A voir absolument sur le net ce site animé par notre ami Vincent
Bisson, directeur d’un cabinet international d’expertise sur les questions
liées au devenir de notre région. Autre d’une brillante thèse dont le tiers est
consacré à la Mauritanie (en plus de la Tunisie et de la Jordanie), Vincent
Bisson travaille sur toute la région arabe.
Le site est une vitrine qui permet au public d’accéder
aux activités du cabinet ARAN (arab-analysis). C’est un site d’information mais
aussi d’analyses sur la situation dans le Monde arabe d’aujourd’hui. Au moment
où ce Monde arabe vit de grands changements marqués par le retour de la volonté
populaire sur l’échiquier sociopolitique, l’apport que constitue ce site est
évident.dimanche 6 janvier 2013
samedi 5 janvier 2013
Manque d’animateurs
Le phénomène des radios et télévisions privées me permet de faire un
constat : ce qu’on reprochait à Radio Mauritanie et à TVM en matière de
compétences à diriger les débats, à donner l’information, à présenter les
dossiers d’information, n’est pas inhérent aux institutions mais relève des
capacités intrinsèques des Mauritaniens à animer… Il suffit de suivre l’une des
émissions de débat sur n’importe quelle nouvelle chaine privée pour s’en
convaincre. Si l’on excepte Mohamed Mahmoud Ould Eoulmaaly de Radio Nouakchott,
vous êtes fatalement en face d’un journaliste qui ignore complètement et le
parcours et la personnalité de son invité et les sujets dont ils peuvent
parler. La tendance est de couvrir cette ignorance, soit par une agressivité
excessive qui prend vite l’allure d’un affrontement qui n’a pas sa raison d’être,
soit par l’effacement devant l’interlocuteur.
J’ai suivi plusieurs personnalités politiques et culturelles répondre à des
journalistes évidemment mal préparés à leur faire face. Alors que la direction
d’un débat est d’abord une question de préparation. On n’invite pas Hamden Ould
Tah quand on ne sait pas quoi lui demander. Ni Bedredine, ni Ould Maham, ni
Sarr, ni Ould Messaoud… quand on ne sait de ces gens que ce qui se rapporte à l’actualité,
quand on ne connait pas le background qui a produit chacun de ces hommes, le
parcours de chacun, l’interview que l’on espère risque de tourner au ridicule. Et
c’est souvent le cas…
Et l’on revient à cette culture de la médiocratie qui fait que tout
Mauritanien se croit spécialiste en tout (‘aalimou koulli vannin) et peut donc
parler de tout et avec n’importe qui. Cela a donné cette fameuse émission
présentée à la radio et à la télévision et où la concurrence entre le faqih et
le médecin est très forte, chacun voulant répondre à toutes les questions. Genre
de réponse fatale : «…hadha hraam ‘liik itçoum…» du médecin et/ou «…hadha
yalla t’iss min kadha biih illi mahu ma’loum viik…». La première réponse qui
relève du «licite ou de l’illicite» est celle du médecin, la seconde qui est du
domaine de la santé est du faqih. On intervertit facilement les rôles parce que
chacun se croit investi d’une compétence naturelle à répondre à tout.
Et pour revenir aux
interviews, débats et émissions d’enquêtes sur les nouvelles chaines, nos
jeunes confrères gagneraient à bien préparer leurs sujets pour pouvoir tout
dévoiler de la personnalité de leurs interlocuteurs. Sans risque pour eux.vendredi 4 janvier 2013
La faillite des mairies
Il est vrai que la décentralisation est un échec au moins dans son aspect «transfert
de compétences» aux collectivités locales… Mais ce ne peut être une excuse pour
justifier cette démission des mairies qui consiste à laisser leurs chefs-lieux
de commune dans le délabrement le plus total. Il suffit de voir toutes les
entrées de villes, de villages et de bourgs transformées en dépotoirs de
poubelle. C’est toujours la première image qui frappe quand on fait son entrée
dans une agglomération mauritanienne. De Nouadhibou à N’Diago, à Fassala à
Choum… Zouératt et F’dérick pourraient être une exception grâce au concours de
la SNIM, notamment de la direction EVB chargée de l’entretien et de la voirie
notamment. Et pour Zouératt, grâce à l’action de la mairie dont le premier
responsable est cité parmi ceux dont l’expérience est plutôt bonne. La mairesse
de Tevraq Zeina fait partie aussi de ces deux ou trois maires qui essayent et
qui parviennent tant bien que mal à engager des actions profitables à leurs
populations. Boutilimitt pour être complet… et c’est tout !
