lundi 6 janvier 2014

Mieux vaut prévenir

Quand on nous dit que les forces françaises sont intervenues en Centrafrique «pour éviter un bain de sang», on ne peut s’empêcher de marquer un temps d’incrédulité : il y a plus de morts, de blessés et de déplacés depuis l’intervention française. Selon les premières indications des ONG internationales, on dénombre un millier de morts pour le seul mois de décembre, les déplacés se comptent en centaines de milliers (le million est dépassé). A quoi donc sert cette intervention à part le fait qu’elle ajoute en drame en parasitant la donne et en justifiant les appréhensions des uns ?
Si la France avait «serré» de près ses acolytes, genre les présidents fantoches André Kolingba, Ange-Félix Patassé,  David Dacko et plus tard Bozizé, peut-être qu’on n’en serait pas là. Le déroulement des évènements se suit et se ressemble dans les pays africains francophones. Les renversements de régime sont souvent le fait de l’ancienne métropole, et si c’est un groupe «autonome» qui l’emporte, l’ancien acolyte est réanimé. Commence alors une guerre civile qui va justifier l’intervention franche. Le couvert de la «légalité internationale» est vite obtenu par le truchement d’une résolution préparée et imposée depuis Paris. Le justificatif moral – peuple en danger – sert aussi pour faire accepter l’intervention à l’opinion publique française.
Il est sûr que la France devra trouver au plus vite un nouveau théâtre d’opérations pour faire passer les déboires de l’intervention en Centrafrique. Laquelle a servi à occulter la guerre dans le Sahara central (Nord Mali). Ni au Mali, ni en Centrafrique, la situation ne semble se stabiliser.
La ville de Kidal est toujours en dehors de l’autorité malienne, ce qui ajoute au désordre qu’il y a. L’insécurité règne dans tout le Nord du Mali. Largages au quotidien, kamikazes, voitures piégées, coupeurs de route, exactions, dommages collatéraux… La guerre continue sans couverture médiatique. Dans le silence. Assez de vives tensions pour empêcher la stabilisation d’un régime politique qui se cherche encore et qui peine à asseoir son autorité.
Au Mali, on change de stratégie toutes les semaines. Les autorités françaises annoncent un retrait proche de leurs éléments. Avant de revenir pour dire qu’il y aura un redéploiement. Pour enfin parler de «nouveaux dispositifs plus adaptés à la guerre contre le terrorisme». Il s’agit de mettre en place une force de frappe capable d’intervenir au besoin et de regagner ses bases-arrières. Empruntée aux Américains, cette méthode permettra aux Français de sortir «physiquement» du bourbier tout en gardant la main… sur la gâchette.
En Centrafrique, la guerre civile a naturellement été entre les communautés musulmane et chrétienne. La Séléka contre les Anti-Balakas. Ce n’est pas la première guerre civile centrafricaine. Il y a eu celle de 2004 à 2007, mais qui n’a pas pris l’aspect d’une confrontation religieuse franche.
Sur ce théâtre, les Tchadiens de la force africaine ont vite été accusés d’appuyer les Musulmans de la Séléka. Mais d’un autre côté, le comportement des forces françaises qui désarmaient les uns de façon plus rigoureuse, a créé une suspicion nourrie par la proximité religieuse.
A qui le tour après la Centrafrique et le Mali ?
La Guinée doit être inscrite sur la liste des Etats en déconfiture. L’ethnicisme y est cultivé à outrance (Malinkés contre Peulhs, Forestiers contre tous). Dirigisme et brutalités. Exclusion et pauvreté. Si l’on y ajoute les ressources qui excitent les appétits, le trafic de drogue, les guerres civiles aux frontières et le reflux des combattants vers la Guinée, on peut dire que tous les ingrédients de l’explosion sont là. Pourquoi la France laisse-t-elle faire ? pourquoi ne pas intervenir auprès du Président Alpha Condé pour lui faire la leçon ? pourquoi attendre que les choses atteignent un point de non retour ? la France a-t-elle besoin d’un autre théâtre d’intervention ?

