lundi 4 août 2014

Israël se condamne

Une chose peut surprendre : chaque fois qu’un soldat de l’armée d’Israël tombe, on découvre qu’il est de nationalité française, anglaise ou américaine. Jusqu’à présent la grande surprise est celle-là. Ce n’est jamais des Israéliens «de souche» qui meurent ou qui sont enlevés, mais toujours des immigrants qui viennent parfois d’arriver dans le lot des «volontaires pour défendre Israël». Quelle différence entre ceux-là et les Jihadistes qui se rendent en Syrie ou sur d’autres théâtres pour soi-disant soutenir leurs frères de religion ? N’est-ce pas le même prétexte : se battre au nom de la fraternité religieuse ? La même volonté de faire régner «UNE vérité divine», une loi indiscutable pour les hommes ? De faire régner l’ordre de prétendus «supérieurs» ?
Pourtant, aux uns les portes sont grandes ouvertes pour partir et revenir, souvent dans la célébration ; les autres sont vus en «terroristes» et traités en menace pour la Nation. Mais au-delà de cette première remarque, le fait de voir des Britanniques, des Français et des Américains mourir, participer à l’effort de destruction par l’armée israélienne de ce qui reste de la Palestine, nous dit combien est aléatoire l’existence d’un Etat dont la défense est confiée à une sorte de «mercenariat religieux». C’est la même logique qui a mené Richard Cœur de Lion ici. L’Histoire a prouvé qu’on ne pouvait pas greffer un corps bâtard dans cette région. Mais Israël semble refuser de comprendre que tout milite contre l’existence d’un Etat tel que les sionistes l’ont voulu, «une terre promise à ces élus de Dieu que sont les Juifs» et qui, au nom de ce droit divin, appartiendrait aux seuls Juifs.
On ne peut pas continuer à ignorer, à passer outre, à fouler les droits du peuple palestinien. On ne peut rien construire sur la base de la spoliation, du génocide, de l’épuration. L’expérience de l’arbitraire vécu aurait pu renseigner l’élite israélienne qu’un Etat religieux ne peut exister dans ce monde. La géographie aurait pu leur enseigner que la démographie milite contre eux. Qu’il n’y a pas d’existence viable et durable d’une entité qui s’entretient par l’exercice continuel de la violence. Qu’aucun corps ne peut vivre en milieu hostile s’il ne parvient pas à composer avec son environnement.
L’avancée technologique donne victoire à Israël, ainsi que le soutien ferme de l’Occident. Mais jusqu’à quand ? La résistance libanaise et palestinienne a prouvé que cette avance technologique en moyens militaires et en propagande à travers les nouvelles technologies de l’information, que cette avance se rétrécit de jour en jour. Si hier, les Résistants palestiniens n’avaient pas la capacité de construire par eux-mêmes des missiles de plus ou moins longue portée, des dirigeables, des avions sans pilotes, aujourd’hui ils le peuvent. Ils sont au tout début de ce processus qui va forcément se développer pour leur permettre d’accéder à des technologies de pointe pouvant contourner tous les systèmes de défense de l’ennemi.
Les souterrains de Gaza prouvent que la seule force de frappe ne peut permettre d’assurer une sécurité totale à Israël. En fait, aucune paix ne peut se construire sur la logique du plus fort. Une paix durable, une paix qui a une chance d’aboutir passe nécessaire par le respect réciproque, l’acceptation réciproque, le partage d’intérêt. Est-ce que les habitants de Gaza ou d’Israël veulent vivre continuellement dans cette psychose de voir le ciel leur tomber sur la tête ? Personne ne peut le croire. Alors que faire ?
Accepter dans l’immédiat de rendre la vie à Gaza, la liberté au peuple de Gaza, l’espoir aux populations de Gaza. Depuis trop de temps, les habitants de cette enclave (avec la densité d’habitants la plus élevée au monde) vivent dans une prison à ciel ouvert. Le blocus est total : par mer, air et terre. Quand les habitants de cette enclave se sont choisis des dirigeants, la Ligue mondiale les a spoliés du droit à une gouvernance choisi et a traité le Hamas comme «une organisation terroriste». L’étau s’est resserré encore plus. Les frappes sont devenues plus meurtrières et plus courantes. L’isolement plus fort et plus destructeur.
C’est bien l’intransigeance des Israéliens qui nourrit la violence dans la région. Ce sont les méthodes de l’Etat … «hébreux» qui inspirent et justifient la barbarie de l’Etat… «islamique» d’Irak et du Levant.
C’est bien la complicité avérée et agissante de l’Occident qui explique Boko Haram, AQMI, Nouçra, Shebab et tous ces groupements de combattants qui sèment la haine et le désespoir dans nos pays. C’est cette complicité qui permet à ces groupements de recruter dans une masse de jeunes qui vivent la réalité du monde comme s’il s’agissait d’une violence subie directement. Comme les jeunes Juifs de France, d’Amérique ou d’Angleterre, ils estiment qu’au nom de la menace qui pèse sur leurs coreligionnaires, ils peuvent mener les guerres les plus absurdes, les moins morales et les plus destructrices.

