vendredi 6 décembre 2013

Mandela reste vivant…

…dans nos cœurs et pour tout un continent dont cet homme a symbolisé la positivité. En ce qu’elle a de noble et grand. Avec ses combats gagnés contre l’arbitraire, contre le racisme, contre la bêtise humaine, contre la confiscation des libertés… Il a été l’espoir d’un continent meurtri par la traite négrière, pillé par la colonisation, heurté par la mondialisation.

Il y a quelques mois, on parlait beaucoup dans les médias de son état de santé. J’écrivais alors : «Nelson Mandela n’est pas affaibli …et ne peut pas l’être… Je ne sais pas pourquoi on nous sert ce genre de littérature qui tend à faire de Mandela un mortel comme tous les autres. Non ! Nelson Mandela n’a rien des humains que nous avons connus et vus évoluer sur cette terre. Il appartient à cette race d’humains que leurs semblables installent à jamais dans un panthéon qui consacre les valeurs suprême.

Cela me fait mal d’entendre les présentateurs parler des «faiblesses» de Mandela, de «sa perte de mémoire», de «son regard perdu»… Nelson Mandela n’est pas Ronald Reagan ou Jacques Chirac. Ceux-là peuvent tomber en désuétude. Ils peuvent dépérir, pourrir, mourir après avoir tout perdu…
Mandela ne dépérit pas. Il reste entier. Debout devant la mort comme il l’a été devant la vie et ses adversités.
Il appartient à la catégorie des Elus qui «disparaissent» tout en restant dans nos cœurs, dans nos esprits.
Quelques sagesses de cet homme débordant …d’humanisme…
«Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé» (Un long chemin vers la liberté)
«En faisant scintiller notre lumière, nous offrons la possibilité aux autres d’en faire autant» (Discours d’investiture, mai 1994)

«Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres» (Un long chemin vers la liberté)

jeudi 5 décembre 2013

La liberté d’expression en danger

Les Islamistes du pays croisent le fer : entre ceux parmi eux qui dédient leur action politique au soutien du pouvoir et ceux qui s’investissent dans l’opposition à celui-ci, rien ne va plus. Apparemment, ce sont les propos de Mohamed Ghoulam Ould Haj Ahmed, vice-président et élu de Tawaçoul, qui ont mis à nu les profondes animosités que les deux camps nourrissent les uns vis-à-vis des autres. La réplique de l’Association des Ulémas et de celle des Imams n’a pas tardé : elle s’est exprimée à travers un communiqué conjoint publié par les deux institutions. Ce n’est pas le lieu ici d’interférer dans une polémique qui ne nous regarde finalement pas. Par contre, il y a bien lieu de souligner l’orientation, particulièrement dangereuse, du communiqué publié par les Ulémas et Imams.
Dans son premier paragraphe, ce communiqué s’attaque avec violence à la chaîne privée Sahel TV qui a mis face à face les interlocuteurs d’un débat finalement pauvre et peu porteur. Les termes du communiqué sont dangereux parce qu’ils laissent entendre que les médias n’ont pas vocation à donner la parole à tous les points de vue pour les laisser s’exprimer. Plus, ces propos font croire qu’il existe des domaines «sacrés» sur lesquels les médias n’ont pas le droit de s’exprimer.
On peut reprocher à un organe de presse de ne pas refléter la différence des points de vue, la pluralité dans les opinions et dans les convictions, y compris religieuses. Bien sûr dans le respect de la loi et des règlements en vigueur dans notre pays. Ni l’Association des Ulémas, ni celle des Imams, encore moins les Ulémas «indépendants»  qui s’expriment de temps en temps pour interférer dans des situations qu’ils ne maitrisent souvent pas, personne ni aucune institution n’a le droit de s’instituer en censeur de la pensée ou de l’écrit dans ce pays. Il y a déjà la HAPA pour ce faire. Personne d’autre n’a le droit de fixer les limites de la liberté, hors la loi.
Je me demande pourquoi la réaction des associations de presse, y compris le Syndicat, a été si timide. C’est un combat qu’il faut mener pendant qu’il est temps.
Nous avons entendu pendant toute la campagne électorale certains se réclamer des «envoyés» ou «délégués» des prophètes. Nous en avons vu qui prétendaient détenir la vérité sacrée, d’autres qui traitaient tous ceux qui ne sont pas de leur côté de «mécréants» et d’«hérétiques». La chape s’installe doucement et dangereusement. C’est pourquoi, nous avons le devoir de faire bloc pour empêcher l’obscurantisme de faire main basse sur notre pays. C’est une grande bataille qui doit être menée, d’abord par les journalistes, ensuite par les organisations de la société civile et enfin par les partis progressistes.
Quand les Ulémas prennent part à nos querelles pour exercer le pouvoir ou participer à son exercice, ils perdent cette onction qui les protégeait contre les critiques. Quand leur positionnement est dicté par la sauvegarde de quelques intérêts personnels, claniques ou partisans, ils se confondent alors avec les politiciens souvent décriés. Ils se fondent dans la nasse et perdent définitivement leur statut d’êtres «supérieurs» : ils reviennent à leur état de simples citoyens mauritaniens exprimant des opinions qui peuvent – et doivent souvent – être remises en cause.

