samedi 19 avril 2014

Les amis de Ghislaine Dupont

J’ai reçu ce communiqué de l’association «Les amis de Ghislaine Dupont». Je le partage avec vous tout en appuyant les démarches de ce groupe :
«Trois juges et beaucoup de questions

L’association « Les amis de Ghislaine Dupont » prend acte de l’ouverture de l’information judiciaire contre X annoncée le 11 avril dernier suite à l’assassinat de Ghislaine et de Claude Verlon survenu le 2 novembre 2013 près de Kidal au Mali. Ses membres souhaitent que la désignation de trois magistrats instructeurs (Marc Trévidic, Laurence Le Vert et Christophe Teissier), favorise l’identification, l’arrestation puis le jugement des assassins et de leurs commanditaires.
Ils veulent croire que les enquêteurs bénéficieront de toutes les facilités pour effectuer leurs recherches en tous lieux et auprès de toutes les autorités concernées, maliennes, françaises et onusiennes.
Pour tous ceux qui sont attachés à la vérité, la justice et l’information, il s’agit de voir établies les circonstances de l’enlèvement de Ghislaine et Claude, l’intervention des différentes forces de sécurité qui s’ensuivit dans la ville de Kidal (Mali) puis sur la piste empruntée, sur dix kilomètres, par les ravisseurs jusqu’à l’endroit où furent découverts les corps. 
En l’état des informations connues, le véhicule des ravisseurs ne peut avoir été immobilisé par une simple panne mécanique. Par ailleurs, différentes sources évoquent le survol d’un hélicoptère – non identifié - à la sortie de la ville, quelques minutes après l’enlèvement (13h05) et non à 15h30, heure d’arrivée sur zone d’un Tigre ayant décollé officiellement de Tessalit.
Enfin, plusieurs personnalités affirment avoir appris la mort de Ghislaine et Claude avant 14 heures, soit une demi-heure avant l’arrivée des militaires français sur les lieux du drame. Autant de zones d’ombre à éclairer.

Les Amis de Ghislaine Dupont réitèrent leur demande d’audience auprès du Président de la République, rappelant que celui-ci avait évoqué «l’honneur de la France» en parlant de Ghislaine à sa mère, le dimanche 3 novembre 2013 au matin.» 

