mardi 12 février 2013

Première sortie de l’Institut d’études stratégiques


Un grand parterre d’experts en la matière pour discuter du terrorisme et des moyens de lutter contre ce phénomène. Experts militaires et civils, fuqaha, journalistes, diplomates… tous étaient là pour participer à cette première sortie du tout jeune Institut mauritanien d’études stratégiques que dirige l’ancien capitaine de vaisseau Dahane Ould Ahmed Mahmoud. Trois jours pour présenter l’expérience mauritanienne, faire l’état des lieux de cette expérience, en déterminer les insuffisances et faire des propositions pour l’améliorer.
La première journée a été marquée par les discours officiels. Celui du président du Conseil de l’Institut, Lemrabott Sidi Mahmoud, actuellement directeur de l’ENA, plusieurs fois ministre de l’intérieur et celui du ministre de la défense.
La première présentation a été faite par le colonel Brahim Vall Ould Cheibany du troisième Bureau de l’Armée nationale, suivie par celle d’experts étrangers (européens et arabes). Elle a permis de fixer les contours de la stratégie déployée par la Mauritanie et de présenter les propositions de coopération soutenue par les Européens.
Notre pays a été confronté à la menace à partir de 2004. Quand un premier groupe de jeunes mauritaniens ont été entrainés dans les camps du Nord Mali en vue de gagner les théâtres de guerre en Irak ou en Afghanistan. Sentant la menace, le gouvernement de l’époque, en proie à des crises structurelles de gouvernance, lance une répression aveugle contre la mouvance islamiste qui se traduit par une radicalisation dans ses milieux. Le 4 juin 2005, une garnison de l’Armée est sauvagement attaquée par un groupe dirigé par Bellawar : 15 Mauritaniens tués. Et pour engager de représailles, l’autorité politique fait appel aux hommes d’affaires pour financer l’équipement, la logistique et les primes des unités envoyées sur les traces des agresseurs. C’est utile à rappeler car, à ce moment-là, le pays est incapable d’envoyer un millier d’hommes combattre quelques groupes éparpillés dans le Sahara malien.
La transition de 2005 à 2007 se fixe d’autres priorités que celle d’équiper et de restructurer l’Armée. Le gouvernement civil refuse de prendre au sérieux la menace et va à contre-courant en favorisant la libération, parfois le jugement avec indulgence des éléments dont la participation dans des actes de guerre contre la Mauritanie est avérée. Les auteurs de l’assassinat de touristes français à Aleg le 24 décembre 2007, font partie justement des éléments qui bénéficient de cette indulgence. Le 27 décembre, trois soldats mauritaniens sont tués dans une embuscade à Ghallawiya.
La Mauritanie est plongée dans une crise politique qui l’empêche de se concentrer sur l’essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme. Malgré les actes criminels de 2007, notamment le holdup du 26 octobre 2007 qui permet aux casseurs d’emporter un magot d’une soixantaine de millions d’ouguiyas. Le 1er février 2008, un groupe mène une action à Nouakchott dans les abords de l’Ambassade d’Israël, il concentre son attaque sur une boîte de nuit décriée auparavant par des prêches dans certaines mosquées de Nouakchott. S’en suit une chasse à l’homme qui s’intensifie quand Sidi Ould Sidina, l’un des prisonniers dans l’affaire d’Aleg, prend la fuite le 1er avril. On sait désormais que les éléments envoyés par Bellawar sont en pleine action en Mauritanie. Mais grâce à la vigilance des services de police de l’époque, les cellules dormantes et éveillées sont démantelées. Des dizaines d’activistes sont arrêtés, du matériel et des explosifs sont saisis. Ce qui n’empêche pas l’attaque de Tourine le 15 septembre 2008 où 12 Mauritaniens sont tués, puis décapités et leurs corps minés par les assaillants. Le groupe Abu Zeyd sévissait pour la première fois en Mauritanie. La troisième vague d’actions va cibler la prise d’otages : les Espagnols le 29 novembre, les Italiens le 14 décembre 2009. Avant de voir la Mauritanie prendre les choses en main.
Restructuration de l’Armée, création d’unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme, réhabilitation des bases militaires les plus lointaines, délimitation de zones militaires qui ont des points d’accès connus…, en plus bien sûr de l’équipement des forces armées qui ont désormais le contrôle de l’ensemble du territoire national. En juillet 2010, a lieu la première attaque mauritanienne contre une base de AQMI au Mali. Opération réussie dans la mesure où elle permet de démanteler une unité qui avait l’intention d’attaquer notre pays. Puis commence la bataille du Wagadu, cette forêt située en territoire malien et où AQMI voulait installer une base dédiée aux opérations en Mauritanie. L’Armée mauritanienne détruit les campements pour empêcher la réalisation du projet. C’est bien au cours de cette bataille pour le contrôle de Wagadu que les faiblesses, notamment les complicités, de l’Armée malienne apparaissent. De leurs côtés, les terroristes essayent plusieurs actions : attentat contre l’Ambassade de France par kamikaze, puis par voitures piégées, attaque contre Bassiknou, kamikaze contre la région de Néma… Toutes ces entreprises échouent heureusement. Mais l’expérience rapporte dans la mesure où c’est cette stratégie «agressive» disent certains, «préventive» disent d’autres, qui permet aujourd’hui à notre pays de faire face à la menace et de ne pas subir en plein les dommages collatéraux de la guerre au Mali. S’il y a une Armée que les terroristes craignent dans la région, c’est bien l’Armée nationale. C’est tant mieux.

