dimanche 11 janvier 2015

La grande récupération

Ce qui devait arriver arriva. La grande manifestation qui devait unir les Français, permettre un élan international contre le terrorisme en général et inviter à une communion universelle, cette manifestation a été finalement réduite à une mise en exergue de la communauté juive et sa souffrance. Plus grave, c’est Israël qui a en définitive ravi la vedette à la France.
D’abord par la présence sur médiatisé du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, connu pour ses excès vis-à-vis des Palestiniens et des Musulmans en général. L’arrogance de l’homme s’est bien exprimée quand il a proposé aux Juifs de France d’aller en Israël à la recherche de la sécurité. Il imposera aussi un cérémonial particulier pour célébrer les quatre morts de l’épicerie de Vincennes. D’ailleurs ces morts seront finalement inhumés en Israël. Même morts, les Juifs de France sont les bienvenus sur la terre dont les habitants d’origine, les Palestiniens sont expulsés, dépossédés, emprisonnés et tués au quotidien.
Revient ici la polémique autour de ces Français qui, parce qu’ils sont de confession juive, ont le devoir et le droit d’aller se battre en Israël, alors que les Musulmans de France d’origine arabes sont qualifiés de terroristes meurtriers quand ils partent se battre en Syrie, en Irak, au Yémen… Deux poids, deux mesures.
La France de l’après manifestation de ce dimanche ne sera plus ce pays auquel rêvaient certains humanistes. Nous assisterons, quand les effets de l’émotion s’estomperont et que reviendront les vrais questionnements, nous assisterons donc à la résurgence du communautarisme et au retour de la bête immonde que constitue le racisme et la haine de l’Autre.
Les politiques manipulent déjà à l’excès les contradictions existantes. Ils s’en servent aujourd’hui en donnant l’impression d’accompagner un mouvement spontané. Au lieu de la renaissance républicaine attendue, nous serons les témoins de la faillite de la Raison française. Les prophéties des oiseaux de mauvaise augure comme Zemmour ou Houellebecq se réaliseront dans des soubresauts qu’il sera facile de comparer à une guerre civile qui se nourrira du rejet qui caractérisera les rapports sociaux.
La France du Président François Hollande n’a pas les reins pour tenir la secousse. Elle manque de s’asphyxier par manque d’alternative et donc d’horizon.
De nouvelles mesures de sécurité seront déployées principalement pour protéger les édifices sensibles – les écoles et synagogues juives. De nouvelles troupes seront envoyées sur le terrain. De nouvelles lois limitant les mouvements et les libertés seront adoptées. Une sorte d’état de siège qui ne dit pas son nom.
Mais la paix des esprits est difficile à rétablir. Parce qu’elle demande de réels efforts dans le sens de la réhabilitation des valeurs de la République, celles qui se définissent à travers Liberté-Egalité-Fraternité.