dimanche 5 janvier 2014

Commentateurs anonymes

Choisir de signer un texte par un pseudonyme procède simplement d’une attitude de lâcheté que peuvent expliquer l’absence de conviction (on ne croit pas à ce qu’on va dire) et/ou de courage (on craint d’afficher ses convictions). Dans les deux cas, il y a derrière, une couardise qui fait qu’on ne croit pas que ce qu’on va dire mérite d’être dit ou d’être défendu. Alors on se cache.
Quand on se cache derrière le pseudo, on croit pouvoir tout dire parce qu’on a l’impression d’avoir bravé les censeurs. On se met donc dans la peau de celui qui peut, qui fait, qui dit… juste le temps de caresser un clavier et d’appuyer sur un ou deux boutons.
Mais quelle valeur peut-on accorder à un texte signé par quelqu’un qui n’a pas le courage d’assumer ce qu’il affirme ? En signant avec un pseudo, l’individu révèle sa profonde nature d’affabulateur et de lâche. Deux «qualités» cultivées continuellement par nos internautes (une grande spécialité mauritanienne).
Au début de la prolifération des commentaires anonymes sur les sites, il était facile de comprendre que l’objectif n’était pas d’apporter une contribution à un débat (lequel ?), mais d’insulter, d’exacerber les haines. Au milieu des années 90, certains manipulateurs avaient trouvé une formule : en choisissant de signer avec des noms à forte connotation ethnique, régionale ou tribale, des noms qui donnaient une idée de l’origine de l’auteur. Pour insulter sans discernement, vilipender, diffamer… Objectif : exciter le sentiment de haine, faire en sorte qu’au sortir de la lecture on arrive à des conclusions genre «cela ne peut être qu’untel, les untel sont…» ou encore «ce pays est foutu, la démocratie et la liberté apportent le chao…». C’est au fond une forme de résistance au progrès, de refus de laisser les Mauritaniens se retrouver, de se parler les yeux dans les yeux et de panser certaines de leurs plaies profondes.
Rien ne se faisant par hasard, l’agressivité et la violence du ton des anonymes participent à la culture de la haine qui, aux yeux de ses «souteneurs», peut mener à une confrontation dans le pays. L’attitude à exciter chez le lecteur est celle de lui faire haïr «n’importe qui» et de le pousser à voir en «n’importe qui» une source de malheur, une incarnation du Mal. Tout est possible quand le but recherché est celui d’installer un climat malsain, fait d’aigreur et de méchancetés.

Le plus grave reste cependant, la décrédibilisation de la vérité en général, de l’écrit en particulier. A force d’aligner les incohérences, les fausses informations sur les uns et les autres, les insultes, les insanités…, on finit toujours par faire mal à ce qui fait le fondement de la démocratie : la liberté d’expression, le devoir de transparence et de vérité, l’exigence du respect d’autrui.

samedi 4 janvier 2014

Arrêtez l’assassin !

On ne sait plus si on doit croire ce qu’on lit ou pas. Je ne sais pas ce que ce jeune de Nouadhibou a écrit et comment il l’a écrit, encore moins pourquoi il l’a écrit. Mais je sais que ce n’est pas une foule déchainée qui doit dicter le comportement qu’il faut aux Autorités judiciaires et politiques. Ce n’est pas non plus normal qu’une personne paye pour la mort d’une autre. Si l’on en croit certains sites d’information, un homme d’affaires apparemment connu par les sites en questions aurait promis quatre millions d’ouguiyas à celui qui tuerait le jeune auteur des propos blasphématoires. C’est cet homme qu’on devait arrêter au plus vite. Pour le traduire, au plus vite devant les tribunaux pour incitation au meurtre. Si cet homme n’est pas poursuivi, et au plus vite, il faut désespérer de notre Justice et de notre Morale collective.