lundi 11 février 2013

Un gouvernement d’union, pourquoi ?


L’initiative du Président de l’Assemblée nationale, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), a été rendue publique en grande pompe cette après-midi. Il a choisi pour ce faire le Palais des Congrès où se tenaient, il y a quelques heures encore, les assises des journées de réflexion de l’Union pour la République (UPR), le parti dit au pouvoir. Aucun lien entre les deux évènements.
La cérémonie de lancement arrive des mois après le lancement réel de l’initiative. Et chacune des parties a déjà dit ce qu’elle en pensait. On peut dire donc que «le repas a été entamé alors même qu’il était en cuisson» pour reprendre les termes célèbres d’un historien dont le travail a été pillé avant sa publication. Plusieurs avis qui ont été confirmés à l’occasion du lancement solennel de cette initiative.
Le premier est celui qu’exprime une partie de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) pour laquelle il s’agit là d’une reconnaissance de l’échec du dialogue dans lequel Messaoud Ould Boulkheir a été le facilitateur central. Opinion logiquement exprimée par Jemil Ould Mansour, le leader de Tawaçoul qui trouve que Ould Boulkheir, à travers son initiative reconnait l’existence d’une crise que le dialogue réalisé entre la Majorité et une partie de l’Opposition n’a pas pu résoudre.
Pour Mohamed Ould Maouloud de l’UFP et Saleh Ould Hanenna de Hatem, l’idée de mettre en place un gouvernement d’union nationale dont l’action sera indépendante vis-à-vis du Président de la République est bonne. Surtout qu’elle doit ouvrir à leurs yeux sur le départ de celui-ci. C’est l’opinion la plus partagée – l’espoir déclaré – au sein de la COD.
Pour certains pans de ce qu’il est convenu d’appeler la Majorité, c’est l’occasion de relancer le débat autour de l’ouverture du gouvernement sur d’autres composantes et d’entrevoir quelques rôles pour eux. Mais la Mauritanie dans tout ça ? la démocratie dans tout ça ? la logique ? le rapport de force ? l’équité ? l’opportunité ?
En décembre 2010, alors qu’on était en plein processus d’ouverture des acteurs politiques – les symboles acceptant de se rencontrer, de s’afficher ensemble -, on va assister à une radicalisation des positions qui atteint rapidement l’extrême : l’Opposition démocratique demande le départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui adopte à son tour une attitude de rejet vis-à-vis de cette Opposition qui a mis la barre très haut.
«Inspirée» par ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, cette opposition mobilise, depuis, tous ses moyens. Quand le Président de la République est victime d’un accident de tir, elle est déjà à bout de souffle. Sans avoir pu imposer le départ du régime, elle a été incapable d’imaginer une porte de sortie en usant de «l’art du possible». Au lieu de profiter de ce moment de «faiblesse» du régime pour donner ses preuves dans l’attachement à la stabilité du pays et à sa cohésion, certains acteurs y ont vu au contraire l’opportunité de faire trembler les fondements du régime par rumeurs interposées. Cela, comme les manifestations demandant le départ, a fini par profiter plutôt au régime qui a fait la démonstration de sa cohésion et de la vanité de ses détracteurs.