vendredi 18 avril 2014

Gabriel Garcia Marquez s’en est allé

Au début était le journalisme : Gabriel Garcia Marquez est arrivé à l’écriture littéraire en passant par le journalisme. Quand il publie Récit d’un naufragé en 1970, il ne fait que reprendre les éléments d’une enquête publiée au milieu des années 50 (sur quatorze articles). Huit marins colombiens tombent à l’eau alors qu’ils sont à bord d’un navire de guerre. Le gouvernement colombien invoque le «mauvais temps» (une tempête) pour expliquer le drame. Grâce à l’enquête journalistique de Garcia Marquez, on découvre qu’il n’y a jamais eu de tempête et que les marins ont été victimes d’un chargement frauduleux de marchandises à bord du navire qui n’avait pas vocation à transporter les marchandises.
C’est sans doute cette vocation de journaliste qui donne à l’auteur l’une de ses plus significatives figures de style : le réalisme dans la description des protagonistes et dans la relation des intrigues choisies. L’autre particularité de l’auteur étant sa force dans la «manipulation» des faits pour en faire un récit où le fantastique et la légende le disputent justement à ce réalisme dans le fonds. Avec lui, on est tangue toujours entre le réel, le vécu et l’imaginaire, le mythe. Là réside d’ailleurs sa première force.
Au milieu des années 70, la génération à laquelle j’appartiens se libérait peu à peu du joug de la pensée unique à multiples faces. Dans son apparence «sociétale traditionnelle», avec cet ordre profondément inégalitaire et dont les conservatismes inhibaient toute volonté de modernisme. Dans son apparence de mouvement de gauche, passagèrement marqué par les dérives autoritaristes du communisme qui nous vient de loin, largement flétri par le trajet et les interprétations.
On venait de s’ouvrir le Monde grâce à une émancipation que nous devions alors à des auteurs et des genres littéraires. Frédéric Dard avec la série San Antonio, la bande dessinée avec Goscinny et Uderzo (avec notamment la série Astérix), Franquin (notamment Gaston Lagaffe), mais aussi et surtout de grands auteurs que nous avalions avec délectation comme Ernest Hemingway (Pour qui sonne le glas, L’adieu aux armes), Faulkner (Le bruit et la fureur, Absalon absalon !), Dostoïevski (Crime et châtiment, L’idiot), Arthur Koestler (Le zéro et l’infini), Margaret Mitchell (Autant en emporte le vent)…
On commençait à humer pleinement l’air de la liberté, à goûter aux odeurs enivrantes de la création poétique et littéraire, à sentir le souffle de la force de l’imagination… Ce qui ouvrait grand notre appétit intellectuel… Tout ce qui n’était pas inscrit dans le programme scolaire nous emportait vers les frontières de ce qui nous paraissait relever de l’Infini.
C’est à ce moment-là que nous découvrions Gabriel Garcia Marquez, d’abord à travers Cent ans de solitude, puis La Mala hora avant de tomber littéralement sous la foudre de L’automne du Patriarche. Œuvre après œuvre, on s’inoculait un virus bienfaiteur qui allait définitivement nous affecter. Viendront les œuvres comme L’amour aux temps du choléra, Le général dans son labyrinthe, Chronique d’une mort annoncée, De l’amour et autres démons, Journal d’un enlèvement, et dernièrement Vivre pour la raconter (récit autobiographique).
Ce n’est certes pas l’attribution du Nobel de littérature à cet écrivain prodigieux qui nous avait influencés. En 1982, nous étions déjà malades de cette littérature, de cette façon d’écrire qui respirait la richesse d’un patrimoine immense et exprimait la force d’un engagement humaniste sincère.
L’une des caractéristiques de l’écriture de Gabriel Garcia Marquez, c’est qu’elle est exponentielle. Dans les années, j’aimais comparer un roman mauritanien où le personnage principal mourait dès les trois premières pages et le roman de Garcia Marquez où apparait un personnage nouveau toutes les deux pages. Cette écriture exponentielle s’accompagne chez Garcia Marquez par une prodigieuse capacité de description des personnages qui fait croire à leur existence malgré l’atmosphère fantastique dans laquelle ils évoluent. On est as loin, quand on s’arrête de lire un roman de Garcia Marquez, de s’attendre à rencontrer l’un des personnages au détour d’une rue de Nouakchott, dans un restaurant de l’époque ou dans un rassemblement du Nouakchott mondain. La description physique et morale des personnages est si précise qu’ils deviennent des amis, intimes ou pas, des adversaires et même des ennemis. La proximité est créée par le truchement de la perspicacité de la description.
A lire absolument de Gabriel Garcia Marquez :
L’amour aux temps du choléra dont la trame se construit autour d’un amour qui prend son ampleur alors que les «tourtereaux» ont dépassé les soixante-dix ans «alors que la mort est tout autour d’eux». Inspiré par l’assassinat de deux Américains autour desquels un mythe a été construit : on disait d’eux qu’à 80 ans, ils se donnaient rendez-vous chaque année à Acapulco pour revivre leur intense passion. C’est un peu la reprise de cette histoire – ces histoires plutôt – que va se construire le roman de Fermina Daza et Florentino Ariza, ce roman qui raconte leurs amours éternelles.
Cent ans de solitude qui raconte, à travers une saga familiale, l’histoire de l’Amérique Latine avec ses misères et ses splendeurs. C’est le plus apprécié de l’œuvre de Garcia Marquez malgré l’avis de l’auteur qui l’a toujours considéré comme une œuvre mineure.
L’automne du patriarche inspiré par la fuite du dictateur vénézuélien Marcos Pérez Jiménez. Selon l’auteur, il s’agit là d’«un poème sur la solitude au pouvoir». A travers la grandeur et la décadence de ce Général, Garcia Marquez a voulu dresser une portrait global de tous les dictateurs de son continent.
Chronique d’une mort annoncée qui est une enquête  sur un meurtre qui permet de remonter surtout le déroulement des évènements pour en connaitre les raisons. L’auteur y fait preuve d’une grande maitrise dans la relation d’évènements réels en les plaçant dans un cadre qui emprunte à la magie quelques attributs.
Carlos Fuentes disait de lui qu’il était «un homme semblable à son œuvre : solide, souriant, silencieux… maître d’un silence comme seules les forêts tropicales peuvent en créer».