J’ai récemment été dans la capitale économique qui a subi des
transformations dans son schéma urbain, avec notamment de nouveaux lotissements
bien organisés, des routes larges et bien tracées… Mais la ville est un
véritable dépotoir. Partout la poubelle. Ce qui donne cette impression de
promiscuité et de bidonville. Le Nouadhibou d’il y a quelques années est
insoupçonnable aujourd’hui. Quand El Qassem Ould Bellali veillait lui-même en
tant que maire de la ville à l’accomplissement effectif des tâches de la
mairie. On est très loin de cette époque…
Je crois que tant que les élites de chez nous ne sont pas comptables de
leurs actions, tant que les responsables ne répondent pas de leurs actes, il n’y
a pas grand-chose à espérer. Nous avons, depuis des décennies, rompu avec la
reconnaissance du mérite. Le règne de la médiocratie en est résulté. Ceux qui
sont promus pour des raisons autres que la compétence et l’efficacité. Cela a
déteint sur tous les aspects de la vie.
Si Mme Mint Abdel Malik s’efforce de maintenir le rythme de travail à
Tevraq Zeina, ce n’est certainement pas parce qu’elle est constamment
encouragée par ses pairs ou par les cadres de sa commune. C’est par engagement
personnel. Et c’est ce qui est louable chez les gens qui réussissent ou qui
essayent de réussir chez nous : ils travaillent dans l’intérêt de tous et
se retrouvent toujours obligés de perdre de l’énergie et du temps à faire face
à l’hostilité de ceux qui sont sensés en profiter. Parce qu’il n’y a pas
sentiment plus hostile que l’indifférence, que le refus de reconnaissance…
3 maires sur 208 pourraient mériter une distinction… c’est peu… trop peu…
jeudi 3 janvier 2013
Le Monde change…
Sur son site www.ichidou.net, Me Mohameden Ould Ichidou, avocat, opérateur
politique et (grand) homme de culture, raconte, pêle-mêle, quelques souvenirs
qu’il essaye merveilleusement bien de lier entre eux pour en faire une fresque
où se superposent des tableaux de plusieurs Mauritanie-s.
Celle qui a fait son enfance et qui baignait dans l’insouciance et le
bonheur d’être. Cette Mauritanie-là se distinguait par la facilité de l’accomplissement
de soi. Puis la Mauritanie dite «moderne» qui demande une préparation, des
efforts pour réussir l’accompagnement d’un Monde qui s’impose à soi. Cette Mauritanie-là
est celle d’une transition inaccomplie… Enfin, la Mauritanie des accidents,
celle qui a souffert de la crise écologique née de différentes sécheresses qui
ont détruit le cheptel et limité l’activité agricole. Une Mauritanie qui a subi
la destruction de son tissu économique traditionnel autour duquel se maintenait
un système social cultivant des valeurs que l’on croyait immortelles… C’est
cette Mauritanie-là dont nous vivons encore l’agonie… Les évolutions y sont
rapides et brusques. Les processus inexistants parce que tout peut arriver n’importe
quand et avoir n’importe quelle conséquence, parce que tout est fruit de l’accident.
Et pour traduire cet état de fait, je m’en vais reprendre cette histoire qu’il
raconte dans un style qu’il est le seul à pouvoir produire.
On est en 1987, l’avocat qu’il est défend son ami et compagnon Baypekha,
armateur propriétaire d’un bateau qui avait été heurté par un chalutier
espagnol que l’avocat essayait de faire payer les dommages. Une semaine que les
négociations duraient. La partie espagnole annonce l’arrivée, dans la soirée, d’un
avion spécial transportant le directeur général de la société à laquelle le
chalutier appartient et les pièces endommagées par le chalutier.
Les négociations reprennent, cette fois-ci en présence du premier décideur
de la société espagnole. Elles durent toute la nuit. L’avocat de Baypekha ne
veut aps entendre parler d’une simple réparation de pièces, mais de dommages. La
partie espagnole veut s’en tenir au remplacement des parties endommagées.