A tous, la proposition de Messaoud Ould Boulkheir est une aubaine qui peut sortir de ce «trou noir» où ils se sont retrouvés. Mais pour le pouvoir ?
A quoi peut servir un gouvernement d’union nationale et sur quelle base peut-il être formé ? Qu’est-ce qui peut pousser aujourd’hui Ould Abdel Aziz à accepter l’idée de formation d’un tel gouvernement ? Est-ce qu’il est aux abois ? Est-ce qu’il a besoin des propositions de gouvernance élaborées de l’autre côté et lesquelles ? A-t-il besoin de remettre en scelle une élite formée dans les classes qu’il dit combattre ?
Nous avons l’impression aujourd’hui que seule la participation à la gestion des affaires publiques importe aux acteurs qui se démènent, y compris ceux qui s’en défendent le plus. C’est très grave quand on comprend que les malheurs du Mali viennent de la démarche qui consiste à mettre en place un gouvernement d’union nationale. Ce qui a tué l’opposition donc le contrepouvoir.
Evitons le syndrome malien et comprenons que le front intérieur, pour se refaire et se consolider, a juste besoin d’acceptation des uns par les autres. Cette acceptation suppose l’application stricte du droit, la réalisation de la justice, la réhabilitation du mérite, la promotion de l’équité et le refus de l’exclusion. Si l’on fait cela, que ceux qui ont été élus pour un mandat respectent leurs engagements, que les autres les obligent à cela dans l’intérêt de la démocratie et du pays.
Il faut certes un peu de sérénité pour normaliser les rapports faits d’antagonismes de plus en plus aigus dans notre société : trop de violence couve à présent. Parce que seule la sérénité dans les rapports peut nous faire éviter les dérives qui menacent. Mais qui veut de cette sérénité ?

dimanche 10 février 2013

L’Etat, c’est chacun de nous


Samedi après-midi, une circulation un peu plus dense que d’habitude. Au carrefour dit «Bana blanc» deux agents du Groupement de la sécurité routière (GSSR) essayent d’organiser le passage là où ne se trouve pas le feu. A chaque file son tour, avec visiblement le souci de donner à chacun l’impression de ne pas avoir été lésé.
Je regardais les deux agents se démener, chacun de son côté pour faire respecter l’ordre et faire passer le plus de voitures et au plus vite, quand, surgissant de mon côté gauche, une Avensis (nouveau modèle), immatriculée 6706AR00, double notre file et force le passage malgré les injonctions de l’agent qui se trouvait. Il tente de s’interposer. Il est emporté par le véhicule dont le chauffeur refuse de s’arrêter. L’agent se maintient malgré tout sur le capot de la voiture rutilante. Sur une quarantaine de mètres. Les passants interviennent et forcent le chauffeur à s’arrêter. Il pouvait le ture ou le blesser. Il l’a humilié, ça c’est clair.
Je n’ai pas attendu pour savoir comment va finir cette histoire. J’espère tout simplement que le Groupement a les moyens de faire regretter au chauffeur ce comportement honteux et dangereux. J’espère que les parents et amis de ce chauffeur ne sont pas venus le soutenir et dire qu’«il n’est pas fautif»… Parce que je sais qu’il est impossible de trouver un Mauritanien «fautif». Chez nous, c’est, toujours, «la faute des autres». Jamais la nôtre.