samedi 26 juillet 2014

Nasrallah, en première comme toujours

Hassan Nasrallah est le premier dignitaire musulman à dénoncer, à condamner les agissements de l’Etat islamique en Irak et au Levant (Da’esh). Il est la première autorité religieuse musulmane à condamner les massacres perpétrés contre les Musulmans (chiites et sunnites modérés) et les Chrétiens d’Irak et de Syrie. Personne d’autre n’en parle. Ni dans le Maghreb, encore moins au Machreq.
Pour Hassan Nasrallah, le chef du Hizbollah libanais, les agissements de Da’esh, avec notamment la destruction de lieux de culte (mosquées et églises) et la profanation des tombes des Prophètes et Saints, peuvent servir d’alibi à Israël pour justifier la destruction de la Mosquée d’Al Aqça (Jérusalem). Qu’est-ce qui peut l’empêcher ?
La sortie de Nasrallah, hier vendredi, est venue rappeler que ce qui arrive en Irak et en Syrie est le fait d’un calcul minutieux visant à détruire les sociétés arabes et islamiques de l’intérieur. La guerre civile entre Chiites et Sunnites, l’épuration de la région de ses Chrétiens, tout cela participe à une entreprise de sape qui vise à plonger la région dans le chao total. Pour permettre, entre autres, à Israël de finir son sale travail en Palestine : exterminer la population et détruite ses terres.
Cette sortie nous rappelle aussi que si les Palestiniens de Gaza sont aujourd’hui en mesure d’envoyer des missiles en Israël, s’ils sont capables de tenir seize jours alors que les experts militaires israéliens avaient prévu une victoire au bout de douze heures, c’est bien parce que la Résistance palestinienne a bénéficié du soutien indéfectible d’un axe Iran-Syrie-Hezbollah. Encadrement, armements, formation, soutien financier et moral, assistance… à tous les niveaux, l’apport de cet axe a été fondamental dans la formation d’une Résistance à même de faire face à la machine de guerre israélienne.
Il ne faut pas croire que la force de frappe de la Résistance palestinienne lui vient d’Agypte, du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou de la Jordanie… au contraire, si elle a trébuché par le passé, si elle a faibli à des moments donnés, c’est à cause de ces «frères arabes». L’efficacité de cette Résistance, elle la doit d’abord à la Syrie, à l’Iran et au Hezbollah libanais. Pourtant, les premiers à avoir lâché Bachar al Assad sont les dirigeants du Hamas qui n’avaient plus de refuge, depuis très longtemps, qu’à Damas. Si aujourd’hui il prend Doha pour base, il fut un temps où Khaled Mech’al n’avait de lieu sûr où résider que Damas… Oublié tout ça…
Mais reste une vérité : sans le soutien total et sans limite du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran, on n’en serait pas à assister à quelques victoires brillantes de la résistance palestinienne… Il faut le retenir.  

vendredi 25 juillet 2014

Qui payera la casse ?

