dimanche 2 septembre 2012

C’est quand même un musulman


Le MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) vient de déclarer qu’il a procédé à l’exécution du diplomate algérien, Taher Twati qui faisait partie du groupe du Consulat algérien à Gao. Il en restait quatre aux mains de leurs ravisseurs du MUJAO qui avait lancé un ultimatum menaçant d’exécuter le vice-consul Taher Twati.
Le MUJAO est cette organisation, génération spontanée, avatar si vous voulez de AQMI, qui s’est déclarée au lendemain du rapt des humanitaires occidentaux des camps sahraouis près de Tindouf. Profondément anti-algérien, le mouvement a revendiqué des attentats dans le sud algérien. C’est à l’occasion de l’occupation de Gao que le mouvement a enlevé six diplomates algériens dont le consul et son adjoint. Il a fini par libérer deux des otages et essayé de marchander les autres.
L’Algérie qui travaille pour une résolution contre le paiement des rançons aux terroristes et qui s’était fâchée avec le Mali pour avoir libéré des terroristes dans le cadre de négociations, cette Algérie est dans une mauvaise posture. Elle ne peut accepter de marchander alors que le MUJAO semble déterminé à exécuter les otages.
Quand le gendarme mauritanien avait été enlevé par AQMI, les autorités avaient trouvé une formule d’échange qui n’affectait en rien leur détermination à ne pas libérer de combattants faits prisonniers. C’est contre un trafiquant intermédiaire, de nationalité malienne, que le gendarme avait été libéré. Le groupe responsable de son rapt avait fait l’objet d’une attaque aérienne au lendemain de sa libération. Une manière pour les Mauritaniens de dire que ces actes ne resteraient pas impunis.
Que peut faire l’Algérie aujourd’hui ? Le MUJAO a été coupable d’acte de guerre vis-à-vis de l’Algérie qui doit répondre au plus vite. Sinon, elle se sera rendue coupable d’avoir abandonné les siens.
Reste à savoir comment et pourquoi une organisation qui prétend s’inspirer de l’Islam peut justifier le meurtre d’une personne qui proclame la profession de foi (laa ilaaha illa Allah, Mohammad rassoul Allah). A y penser, on ne peut qu’être terrifié par les choix de ces organisations, mais aussi par le silence assourdissant des activistes politiques et ceux de la société civile dans nos pays.
Taher Twati a été exécuté hier, samedi et jusqu’à présent aucune voix «musulmane» ne s’est élevée pour condamner cet acte barbare. Ni parti, ni Imam, si syndicat… grave, non ?

samedi 1 septembre 2012

L’affaire Mussa Sadr


C’est un vieux dossier qui pourrait trouver son dénouement en Mauritanie. Le 31 août 1978, l’Imam Mussa Sadr, un chef Chiite libanais, disparaît sans laisser de traces, en même temps que ses deux collaborateurs qui l’accompagnaient au terme d’un périple dans les pays arabes en vue de plaider pour un sommet au lendemain de l’occupation du Sud-Liban par les forces israéliennes (mars 1978).
Les autorités libyennes ont toujours soutenu que l’Imam Sadr avait quitté le pays pour l’Italie. Ce que le gouvernement italien a toujours réfuté.
L’Imam Mussa Sadr est une autorité du Chiisme, mais aussi l’une des plus grandes figures politiques et religieuses du pays du cèdre. Là-bas, ce philosophe et exégète du Chiisme avait promu un dialogue interconfessionnel. Poussant le sens de l’ouverture jusqu’à assister, en 1963, à l’intronisation du Pape Paul VI. Il est le premier Chiite (et le seul) à participer à un tel évènement. Autre signe : sa présence lors de l’inauguration de la cathédrale Saint-Louis de Beyrouth.
Il a usé de son charisme et de son aura pour stopper la guerre civile qui a détruit le pays en ces années sombres. Il est même allé jusqu’à décréter une grève de la faim pour protester contre la constitution d’une milice de confession chiite (Amal). C’est dire que sa disparition avait suscité un grand émoi dans les milieux progressistes arabes et particulièrement dans son pays.
A-t-il été tué par Kadhafi sur demande des Syriens et des Palestiniens qui le percevaient en adversaire ? a-t-il été liquidé suite à une altercation avec les autorités libyennes déjà fortement marquées par les humeurs pathologiques de Kadhafi ? Personne ne peut répondre même si, en février 2011, l’Ambassadeur libyen auprès de la Ligue Arabe, avait déclaré qu’il avait été tué et enterré non loin de la ville libyenne de Sebha. Au Liban, la question est toujours d’actualité.
C’est pourquoi, le pays de Sadr fait des démarches auprès des autorités mauritaniennes pour avoir de nouvelles informations par Abdallah Senoussi, l’ancien chef des renseignements libyens arrêté à Nouakchott dans la nuit du 16 au 17 mars 2012. Surnommé «la boîte noire de Kadhafi», Senoussi pourrait effectivement avoir quelques renseignements là-dessus, lui qui a été de toutes les basses besognes. Comme quoi la position du gouvernement mauritanien était plutôt juste.
En effet, en acceptant de livrer Senoussi avant de «faire le point» avec lui, la Mauritanie se serait privée d’une mine d’informations concernant l’histoire du Monde arabe et musulman, mais aussi des Amériques, des mouvements de libération et des activistes de partout… Il faut seulement se demander si les Mauritaniens ont été intéressés par soutirer à Senoussi tout ce qu’il sait sur les agissements libyens dans le Sahel, au Sahara, au Moyen-Orient, en Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, en Asie et en Amérique. Si c’est le cas, ce ne sont pas seulement les Libanais qui seraient attirés par les services mauritaniens. Sinon, ce serait dommage.