samedi 10 janvier 2015

Qui pleurera les milliers de morts africains

Paris s’apprête à accueillir une multitude de chefs d’Etats et de gouvernements dont des Africains et des Arabes venus exprimer leur solidarité avec la France et participer du coup au soutien de la liberté d’expression. Que de bonnes intentions pour des dirigeants responsables de plusieurs atteintes aux droits humains dont la liberté d’expression. Arabes ou Africains, ceux qui seront là ont pour la plupart quelque chose à se reprocher. Cabu, Wolinsky et les autres s’en gausseraient aigrement. Ils auraient tourné cette célébration en dérision et y auraient vu une simple parade des plus forts.
Nous pouvons être heureux, nous Mauritaniens de ne pas être représentés dans ce qui parait déjà comme une hyper manip. Notre Président, notre gouvernement n’a rien à faire au milieu d’un rassemblement où tout peut être dit, où tout peut arriver, y compris un bras-dessus-bras-dessous avec Benyamin Netanyahu…
Aussi peut-on se demander si les Africains présents auront le loisir de rappeler les milliers de morts du Nigéria, du Cameroun, du Mali, de Somalie, du Kenya…, si les Arabes vont dédier leur présence aux milliers de victimes algériennes, yéménites, irakiennes, syriennes, libyennes, tunisiennes, égyptiennes, jordaniennes… pour ne citer que les plus touchés. Est-ce ces chefs d’Etats présents auront à cœur d’associer la mémoire de toutes les victimes africaines du terrorisme ? Est-ce qu’ils auront la possibilité d’exprimer leur compassion aux peuples touchés, aux pays détruits ? Non ! d’ailleurs personne parmi ceux qui seront demain dans les rues de France et surtout pas les chefs d’Etats, personne n’aura une pensée pour nos victimes, pour nos sociétés, pour nos peuples, pour nos Etats. Nos morts ne comptent pas.
Il y a quelques jours l’obscurantisme frappait encore au Mali, au Nigéria, où est la communauté internationale ? que fait-on pour permettre le retour au calme et à la sérénité dans le Nord malien ?
Nous n’intéressons les puissants que dans la mesure où nous pouvons servir de sanctuaires pour les terroristes. Quand il y a eu la guerre contre Al Qaeda, on voulait la circonscrire dans les vallées encaissées d’Afghanistan, la prendre comme prétexte pour détruire l’Irak. L’Amérique, le Monde libre a fait la guerre à Al Qaeda. Il a détruit des pays, déstructuré à jamais des sociétés avec leurs systèmes de production, de commerce, de relations… Mais de nombreuses Al Qaeda sont nées par la suite.
Aujourd’hui ce Monde libre fait face aux déviances de ses propres enfants qu’il n’a pu intégrer, façonner. Il nous invite à partager avec lui ses douleurs, à pleurer ses morts, à panser ses plaies, à soigner ses fractures…
Qui viendra s’associer à nos douleurs à nous ? qui pleurera nos morts à nous ? qui pansera nos plaies à nous ? qui soignera nos fractures à nous ?
On ne prête qu’aux riches… on ne donne qu’aux riches… on ne fraternise qu’avec les riches… 

vendredi 9 janvier 2015

Reprise de la guerre contre la gabegie ?