Celui qui a dit «on ne meurt pas quand on veut, mais seulement quand on peut» est mort ce 17 avril.

jeudi 17 avril 2014

Le privé a raison de la santé

L’enfant se tordait sur son lit. Il était pris par de fortes convulsions qui raidissaient son corps menu. Il était déjà frêle bien avant sa maladie. Ceux qui l’entouraient avec toute la bienveillance qui sied en pareils moments, étaient malheureux de le voir se tortiller ainsi sans pouvoir apaiser ce qui semblait douloureux. La scène était insupportable. La mère s’était retiré à part pour éviter de voir son enfant dans un état pareil.
Depuis le matin, l’enfant avait été admis dans une clinique privée de Nouakchott. Il avait été d’abord retenu dans les urgences avant d’être hospitalisé en attendant le résultat des analyses. Aucun des médecins qui s’est penché sur son cas n’a pu déceler de quoi souffrait l’enfant. On n’avait cependant pas besoin d’être médecin pour savoir qu’il y avait urgence à le faire nourrir : on lui administration le glucose et les solutions salées en plus d’une dose de gardénal (somnifère) pour calmer ses convulsions en attendant.
A un moment de la nuit interminable, l’un des parents parla de symptômes de la méningite sinon d’un neuro-paludisme. En profane, il commença à disserter sur ces symptômes. Vers la fin de la nuit, un médecin décida de lui administrer et un traitement anti-méningite et l’antipaludéen. Par deux fois. La fièvre commença à baisser et dès le petit matin, l’enfant recommença à ouvrir les yeux. Il reconnut même sa maman. Il était sauvé… Al hamdu liLllahi… 
Comme pour l’éducation, l’activité privée a eu des effets catastrophiques sur le secteur de la santé. Derrière la libéralisation de ce secteur, il y avait une volonté de le faire développer par l’initiative privée, notamment la mobilisation du capital et l’exploitation du savoir-faire. C’est devenu une activité commerciale où l’exigence de l’efficacité et de la responsabilité est faible. Tellement faible que vous avez l’impression que vous êtes payés pour être là : les services ont commencé à se détériorer et les mêmes dysfonctionnements qui ont «tué» le secteur public apparurent. Plus intenses et plus destructeurs.
C’est bien parce que personne n’est comptable de son irresponsabilité (dans le diagnostic, le traitement administré, l’opération faite…) que la déconfiture a été forte. Si l’on veut développer le secteur de la santé, il faut d’abord réhabiliter la confiance entre usagers et personnels soignants. Cela passe par une séparation entre le public et le privé, avec cette exigence pour le public de payer assez pour motiver et exiger plus d’efficience et de responsabilité.

mercredi 16 avril 2014

Le dialogue, peut-il reprendre ?