vendredi 31 août 2012

L’exemple du Sénégal


Le 24 août, c’était la mise en place dernier au Sénégal de l’Observatoire des acteurs non étatiques pour la lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion. L’occasion pour le Premier ministre qui a ouvert les travaux d’exprimer la volonté du nouveau gouvernement de recouvrer les biens mal acquis durant l’exercice du président Wade. D’ailleurs, une Cour de répression de l’enrichissement illicite avait été créée à cet effet. La Banque Mondiale a fini par exprimer son soutien et sa disponibilité à aider à cela.
On peut toujours, comme le fait Wade et son camp, rétorquer que l’opération doit couvrir toutes les époques, de l’indépendance du pays à nos jours. Après tout, les responsables actuels, y compris le Président Macky Sall, ont eu à gérer les affaires publiques. Mais là n’est pas la question pour moi.
Imaginons un moment qu’au lendemain du 3 août 2005, la junte arrivée au pouvoir ce jour-là, avait décidé de permettre aux Mauritaniens et à la Mauritanie de recouvrer les biens mal acquis des trois dernières décennies… si elle avait décidé de poursuivre les fauteurs en matière de gestion des affaires du pays… si une commission ou une cour spéciale s’étaient intéressées aux achats à l’intérieur comme à l’extérieur de biens, meubles et immeubles, par les hauts fonctionnaires de l’époque… si on avait poussé pour déceler les connivences et complicités entre les nouveaux riches, ceux dont l’enrichissement s’est fait trop rapidement, et les hauts fonctionnaires, entre cet enrichissement et le blanchiment de l’argent destiné au développement des infrastructures, du secteur agricole, de l’élevage, des mines, des banques, de l’administration, de l’enseignement, de la formation technique…
Nous aurions collecté certainement de quoi financer toutes les périodes de transition, l’évolution politique du pays, son retard… Mais, plus important pour nous, la plupart de ceux qui devaient «raser les murs» pour reprendre l’expression du président du CMJD à l’époque de l’affaire Zeidane Ould Hmeyda, n’auraient pas occupé la scène aujourd’hui, nous assourdissant de leurs propos dont l’objectif premier est de blanchir leur époque après l’avoir volée et violée.
Les milliards détournés et/ou tout simplement offerts ont manqué quand il s’est agi de construire des routes, des écoles, des points de santé, des puits… quand il s’est agi de moderniser le pays et de l’équiper, de faciliter la vie des citoyens, de promouvoir leur bien-être…
Si nous en sommes encore à nous vanter d’avoir désenclavé quelques-unes de nos capitales départementales, c’est parce qu’il y a eu des ministres de l’équipement et du transport, des secrétaires généraux de ces ministères, des directeurs des Travaux Publics, de l’ENER, du Laboratoire des TP, des délégués régionaux… qui ont trouvé des formules pour détourner les financements destinés à cela.
Si l’on court encore derrière l’autosuffisance alimentaire, c’est bien pour la même raison. Tout comme pour l’amélioration de notre système éducatif, de notre système de santé… si les Mauritaniens continuent à aller dans les pays voisins pour se soigner, c’est parce que des ministres de la santé, des secrétaires généraux, des directeurs centraux et ceux des établissements, ont volé les financements… Il en va de même pour l’administration où ministres, gouverneurs et préfets ont perpétué la gestion coloniale marquée par le pillage des ressources.
Heureusement que ce ne sont pas tous les hauts fonctionnaires qui ont été indélicats. Mais les plus exigeants parmi eux, les plus bruyants, les plus présents sur la scène… ceux qui donnent le plus de leçons aujourd’hui l’ont été… et la cabale, comme celle ouverte au Sénégal, aurait pu servir à les calmer, le temps pour le pays d’asseoir un système démocratique acceptable et une des règles durables de bonne gestion.
«’ava Allahu ‘an maa salav» (qu’Allah pardonne ce qui est passé), ce fut le leitmotiv, la grande prière de l’époque, le temps de faire oublier ce qui s’est passé, de faire pardonner ses hommes et ses actes. Réussi jusqu’à présent.