Pour ceux qui ne la savent dans ce pays où tout ce qui est bien est passé sous silence : quand les deux associations ont publié un communiqué de soutien au parti au pouvoir (UPR), le journal de 20 heures de TVM a couvert l’évènement, mais s’est abstenue de le publier dans ses autres journaux parce que la commission d’évaluation mise en place par TVM et dont la mission était justement d’éviter les dérives, cette commission a jugé indécent de couvrir une manifestation qui portait préjudice à une classe d’érudits qui auraient dû se préserver pour la Nation entière et non pour une partie de cette Nation. Malgré les pressions, la direction de TVM et sa commission ont tenu. D’où la guerre aux médias que cette partie de notre élite vient de déclarer.

mercredi 4 décembre 2013

Après le Mali, la Centrafrique ?

La guerre du Mali n’est pas fini et voilà que s’annonce pour la France une autre campagne militaire. Cette fois-ci en Centrafrique. L’on attend plus que la décision des Nations-Unies donnant mandat à la France de venir à la rescousse des forces africaines incapables de venir à bout des différentes rébellions et d’instaurer un cessez-le-feu dans le pays. Un pays qui est déjà menacé par une guerre civile à soubassements religieux. Il est clair que la guerre civile dont on voit se développer le début sera une confrontation entre la Séléka à dominante musulmane et les milices chrétiennes d’autodéfense. Du coup, le théâtre que s’apprête la France à investir comporte beaucoup de risques pour elle et pour toute la région.
D’abord pour la France qui est fortement engagée au Mali, au début pour chasses les Jihadistes et extrémistes musulmans, à la fin pour stabiliser le pouvoir et la pays en général. Il est important de savoir que pour l’opinion publique musulmane – ou de larges franges de cette opinion – la guerre menée ici est juste «une manifestation de plus de l’islamophobie qui devient un trait de l’idéologie dominante en France». La contrepropagande française n’a pas réussi (si elle a cherché) malheureusement à inverser la perception que nous avons des «inspirations» françaises.
L’intervention en Centrafrique, même si elle justifie moralement, prête quand même à confusion et donne libre cours à toutes les supputations. Ce qui va nécessairement servir AQMI, Boko Haram et toutes les autres organisations terroristes se réclamant de l’Islam. Parce qu’il a été dit et écrit depuis la prise de pouvoir de la Séléka que les Musulmans ont pris le pouvoir en Centrafrique. Dès cet instant, «on» a voulu présenter la situation là-bas comme un antagonisme Islam-Chrétienneté. Le premier défi pour la France, c’est bien de ne pas apparaitre comme soutien d’une communauté contre une autre. Ce qui est difficile pour un pays qui traine derrière lui une longue histoire d’animosités exprimées d’une manière ou d’une autre vis-à-vis de l’Islam en Afrique.
La France qui a mal, très mal, négocié son intervention au Mali, devra justifier l’envoi de troupes dans les jours prochains en Centrafrique. Elle qui n’a pas pu mobiliser assez de troupes africaines pour le Mali, elle devra en mobiliser pour la Centrafrique. Elle qui n’a pas su vaincre les suspicions musulmanes à son égard, là voilà qui vient comme pour aider l’une des parties contre l’autre. Elle qui n’a pas tenu la promesse de mener une guerre rapide au Mali et d’en sortir après quelques semaines, la voilà empêtrée dans un autre bourbier en Afrique.
Qu’elles s’appellent «Harmattan», «Serval» ou «Epervier», l’intervention militaire en Libye, au Mali ou demain en Centrafrique, s’apparentent déjà à la volonté guerrière des nouvelles droites qui veulent faire des pays occidentaux les maîtres d’un monde qui sera sous domination avec quelque faible autonomie. La question : qu’est-ce qui différencie la politique de la droite de celle de gauche ?