Il promet depuis un certain temps d’activer l’arsenal mis en place pour lutter contre la gabegie. On l’attendait sur les récentes affaires qui ont secoué le secteur financier à commencer par les banques puis le trésor public. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a enfin réagi en nommant un nouveau Gouverneur à la tête de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) et un nouvel Inspecteur Général de l’Etat (IGE).
Le nouvel IGE est Mohamed Lemine Ould Guig, ancien Premier ministre du temps de Ould Taya, ancien président de la Cour des Comptes et professeur de Droit à l’Université de Nouakchott. Le courage physique de l’homme a toujours été mis en avant pour expliquer son incapacité à s’adapter et à prendre ses marques du temps de la prédation. A chaque fois, il a vite été rejeté par le corps des hauts fonctionnaires composés essentiellement de prédateurs aguerris. Cette expérience lui servira à redorer le blason de l’IGE en imposant aux décideurs de donner suite à ses inspections et en rendant plus visible son action.
A la BCM, c’est Aziz Ould Dahi qui arrive. Tout le monde lui reconnait des qualités de compétence, de rigueur dans la gestion, d’humilité dans le comportement… Tout ce qui peut faire la réussite à la tête d’une institution aussi importante que la BCM. L’ancien ministre de la modernisation de l’administration et jusque-là directeur de la CNAM, préside aussi un cercle de réflexion, Mauritanie-Perspectives (MP) qui a vocation de proposer des réponses aux problématiques de développement, notamment la mal-gouvernance.
Ces nouvelles nominations arrivent dans un contexte particulier. Le système bancaire vit actuellement l’une de ses crises majeures avec le retrait de deux agréments, celui de la Maurisbank et celui de la FCI, une société financière d’investissements qui a monté le fameux Sukuk. Ce retrait est prématuré dans la mesure où on ne semble pas avoir cherché à trouver des solutions à ces deux problèmes, notamment celui de la Maurisbank.
Voilà une banque qui ne participe plus à la compense depuis près de huit mois, sans que cela suscite chez l’autorité de tutelle, la BCM, une quelconque réaction. Inutile de revenir sur les conditions de sa création et sur tout ce qu’on raconte sur le cursus de son promoteur, l’homme d’affaires Ahmed Ould Mogueya dont ce ne sont pas là les premiers démêlés avec le système bancaire.
Il suffit de s’en tenir au manque de prévoyance et à l’indulgence du contrôle des banques en général, vis-à-vis du processus de faillite de la Maurisbank. Comment la BCM n’a rien vu venir ? Pourquoi avoir attendu des mois pour réagir ? Pourquoi passer directement au retrait de l’agrément de la banque sans procéder à des tentatives de sauvetage dont certaines sont prévues par la réglementation ? Pourquoi par exemple la BCM n’a pas décidé la mise sous tutelle de la Maurisbank quand quelques dysfonctionnements sont apparus, notamment quand elle a commencé à s’absenter de la compense ?
Cette odeur de complicité se dégage aussi quand on découvre que de nombreux importateurs payaient les droits de douane en chèque certifiés par la Maurisbank. Les chèques sont ensuite déposés à la direction du Trésor pour être soldés auprès de la BCM. Seulement il est à remarquer qu’on laissait s’empiler les chèques au niveau du trésor. Jusqu’à hauteur de cinq milliards environ. Qui laissait faire ainsi ?
Le coup de balai que le Président de la République semble vouloir donner passe nécessairement par l’assainissement de la situation au niveau du ministère des finances. Pour se demander comment a-t-on laisser faire tout ce temps ? Pas seulement ces chèques, mais aussi la prédation qui a déjà abouti à la découverte de malversations au niveau des directions régionales et qui ont occasionné près d’une dizaine de milliards, rien que sur ce qui a été révélé.
Au niveau du Trésor, il y a deux payeurs, l’un suivant la situation extérieure, l’autre celle intérieur. Si le premier doit gérer des mouvements qui se font trimestriellement surtout, le second suit des mouvements quotidiens.