Un accident violent s’est produit hier sur l’avenue Moktar Ould Daddah, une avenue principale de Nouakchott, une artère où la circulation devait pourtant être régulée. C’est une voiture de type Toyota Avensis qui est venue percuter l’abribus placé à côté de SIG-Informatique. La violence du choc indique la vitesse à laquelle roulait la voiture.
Selon les témoins, la voiture était conduite par un jeune, «un enfant» insistent les témoins. Il aurait été amené à l’hôpital sans plus de détails (on espère pour lui qu’il ne soit pas touché). Les éléments du GGSR accourus sur les lieux ont pris la précaution de bloquer la voiture pour empêcher qu’elle soit déplacée avant la fin de l’enquête. C’est que la voiture n’est pas immatriculée et le propriétaire pourrait la remorquer en pleine nuit pour s’éviter les conséquences de l’acte.
La violence de l’accident nous rappelle l’irresponsabilité des usagers de cette avenue qui est souvent le lieu de rodéos motorisés pour les jeunes du quartier de Tevraq Zeina. Deux feux marchent encore sur cette avenue. Les contrôles policiers sont rares. Quelques fois les éléments du GGSR mènent des campagnes efficaces sur toute l’artère.
Il faut aussi penser à ces parents qui fournissent à leurs enfants les moyens de se tuer et de tuer : qu’est-ce une voiture entre les mains d’un gosse qui conduit mal et qui se conduit mal, sinon une machine à tuer ?
Mais il y a une chose à la quelle personne ne va penser – à part le GGSR qui a collé un sabot au pneu pour prévenir toute fuite de ce véhicule : mais qui va payer la reconstruction de l’abribus ? Il s’agit de ces constructions qui ont donné une image moderne de Nouakchott, mais aussi des villes de l’intérieur. L’aspect est celui d’un abribus qui est aussi un support de publicité. Tout cela en fait une sorte «d’ornement public»… entre guillemets parce que ce terme me rappelle une anecdote que je vais partager avec vous.
En 1995, alors que j’étais rédacteur en chef du Calame, le journal a été la cible d’une vendetta qui a eu l’effet d’un tsunami. Nous avons porté plainte. Mais le Juge chargé de l’enquête a émis un mandat d’arrêt contre ma personne avec qualification «provocation de destruction d’un… ornement public». En discutant avec le Juge, il nous expliqua que les vandales considéraient que la Calame avait publié un article diffamatoire, pour cette raison ils s’en sont pris au journal, donc c’est bien le rédacteur en chef du journal qui est responsable du sac !!! et «l’ornement public» ? Le juge a considéré que le journal était «un ornement public»… Bon, il faut reconnaitre qu’à l’époque la liberté de presse relevait effectivement de «l’ornement» dans la mesure où elle était factice, les autorités ayant tout le loisir à l’asphyxier à travers l’article 11 et toutes les autres mesures visant à la mettre au pas… heureusement que cette époque est loin de nous…

jeudi 24 juillet 2014

Gaza ne les réunira pas

Au début était cette proposition faite par le président de l’Union des forces du progrès (UFP) Mohamed Ould Maouloud lors du dé-jeûner organisé par Tawaçoul la semaine dernière. Ould Maouloud avait alors proposé aux organisations de la société civile d’initier un appel à une marche où se retrouveront toutes les forces politiques mauritaniennes pour soutenir Gaza et dénoncer l’indifférence générale.
L’idée a finalement été retenue par le syndicat des journalistes et l’Ordre national des avocats. Tout semblait bien se présenter jusqu’au jour prévu (mercredi). Ce jour-là, ceux du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) ont retiré leur soutien à la marche. Sous prétexte que l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir avait prévu d’étendre ses banderoles marquées de son sceau. Visiblement, le problème n’a été posé qu’à la dernière minute. Le rendez-vous qui devait servir à rapprocher, a subitement contribué à remettre en surface la défiance entre les deux camps.
D’une part le FNDU qui juge que l’UPR a refusé de faire une concession pour permettre à tout le monde d’aller ensemble. Pas question pour lui donc de marcher sous des banderoles frappées du sceau du parti au pouvoir.
D’autre part, l’UPR qui croit qu’une manifestation commune ne doit pas signifier l’acceptation de se fondre dans une masse que «chaque parti essayera de s’approprier». Et de rappeler que toutes les manifestations du FNDU et avant lui de la COD (coordination de l’opposition démocratique) ont vu chaque parti intimer l’ordre à ses militants d’arborer leurs signes distinctifs pour faire la démonstration de sa présence. C’est ainsi que Tawaçoul a frappé un grand coup médiatique lors de la première sortie du FNDU, alors que la deuxième marche a été l’occasion pour le RFD d’étaler ses couleurs. «Il n’y a pas de mal à ce que chacun se distingue par ses slogans et par ses symboles…»
La manifestation a quand même eu lieu sans le FNDU et dépendances. Avec un arrêt final dans l’espace Ibn Abbass (mosquée centrale). Ici les deux représentants des syndicats se sont improvisés des qualités de tribuns politiques pour fustiger les atrocités commises par Israël à Gaza et dans les territoires occupés. Ils ne feront finalement pas l’événement. Car «l’événement» attendu consistait à voir les acteurs, chefs et militants politiques organisés dans des partis et/ou des organisations de la société civile (syndicats et ONG), voir tout ce monde marcher côte à côte pour une cause donnée. Tellement on est désespéré de les voir converger pour une occasion quelconque…
La «révolution» n’aura finalement pas lieu… parce que la «révolution» espérée ici est celle qui consiste à dépasser les défiances, les animosités, les aigreurs personnels… on n’attend plus d’attitude raisonnée, de lectures équilibrées et réalistes des événements… on n’attend plus de prises de position claires et définitives…
Au final, nous avons recueilli d’une vingtaine d’années de luttes dans des cadres légaux (partis, syndicats, ONG…), une série de retournements, de reniements, de tergiversations, de prises de position hasardeuses, d’aventures sans lendemains, de propos excessifs, d’attitudes excessives, de propositions irréalistes…
Ce nouvel échec à se retrouver pour une cause qui doit unir, à pouvoir converger et présenter de soi une image moderne de démocrates, ce nouvel échec est-il la goutte de trop ?