Quand ils se sont quittés mardi dernier (15/4), les trois pôles s’étaient bien engagés à se revoir le lendemain mercredi (aujourd’hui) mais sans fixer d’heure précise. Les chefs de délégations devaient coordonner pour finalement convoquer les autres. Pourquoi ce flottement ?
Au cours de la première séance, celle du lundi (14/4), la délégation du FNDU avait butté sur son incapacité à donner son accord sur les dates proposées par l’autre partie. Elle avait demandé alors de suspendre la séance pour revenir à ses instances dirigeantes. Ce qui fut fait.
Le lendemain (mardi), la délégation était revenue pour occuper sa place. Yahya Ould Ahmed Waqf prit la parole le premier pour discourir longuement sur l’objet du dialogue, la diversité et la complexité des thèmes avant de proposer de donner le 1er mai comme deadline. La délégation de la CAP lui opposa que ce délai était loin et qu’il fallait en finir au plus tard samedi (19/4). Ceux de la Majorité opposèrent l’incapacité d’aller au-delà du 21 avril, date limite pour la convocation du collège électoral en respect des dispositions prévues par la Constitution. S’en suivirent quelques fortes tirades qui disaient à peu près ceci : «Vous vous ne êtes jamais soucié de l’ordre constitutionnel. Vous avez ici vos députés qui ont fait plier toutes les règles et toutes les lois. Conformer cela avec les textes est un souci qui est propre à vous, cela ne nous regarde pas. Nous vous disons simplement qu’il nous faut ce délai pour aboutir à quelque chose…» Avant d’entendre Me Lô Gourmo Abdoul de la délégation du FNDU parler de la possibilité «d’un pilotage automatique» et appeler à rester dans l’esprit qui avait jusque-là dominé. Mais ses paroles ne furent pas comprises (probablement parce qu’il a fait une démonstration professionnelle en Français, alors que la majorité des présents sont arabophones).
Au bout de quelques échanges, on comprit que la solution ne pouvait être trouvée dans cette ambiance plutôt tendue. On décida de suspendre en attendant que la délégation du FNDU rende compte à ses instances.
La réunion du FNDU qui s’en suivit verra Ould Ahmed Waqf soutenir fortement le retour à la table de négociations sous prétexte qu’il avait pressenti que «quelque chose pouvait se faire». Ce qui n’était pas l’avis de tous. D’ailleurs, l’un des partis du Forum présentera une note pour dire que la convocation du collège électorale peut se faire jusqu’au 5 mai. Ce qui, aussi, n’est pas l’avis de tous les juristes. Même si ‘on reconnait que cette convocation est décidée par une loi organique qui peut être changée par Conseil des ministres. Mais la confiance n’est pas là.
En fait ce qu’on cherche dans le camp du FNDU, c’est éviter la convocation du collège électoral dans les temps pour dénoncer après «l’inconstitutionnalité» de l’élection en cas de non accord. La délégation de la Majorité, par la voix de son président Me Sidi Mohamed Ould Maham, ira jusqu’à déclarer : «Nous ne sommes pas contre le délai proposé, mais quand nous allons convoquer le collège électoral dans les délais, il ne faut pas crier à la trahison parce que nous sommes obligés de le faire dans les délais légaux. Quitte maintenant à revoir les dates s’il y a lieu…» (en substance)
C’est ainsi que l’esprit «positif» qui avait caractérisé la première phase du dialogue, se perdit un peu. La suspicion revint et avec elle les sous-entendus, les attaques directes ou indirectes… tout ce qui fait peser une lourde atmosphère sur l’ambiance jusque-là bon-enfant.
Les divergences entre les membres de la délégation du FNDU y sont pour beaucoup. Tout comme l’obligation pour elle de toujours revenir à ses instances (elle est sans mandat et son président est prisonnier de la suspicion dont il fait l’objet dans le camp qui n’a jamais été le sien).
A titre d’exemple, chaque délégation des deux autres pôles semblait avoir une feuille de route et un plan de prise de parole préalablement établis. Ce sont les chefs de délégation de la CAP et de la Majorité qui désignent d’autorité ceux qui prennent la parole dans leurs camps. Alors que Ould Ahmed Waqf est toujours obligé de faire le choix parmi tous les doigts levés quand la parole passe au FNDU. Rappelons que le choix du président et des membres de cette délégation s’est fait au dernier moment, au terme d’une querelle interne qui a finalement remis en cause «le premier choix» : Mohamed Ould Maouloud a été remplacé à la présidence de la délégation par Ould Ahmd Waqf, ce qui a ouvert la voie à l’arrivée de Me Lô Gourmo Abdoul, puis les syndicats ont fait leur entrée (syndicats affiliés chacun à l’un des partis concernés et du coup renforçant la présence de celui-ci, le cas aussi des représentants de la société civile), et le nombre des délégations est passé de 7 à 9 et enfin à 11 pour permettre au FNDU de «faire fondre» ses divergences internes. Ce «coup d’Etat» contre Ould Maouloud a eu le soutien de ceux qui ne sont pas vraiment favorables à l’instauration du dialogue. particulièrement ceux pour lesquels toute perspective d’accord pouvant inclure une reprise des élections législatives et municipales.