samedi 9 février 2013

Ça ne va pas au Mali


C’est une lapalissade de le dire. Mais c’est aussi surprenant de le constater. Un pays comme le Mali qui a son Histoire millénaire, ses élites qui ont fait la fierté de tout un continent, son modèle qu’on croyait ancré et qui avait donné deux alternances politiques, ses traditions de dialogue et d’ouverture… un pays comme celui-là où l’on n’entend que les voix cultivant le racisme, appelant à l’exercice de la violence contre une partie de sa population, refusant le dialogue entre les protagonistes d’un conflit qui dure depuis trop longtemps… un pays comme celui-là où une partie de ses fils tire sur une autre alors que la Nation a besoin de la vaillance de tous ses fils pour se remettre debout, alors que l’Armée malienne a besoin des armes et des munitions utilisées par les «bérets verts» contre les «bérets rouges» (et par ceux-ci contre ceux-là)…
L’attentat perpétré par un kamikaze aux abords d’un poste de contrôle pourrait être le début d’une prolongation de la guerre contre le terrorisme. Ce qui laisse présager d’un avenir incertain pour une Nation qui a cru se mettre à l’abri depuis tous les accords et pacte nationaux signés par le passé. La gestion catastrophique du pays par ATT, la connivence des partis politiques qui voulaient participer à tout prix à l’exercice du pouvoir, la recherche continuelle d’un consensus «à l’africaine» (je ne sais pas ce que ça veut dire) et l’interférence des acteurs extérieurs ont entrainé le Mali dans le tourbillon qui a d’abord consisté en une fuite en avant et un refus de faire face aux menaces des terroristes qui prenaient possession d’une partie du territoire et de sa population. En désespoir de cause, le Mali de ATT cédait une partie de sa souveraineté à ces groupes mais aussi aux pays qui voulaient s’en prendre à eux. La démission de l’Etat malien a commencé ici. Elle s’est poursuivie avec le refus d’empêcher les groupes armés de revenir de la Libye s’installer et créer des bases sur place. Puis par l’entêtement à vouloir organiser des élections présidentielles, faisant fi de la situation de partition du pays. Enfin par l’intensification de la déconfiture de l’Armée dont les unités ont été dressées les unes contre les autres.
Si bien que quand éclate une mutinerie, somme toute anodine dans un pays africain en proie déjà à la guerre, elle prend vite la forme d’un coup d’Etat avant de provoquer l’effondrement de toutes les Institutions. L’intervention de la CEDEAO, loin d’arranger les choses, va les compliquer en engageant un processus de normalisation du coup d’Etat, l’artifice du retour à la «l’ordre constitutionnel» resté plutôt une consommation du fait accompli. Jusqu’à présent, c’est bien la présence d’une «autre tête» au sommet de la hiérarchie malienne qui perturbe la normalisation de la vie publique dans le pays : le capitaine Amadou Sanogo continue à tirer les ficelles depuis Kati. Tout ça parce que les pays «frères» et «amis» veulent chacun y trouver ou régler un compte.
S’il y des leçons à tirer pour nous, j’en retiendrai trois. La première est que la Mauritanie a bien fait en anticipant sur l’accomplissement des desseins d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) par des attaques et des enlèvements réussis opérés en plein territoire …malien (ce n’était déjà plus l’autorité malienne qui s’y exerçait). Sans ces attaques contre les bastions de l’organisation, à Wagadu et dans l’Azawad, le théâtre des opérations aurait été certainement la Mauritanie. Sans ces attaques et sans la restructuration de l’Armée, nous n’aurions absolument pas été épargnés par la guerre.
La deuxième leçon est relative à cette démarche du «consensus mou» que l’on croit entretenir par la formation d’un gouvernement d’«union nationale» ou de «large ouverture» et dont la première conséquence est la disparition de tout contrepouvoir. C’est bien ce qui est arrivé au Mali où l’ensemble de la classe politique a participé à la gestion du pouvoir, un pouvoir qui a installé un système corrompu et clochardisé par la criminalité internationale (trafic de drogue, enlèvements, terrorisme…). Une telle démarche qu’on veut «inclusive» est en réalité catastrophique en démocratie, surtout dans les démocraties naissantes où une proposition alternative doit toujours exister.
La troisième leçon concerne le danger que fait peser sur des pays comme les nôtres, la diversité ethnique et/ou culturelle mal gérée. L’instrumentalisation des différences mène fatalement à l’exacerbation des antagonismes qui sont souvent artificiellement entretenus par les partis, gouvernants ou opposants, en vue de réglages destinés à cacher les insuffisances en matière de propositions pour la communauté.
A y regarder de près, le Mali est encore plus proche de nous que certains d’entre nous ne le pensent.