A un certains moment de la nuit, on s’arrête pour un café. Un moment de
détente. Les deux négociateurs en chef, le directeur général de la société
espagnole et l’avocat Me Ichidou, se retrouvent face-à-face. L’avocat se
surprend en train de fixer le visage de son vis-à-vis, de plonger dans son
regard comme lire en lui. «Tu n’es pas Akhyarhoum Ould Ahmed Ould Brahim dit Kaw ?» «Açlaana huwa yakhuya…(c’est bien moi, frère)». Les mots viennent d’eux-mêmes…
Les deux hommes s’étreignent longuement. Ils ne sont pas vus depuis la fin des
années 50, quand, jeunes, ils passaient de campement en campement, de tente en
tente, dans cette Mauritanie de l’insouciance et de la plénitude.
37 ans après, ils se
retrouvent, chacun emporté par une vague qui l’a mené là où il est. Les négociations
sont clôturées le soir même par la satisfaction des deux parties. Les deux
hommes se quittent pour ne jamais se revoir que peu de temps avant la mort de «Kaw»
qui préfèrera rentrer ici pour terminer sa vie parmi les siens.mercredi 2 janvier 2013
Le casse-tête chinois
A Nouadhibou, on reparle encore du fameux projet de pêche des Chinois,
celui qui a fait couler beaucoup de salive et d’encre en 2010-2011. Lancé lors
des festivités marquant le cinquantième anniversaire, ce projet était voulu par
les Mauritaniens comme un exemple de partenariat bénéfique pour les deux
parties et pouvant être une alternative aux autres accords qui s’arrêtent à l’exploitation
de la ressource sans grande contrepartie pour le pays. Au terme de la
Convention signée par les deux parties et adoptée par le Parlement mauritanien,
la partie chinoise s’engage à construire à terre un investissement équivalent à
100 millions dollars. Une usine de transformation, une de glace, des frigos, un
chantier naval pour construire des embarcations pour la pêche artisanale… Pour
attirer l’investisseur, la Mauritanie acceptait de lui offrir de nombreux
avantages dénoncés à l’époque sous prétexte qu’ils prenaient l’allure d’un
bradage.
La Convention, sur laquelle nous reviendrons dans le cadre d’un dossier qui
lui sera consacré par le journal La Tribune, cette Convention devait être mise
en œuvre à travers un protocole discuté et signé tous les cinq ans. Et c’est
parce qu’il arrive à mi-parcours, que le présent protocole qui a aujourd’hui
trois ans de mise en application, est l’objet d’une évaluation des deux
parties.
Pour la partie mauritanienne, il s’agit de remettre de l’ordre dans la mise
en œuvre de la Convention et de réhabiliter son esprit. En fait, la Mauritanie
attend de la Convention trois gros avantages : 1. Près de trois mille emplois
effectifs et permanents ; 2. Le transfert des compétences par la formation
de techniciens ; 3. Le développement d’une plus-value par la
transformation du produit sur place.
En plus de ces attentes «majeures», la partie mauritanienne espérait
développer une flotte pélagique battant pavillon mauritanien et susciter l’envie
d’en faire de même chez d’autres investisseurs. Après trois ans d’activité, les
emplois se comptent en quelques trois cents (moins selon certaines sources),
aucune formation n’a été faite et toujours pas d’usine de transformation. Les Chinois
se contentant d’exploiter la pêche de fonds en s’engouffrant par la brèche
ouverte par les termes vagues de la Convention qui dit que le projet de pêche
se développera «essentiellement» autour du pélagique, sans en déterminer
la proportion. Jusqu’à présent l’effort de pêche des Chinois s’est porté sur
les céphalopodes qui rapportent beaucoup plus et demandent moins d’efforts.
Autre point de discorde, quand la Convention était signée, le poisson
pélagique avait été vendu aux Chinois à raison de 53 dollars la tonne, il coûte
aujourd’hui 123 euros la tonne au bas mot ! Comment résorber le manque à
gagner pour les Mauritaniens et surtout comment justifier la vente à prix
élevés aux autres opérateurs dans le secteur (Européens, Russes etc.) ?