Aux dernières nouvelles, quelques tentatives de dernière chance sont entreprises pour permettre la reprise du dialogue. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la rencontre d’aujourd’hui entre Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, président de l’organe suprême du FNDU et le Premier ministre qui a la responsabilité de parrainer ce dialogue et qui en est le facilitateur. Il est très probable que tous acceptent le «pilotage automatique» qui consisterait à laisser passer la convocation du collège électoral le 21 avril sans s’en offusquer. C’est déjà ça de gagné.

mardi 15 avril 2014

Quiproquos et susceptibilités

On est passé à la deuxième phase du dialogue, celle qui devait déterminer le chronogramme à suivre pour arriver à un accord. Ceux du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) ont proposé un délai allant jusqu’au 1er mai, alors que les deux autres pôles ont demandé à tout finir au plus tard le 20 avril.
Derrière ce premier écueil se cache la volonté des uns de faire dépasser le délai légal de convocation du collège électoral, date qui doit être obligatoirement le 21 avril. Ce n’est pas la seule «manœuvre» de l’une ou l’autre des parties. Même la base sur laquelle est engagé le dialogue relève d’un quiproquo plus ou moins voulu.
Pour le FNDU, il s’agit de dialoguer directement avec le Pouvoir. Ils ont exprimé ce désir en insistant sur la présence de membres du gouvernement : c’est la raison de l’entrée en scène de Me Sidi Mohamed Ould Maham, ministre de la communication par ailleurs premier vice-président de l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir. Le renforcement de la délégation par la présence du ministre de la Justice, Sidi Ould Zeine, n’a pas changé la donne parce que Me Ould Maham est resté président de la délégation de la Majorité.
«Ce n’est pas avec la Majorité encore moins l’UPR que nous voulons discuter, mais avec le Gouvernement. Quand on voit la composition de la délégation on comprend qu’on refuse d’accepter que le FNDU n’es pas là pour faire face à un autre pôle (CAP, ndlr) ou un groupe qui ne peut rien décider». Le commentaire va plus loin : «tant qu’on ne revient pas au respect de la préséance dans le gouvernement, on croira toujours qu’on veut nous imposer une structure dont on ne veut pas». Autrement dit, c’est Sidi Ould Zeine qui devait diriger la délégation pour le dialogue pour convaincre le FNDU qu’il discute avec le gouvernement et non ses «ombres».
En plus de ce niveau d’«incompréhensions» et manœuvres plus ou moins dilatoires, il y a eu l’épisode de la confection des délégations qui a vu les trois pôles obligés d’élargir le nombre de leurs représentants à 11 au lieu de 7 prévus initialement. Tout ça pour permettre à toutes les tendances d’être représentées. Si le groupe n’avait pas été élargi, certaines personnalités n’auraient pas fait partie du conclave.
Autre remarque équivalent à un quiproquo, c’est le fait de se retrouver ensemble, en train de décider pour nous à un moment crucial de l’histoire politique du pays, les plus caciques du défunt PRDS (parti républicain social et démocratique au pouvoir de 1991 à 2005, responsable de tous les déboires du pays durant tout ce temps). Revoyons les listes des représentants des trois pôles aujourd’hui en conclave :
Pour la Majorité : Me Sidi Mohamed Ould Maham, Sidi Ould Zeyne, Zeynebou Diallo, Mohamed el Mokhtar Ould Zamel, Sidina Ould Didi, Mohamed Ould Babana, El Moudir Ould Bouna, Ethmane Ould Eboulmaali, Beyta Allah Ould Ahmed Leswad, Mohamed Val Ould Youssouf, Samory Alassane ;
Pour le FNDU : Yahya Ould Ahmed Waqf, Saleh Ould Hanenne, Lô Gourmo Abdoul, Ahmed Ould Lafdhal, Mohamed Ould Bourbouç, Cheikhani Ould Boybe, Mohamed Val Ould Belal, Sarr Mamadou, Niang Amadou (CGTM), Samory Ould Beye (CLTM), Mohamed Ahmed Ould Salek (CNTM) ;
Pour la CAP : Abdessalam Ould Horma, Emanatoullah Ould Bakh, Idoumou Ould Abdi, Ahmed Khayrou, Sidi Mohamed Ould Abidine, Mokhtar Ould Haye, Ladji Traoré, Ahmed Ould Abdallahi, Mohamed Ould Yarg, Mohamed Lemine Ould Kettab.
On se connait entre nous, vous allez excepter au maximum six personnes, tous les autres ont, à un moment ou un autre, soutenu l’arbitraire, exercé l’injustice, couvert les malversations, justifié les dérives autoritaristes… Tous ceux-là ont toujours combattu la démocratie et les valeurs humanistes qui doivent animer une société démocratique…