vendredi 8 février 2013

Guerre à l’apostasie


Récapitulons. Le 17 décembre 2010, une petite bourgade de Tunisie s’enflamme à la suite d’un acte de désespoir commis par un chômeur, vendeur à la sauvette que la police municipale exaspérait et qui entendait culpabiliser cette police devant laquelle il était incapable de résister. En s’immolant, Mohamed Bou’zizi faisait recours à un nouveau moyen de résistance sous les latitudes arabo-islamiques. Mais il provoquait la population qui croulait, depuis trop longtemps, sous le joug de l’arbitraire. Il en «sortait» une première «révolution», suivie de près par un mouvement en Libye, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, en Syrie… pour ne citer que les pays sérieusement ébranlés.
En Tunisie et en Egypte, le mouvement insurrectionnel a entraîné la chute des deux régimes honnis, sans guerre civile comme en Libye, au Yémen, en Syrie (où la guerre civile continue). Du moins le départ de leurs premiers symboles : Zine el Abidine Ben Ali pour la Tunisie et Hosni Moubarak pour l’Egypte. Des élections furent vite organisées et, naturellement, dans chacun des pays, c’est le parti qui avait eu les moyens de s’organiser et le temps de reprendre les «réseaux» (sociaux et politiques) pour son compte qui a réussi : Ennahda en Tunisie et la confrérie des Frères Musulmans en Egypte.
Commençait alors pour les deux sociétés, tunisienne et égyptienne, une régression qui n’en finit plus. Pour aboutir à l’exercice de la violence politique. Au grand jour.
Assassinats, sac des sièges de partis, répressions violentes et sans discernement, tortures, humiliations… toutes les expressions de l’arbitraire que l’on croyait définitivement abolies avec l’avènement du «printemps arabe» revenaient en surface. Comme si la «révolution» n’était effectivement qu’une alternance dans le métier du bourreau : on change la main qui tient la cravache contre une autre, la cravache reste et avec elle l’instinct de l’utiliser contre la population désemparée. Avec en bonus les assassinats politiques.
Chokri Belaid, cet opposant tunisien assassiné froidement, est la première victime d’un système de pensée qui pense le Monde en deux : le Bien et le Mal. C’est plus que le manichéisme qui reste «humain». Cette pensée est renforcée par le fait de vouloir l’imposer parce qu’elle relèverait du divin. Elle est l’absolue Vérité et toute velléité de la remettre en cause est assimilée à une hérésie, une apostasie.
Toute manière de voir le déroulement du Monde, de concevoir l’action afin d’y participer, de rêver l’idéal pour soi et pour ses semblables, est hétérodoxe, déviance à combattre. Son auteur mérite la mort, même si tous les Exégètes références lui accordent trois jours pour le voir «revenir sur le droit chemin».
Dans le Monde de ceux-là, chacun peut se substituer à la Loi divine, chacun peut interpréter les textes de façon indiscutable, chacun peut décréter la sentence sans appel… Il suffit d’être l’un des leurs pour ne plus être susceptible de fauter.
Des Chokri Belaïd, il y en aura encore et encore, partout dans le Monde musulman, partout où il se trouvera des gens qui croiront que leur lecture du Monde est une Vérité qui ne souffre pas la remise en cause. Autant dire partout dans le Monde musulman d’aujourd’hui. Même chez nous.  
La vraie bataille à mener ici est bien celle de barrer le chemin à toutes les pensées uniques qui ravagent le Monde environnant et de faire en sorte pour que la Mauritanie évite la route empruntée – très empruntée – en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Syrie… C’est aux forces progressistes, s’il en existe encore, d’agir tant que c’est possible.