Plusieurs rounds d’âpres discussions n’auront pas permis jusqu’à présent de
faire converger les deux partenaires qui sont au bord de la rupture si elles n’arrivent
pas à se résoudre à accepter de renégocier sérieusement les termes du
protocole, en attendant de revoir la Convention dans son ensemble.
La partie mauritanienne ne peut pas payer le prix politique, social et
économique de continuer à fermer les yeux sur un projet qui la désavantage même
s’il venait à respecter ses engagements en matière d’emplois, de transfert de
savoir et de technologie. A plus forte raison…
Il faut dire que la campagne politique et médiatique ayant accompagné le lancement
du projet et le passage de la Convention devant le Parlement a déjà coûté très
cher au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz qui a été ouvertement accusé par ses
opposants d’être le principal bénéficiaire du projet. Aujourd’hui que le
Président prend lui-même la décision de revoir les conditions du protocole en
confiant le dossier à des techniciens plutôt qu’à des politiques, il dément de
fait toutes les allégations émises par ses détracteurs.
Aux dernières nouvelles, l’activité céphalopodière du projet a été arrêtée
sur injonction du ministre des pêches. La partie chinoise accusant le ministre
des pêches de faire blocage pour raisons «personnelles» a exigé l’ouverture d’un
nouveau round de négociations avec cette fois-ci la présence du ministre des
affaires économiques et du développement (MAED) ou de son représentant… le
ministre qui avait signé la convention alors qu’elle était encore libellée en
Chinois… Souvenez-vous que quand La Tribune révélait l’affaire dans son édition
du 25/10/2010, on titrait : «Les chinoiseries du MAED, ou quand bradage
rime avec Fessad»… La réunion devrait se tenir dans les jours qui viennent pour démêler ce casse-tête chinois.
Que va-t-il en sortir ?
mardi 1 janvier 2013
Bonne année 2013
Je m’en vais vous proposer à lire l’éditorial du N°482 du 3 janvier 2010,
en espérant que des choses auront changé depuis :
«Nous
venons de dire adieu à une année… de plus. 2009… comment faire pour que les
années qui se suivent ne soient que des années qui se suivent pour nous ?
Comment inverser cette tendance qui est celle de la dégradation de notre
environnement et de nos conditions ? Faisons le bilan…
L’année
qui commence verra des pays dont la Mauritanie, célébrer leur cinquantième
anniversaire d’indépendance. «Dis papa, à quoi sert l’indépendance ?»
faisait un caricaturiste à un enfant africain qui assistait à des festivités
commémorant un anniversaire d’indépendance. Tous les enfants mauritaniens ont
le droit aujourd’hui de se poser cette question.
Quand
le pays accède à l’indépendance, il fait face à deux défis : la
reconnaissance en tant qu’entité indépendante à l’extérieur et l’acceptation de
son autorité par les populations de l’intérieur.
Pour
les premiers responsables de l’époque, il s’agissait de croire au destin d’une
Nation, de faire adhérer les leurs à cette croyance, de la bâtir ensuite et de
faire participer les leurs à l’entreprise de construction. Deux attitudes qui
ont fait la force de l’équipe première : l’humilité et la détermination.
L’humilité
a donné la simplicité qui est l’un des caractères fondamentaux de la culture
sociale originelle. Elle a créé une sorte d’aura insufflant une certaine
légitimité à l’entreprise de l’époque. Elle a aussi donné la spécificité d’une
communauté qui n’avait rien à cacher, surtout pas son dénuement. La vérité de
l’image a constitué à mon avis l’une des forces du moment.
La
détermination nécessitait un profond sentiment de dignité. En revoyant les
images de l’époque, ce qui frappe ce n’est jamais l’apparat, mais c’est bien
l’air digne des acteurs de la scène. L’impression qu’ils s’assumaient et qu’ils
s’accomplissaient.
Pour
le pays, cela s’est traduit par l’adoption d’une attitude qui reflétait deux
vocations qui semblaient «naturelles» pour la Mauritanie : celle d’être
une terre de convergence et celle de choisir le camp de la modération et de la
mesure. Mokhtar Ould Daddah rêvait de faire de ce pays, «la Suisse de
l’Afrique»…
Qu’avons-nous
fait de nos cinquante années ?