Il y a quelques années, la direction du Trésor avait demandé aux banques primaires de lui permettre l’accès direct aux comptes ouverts par ses bureaux de l’intérieur. Ce qui permettait un suivi immédiat des versements.
L’absence du système Rachad au niveau de l’intérieur est compensé par ce suivi et par l’existence d’une direction appelé pompeusement la Direction de l’audit et du contrôle. En réalité, cette direction n’a pas su créer un cadre lui permettant de bien remplir sa mission. En plus de l’absence d’un statut spécifique des auditeurs et d’une Charte pour engager leur moralité, il y a aussi une faiblesse de taille : absence de tableau de bord et de code de procédures pour l’audit. Les pesanteurs sociales et les carences personnelles viennent s’ajouter aux conditions déjà objectivement mauvaises.
Face au percepteur, l’auditeur/contrôleur qui n’a pas exploité le système d’information existant – les données au niveau de la BCM par exemple, l’état des comptes des différentes perceptions, de ceux des communes… -, cet auditeur ne peut que se satisfaire de ce que lui dira le percepteur. Le contrôle se résume alors à un arrêt de caisse et ne va pas au-delà des mouvements qui seront présentés par le percepteur qui peut alors surestimer les notifications de besoins (dépenses), sous-estimer les provisionnements et/ou gonfler les avances faites pour combler les déficits des communes.
Vient s’ajouter à ces données favorables à la mauvaise gestion et à la prédation, le système maffieux qui s’est installé peu à peu au ministère des finances et surtout dans les représentations régionales du Trésor. L’inamovibilité de certains responsables et l’obligation pour le ministère de procéder à des permutations au lieu de nommer et dénommer au bout d’un temps donné. Finalement ceux qui succèdent apprennent rapidement de leurs prédécesseurs, les mécanismes frauduleux qui ont été suivis jusque-là. Parce qu’ils pensent en user, ils protègent et couvrent ces prédécesseurs. Jusqu’à quel niveau la complicité existe ? C’est ce que le nouvel IGE doit découvrir au plus vite. Parce qu’il en va du système des finances déjà sérieusement affecté par l’incompétence ou la mauvaise volonté de ses responsables. Sinon comment expliquer les problèmes autour de l’appui budgétaire accordé par l’Union européenne (UE) ?
Mais la tâche de Aziz Ould Dahi, le nouveau Gouverneur de la BCM est plus urgente et demande beaucoup plus de tact. Il ne suffit pas de corriger les problèmes immédiats liés à la situation de la Maurisbank qui a désormais la latitude d’engager et de gagner un procès contre la BCM, tellement la procédure a été mal faite de bout en bout, il faudra aussi redresser ce qui peut l’être d’un système bancaire fragilisé par des pratiques peu orthodoxes.
D’abord sur le nombre des banques : une vingtaine de banques agréées pour une population d’environ 100.000 clients (les comptes sont estimés à 300.000) et une activité économique relative. Sans compter les institutions financières de microcrédits et celles des particuliers.
La décision de retirer les agréments révèle l’absence d’une garantie pour les déposants. En effet la BCM indique ainsi qu’elle ne garantit pas les banques primaires, la solidarité interbancaire qui a prévu un fonds alimenté régulièrement pour intervenir dans de tels cas, cette solidarité ne suffit pas à elle seule. Dans le cas de la Maurisbank, cette solidarité ne peut prévaloir dans la mesure où la BCM a tué cette banque.
Dans un pays où la bancarisation a toujours été un obstacle, il est à craindre de voir les gros déposants retirer au plus vite leurs avoirs parce qu’ils savent désormais que personne ne garantit la banque où ils ont choisi de déposer leur argent.
A tous ces problèmes il faut ajouter la nécessité d’assainir le portefeuille de chaque banque primaire, les prêts sont souvent accordés sur des bases clientélistes, parentèles ou affairistes, toujours subjectives.
C’est dans cette fourmilière que le jeune Aziz Ould Dahi devra mettre les pieds. C’est ce cocotier qu’il devra secouer. La question ici n’est pas de savoir s’il a les coudées franches ou si la volonté politique de vouloir assainir le système est réelle, mais la question est de savoir s’il y a le temps pour cela.