Face à cette affaire dont on ne sait que ce qui a été écrit par les sites amplement repris par les radios et télés privées, nous avons relevé les mêmes attitudes observées à la suite de l’autodafé de 2012. La même circonspection, puis le même flot de condamnations véhémentes et allant dans le sens de la foule, une voix raisonnée : celle de Mohamed Mokhtar Chinguitty, cet intellectuel islamiste basé à Doha et qui arrive toujours à tempérer les ardeurs en objectant Versets et Hadiths. Ses propos inverseront-ils la tendance comme ce fut le cas en 2012 ?

vendredi 3 janvier 2014

Le racisme est un racisme

La définition du mot dans les dictionnaires : «Le racisme est une idéologie qui, partant du postulat de l’existence des races humaines, considère que certaines races sont intrinsèquement supérieurs à d’autres. Cette idéologie peut entrainer une attitude d’hostilité ou de sympathie systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Dans le cas de l’hostilité, ces actes se traduisent par une forme de xénophobie ou d’ethnocentrisme. Certaines formes d’expression du racisme, comme les injures racistes, la diffamation raciale, la discrimination négative, sont considérées comme des délits dans un certain nombre de pays. Les idéologies racistes ont servi de fondement à des doctrines politiques conduisant à pratiquer des discriminations raciales, des ségrégations ethniques et à commettre des injustices et des violences, allant jusqu’au génocide».
En d’autres termes, est raciste celui qui croit à une suprématie quelconque due à l’appartenance à une race, une culture et/ou à une classe sociale. Quand on croit à la détermination par la naissance et donc l’appartenance, on adopte fatalement des comportements et des considérations idéologiques qui véhiculent une supériorité des uns par rapport aux autres et qui donnent droit aux «supérieurs» de se comporter en conséquence en cherchant à inféoder, assujettir et/ou exploiter ceux qui sont traités en «inférieurs». 
Est raciste aussi, celui qui, par son discours stigmatise un groupe ou un individu pour son appartenance à un groupe et le charge pour ce qu’il est.

Dans tous les cas, le racisme découle d’une profonde ignorance de ce que nous sommes et du mépris de soi avant d’être mépris de l’autre. Le danger dans l’attitude, dans l’idéologie raciste, c’est que l’on passe facilement d’une dérive langagière avec les injures et propos racistes, vers l’appel voire la mise en œuvre du génocide. Il suffit pour cela de stigmatiser une communauté donnée, un groupe, une caste, une classe sociale… en exacerbant la haine et en instrumentalisant les frustrations parfois légitimes.
L’Afrique, notre continent, a beaucoup souffert de cette idéologie. La colonisation, l’esclavage, puis les guerres civiles les plus affreuses, les régimes totalitaires… ne sont que des manifestations de la mise en œuvre de l’idéologie raciste qui a «justifié» l’exploitation du continent. C’est bien sur le «continent noir» que s’est exercé, des décennies durant, le régime de l’Apartheid basé sur la séparation des races. 