mardi 3 décembre 2013

Une figure historique à célébrer

Comme pour Abdallahi Ould Oubeid, le seul martyr de l’indépendance (ou pour l’indépendance), oublié de toutes les célébrations, d’autres Mauritaniens illustres méritent d’être rappelés à la mémoire de leurs compatriotes. La Mauritanie d’aujourd’hui est constituée à 80% de jeunes de moins 30 ans. Autant dire une majorité de gens qui n’ont pas «une grande idée» de leur pays. Ce pays qu’ils ont vu tourner au rythme d’un tourbillon fou, sans repères, sans but… Pour leur dire que les Mauritaniens n’ont pas toujours été ces êtres enfermés dans leurs égos, intéressés par leurs seules communautés, n’ayant d’autre ambition que pour eux-mêmes… que les pères – et leurs pères parfois – croyaient eux à ce pays, à l’unité de sa population, à sa capacité de se bâtir comme nation indépendante et ouverte.
On m’a raconté qu’il y a quelques années, des journalistes étrangers venus interviewer feu Ba Mamadou Samboly ont été surpris par les propos de l’homme qu’ils voulaient entendre parler d’un «apartheid mauritanien» et qui leur refuse de le prendre sans être entouré de «ses enfants». Les journalistes vont savoir qu’il ne s’agit pas des fils et filles Samboly, mais aussi des enfants des maisons Bidhanes du quartier. Si bien que lors de l’enregistrement de l’interview, il y avait plus d’Arabes autour de ce patriarche que de Pulaars. C’est «sa» Mauritanie qu’il a voulu ainsi mettre en exergue. Nous savons par ailleurs que les journalistes étaient venus en quête  d’autre chose. Ils ne l’auront pas parce que Ba Mamadou Samboly croit à une Mauritanie unie dans sa diversité et cette foi il a toujours voulu lui donner corps. Ce n’est pas au crépuscule d’une vie pleine de combats en des valeurs d’unité qu’il va se laisser faire des journalistes venus d’ailleurs en quête de ce qui divise, l’espace d’un entretien. Mais qui est Ba Mamadou Samboly ?
J’ai lu récemment une reprise d’un article écrit par des connaisseurs de l’homme dont notre confrère et maître Ablaye Ciré Ba (avec Abderrahmane NGaïdé et Babacar Diagana) qui nous apprend que l’homme est né le 8 janvier 1920 sans dire où. Mais on suppose que c’est quelque part dans l’actuel Gorgol. C’est en tout cas à Kaédi, puis à l’école supérieure Blanchot de Saint-Louis du Sénégal et enfin à l’Ecole normale des instituteurs de Sébikotane qu’il parfait son éducation moderne. Il est enrôlé dans les forces françaises pendant la seconde guerre mondiale et ne revient qu’à la fin de cette guerre. Il choisit alors de s’installer dans sa vraie patrie, la Mauritanie qui reste encore à faire. Il est l’une des icones de ce passé marqué par la lutte pour l’indépendance puis par l’aventure de la construction d’un Etat moderne.
Membre de l’Union générale des originaires de la Vallée du Fleuve (UGOVAF) qui donnera l’essentiel de ce que sera le parti de l’Entente mauritanienne, parti nationaliste et unitaire. L’éclatement de l’Entente au lendemain de son échec aux élections de 1956 lui donne l’occasion de revenir à sa première posture de porte-drapeau de la défense des intérêts des habitants de la Vallée. Il fonde le Bloc démocratique du Gorgol (BDG). Une posture qui en fait un élément essentiel du dialogue politique qui est entamé au Congrès d’Aleg de mai 1958. Ce qui le prépare à l’entrée au premier gouvernement de 1959. Avant d’être ministre des finances en 1961. Avant d’être président de l’Assemblée nationale.
En 1966 (février), les évènements scolaires qui prennent un caractère interethnique, font suite à la publication d’un manifeste signé par 19 personnalités originaires de la Vallée du Fleuve. Ba Mamadou Sambouly est soupçonné d’en être l’instigateur parce qu’il a eu le courage d’en parler ouvertement au Président Moktar Ould Daddah. Il est démis de la présidence de l’Assemblée et envoyé préfet à Chinguitty. En bon commis de l’Etat et en fils prévenant de cette Nation qui restait à construire, il acceptera ce poste «pour ne pas jeter de l’huile sur le feu». Même si cela va signer sa rupture avec les affaires publiques.
Il est attiré par les affaires et reprend avec d’autres de ses amis, les fameux Etablissements Lacombe qui deviennent la Société mauritanienne de bâtiment (SOMABAT). Une autre bataille réussie dans la mauritanisation des activités des entreprises.
«Sa mémoire – comme celles de tous les fondateurs – mérite d’être partagée, sauvegardée. Il importe pour cela que la jeunesse s’intéresse à ceux encore vivants qui peuvent témoigner sur le parcours d’hommes qui, par leur position et leur courage, ont vécu sous l’ombre de l’anonymat. Mamoudou Samboly Ba fait partie de ces hommes. Il est parti après avoir travers presque un siècle, emportant avec lui des souvenirs inestimables». Ecrivent les auteurs du texte de référence. Pour eux, comme pour moi, «réhabiliter toutes les figures historiques nationales, serait non seulement reconnaitre leur mérite, mais inscrire dans notre mémoire collective le souvenir d’hommes et de femmes qui ont participé à la proclamation de notre souveraineté nationale à un moment crucial de notre histoire».