jeudi 8 janvier 2015

L’actualité booste Timbuktu

C’est une dépêche de l’AFP que je vous fais lire et qui parle des chances de notre compatriote Abderrahmane Sissako pour son film Timbuktu. La dépêche :

"Timbuktu", film magistral d'Abderrahmane Sissako sur la vie quotidienne àTombouctou occupé par les islamistes, est le premier film mauritanien candidat à l'Oscar du meilleur film étranger, et il est parvenu à se hisser en pré-sélection. Déjà une victoire en soi, a expliqué le cinéaste à l'AFP.
Gagner un Oscar "serait avant tout une victoire de l'Afrique. Etre dans une +short list+, c'est déjà quelque chose de rare pour le continent, et quand ça arrive on a l'impression que c'est lui qui avance, qu'on parlera de lui différemment ne serait-ce qu'un instant", a-t-il déclaré en marge du festival du film de Palm Springs, enCalifornie.
Le fait que ce film "au propos actuel" touche les gens, "y compris les votants" de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, qui décerne les Oscars, "est une satisfaction", ajoute-t-il.
Cette coproduction française concourt avec huit autres titres retenus parmi un record de 83 films, aux côtés du polonais "Ida" ou du russe "Leviathan". La liste des cinq finalistes sera annoncée le 15 janvier avant la cérémonie de remise des prestigieuses statuettes dorées le 22 février.
"Timbuktu", à la cinématographie épurée et lumineuse, sortira le 28 janvier auxEtats-Unis. Il est depuis le 10 décembre sur les écrans français après avoir remporté le prix du jury oecuménique au festival de Cannes, entre autres distinctions, et récolté des critiques dithyrambiques.
L'actualité brûlante liée aux massacres du groupe Etat Islamique en Syrie et enIrak a contribué à la visibilité du film.
"Depuis la première à Cannes, il y a eu un phénomène d'identification à la victime en Europe et aux Etats-Unis," avec les vidéos d'exécutions d'otages occidentaux diffusées par les islamistes sur internet et relayées par les médias, "mais l'EI n'a pas commencé par couper les têtes d'Américains. Il y a des exécutions de masse, des viols quotidiens" loin des caméras, souligne le réalisateur âgé de 53 ans.
"Timbuktu" dépeint le courage des habitants qui se battent pour garder leur dignité, leur vie, et notamment des femmes, contraintes d'abord de se couvrir le corps et le visage jusqu'à ne plus pouvoir travailler, d'adolescentes mariées de force, violées, au risque d'être tuées.
Les hommes, les femmes résistent, continuent à chanter même sous la torture, à jouer au football même sans ballon, à parler à l'envahisseur pour le mettre face à ses contradictions.
"Cette forme de résistance, c'est la survie même, elle existe partout, mais on ne les voit pas. Combien de femmes qui ont refusé d'être violées et qui sont mortes? Imaginez ce qui se passe en Syrie en ce moment", interroge le réalisateur qui a voulu montrer que "la principale victime, c'est l'islam".
Tombouctou, occupée en 2012 par les islamistes d'Aqmi et d'Ansar Dine, "est une ville connue pour sa religiosité, mais aussi pour sa foi ouverte qui n'exclut pas les autres, sa compassion. C'est ça qui a été pris en otage", estime le cinéaste aux cheveux marqués d'une mèche blanche.
Le film devait initialement être tourné au Mali. "A un mois du tournage àTombouctou, qui était déjà libérée (par l'opération militaire française Serval, ndlr), il y a eu un attentat suicide devant la garnison. Là, je me suis dit que c'était naïf d'amener une équipe étrangère de Français, de Belges. On aurait été des cibles privilégiées. On a finalement tourné à Oualata, en Mauritanie, avec le soutien de l'Etat, qui a décidé de sécuriser le plateau".
Le film n'a pas encore été montré au Mali, mais l'a été en Mauritanie, où le cinéaste s'est réinstallé il y a quatre ans après de nombreuses années passées en France. "La sortie nationale était nécessaire pour pouvoir concourir aux Oscars", remarque notamment Abderrahmane Sissako, qui fait le constat de la déshérence du cinéma en Afrique, un continent où les salles de cinéma ont largement péréclité et où la production de films est anémique.
Après "En attendant le bonheur", "Bamako" et "Timbuktu", ce cinéaste travaille sur un nouveau projet, beaucoup moins politique, "sur la Chine et l'Afrique, avant tout une histoire d'amour. Je veux montrer la mondialisation, la réalité d'un monde qui change".