En Mauritanie, les manifestations du phénomène existent, ont toujours existé et continueront à exister. Même après l’avènement complet (et accompli) d’un Etat moderne et citoyen (si jamais cela devait arriver). Le caractère multiethnique du pays, mais surtout l’existence de systèmes sociaux basés sur la naissance sont les éléments fondateurs et promoteurs du racisme. 
Les pratiques esclavagistes sont un aspect – le plus grave certes – des survivances des sociétés traditionnelles et de leurs systèmes de domination interne. Chez les Bidhâne, les Pulhaar, les Soninké ou les Wolof, le dispositif basé sur la naissance a survécu à près de soixante ans de mise en place d’un Etat citoyen. Et avec lui toutes les considérations qui font que le guerrier et le marabout –le marabout et le guerrier, cela dépend de la communauté dont on parle – dominent la société. Ils ont continué à jouir des mêmes privilèges et ne semblent pas vouloir y renoncer. 
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu une évolution positive qui fait que l’accès à l’école s’est démocratisé depuis les premières années de l’indépendance donnant ces milliers de lettrés issus de milieux anciennement défavorisés par le système éducatif. 
La Mauritanie est un pays qui a été fondé sur une vocation unitaire et égalitaire qui, malgré ses échecs, a eu des réussites considérables. Ne serait-ce que sur le plan institutionnel qui fait que la Mauritanie s’est approprié les valeurs universelles d’égalité, de justice, d’équité, de citoyenneté… Des valeurs républicaines qui devaient être la base d’une remise à niveau sociale permettant de booster les plus défavorisés pour les pousser à occuper les premières loges. 
En 1992, la première Assemblée nationale a été présidée par Cheikh Sid’Ahmed Ould Baba, ancien officier issu de la caste des forgerons. Aujourd’hui elle est dirigée par un homme autrement plus symbolique parce qu’il s’agit de Messaoud Ould Boulkheir, militant de première heure de la cause anti-esclavagiste. On a eu pour quelques semaines, un Président de la République chef Denianké en l’occurrence feu Bâ M’Baré. Aucune voix ne s’en est offusqué. D’ailleurs rares sont les personnes qui peuvent afficher leurs attitudes racistes, même si, dans le langage de tous les jours, des expressions et des postures viennent nous rappeler constamment que le démon est là. Là où on l’attendait le moins…
C’est bien pour cette raison qu’il faut encourager la mise en œuvre de toutes les lois condamnant toute expression du racisme. Associations, partis politiques, presse, syndicats et toutes organisations civiles doivent intégrer la lutte contre le racisme et ses expressions dans leurs plans de travail. Ce n’est pas l’affaire des seules autorités, parce que la pratique est généralisée. Elle procède de l’attitude imbécile de l’ignorant inconscient et irresponsable qui ne voit pas en quoi ce qu’il dit et fait peut porter à conséquence. 

jeudi 2 janvier 2014

Fête de la SNIM

Un record, cela se fête. Et c’est en grande pompe que la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) a célébré son record de vente pour 2013. 13,042 millions de tonnes exportées au 31 décembre 2013. C’est le plus fort chiffre jamais atteint depuis que la SNIM a en charge le secteur des mines de fer.
Cette performance historique intervient au moment où la SNIM est engagée dans un vaste et ambitieux programme de transformation, baptisé NOUHOUDH. Ce programme vise à porter, dans les 25 ans qui viennent, la production de la Société à 40 millions de tonnes par an et à hisser la SNIM parmi le Top 5 mondial des exportateurs de minerai de fer en seaborne.
Le mot-clé de la stratégie développée par la SNIM pour la décennie à venir est bien le mot «vision». Elle s’articule autour d’un programme de huit axes : 1. Recherche géologique ; 2. Augmentation de la production ; 3. Efficacité opérationnelle ; 4. Promotion des compétences ; 5. Positionnement sur le marché ; 6. Développement du partenariat ; 7. Développement durable ; 8. Cadre de vie et intégration à l’économie nationale.
La philosophie d’un tel programme découle de la nécessité d’avoir «une stratégie industrielle contrôlée», selon les termes des hauts cadres de la société. La stratégie part d’un diagnostic qui permet d’envisager de compter parmi les cinq premiers exportateurs de fer dans le monde. Pour ce faire, deux impératifs : ne pas perdre de temps et trouver obligatoirement le minerai de qualité. Les tergiversations ou la non réalisation des objectifs de production peuvent fatalement entrainer la fin de l’entreprise. Rien que «l’efficacité opérationnelle» développée en prélude de la réalisation des grands travaux, rien que cela peut déjà faire gagner dans l’ordre de 20% à la production. Il s’agit, à partir de la réorganisation, en vue de les améliorer, des méthodes de travail, d’avoir un résultat meilleur et un niveau de production supérieur à celui qu’on avait. Elimination de tous les «petits gaspillages», standardisation du travail, pérennisation du processus… ce sont là quelques-uns de piliers de la «transformation opérationnelle» mise en œuvre par la SNIM avec le concours d’un cabinet international. Tout cela pour atteindre le chiffre des 40 millions de tonnes à exporter par an pour un coût de production inférieur à 40 dollars la tonne.
A l’occasion de la célébration de ce premier résultat, l'Administrateur Directeur Général de la SNIM, Mohamed Abdallahi Ould Oudaâ a félicité l'ensemble des travailleurs de la Société pour ces performances historiques exceptionnelles, les engageant à se mobiliser davantage en faveur du développement de l'entreprise.
Héritière de la MIFERMA, la SNIM devient en 1978 une «Société d’économie mixte» (SEM) : 78,35% à l’Etat mauritanien, 7,17% reviennent à l’IBK, institution financière du Koweït, 5,66% à ARMICO, 4,59% à Irak Fund, 2,30% à ONYHM (Maroc), &,79% à la Banque Islamique de Développement, et 0,14% aux privés mauritaniens. Son chiffre d’affaires atteint aujourd’hui 1,5 milliards de dollars. Elle participe au niveau de 30% au budget national et à 20% du PIB.