Mamoudou Samba Boly Ba, ou comme on l’appelle communément «Ba Mamadou Samboly» nous a quittés le 4 janvier 2012. Il mérite d’être célébré comme tous les pères fondateurs.

lundi 2 décembre 2013

La configuration qui s’annonce

Dès le premier tour dont les résultats ne sont pas définitifs, c’est bien Tawaçoul qui prend la première place parmi le groupe des partis dits «d’opposition». Avec un total de 12 députés (3 sur la liste régionale de Nouakchott, 3 sur la liste nationale mixte, 3 sur la liste nationale des femmes, 2 sièges de Wad Naga et 1 sur les sièges de Kiffa), Tawaçoul arrive deuxième après l’Union pour la République (UPR), le parti dit «au pouvoir». 7 sièges restent encore à conquérir pour Tawaçoul au terme du second tour.
Il est suivi par le parti Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid qui réalise un score de 8 sièges (2 à Kobenni, 1 sur la liste nationale mixte, 1 sur celle des femmes, 1 sur celle de Nouakchott, 1 sur celle de Sélibaby, 1 sur celle de Kiffa et 1 sur celle de Mbout). Al Wiam est encore dans la course pour 3 sièges dont l’un dans une liste commune avec Tawaçoul.
Arrive en troisième position dans le camp de l’Opposition, l’Alliance populaire progressiste (APP) avec 7 sièges (2 sur la liste régionale de Nouakchott, 2 sur celle nationale mixte, 2 sur celle des femmes et 1 sur les sièges de Sélibaby). APP essayera au second tour d’augmenter sa part en gagnant les 2 sièges de Boghé et les 2 de Mounguel (avec UPR comme protagoniste).
Autant dire tout de suite que la direction de l’Institution de l’Opposition Démocratique reviendra obligatoirement à Tawaçoul. Il s’agit jusque-là d’un «machin» faisant pourtant partie du dispositif démocratique. Il assure à la démocratie mauritanienne un équilibre qui permet à l’opposition démocratique d’être impliquée dans la gestion des affaires. Notamment par l’obligation d’établir un dialogue permanent entre le pouvoir et l’opposition à travers les rencontres périodes obligatoires entre le Président de la République et le Chef de file de l’Opposition démocratique. Ces rencontres demandent des deux parties une capacité d’écoute et une nécessité d’échanges qui n’ont pas toujours été là par le passé. Avec Tawaçoul, il est sûr que les attitudes vont changer même s’il reste à savoir qui sera désigné pour être «Chef de file de l’Opposition démocratique».
C’est quelqu’un qui doit être obligatoirement élu. Ce qui exclut Jemil Mansour, le président du parti islamiste sauf s’il se présente à l’élection sénatoriale (renouvellement du tiers du Sénat) obligatoirement organisée dans les semaines qui viennent. Peut-être Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, élu député et en même temps Secrétaire général de l’Association Moustaqbal que dirige l’érudit Mohamed el Hacen Ould Dedew, père spirituel du mouvement des Frères Musulmans en Mauritanie.
Côté Majorité, l’UPR gagne le gros lot malgré la guerre totale qui lui est déclarée, avec 52 députés au premier tour et 29 sièges à conquérir au second tour. Il est suivi du Sursaut avec 4 députés déjà obtenus. Faut-il en déduire que l’UPR sera obligé de chercher à «confectionner» une Majorité gouvernementale. Et dans le cas d’un «gouvernement d’ouverture», APP sera certainement associé.