C’est
à l’école et à travers elle que nous pouvons évaluer la réalisation du projet
Mauritanie. Comment va notre école ? Très mal, me direz-vous. Encore plus mal
que vous ne pouvez imaginer, vous rétorquerai-je. Sans la perspective d’une
amélioration. Parce qu’avec les choix de la Mauritanie nouvelle pour le
secteur, on peut penser que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz ne pense pas à
l’urgence d’une action dans le secteur de l’éducation. Sinon comment comprendre
ces choix ? Quel genre d’individu produit cette école ? Quel rôle de
creuset joue-t-elle ? Quel moule est-elle ?
Les
hauts responsables – ministres, président, Premier ministre, présidents des
chambres…- envoient leurs enfants dans des écoles privées, si ce n’est l’école
française et dépendances. Les responsables du pays sont les premiers à
manifester leur manque de confiance dans tout ce qui est public. Et nous
voulons que le citoyen lambda se comporte autrement…
Sur
le plan économique, qu’est-ce qui a été fait et dont on peut être fier ?
Une société mauritanienne pouvant jouer la concurrence ailleurs ? Une
production de denrée de première nécessité ? Une autosuffisance
quelconque ?
Les
politiques économiques ont été catastrophiques. La gestion du pays calamiteuse.
La pêche qui aurait dû être la manne pour le pays, est incapable de décoller.
Alors que le Maroc dont les potentialités sont moindres tire d’énormes profits
du secteur, la Mauritanie traîne à en tirer réellement profit. Ni sur le plan
des infrastructures, ni sur celui de l’emploi, ni la production, ni la
commercialisation…
Tout
comme l’agriculture qui peine. Des milliards investis… pour pas grand-chose. On
est loin de l’autosuffisance alimentaire, loin de l’exploitation de toutes les
potentialités, loin de disponibiliser les emplois possibles…
L’élevage
est laissé en marge. Pour un pays à vocation nomade, à forte population
d’éleveurs (Bidahâne et Peulhs), c’est le comble…
50 ans… nous avons besoin de redonner espoir à notre
peuple… d’innover… de faire rêver… de rompre avec nos croyances anciennes et
récentes… d’impulser une mentalité neuve… croire à la valeur du travail et
revaloriser son produit… réhabiliter le mérite et la compétence.»lundi 31 décembre 2012
2012, l’année du dragon
Je sais… je sais… j’ai appelé ainsi l’année 2003 et toutes celles qui l’ont
suivie. Sous nos cieux, toutes les années sont celles du dragon (‘aam elghoul).
Une manière de dire la fragilité d’un pays qui se cherche, un pays qui n’en
finit pas de se chercher et qui n’arrive pas à se retrouver. D’une société
émiettée et déstructurée qui n’arrive pas à réhabiliter ses valeurs originelles
tout en refusant de s’adapter au monde auquel elle est sensée appartenir.
Le grand évènement de l’année 2012 aura été cet accident malheureux dont a
été victime le Président de la République le 13 octobre dernier. Malheureux pour
ce qu’il a failli causer – la mort du Président en exercice -, mais aussi pour
ce qu’il a causé de …dommages collatéraux.
L’accident, comme tout accident du genre, nous a révélé quelques-uns de nos
défauts les plus prononcés. D’abord la propension au mensonge et la
décrédibilisation de la vérité. Ensuite la vacuité du discours politique qui se
trouve réduit à son expression la plus triviale. Enfin la méchanceté – parfois gratuite
si ce n’est pas souvent – des protagonistes.
L’accident a aussi révélé que le pays pouvait fonctionner normalement
malgré l’absence du chef qu’on qualifiait d’absolu, que le système est assez
consistant pour fonctionner dans les pires des conditions et que la population
n’est pas prête à suivre tous les «appels d’air» qui se créent avec vocation d’aspirer
le pays et de l’entraîner au milieu d’un tourbillon.
Les ennemis du régime auront tout essayé pendant cette épreuve, mais rien n’a
été ébranlé. Quelles leçons faut-il en tirer ?
Il faut adopter une approche
plus raisonnée, plus réfléchie, finalement plus politique pour permettre à la
Mauritanie d’affermir le processus démocratique et de renforcer l’Etat de
droit. Pas travailler continuellement et inlassablement pour conquérir un
pouvoir dont on ne saura pas quoi faire le jour où il vous échoit entre les
mains.
Inscription à :
Articles (Atom)