mercredi 23 juillet 2014

Pari sur la ressource humaine

Hier, mardi 21/7, le ministre de la défense et le chef d’Etat Major général des Armées nationales supervisaient la sortie d’une nouvelle promotion des officiers d’Etat Major formés à l’école nationale d’Etat Major. C’est la septième promotion formée ici. Ce qui la distingue, c’est la présence en son sein d’officiers saoudiens et jordaniens. La précédente promotion comptait un saoudien dans ses rangs. L’occasion de nous rappeler que jusqu’à la création de cette école, nos officiers étaient reçus dans ces pays pour les préparer au «commandement des unités et au travail d’Etat Major» (mission de l’école).
Dans son allocution à cette occasion, le Général de Brigade Mohamed Ould Cheikh Ahmed (Ould Ghazwani), chef d’Eta Major des Armées a expliqué que la formation d’une ressource humaine compétente et performante a été au centre des préoccupations nationales. C’est pourquoi notre Armée nationale a créé plusieurs centres de formation et même des pôles d’excellence en vue d’accueillir les jeunes mauritaniens désirant servir sous le drapeau.
A côté de l’Ecole nationale d’Etat Major, il faut désormais compter une Ecole de l’aéronautique (Atar), une Ecole Supérieure Polytechnique, le Lycée militaire… L’Ecole Interarmes d’Atar a vu son cursus changer pour devenir une académie militaire délivrant des diplômes équivalents à ceux des universités du pays. Les autres centres d’instruction, d’entrainement et de formation de l’Armée ont été renforcés pour permettre une plus grande efficacité des troupes et personnels d’encadrement.
Le Chef d’Etat Major des Armées a insisté sur le contexte pour rappeler que le perfectionnement du personnel de commandement va garantir la bonne réussite des réformes entreprises dans le sens de la restructuration des forces armées.
«L’Institution militaire, a-t-il conclu, est devenue incontestablement un acteur de développement à travers sa participation distinguée au renforcement des capacités des autres départements, notamment la santé, l’éducation, la construction des routes, la réalisation de réseaux d’adduction d’eau et d’assainissement en plus de son intervention dans les domaines humanitaires». Le lieu d’évoquer non seulement les écoles de formation, mais le rôle du Génie militaire, de l’Hôpital militaire… Sans oublier la mission première qui est celle de protéger le pays et les populations et de garantir l’intégrité du territoire national.
Créées par la loi 60/189 du 25 novembre 1960, les forces armées mauritaniennes sont longtemps restées le parent pauvre de l’Appareil d’Etat. Au tout début, la Mauritanie, fortement inspirée par le tempérament légendaire maraboutique, a opté pour une morale politique profondément pacifiste. «La Suisse de l’Afrique» - c’est comme ça que les pionniers la voulaient – n’avait pas besoin d’une armée forte qui pouvait devenir une menace pour le pouvoir.
La guerre du Sahara allait imposer à la Mauritanie de faire autrement. De quelques cinq mille hommes, l’Armée passe à près de vingt mille recrutés dans l’urgence. C’est cette Armée qui prend le pouvoir en 1978 sous prétexte qu’elle menait une guerre injustifiée et qui menait le pays droit à l’effondrement. Le problème, c’est qu’il y aura plus d’officiers qui seront tués après la guerre : l’instabilité y est pour quelque chose.
Quand survient la démocratisation en 1991-92, l’Armée nationale est perçue par le pouvoir comme une source d’inquiétude. Une opération de sape est engagée plus ou moins officiellement. Ce qui n’empêche pas la secousse du 8 juin 2003. Le pouvoir de l’époque avait cru se mettre en sécurité en enlevant toutes les possibilités de réaction à toutes les unités autres que celle chargée de sécuriser le Président et dont les Blindés sont le fer de lance. Quand la sédition est le fait du bataillon blindé, aucune autre unité n’a les moyens de faire face aux chars. Le putsch de juin 2003 intensifie l’hystérie du pouvoir qui continue dans sa volonté d’écraser l’Armée pour anéantir toute velléité de rébellion.