C’est dire que les Mauritaniens ont mis en risque l’avenir de la démocratie… Espérons quand même qu’il en sorte quelque chose.

lundi 14 avril 2014

Le temps des Juges

Avec notre confrère Cheikh Sidi Abdalla de TVM, on est sûr chaque fois d’apprendre, de se distraire et de réfléchir. Son émission culturelle de samedi soir (sur la chaîne publique) est un rendez-vous hebdomadaire très prisée par les téléspectateurs. Critique littéraire, il a peu à peu ouvert cette émission pour en faire aussi une sorte de témoignage sur l’Histoire récente du pays. Il s’agit pour lui de donner la parole à des acteurs, des témoins ou des connaisseurs et de les interroger sur ce qu’ils savent. L’émission de cette semaine recevait Baba Ould Sidi Abdalla – aucun rapport parental avec le présentateur -, l’ancien Haut Commissaire de l’OMVS, ancien directeur général de la SNIM, le premier ingénieur Mines du pays.
C’est surtout l’épisode de l’arrestation du Haut Commissaire en fonction le 29 janvier 1998 alors qu’il revenait d’une Oumra, c’est surtout cet épisode qui semblait le plus intéresser au cours de l’entretien même si les deux interlocuteurs ont finalement fait le tour de la vie active du témoin. Tout a été dit ou presque : à mon avis, le passage sur le président de la Cour criminelle de l’époque n’a pas fait l’objet de l’attention qu’il méritait.
Le procès se passait en août 1998. Tout le monde savait l’importance pour le pouvoir de l’époque de faire condamner l’accusé. L’affaire ayant pris des ampleurs politiques énormes où se mêlaient intérêts tribaux et ceux de groupes d’influence. Le premier bras de fer «public» entre l’Autorité de l’époque et un ensemble bénéficiant d’alliances sûres et déclarées. Chacun des protagonistes y mettait ce qu’il pouvait de puissance et d’engagement. La question était : quel juge pouvait dédire l’Autorité ?
Le 6 août 1998, cette question sa réponse : le Président de la Cour criminelle, Mohamed Mahmoud Ould Abba acquittait Baba Ould Sidi Abdalla. Ce n’était pas la première fois que ce Juge donnait la preuve de son indépendance et de la régularité de son jugement.
Une année plutôt, il avait jugé le dossier de la drogue qui avait impliqué un bon nombre de cadres de la police et de la justice. Les juges impliqués furent rapidement condamnés par la Cour Suprême qui allait ainsi dans le sens de ce que voulait l’Autorité qui avait visiblement monté  le dossier. En fait, il s’agissait plus d’un règlement de compte que d’une affaire fondée sur des évènements. Mais tout fut fait pour amener le Président de la Cour à condamner les accusés pour conclure au bienfondé de l’affaire.
Quand la Cour entra en délibération, son président coupa tout lien avec l’extérieur et interdit à ses membres de sortir avant de rendre le verdict. Le bras de fer cette fois se passait entre un Juge qui voulait décider en bonne conscience et l’Autorité politique, policière et judiciaire qui tenait à faire condamner les accusés. Ce sera l’acquittement.
Quelques heures après le verdict, je décidai de rendre visite à ce Juge plein d’autorité et conscient de son rôle et de son pouvoir. En compagnie d’un ami, on est allé chercher Mohamed Mahmoud Ould Abba chez lui…
C’est au milieu des garages du Ksar, dans un appartement visiblement loué que nous devions le trouver. A 17 heures, il venait d’accomplir son devoir religieux et s’apprêter à se servir un repas qu’il a lui-même cuisiné. Je ne pouvais personnellement refuser l’invitation de partager un tel repas. Puis il tint à préparer lui-même le thé. Il fumait la pipe à la manière des anciens. Il comprenait mal pourquoi on était si excité par sa décision qu’il trouvait «normale». A la fin de l’entretien, il parla d’un voyage qu’il doit faire pour aller chez lui à El Agba (trentaine de kilomètres à l’est de Nouakchott). On lui proposa de l’amener là où il devait aller. «Maa ngid, khaayiv min nikhsir ‘la raaçi, kaavyinni inneyguebaat». Le Juge qui tenait tête au pouvoir et qui gardait son indépendance n’avait pas de voiture personnelle, ne voulait pas profiter de l’offre d’autrui… juste prendre un taxi pour tous, avec les autres, en inconnu, en toute humilité…