jeudi 30 août 2012

Non, la Mauritanie n’est pas coupable


Dans ce qui se passe au Mali, certains grands leaders de la politique locale n’hésitent pas à culpabiliser le pouvoir actuel en lui attribuant la responsabilité entière dans la déconfiture de l’Etat et dans la partition du territoire. Sincères ou prétextes pour charger un adversaire, ces accusations méritent réflexion.
Quand en juillet 2010, l’Armée mauritanienne entreprend sa première action guerrière contre AQMI en plein territoire malien, l’ensemble de la classe politique, à quelques exceptions près, approuve à juste titre. En effet, depuis le temps que cette organisation s’attaque impunément aux intérêts de notre pays, nombreux ceux qui espéraient – qui attendaient avec impatience – une réaction de la part de notre Armée. L’union «sacrée» permit un rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, rapprochement qui s’est traduit par une rencontre entre le Président de la République et le chef de file de l’Opposition démocratique et, plus tard, par l’acceptation par toutes les parties – ou presque – de la nécessité d’ouvrir un dialogue politique. Il s’en suivra une proximité entre les symboles de chacun des camps : l’image du Président de l’Assemblée nationale et du chef de file de l’Opposition aux côtés du Président de la République dans tous ses déplacements officiels, cette image est restée jusqu’en décembre 2010. Les uns et les autres s’étaient entendus sur le principe de préparer une plate-forme en vue du dialogue dont l’ouverture devait être solennelle. Les évènements de Tunisie, puis d’Egypte allaient interrompre le processus d’ouverture, les camps revenant à plus radicales positions… en tout cas pour certains d’entre eux.
Revenons à l’action en territoire malien. Le premier revers subi par l’Armée mauritanienne fut celui de Hassi Sidi en plein territoire malien. Nous savons aujourd’hui que les Mauritaniens avaient été trahis par des officiels maliens fortement impliqués dans la préparation d’une attaque préventive contre des convois d’AQMI qui se regroupaient en vue d’une attaque en Mauritanie. Puis vinrent les épisodes victorieux (pour la Mauritanie) de Wagadu, la forêt où AQMI voulait installer une base avancée pour pouvoir lancer ses attaques contre la Mauritanie de tout près. Malgré les trahisons des officiels maliens dont un officier du cabinet militaire de ATT (dont la communication avec AQMI avait été enregistrée et remise au président malien lui-même), l’Armée mauritanienne est a pu détruire le camp en construction et poursuivre les combattants pour les éloigner encore plus de nos frontières. C’est à ce moment-là que certains politiques locaux ont parlé de «guerre par procuration», reprenant les termes des communiqués de l’organisation terroriste responsable de la mort d’une quarantaine de Mauritaniens, de l’assassinat et du rapt de plusieurs étrangers sur le sol national. Pas assez apparemment pour considérer que cette guerre a été imposée à la Mauritanie.
Quelques autres attaques et/ou contre-attaques ont permis aux Mauritaniens d’éloigner la menace et d’instaurer la peur dans le camp ennemi. C’est ainsi que l’Armée nationale a pu extraire des responsables d’actions en territoire mauritanien dont certains ont permis la libération d’otages occidentaux. Comme elle a pu s’attaquer à des convois de l’organisation et à ceux, plus utiles pour elle, du trafic de drogue qui profitait largement aux populations locales et en faisait des alliés passifs du crime organisé.
L’action réussie de l’Armée mauritanienne malgré ses moyens et son expérience toute nouvelle, cette action a mis à nu le laxisme qui caractérisait l’attitude du gouvernement ATT. Aux yeux de ses élites militaires et civiles, le pouvoir malien avait démissionné préférant laisser aux autres la mission de pacifier une partie de son territoire. Ajouter à cela la corruption, le sentiment d’exclusion des populations locales, l’interférence officielle dans les réseaux de trafics et de traite d’otages, la fuite en avant de l’autorité centrale et son refus de régler les problèmes exacerbés par l’arrivée massive de combattants rentrant de la Libye, l’allégeance à certaines «puissances» régionales (Algérie, Burkina…)… Assez pour faire d’une manifestation de soldats, une mutinerie puis un coup d’Etat.
Le Mali s’est effondré à cause de la mauvaise gouvernance des problèmes qui le secouent cycliquement depuis son indépendance, notamment la sédition du Nord. Il s’est effondré aussi à cause de la carence de sa classe politique qui n’a pas pu anticiper et accepter d’une part de prendre en charge ces problèmes (dans la campagne présidentielle qui a précédé les évènements de mars, aucun candidat n’est allé au Nord), d’autre part de s’éloigner du giron d’un pouvoir qui dérivait inexorablement (la recherche constante d’un gouvernement d’union nationale pour partager le gâteau).
Ce pays s’est effondré de lui-même. La Mauritanie (pouvoir et société) est le premier de ses voisins à regretter cela et à travailler pour que l’unité territoriale et la stabilité soient retrouvées. Il en va de notre avenir à tous.