jeudi 7 février 2013

Les conditions pour participer


Mercredi soir, TVM recevait Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des forces du progrès (UFP) dans le cadre de son effort d’ouverture sur le monde politique. Il en est sorti la volonté de vouloir sortir de la logique du «dégage» qui semble avoir fait aboutir à une impasse. Ce qui a mené à une proposition qui comprend la constitution d’un gouvernement d’ouverture, l’ouverture de la CENI, l’audit de la liste électorale, le choix d’un responsable de l’Etat civil… Comme si la perspective politique est désormais celle-là : l’organisation d’élections législatives et municipales. Ce qui est déjà une avancée pour des acteurs qui ont été bloqués pour avoir été emballés par le vent qui a soufflé sur le monde arabe.
Reste que Ould Maouloud, même s’il a exprimé toutes les nuances qui marquent les lectures de son parti, n’est pas allé jusqu’à reconnaitre les divergences qui sont réelles. Fatalement réelles.
En réalité, l’UFP ne partage avec ses partenaires de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) que l’aversion – pour ne pas dire la haine – très prononcée du pouvoir et de son premier responsable Mohamed Ould Abdel Aziz. Comme la gauche en Tunisie et en Egypte, l’antagonisme avec les Islamistes (Frères ou pas) a toujours été fort. Avec eux, jamais trêve n’a été décrétée. Avec les autres partis, c’est fondamentalement la «lutte des classes» qui divise : la plupart des «animateurs» de ces partis sont situés sociologiquement, culturellement et politique dans le camp de la «féodalité rétrograde». Autant dire que l’entente entre les partenaires d’aujourd’hui est juste «de saison». Rien que des accommodations qui permettent de passer un cap sans aller au fonds des choses. Jusqu’à quand ?
Le président Mohamed Ould Maouloud est assez fin pour ne pas se laisser acculer, ni lui faire dire ce qu’il ne veut pas dire ou il ne peut pas dire. Mais sur la question du Mali, toute la divergence de point de vue est apparue. La position exprimée était claire et conforme à tout ce que fut l’UFP et au combat que Ould Maouloud incarne. Dénonciation de l’action des groupes criminels qui ont conduit à l’effondrement de l’Etat malien puis à la partition de ce pays. Distinction entre l’action criminelle de ces groupes et les revendications, peut-être légitimes, des Maliens. Ces revendications doivent être satisfaites dans le cadre d’un dialogue national global et ouvert. Alors que le traitement de la question de la criminalité est du ressort du gouvernement malien qui peut, en toute souveraineté, faire appel à ses alliés pour éliminer le danger. Et les fatwas ? Ould Maouloud a la parade : «nous sommes là pour une fatwa politique…» Pas de clash avec ceux qui fonctionnent à coup de fatwas, façon de légitimer «religieusement» leurs choix et d’imposer leur diktat. En tout cas pas pour le moment…
La sortie de l’UFP a été politique. Son président, Mohamed Ould Maouloud est resté calme, il était le seul à parler, à exprimer les positions de son parti… et il s’en est plutôt bien sorti, même s’il a dû regretter de ne pas avoir parlé des «conditions de vie des populations» mais «seulement de politique».
Le téléspectateur que je suis, était frustré de ne pas voir cet homme politique – sans doute le plus fin des acteurs – aller jusqu’au bout de ses raisonnements. La logique de la préférence du dialogue en toute circonstance devait mener à la participation au dialogue entre pouvoir et opposition. La logique de la question malienne devait mener à reconnaitre que la politique suivie par le pouvoir de Ould Abdel Aziz était la meilleure. La logique du refus de la «fatwa religieuse» dans le domaine politique devait éloigner de certaines accointances. La logique «tranquille» de la recherche effrénée du «compromis historique», un dogme chez ces gens-là, devait faire rompre avec celle du «dégage»…