mercredi 7 janvier 2015

L’horreur au siège de Charlie Hebdo

Ils avaient bien calculé leur coup : cette réunion de rédaction de Charlie Hebdo sera la dernière pour les plus brillants des dessinateurs de cet hebdomadaire «bête et méchant». Quand les agresseurs ont crié dans la rue «Nous avons tué Charlie !», ils exprimaient là toute l’absurdité du crime crapuleux qu’ils venaient de commettre. En ce mercredi matin, les secondes qui ont précédé la tuerie, Charlie Hebdo est au bord de la faillite. Ses provocations désinvoltes, son style corrosif à l’excès, son irrévérence maladive, ses acharnements contre une religion donnée (l’Islam), la stigmatisation de l’Islam cultivée comme un dogme… tout ce qui fait le journal satyrique a fini par lasser malgré la brillance des dessinateurs qui sont là. Même l’intelligence, même la puissance de la créativité finissent par forcer au détournement des regards à force d’éblouir.
Depuis près d’un an, Charlie Hebdo ne vend plus 50% de son tirage – à peine 30.000 exemplaires. Le journal subsiste grâce à quelques dernières volontés, des donateurs sur le point d’arrêter. Les journalistes sont aux abois. Il est très probable que l’un des sujets évoqués en cette matinée de réunion hebdomadaire de la rédaction, était l’état critique du journal.
Les meurtriers sont venus. Ils ont froidement tué et blessé ceux qui étaient là avant de se retirer en disant qu’ils venaient de «venger le Prophète Mohammad» (PSL).
Au-delà de tout ce qui sera dit sur les meurtriers et leurs intentions, sur l’Islamisme et le radicalisme, sur l’intégration des Musulmans de France, ou sur l’horreur du geste malheureux, il est important pour nous ici de savoir qu’il s’agit certainement là d’une affaire franco-française. Même si elle met en cause des égarés de l’Islam de France, elle ne peut et ne doit satisfaire chez nous aucune soif de vengeance. Elle ne peut et ne doit être considérée comme un acte d’héroïsme à célébrer. Elle ne peut et ne doit susciter chez nous un quelconque sentiment d’approbation ou de culpabilisation. Hormis le dégoût que suscite toute haine, la révolte qu’inspire tout extrémisme, le refus que nourrit toute barbarie. Nous sommes des humains et en cette qualité, nous sommes choqués par tout ce qui peut découler de la déshumanisation des individus.
Non, le problème en France n’est pas l’Islam, ni les Musulmans, encore moins leur capacité à s’intégrer, à fondre dans la République, à en reconnaitre et à en assimiler les préceptes. Le problème, c’est bien la capacité de la société française, d’essence judéo-chrétienne, à adopter l’Islam et ses fils. Les dérives s’alimentent les unes les autres. Les extrémismes se nourrissent les uns des autres. Dérives et extrémismes naissent de l’excès qui peut prendre la forme de marginalisations, d’exclusions, de stigmatisations… tout ce qui est le lot de la communauté musulmane de France… comme si cette communauté n’était pas la deuxième du point de vue nombre après celle catholique… Ils naissent certainement de la gausserie continuelle : à force de se sentir indexé, vilipendé, moqué, raillé…, on finit par perdre son sang froid, sa modération, sa raison…
Mercredi 7 janvier 2015, un peu avant 11 heures du matin, le journal Charlie Hebdo vit des moments difficiles qui peuvent sonner le glas de son existence, la société française est déboussolée par l’absence de propositions politiques et d’hommes ayant le charisme pour la faire rêver à un avenir meilleur, le Parti Socialiste au pouvoir se débat dans ses contradictions internes, le Président François Hollande est au plus bas dans les sondages, l’économie française peine à se relever…
Ils sont venus, ils ont tué et semé la panique… Ils ont oublié que leur geste pourrait sauver ce qui peut l’être : Charlie Hebdo, le Parti socialiste, François Hollande, la société française et finalement la France.