mercredi 1 janvier 2014

La nouvelle année

2011… 2012… 2013… et maintenant 2013. Je choisis de vous faire relire quelques passages d’écrits postés ici. Le 31 décembre 2011 : «Une année de plus est passée. Les années s’égrènent, une à une sans qu’on se rende compte que nous perdons un temps précieux.
La politique reste l’occupation première de l’élite mauritanienne. Elle le restera tant qu’elle est une source de revenu, de sécurisation de carrière et de promotion sociale. Les pratiques PRDS (parti-Etat, 1991-2005) ont fait que 98% de l’élite ont trouvé dans l’exercice de la politique la voix la plus aisée et la plus courte pour gravir les échelons, accumuler les biens et profiter de l’impunité ambiante. La politique est devenue un exercice permanent d’indignité et de mensonges. Sans risques pour ses auteurs.
Le jeu politique reste un exercice pour les plus doués dans l’irrespect du code de la route et autres réglementations sociales. Ceux qui clignotent à gauche et virent à droite. Ceux qui ont toujours un objectif déclaré, un objectif caché et un autre qui leur permet de ne jamais être stable dans le positionnement, ni constant dans les engagements.
L’école est toujours un dépotoir social, une sorte de fabrique de la nullité à ciel ouvert. C’est vraiment le Mal, avec un grand M. Et parce que l’ascension professionnelle et la promotion sociale ne sont pas le fruit d’un effort particulier, encore moins la conséquence de qualités particulièrement positives, l’école fournit la médiocrité ambiante et la cultive.
Malgré la multiplication des festivals, des émissions spécialisées dans la promotion de la musique ou de la poésie, malgré toutes les gesticulations, nous ne retrouvons pas le chemin de la prospérité, de la créativité et du rayonnement. Le «recul de la joie» - c’est comme ça qu’un ami à moi appelle la tristesse ambiante et qui est la cause, selon lui, de nos déboires – règne toujours, faisant de nous l’un des peuples les plus constipés sur terre. L’expression du bonheur est une condition de l’accomplissement individuelle et commun. Le Mauritanien n’est jamais satisfait et ne fait rien pour l’être…
Pas la peine de parler d’économie, de la fracture sociale, de la menace sécuritaire, de l’administration… cela nous attristera encore plus. Alors que nous sommes déjà trop tristes».
Le 1er janvier 2012 : «Je sais… je sais… j’ai appelé ainsi l’année 2003 et toutes celles qui l’ont suivie. Sous nos cieux, toutes les années sont celles du dragon (‘aam elghoul). Une manière de dire la fragilité d’un pays qui se cherche, un pays qui n’en finit pas de se chercher et qui n’arrive pas à se retrouver. D’une société émiettée et déstructurée qui n’arrive pas à réhabiliter ses valeurs originelles tout en refusant de s’adapter au monde auquel elle est sensée appartenir.
Le grand évènement de l’année 2012 aura été cet accident malheureux dont a été victime le Président de la République le 13 octobre dernier. Malheureux pour ce qu’il a failli causer – la mort du Président en exercice -, mais aussi pour ce qu’il a causé de …dommages collatéraux.
L’accident, comme tout accident du genre, nous a révélé quelques-uns de nos défauts les plus prononcés. D’abord la propension au mensonge et la décrédibilisation de la vérité. Ensuite la vacuité du discours politique qui se trouve réduit à son expression la plus triviale. Enfin la méchanceté – parfois gratuite si ce n’est pas souvent – des protagonistes.
L’accident a aussi révélé que le pays pouvait fonctionner normalement malgré l’absence du chef qu’on qualifiait d’absolu, que le système est assez consistant pour fonctionner dans les pires des conditions et que la population n’est pas prête à suivre tous les «appels d’air» qui se créent avec vocation d’aspirer le pays et de l’entraîner au milieu d’un tourbillon.
Les ennemis du régime auront tout essayé pendant cette épreuve, mais rien n’a été ébranlé. Quelles leçons faut-il en tirer ?
Il faut adopter une approche plus raisonnée, plus réfléchie, finalement plus politique pour permettre à la Mauritanie d’affermir le processus démocratique et de renforcer l’Etat de droit. Pas travailler continuellement et inlassablement pour conquérir un pouvoir dont on ne saura pas quoi faire le jour où il vous échoit entre les mains».
Retour sur les souhaits en 2012 pour les renouveler, comme je l’ai fait en 2013, pour 2014 :
«Que 2014 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorance…
Que 2014 soit le début véritable des refondations. Refondation mentale. Au niveau de l’Appareil de l’Etat, au niveau des populations où l’on a besoin de recouvrer notre système de valeurs, de retrouver nos réflexes de solidarité, de réactiver les soupapes sociales de sécurité, d’ouvrir les vannes du partage, de reprendre le sourire les uns face aux autres…
Refondation d’un Etat de droit avec le respect des institutions, des lois et textes réglementaires. Une justice plus forte, plus impersonnelle pour mettre fin à la règle de l’impunité. Une école plus performante pour former le Mauritanien de demain (celui d’aujourd’hui est un peu perdu pour nous). Une santé de proximité. Une administration plus soignée, plus efficace, plus convaincante… Une classe politique plus exigeante pour elle-même, plus engagée, plus claire dans ses engagements, plus forte dans ses choix… Un gouvernement plus à l’écoute des gémissements, plus proche du peuple… Un débat plus serein… Une économie plus dynamique… Une société plus créative…»