C’est ce Juge qui devait récidiver avec l’affaire Baba Ould Sidi Abdalla… Toutes les raisons de ne pas l’oublier, de le célébrer en se rappelant que «shikr ejwaad, ‘ayb ekhra»… il existe quand même dans ce pays, des Juges qui ont dit la loi quand ils sont mis à l’épreuve…

dimanche 13 avril 2014

Enquête enfin !

L’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlo, tous deux journalistes à RFI, vient juste de faire l’objet de l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Le 2 novembre 2013, les deux journalistes sont enlevés à Kidal où ils venaient d’interviewer un leader touareg, puis assassinés par leurs ravisseurs non loin de la ville. L’opération avait choqué pour le procédé et la gratuité de l’acte. Plus tard, une première information fera état de la responsabilité de Bayes Ag Bakabo, activiste touareg connu pour ses relations avec AQMI et ses implications dans les réseaux de trafic de drogue. Puis on est entré dans une zone de silence sur la question. Il aura fallu que les proches, amis et parents, des deux victimes exigent la lumière sur cet assassinat pour que les choses bougent en France. En mars dernier, ils avaient demandé à savoir tout sur les résultats de l’enquête préliminaire. S’interrogeant sur la lenteur des procédures – aucun juge d’instruction n’avait été désigné pour enquêter sur l’affaire -, ils avaient eu une première réponse de la part du Parquet qui avait fait état d’une «demande d’entraide internationale» pouvant aboutir à la levée d’immunité de fonctionnaires internationaux de la force multinationale (MINUSMA).
Le parquet de Paris a donc ouvert ce vendredi (11/4) une information judiciaire sur le double assassinat. L'information judiciaire est ouverte contre X pour «enlèvement et séquestration en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste», «assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs en vue de préparer des crimes terroristes d’atteintes aux personnes» (dépêches citant les sources judiciaires).
En attendant les conclusions de l’enquête, on peut d’ores et déjà certaines des questions qui restent posées : comment les deux journalistes se sont retrouvés pris au piège dans une ville réputée dangereuse ? pourquoi ils étaient sans escorte ? comment leurs ravisseurs ont-ils pu les amener jusqu’en dehors de la ville alors que les contrôles tiennent toutes les entrées de la ville ? qui a renseigné les ravisseurs sur le programme des victimes ? comment l’enlèvement a tourné à l’assassinat ? pourquoi cet assassinat juste après la libération des otages d’Arlit ? pourquoi les ravisseurs ont-ils abandonné une voiture sur place ? vers où ont-ils fui et comment ont-ils évité d’être repérés par le dispositif français et africain de la MINUSMA ?