C’est en cela que ce 7 janvier 2015 s’apparente à un certain 11 septembre 2001.

mardi 6 janvier 2015

Le danger se rapproche

A quelques encablures de la frontière entre le Mali et la Mauritanie, les Jihadistes viennent de mener leur attaque la plus spectaculaire et la plus meurtrière. A Nampala au Mali, le bilan provisoire se chiffre à neuf tués au sein de l’armée régulière malienne. On parle aussi d’otages pris par les assaillants au moment de leur retrait.
Selon les informations fournies çà et là, les assaillants auraient pénétré dans la ville au petit matin à bord de motos et à pieds. Ce qui indique que leur point de départ n’est pas loin. Ils ont pris possession des bâtiments officiels sur lesquels ils ont hissé le drapeau noir frappé de la profession de foi des Musulmans. Ce drapeau qui est d’abord celui d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) avant d’être le signe de reconnaissance de ceux de l’Etat Islamique (Da’esh). Parmi les assaillants, il y aurait surtout des Peulhs et des Touaregs, selon certaines sources.
Côté malien, on estime que les assaillants sont partis de Wagadu, cette forêt rendu célèbre par les incursions de l’Armée mauritanienne en 2010 et 2011 quand elle avait réussi, à elle seule, à empêcher l’établissement d’une base terroriste en ce lieu. A l’époque, il faut le rappeler, la mauvaise volonté du gouvernement Amadou Toumani Touré (ATT) et la complicité des populations locales avaient empêché l’extermination des groupements de combattants terroristes d’AQMI.
Même si côté mauritanien on ne déplore aucune incursion tout près de notre frontière, il y a lieu de s’inquiéter des développements de l’insécurité dans cette partie du Mali. En effet, la proximité des centres urbains désormais cibles des terroristes, la fragilité des populations locales, la possibilité d’infiltration d’éléments isolés, tout cela ne peut laisser indifférent ici.
L’inquiétude a d’ailleurs été exprimé par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz lors de son déplacement à Conakry quand il a jugé que cette attaque «est très grave parce que Nampala est au sud, et c’est à la frontière avec la Mauritanie». Quelle réponse donner alors ?
Il est utile d’accélérer le processus de mise en place d’une force sahélienne pour faire face à la menace qui s’étend à tous les pays dits du champ, c’est-à-dire l’Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie. Les chefs d’Etats Major des Armées de ces pays se trouvent actuellement réunis à Alger où ils essayent de trouver une solution commune au trafic d’armes venus de Libye. Il s’agit pour eux à présent de mutualiser réellement leurs efforts pour éviter la sanctuarisation du Nord Mali.
Il ne s’agira plus de simplement procéder «à un échange d’analyses et d’informations», encore moins d’évaluer des «actions» qui n’ont finalement pas eu lieu, mais de mettre en œuvre effectivement «la stratégie de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée adoptée entre ces pays». Cela commence par définir l’action à mener dans l’immédiat pour éviter les débordements des guerres qui se passent – et celles qui couvent – dans le Nord Mali.
Pour ce qui est de la Mauritanie, la position vis-à-vis de cette guerre qui reste la nôtre pour les menaces qu’elle fait peser sur la stabilité et la sécurité de notre espace, cette position a été jusque-là sage et payante.
D’abord l’offensive préventive qui a permis d’éloigner la menace quand aucun autre pays ne voulait participer à la lutte contre le terrorisme dans le Nord Mali. Ensuite le refus de s’embarquer dans une opération d’urgence dont les conséquences pèsent déjà dans la complication de la situation. Enfin la solidarité avec les pays voisins et peuples frères avec l’accueil des réfugiés et l’implication dans la recherche de solutions aux problèmes posés.
Tant que les terroristes s’abstiennent de cibler la Mauritanie, il n’y a pas de raison d’ouvrir un front avec eux. Sans pour autant oublier l’adage latin : Sivis parcem para bellum (qui veut la paix prépare la guerre).