Quand le 4 juin 2005, une unité combattante du Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC devenue AQMI) extermine la base mauritanienne de Lemghayti, les autorités n’ont aucun scrupule à faire appel aux groupes privés d’affaires pour mobiliser la troupe et l’équiper afin de lancer une folle poursuite à des milliers de kilomètres de la capitale Nouakchott.
La transition de 2005-2007, puis le pouvoir civil (2007-2008) ne feront aucun effort pour réhabiliter la force de frappe de l’Armée nationale. L’attaque de Tourine (15 septembre 2008) et l’assassinat d’une douzaine de Mauritaniens rappellera au tout nouveau pouvoir que l’urgence était là.
Lancement des unités antiterroristes (GSI), rétablissement de l’autorité nationale sur l’ensemble du territoire (symbole de ceci, le retour des forces mauritaniens à Aïn Bintili à l’extrême nord, poste quitté en février 1976 après l’attaque du Polisario), création de bases avancées aux frontières est et nord, équipements et formations d’unités combattantes, amélioration considérable des conditions de vie et de travail des éléments des forces armées, réhabilitation du principe de la compétence, assainissement du commandement et de l’encadrement en général…

Assez pour envisager les expéditions punitives et préventives contre les groupes terroristes dans le Sahara malien. La stratégie adoptée à l’époque a permis à la Mauritanie d’éviter d’être entraînée par le bourbier malien qui devait suivre. Aujourd’hui l’Armée nationale contrôle parfaitement la situation. Elle a une force de réaction rapide et efficace… grâce notamment à ce pari sur la ressource humaine.