Al Wiam vise apparemment la présidentielle de 2014, ce qui l’oblige à chercher à occuper – et à bien occuper – le poste de Secrétaire général de l’Institution de l’Opposition démocratique. Le challenge étant pour tous de faire oublier les absents en adoptant un discours radical mais conforme à l’esprit de cette démocratie balbutiante (reconnaissance mutuelle, respect des Institutions, y compris la présidence, capacité de propositions…).

dimanche 1 décembre 2013

Devoir de soutenir la CENI

Certes la CENI a eu des difficultés à communiquer les résultats des élections du 23 novembre dernier : nous entamons la deuxième semaine sans tous les résultats. Certes elle a fait des erreurs en se précipitant parfois, en trainant parfois. Certes elle a été incapable d’accompagner les insuffisances par des explications données à temps. Nous avons vu cependant qu’une seule sortie du directeur des opérations électorales devant la presse, a permis malgré tout d’atténuer la tension. Ce qui devrait encourager la CENI à communiquer, à sortir vers le public plutôt que de compter sur la bonne foi de ses Sages pour donner confiance à ses partenaires. Plus elle s’explique, plus les Mauritaniens comprendront que le travail mené demandait de la patience, de l’endurance et de la précision.
On notera quelques irrégularités çà et là : un score donné puis rectifié, un autre qui prête à confusion… Mais l’essentiel est là : une Institution comme la CENI va nécessairement améliorer ses prestations. Et c’est ce qui importe.
On peut d’ores et déjà envisager la refonte de l’appareil technique de la CENI par le recrutement de nouvelles compétences, sans interventionnisme cette fois-ci. Des informaticiens performants et des administratifs sérieux et probes. Il y en a dans ce pays dont l’intelligentsia tente de nous convaincre du contraire.
Il faut le dire pour ne pas céder au plus facile : conclure que les élections ne peuvent être organisées entièrement que par une administration du ministère de l’intérieur. Ce n’est pas vrai, même s’il va falloir louer le travail fait dans le passé. Non, la CENI peut bien organiser des élections. De A à Z.
Il suffit pour cela qu’elle mette tous les atouts de son côté. Celui de la compétence d’abord, de la bonne moralité ensuite.
La bonne foi des Sages, surtout du Président de la CENI, n’est certes pas en doute. C’est surtout l’engagement de ces Sages et le manque chez eux de combativité devant tous les prédateurs qui ne veulent que leur perte.
Le Président Messaoud Ould Boulkheir ne devait pas regretter publiquement d’avoir choisi pour nous un homme comme Abdallahi Ould Soueid’Ahmed. Il n’y a rien à regretter dans ce choix. Mais Ould Boulkheir devait aller au bout de son choix en soutenant l’homme et l’institution qu’il dirige. Tout comme Boydiel Ould Hoummoid et Abdessalam Ould Horma. Pour Jemil Mansour, c’est une autre attitude que nous attendons : celle de le voir revendiquer une refonte qui permettrait, au moins à son parti qui y a cru, de rattraper l’occasion perdue d’avoir son mot dans la constitution de l’institution. Ce sera peut-être l’occasion d’intégrer les compagnons laissés au bord de la route et qui risquent de rater le nouveau départ.
Dans quelques mois, nous avons rendez-vous avec un autre scrutin, plus important aux yeux de nombreux leaders mauritaniens : la présidentielle. Nous avons encore le temps de corriger ce qui peut l’être, de parfaire ce qui peut l’être pour ramener tout le monde dans le jeu.
Toutes les attentions convergent vers ce rendez-vous que personne ne veut manquer. D’ailleurs, il est déjà au centre du débat. Les analystes ne se gênent point dans les propos sur les élections actuelles pour anticiper sur l’avenir proche. Même les politiques font des digressions, s’ils ne vont pas jusqu’à annoncer leurs intentions pour la présidentielle. Le Président Boydiel Ould Hoummoid a déjà déclaré son intention de se présenter. Les Islamistes de Tawaçoul n’ont rien dit, mais on soupçonne chez eux la préparation d’une candidature hors du sérail visible actuellement dans les premiers rangs du parti. Le Président Messaoud Ould Boulkheir sera certainement de la partie.
A ceux-là il faut ajouter au moins un candidat de l’actuel Coordination de l’opposition démocratique : Ahmed Ould Daddah très probablement, Me Mahfoudh Ould Bettah peut-être. En plus de Sarr Ibrahima qui est en train de faire un bon score pour les présentes élections et qui voudra, dans la lancée, confirmer son statut d’icône du nationalisme négro-africain en Mauritanie. D’autres pourraient s’ajouter si des mains invisibles s’en mêler comme ce fut le cas en 2007 quand la prolifération des candidatures a été expliquée par les «conseils» prodigués avec insistance par la présidence de la junte de l’époque.