lundi 5 janvier 2015

Le dialogue probable

Encore une fois, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz se dit prêt à ouvrir un dialogue. Au cours de son discours de lancement de la cinquième édition du festival des Villes anciennes qui se tient cette année à Chinguitty, le Président Ould Abdel Aziz a déclaré :
«Nous avons déclaré au cours du discours d'investiture du nouveau mandat présidentiel notre constante disponibilité à rester ouvert au dialogue avec toutes les composantes nationales parce que nous sommes convaincus de la nécessité de la participation de tous à l'œuvre de construction nationale. A cette importante occasion, je renouvelle notre entière disposition pour l'instauration d'un dialogue inclusif pour la réalisation des intérêts suprêmes de la nation».
L’occasion n’est pas traditionnellement consacrée à faire des déclarations du genre. Elle a toujours été celle de discourir sur le passé riche du pays qu’on tente de restaurer à travers la revivification des centres culturels que furent les villes anciennes. L’appel est donc solennel dans sa forme. Il l’est aussi dans son fonds parce qu’il ne revient pas sur les procès d’intention des uns et des autres et qu’il demande un dialogue INCLUSIF, un qualificatif que les autorités ont toujours évité d’utiliser parce que faisant référence aux périodes de crise précédant l’Accord de Dakar.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment les autres parties vont-elles réagir et aller au-delà des premières réactions. 
D’abord le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui rassemble l’opposition radicale dont la majorité des formations avait boycotté les derniers scrutins. Le FNDU va-t-il saisir l’opportunité ouverte ainsi pour présenter de nouvelles propositions ou va-t-il s’en tenir à sa position traditionnellement exprimée et qui met en doute d’avance tout ce que le pouvoir propose ?
Il est difficile d’envisager, alors que le FNDU est dirigé par le RFD de Ahmed Ould Daddah, autre réponse que le rejet sous prétexte que la confiance n’y est pas. On peut alors invoquer toutes les fois où ces forces politiques sont allées au dialogue sans en récolter les dividendes. Situant la responsabilité du seul côté du Pouvoir.
Mais il est probable par ailleurs que la recherche d’un compromis politique l’emporte surtout qu’au sein du FNDU, il existe bel et bien un courant ou plusieurs courants dont la stratégie ne peut rester celle de la chaise vide.
D’abord Tawassoul qui a participé aux élections législatives et municipales et qui a désormais la direction de l’Institution de l’Opposition Démocratique dont elle peut faire un cadre de convergence et un outil de compromis. La logique de Tawassoul est de participer en attendant l’échéance 2019 qu’il faut dès à présent préparer.
Il y a ensuite tout le groupe des anciens Gauchistes qu’on retrouve soit au sein de l’Union des forces du progrès (UFP), soit au sein           de Moussa Fall. Ce groupe a une doctrine politique basée sur la participation au jeu pour s’ouvrir les portes de l’implication dans l’exercice du pouvoir en vue «du changement de l’intérieur». Il se retrouve aujourd’hui, à cause du boycott, à la marge du jeu. Plus grave pour ses militants emblématiques, son destin est désormais lié à celui de Ahmed Ould Daddah qui est aux antipodes du modèle de leadership conçu et bâti sur des décennies d’histoire politique par la littérature militante des Kaidhines et du Mouvement national démocratique (MND) dont sont issues les troupes de ce groupe.
Il y a enfin tous les snipers politiques, les électrons libres, anciens hauts cadres de l’administration PRDSienne pour la plupart, ceux-là ne peuvent se laisser confiner dans des rôles d’opposants, même si cela leur permet de se blanchir et de faire oublier leur participation active au pillage systématique des ressources et à la corruption du processus démocratique. Ils cherchent chacun, une courroie, une fenêtre, une passe où s’engouffrer. La situation actuelle ne peut perdurer pour eux.
Il est temps pour tous d’exprimer un positionnement clair et conforme à la réalité sociopolitique du pays, prenant en compte aussi les rapports de force et les capacités de chacun à atteindre ses objectifs.

En réalité les attelages qui existent – à commencer par le FNDU – ne répondent pas à une logique politique, idéologique et même stratégique partagée. C’est pourquoi, le comportement est celui qu’on connait. Et c’est pourquoi le résultat est celui qu’on voit. Pas besoin d’en dire plus.