mercredi 29 août 2012

Les mercredis de MP


«Mauritanie Perspectives» est un think thank qui regroupe des cadres, hauts fonctionnaires, des chercheurs, des hommes d’affaires, représentant le kaléidoscope mauritanien. Après s’être enfermée dans une logique de cercle de réflexion autour de la stratégie de lutte contre la pauvreté, l’association tente de s’ouvrir aux sujets d’information qui pourraient intéresser le grand public et pas seulement un cercle de bien-pensants «semi-officiels». Elle a donc lancé «les mercredis de Mauritanie Perspectives». Le dernier mercredi du mois, l’association invite un public intéressé (et intéressant) et le met en face de chercheurs pour parler d’un sujet donné, d’artistes créateurs, d’acteurs sociaux pour exposer leurs visions du monde. Un espace d’échange…
Ce mercredi (29/8), les intervenants invités étaient : Jérôme Pigné, doctorant travaillant sur la problématique de la coopération internationale et particulièrement européenne (UE) en matière de lutte contre le terrorisme, et Ferdous Bouhlel, doctorante aussi travaillant sur les communautés du Nord du Mali et l’Islam réformé. Il est en début de mission. Elle est en fin de mission parce qu’elle se met à la rédaction d’une thèse qui lui a demandé trois ans de présence sur le terrain. L’intérêt était de confronter l’avis d’un chercheur qui débute et qui travaille sur le terrorisme islamique en zone sahélienne dans une perspective européenne, à celui d’un chercheur qui finit son travail de terrain.
Jérôme Pigné prépare sa thèse sous la direction de notre compatriote Dr Mouhamed Mahmoud Ould Mohamedou, ancien ministre des affaires étrangères, directeur du Programme sur le Moyen-Orient et Afrique du Nord au Centre pour la politique sécuritaire de Genève et Professeur à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève.
Son travail consiste à travailler sur la coopération face au phénomène AQMI, entre les pays de l’Union européenne (UE) et les pays du champ, et entre les institutions de l’UE en tant qu’acteur global (sic) dans la confrontation qui se déroule au Sahel. L’européanisation de la lutte anti-terroriste est-elle possible ? comment l’UE va-t-elle équilibrer l’approche sécuritaire avec celle du développement des régions concernées ? en quoi ce qui se passe au Sahel menace-t-il l’espace européen ? comment ressent-on cette menace ? est-ce que la problématique de l’intégration de l’Islam dans les aires européennes n’est pas une donnée qu’il faut prendre en compte ? comment l’UE va-t-elle faire ? et par qui va-t-elle le faire ? quelles sont les limites de la coopération en la matière ?
Autant de questions auxquelles le travail de thèse tentera de répondre. Toujours est-il que le développement de cette criminalité aux portes de l’Europe inquiète et ne peut laisser indifférent.
Ferdous Bouhlel quant à elle, a présenté quelques éléments du résultat de son travail sur le terrain. Le phénomène AQMI occulte les vraies questions qui doivent être débattues. En fait, toute cette évolution est le fruit, non pas de greffes extérieures, mais d’une gestion endogène des affaires du Nord malien et de l’islamisation progressive des communautés. La radicalisation des groupes salafistes est le fruit d’une islamisation de la contestation historique et d’une reprise en charge par les groupes islamistes locaux des revendications qui n’ont jamais été satisfaites malgré quelques guerres, quelques rébellions et quelques accords. La gestation de la crise a commencé bien avant, avec la décolonisation, pour connaitre des moments de pointe et aboutir enfin à cette rébellion qui a fini par mettre à genoux l’Etat malien.