mardi 22 juillet 2014

Les massacres continuent à Gaza

Pitoyable Ban Ki-moon, pourtant secrétaire général des Nations-Unies, ânonnant un texte lu sans conviction et visiblement sous le contrôle de Benyamin Netanyahu, Premier israélien. L’image est frappante et exprime le désespoir de ce Monde.
Benyamin Netanyahu qui demande au secrétaire général de l’ONU, «que feriez-vous, si demain votre pays est attaqué ?», et qui répète la question pour avoir une réponse dans l’immédiat. Avec cet air de défiance qui rappelle l’attitude d’instituteurs méchants attendant la mauvaise réponse pour sévir. Et Ban Ki-moon qui bafouille, comme le plus mauvais des élèves, pour dire qu’il comprend Israël «qui subit les attaques du Hamas et qui a le droit de protéger sa population». Il pleure pour quelques tirs qui n’ont finalement fait qu’une victime et se tait sur un massacre de civils, femmes, enfants et vieillards, sur une destruction systématique d’une zone, d’un pays par une force d’occupation.
Le secrétaire général de l’ONU ne payait pas de mine à côté du Premier ministre israélien revigoré par tant de sang qui coule. Cette image restera celle qui exprimera le mieux l’incapacité de la communauté internationale à imposer le droit, à faire prévaloir la vérité et la justice.
Alors qu’Israël n’a jamais accepté d’appliquer une résolution de l’ONU, alors qu’il mène une guerre aveugle et sans objet (détruire les capacités de nuisance de la Résistance est un leurre utilisé par la droite), alors qu’il assassine les innocents par centaines, qu’il détruit les hôpitaux et les écoles du commissariat aux réfugiés de l’ONU, alors qu’il fait fi de toutes les valeurs humaines, de toutes les règles universellement reconnues en période de guerre…, voilà que Ban Ki-moon se fait tout petit, tout petit – il en devient minuscule, lui qui était déjà tout maigre -, tout petit à côté de Benyamin Netanyahu…
Pendant ce temps au Caire, John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, prend lui aussi la défense d’Israël. Il justifie l’entreprise meurtrière qui dure depuis deux semaines. Tout en promettant de «tout faire pour arriver à un cessez-le-feu». Qu’est-ce qui peut être fait si les Américains cautionnent publiquement ce massacre ?
Pendant ce temps l’Europe est réunie pour discuter de la position à prendre. Le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, le plus sioniste des socialistes français, finit quand même par laisser tomber le mot «massacres» et le qualificatif «inacceptables». Cela veut bien dire que tous les excès ont été commis, que la ligne rouge a été franchie…
Pendant ce temps, la Syrie, l’Irak, la Libye sombrent un peu plus dans le chao de guerres civiles. Les fous de l’Etat Islamique de l’Iraq et du Levant (Daa’ish) épurent les zones qu’ils contrôlent de tout ce qui n’est pas Al Qaeda : Chrétiens, Musulmans modérés, Kurdes et populations non arabes… tous sont appelés à quitter leurs terres au plus vite. Dans l’indifférence générale.
Pendant ce temps, les frères arabes vivent une sorte de torpeur et sont incapables de réaction… incapables de prendre l’initiative pour amener leurs alliés (et mentors) américains à faire pression sur Israël, d’exiger des groupes jihadistes sévissant en Syrie et en Irak de laisser tranquilles les populations innocentes, ou même de dénoncer publiquement ce qui arrive tout autour…
Pendant ce temps et alors qu’ils attendaient que le ciel leur tombe sur la tête, les Israéliens découvrent que la destruction de Gaza, que le maintien du blocus autour de cette enclave affamée et privée de tout ce qui peut permettre la vie, que tous les efforts consentis par leur pays avec la complicité internationale (y compris des Arabes) n’a pas empêché la résistance palestinienne de construire un Gaza souterrain permettant de porter le danger au cœur des colonies construites sur leurs terres spoliées.
Ce n’est pas la destruction de «Gaza underground» qui va apporter la paix dans la région et éloigner le spectre de la mort et de la désolation. Quelqu’un a dit que reconstruire la Gaza «apparente», lui donner les moyens de vivre, lui ouvrir les accès à l’extérieur, laisser y arriver médicaments, nourriture, y construire des écoles, réhabiliter son tissu économique, lui donner le droit de choisir ses gouvernants et la capacité de s’autogérer, libérer ses habitants qui sont actuellement dans la plus grande prison du monde…, c’est seulement cela qui permettra d’envisager une paix réelle et durable.
Il n’y a pas que Gaza, il y a aussi toute la Palestine, avec le retour aux résolutions internationales, celles qui préconisent la création de deux Etats, il y a les prisonniers, les réfugiés de 48 et de 67, il y a la question de la légitimité de la lutte pour le recouvrement de ses droits, pour la liberté, pour la justice…

lundi 21 juillet 2014

Pourquoi se détester tant ?