En attendant ce moment, la CENI doit travailler pour être au niveau. Ses partenaires doivent aussi s’y mettre en la soutenant et non en la décriant à l’excès.  

samedi 30 novembre 2013

Les «pesh-partis» s’en prennent à la CENI

Une trentaine de partis ont signé une lettre adressée au Président de la République lui demandant d’annuler les élections. A entendre leur porte-parole, on croirait à une conspiration nationale dans laquelle les partis comme APP, Al Wiam et Tawaçoul participent selon lui. Ces partis auraient été en première ligne dans la dénonciation de la CENI, «juste pour faire semblant». Ajoutant qu’«ils ont reculé aujourd’hui». furieux, le porte-parole qui s’exprimait sur une télévision privée, a qualifié la CENI de «rassemblement de pacotille» (jmaa’a min lekhrouti). Oubliant peut-être qu’il s’agit de l’une des Institutions de la République qui mérite le respect. Ne serait-ce que parce qu’elle est plus légitime qu’un parterre de partis constitués à la va-vite et n’ayant aucune assise populaire.
Dans le secteur de la presse, il existe une «qualité» appelée publiquement «Peshmergas». Même si je n’ai jamais accepté d’utiliser un tel vocable pour ce qu’il comporte d’insultes pour tout le monde : pour les combattants kurdes qui sont assimilés à des hordes de prédateurs, pour les concernés (ainsi qualifiés) pour ce que cela laisse supposer de dénuement et de mesquinerie.
Aujourd’hui je suis tenté de sacrifier mes appréhensions pour dire que ce qui est décrit par une telle formule existe finalement partout en Mauritanie. Surtout au sein des partis. Le même principe qui fait qu’on va à la presse parce qu’on n’a rien à faire d’autre et qu’on estime que cela peut être une source de revenus faciles, c’est bien ce principe qui dicte la prolifération des partis. Pour vous dire, les trente partis signataires de la pétition ne rassemblent pas 6000 voix entre les quatre scrutins. Comment alors revendiquer la mise à mort d’un processus qui peut être sauvé ? d’ailleurs à qui fallait-il demander l’annulation des résultats ? n’est-ce pas à la CENI qui a désormais la mission de décider en la matière ?
J’ai été choqué par les propos du porte-parole des partis révoltés. Pour leur violence gratuite vis-à-vis d’une Institution qui a besoin d’être soutenue pour corriger ses erreurs et pouvoir légitimer les processus futurs.
Oui la CENI a commis des fautes à cause de dysfonctionnements explicables du reste. Mais cela ne lui dénie pas la capacité à se corriger et à vaincre ces manquements dans le futur. Pour ce faire, les Sages doivent reprendre rapidement les choses en main et monter au créneau pour expliquer ces dysfonctionnements.
Deux centres de faiblesse pour la CENI : les opérations électorales et la communication. La première a été en-deçà de ses capacités réelles, sinon elle a péché par mauvaise foi. La seconde n’a pas joué son rôle. Il suffit de se reporter au site de la CENI pour s’en apercevoir.

Mais tous les manquements ne justifient pas la qualification de «pacotille».