblesse du Pouvoir, ni menace sur sa pérennité – mais d’une conviction qu’il est nécessaire d’ouvrir la voie à tous les acteurs de la politique nationale pour leur permettre de s’impliquer d’avantage dans le devenir de la Nation». Mais non… encore un refus.
Une attitude grave et largement partagée : l’Opposition qui refuse de prendre acte et d’opter pour l’avenir dès à présent, la Majorité qui a peur de cet avenir qu’elle a toujours mal préparé. C’est un dilemme qui provoque l’inertie chez la classe politique.
L’avenir appartient à ceux qui auront compris que l’action politique a besoin de deux jambes pour marcher debout : la responsabilité et l’exemplarité.
L’exigence de responsabilité exclut tous les prophètes de malheur qui dépeignent continuellement de sombres présages pour le pays et qui sont donc incapables de véhiculer l’espérance en un futur viable.
L’exigence d’exemplarité exclut tous ceux qui, aux commandes et au service de différents pouvoirs, n’ont pas pu et/ou n’ont pas cherché à influer positivement sur les événements pour améliorer la gouvernance, pour promouvoir la citoyenneté et l’égalité, la justice et l’équité, la tolérance et l’humilité. 
C’est déjà trop demandé à notre classe politique. N’est-ce pas ?