L’autre soir, je marchais tranquillement sur l’avenue Moktar Ould Daddah quand, en traversant au niveau d’un feu au rouge, une voiture a failli m’écraser. Le chauffeur freina et fit marche arrière pour s’excuser. Ils étaient trois jeunes à bord.
Je dis alors que «c’est dommage que ce soit un jeune qui brûle ainsi le feu mettant sa vie et celle des autres en danger». Son ami me rétorqua : «Nous sommes dans le pays de Ould Abdel Aziz où rien n’est respecté, alors on fait comme on veut. Ce pays ne mérite pas qu’on respecte les règles…». Le chauffeur démarra sans se soucier du feu ou des autres usagers.
Je peux me dire que ces jeunes parlent comme des vieux, qu’ils se comportent comme des vieux. Je suis sûr qu’ils n’ont pas raisonné d’eux-mêmes et qu’ils n’ont fait que répéter ce qu’ils entendent dans les échanges entre ainés dans leurs salons respectifs. Parce que l’attitude mentale la mieux partagée au sein de notre élite, c’est bien ce mépris pour le pays, pour son peuple.
On reproche au peuple de ne pas avoir été aux rendez-vous des appels à la révolte. On le rend responsable de nos échecs professionnels et politiques. On lui en veut pour nos incapacités à rassasier nos faims multiples.
Cela se traduit par ces discours qui reviennent tout le temps sur «le peuple immature», «suiviste», «sa préférence pour le despotisme», «sa non préparation à la démocratie», «son incapacité à discerner entre ce qui est bien pour lui et ce qui ne l’est pas», «ses relents réactionnaires»… Pour conclure : «il n’y a rien à en espérer» (maa yirtja minnu shi)…
Quant au pays, il suffit de le confondre avec ses gouvernants pour se trouver toutes les raisons de le mépriser, voire le détester. Ceux qui dépensent tant d’énergie à donner l’image d’un pays où l’esclavage est une pratique généralisée, où les inégalités sont institutionnalisées, où l’apartheid subsiste en tant que système, où les libertés sont bafouées, où toutes les affaires relèvent de l’escroquerie, où les responsables couvrent les trafics de drogue, un pays qui est d’ailleurs une plate-forme de trafics de tous genres, une base arrière du terrorisme, une source d’inquiétude pour ses voisins…, ceux-là cherchent à imposer à la réalité les tonalités de leurs pulsions faites de préjugés, à imposer une image d’un pays où leurs soifs – toutes leurs soifs – pourraient être assouvies.
C’est en fait la haine du pays, la haine de soi, qui caractérise aujourd’hui les démarches dans l’appréciation de la situation générale. Les échecs à accéder à ce à quoi on veut accéder a détruit la capacité de discernement chez la plupart de nos acteurs. La pensée dominante est désormais nourrie par l’aigreur.
J’ai demandé un jour à un animateur d’un célèbre site dédié aux médisances et à la calomnie, le pourquoi de son choix. Il m’a répondu : «C’est une attitude révolutionnaire qui consiste à exciter l’amour-propre des gens. A la lecture de ce que nous écrivons, l’individu en sort avec une haine féroce envers l’autre, quel qu’il soit. Le texte étant toujours anonyme, c’est contre tous les autres que sa haine va être dirigée. Il peut chercher dans son entourage parental ou professionnel, parmi ses alliés ou ses adversaires politiques, chercher celui qui lui en veut tant, sans trouver exactement qui. Alors, il détestera tout le monde, tous ceux qui sont susceptibles de dire de lui ce qui a été dit…»
Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, ce fut le leitmotiv du ministre de la propagande de l’Allemagne hitlérienne, c’est encore un art très usité par ceux qui manquent de propositions convaincantes.
Les fractures qui s’intensifient malheureusement sont le résultat d’un travail minutieux de sape des fondamentaux qui doivent nous lier. Elles sont voulues et recherchées.
Le malheur, c’est qu’en face, il n’y a plus rien pour les contrer. Les idéaux progressistes d’égalité, de fraternité, de solidarité, d’équité, de vérité…, ces idéaux-là ont reculé sous l’action érosive des frustrations accumulées et des discours de plus en plus obscurantistes (l’obscurantisme n’est pas le propre du religieux, il est aussi une caractéristique de tout discours sectaire et stigmatisant). Les partis progressistes, la société civile, la presse ont été investis de l’intérieur par la même pourriture qui a gangrené le reste du corps (tribalisme, recherche effrénée du pouvoir, corruption…).
Nous avons abouti à cette situation où à force d’aller (à contrecœur parfois) dans le sens opposé aux valeurs qui nous ont nourris au tout début, nous avons fini par nous détester nous-mêmes, et par haïr ce qui nous appartient, ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes, des citoyens mauritaniens.
L’urgence aujourd’hui est de réapprendre à aimer la Mauritanie, à aimer ses concitoyens… sans cet amour nous ne pouvons nous respecter les uns les autres, ni respecter nos institutions, ni notre peuple… sans cet amour, nous ne pouvons effectivement rien espérer de notre pays, de notre peuple.