mardi 31 décembre 2013

Tribunal spécial

Réuni ce mardi 31/12, le Conseil de la Magistrature dirigé par le Président de la République, a évité d’aborder la question des affectations qui prend en général une grande partie de son temps. Comme il n’a pas été question de l’avancement en grade. Une seule décision concernant le personnel a été prise : entériner le recrutement de huit nouveaux Magistrats dont une femme. Une première en Mauritanie, même si une femme est en fin de formation à l’Ecole nationale d’administration, de journalisme et de magistrature (ENAJM). Une avancée à saluer en ces temps de recul majeur et de régression mentale…
Mais la grande décision reste la création d’un Tribunal spécial chargé des crimes de l’esclavage. Dans un pays où la question du traitement réservé par la justice à la pratique est controversée, il est important d’avoir une Cour spécialement dédiée à faire appliquer la loi criminalisant la pratique.
Avec cette innovation, la criminalisation prendra forme. Ce qui évitera toutes les indulgences relevant souvent de la mauvaise volonté des Juges et donnant une image négative du pays. Permettant l’application stricte de la loi.
Il est désormais difficile d’empêcher une procédure liée à la pratique d’aboutir à une condamnation effective des auteurs. Les victimes sont désormais certaines de trouver réparation. Ce qui devrait rassurer les organisations de défense des droits humains qui font de la lutte contre l’esclavage une cause.
Parce que des cas sont signalés ici et là, il y a lieu d’aller vite dans la procédure de mise en place d’une telle juridiction. Le plus vite sera le mieux.