mercredi 6 février 2013

Le retour de la bête


Tout y était, même la grisaille d’un temps bâtard où un vent chargé de poussière se lève pour retomber immédiatement, comme s’il s’agissait de rappeler aux humains la précarité de l’environnement dans lequel ils se meuvent.
Il y avait là tout pour me rappeler quelques (mauvais) souvenirs d’un passé que nous tentons, inconscients que nous sommes, d’enfouir dans nos têtes, comme si les images appartenaient à une autre époque, un autre monde…
C’était l’époque du «complot permanent», celle qui a vu la plus grande partie de ceux que le pays comptait en termes d’élites «dérangeantes» passer entre les mains de la police, le plus souvent aller jusque devant les juridictions, pour finir en «dépôt» à la prison, avant de bénéficier d’une liberté provisoire… Mais en fait, on se disait à l’époque que nous étions tous en liberté provisoire. Au moins dans l’aspect aléatoire de cette liberté : on pouvait aller en prison pour …rien. La mise en scène s’accompagnait d’un cérémonial destiné à faire «partager» les malheurs de ceux qu’on a décidé de cibler : parents et amis doivent souffrir dans l’attente de savoir ce qu’il adviendra des leurs en train d’être «entendus» par un Procureur dont on sait à l’avance les choix…
Hier, devant le Palais de Justice de Nouakchott, quelques dizaines de personnes attendaient pour savoir ce qu’il adviendra de Mohamed Ould Debagh, vice-président du Groupe BSA qu’on accuse d’avoir «mis en banqueroute» la société Mauritanie Airways. Comme par hasard au moment où le Groupe auquel il appartient subit plusieurs «ciblages» (fisc, BCM…).
Quand j’apprends que le Procureur qui l’entend n’est autre qu’un Magistrat qui a été un «confrère», je sais d’avance que mon ami passera la nuit en prison. Quand il faisait ses premiers pas dans une «certaine presse», en fait comme chef de rédaction dans le complexe Al Bouchra et la Vérité – deux journaux créés à l’époque pour insulter, vilipender tous ceux qui sont dans la ligne de mire d’un pouvoir boulimique d’arbitraires, l’une des victimes les plus prisées de ces deux journaux était… Mohamed Ould Bouamatou et son Groupe naissant. Comme le Destin «arrange» les choses, voilà que le Groupe est encore «livré» à celui qui a «ouvert (grands) les yeux» sur le Monde dans un univers comme celui d’Al Bouchra et de la Vérité…
Qu’importe si Ould Debagh dont le Groupe ne détenait pas 40% de Airways (51% aux Tunisiens, 10% à l’Etat mauritanien). Qu’importe si rien n’engageait sa responsabilité dans la gestion de la société. Qu’importe s’il a, en tant que président du Conseil, essayé et réussi à régler tous les arriérés des travailleurs n’ayant pas pu trouver du travail. Qu’importe s’il a préservé scrupuleusement le patrimoine de la société après sa faillite. Qu’importe si les travailleurs, dans leurs premiers mouvements de protestations, s’étaient toujours adressés à l’Ambassade de Tunisie et ont toujours dirigé leurs actions contre les Tunisiens. Qu’importe si… qu’importe… Ould Debagh devait aller en prison… il y est. Pour combien de temps ? Peu importe dans la mesure où il n’en souffrira pas, où personne de ses proches n’en souffrira…
Ma petite Teti, ce que ton esprit d’enfant doit retenir c’est que ton père, mon ami, mon frère, n’a pas volé, n’a pas trahi, n’a pas menti… d’ailleurs ce n’est pas pour des raisons pareilles qu’on va en prison chez nous…