La conjugaison de facteurs intérieurs (mauvaise gouvernance de la question du Nord) et extérieurs (l’influence du théâtre algérien et celle de la guerre en Libye), a poussé vers le pire. Dans le cadre de ses travaux, Ferdous Bouhlel avait dirigé une enquête (été 2011) sur la perception qu’avaient les populations du Nord de l’Etat.
Cette enquête a conclu au profond désarroi de ces populations. Frustrations, délaissement, corruption des institutions de l’Etat, enlèvements, départs des partenaires au développement, fractures communautaires exacerbées par l’Etat central qui a favorisé la création de milices communautaires… Des milices qui vont finir par couvrir et même organiser le trafic de drogue, d’armes et de cigarettes. L’importance de ce trafic et des ressources qu’il générait permettait d’acheter l’Etat et ses représentants. C’est ainsi que ces milices se sont appropriées les structures de l’Etat et avec elles, la gestion de cette partie du pays. Et si l’on parle de «Club ATT», c’est pour dire que le sommet de l’Etat profitait largement des prébendes liées au trafic mais aussi à la pression exercée sur les populations.
Les unités spéciales créées dans le cadre des derniers accords entre la rébellion et l’Etat malien, ces unités ont vite abandonné leur mission qui était celle de pacifier le Nord et de protéger les populations pour être une source d’inquiétude et une ponction de plus sur le peu de ressources qui existent. Appuyée par l’UE et les partenaires au développement, la remilitarisation du Nord a été un échec parce qu’elle n’a finalement signifié que la création de ces milices légales communautaires : la milice touarègue, principalement composée par les Imghad, a sévi à Kidal contre les Ifoghas ; celle arabe des Amhar a fait de même avec les Kounta un peu plus au sud. Les deux milices ont vite pris le contrôle du trafic de drogue et, fortes de leurs moyens, ont essayé de vider des contentieux historiques liées à la vassalité vis-à-vis des anciens groupes dominants, ajoutant au désarroi des populations locales.
Si la rébellion des années 60 et 90 et même 2000 revendiquait la reconnaissance de la spécificité culturelle d’un espace (tumast, culture touarègue), elle a abouti au radicalisme de 2011-12 qui veut désormais un Etat indépendant qui correspond à l’Azawad. Comme pour dire «nous avons vu l’Etat et nous n’en voulons plus».

Comme quoi le processus de désintégration du Mali est le fruit d’une évolution intérieure et d’une incapacité de l’Etat malien, particulièrement durant l’exercice du Président Amadou Toumani Touré (ATT) de prendre en charge les revendications des populations d’une zone abandonnée à son sort par le pouvoir central.

mardi 28 août 2012

Inégalable Hamden


Sur les ondes de Radio Mauritanie, un ancien enregistrement de «Al Ustaadh» Hamden Ould Tah… On aurait pu dire le «Shaykh», mais c’est un titre (sur)utilisé ces jours-ci, ce qui le banalise et lui fait perdre sa substance…, ou «Lemrabott», c’est le titre consacré dans notre aire culturelle où l’épopée glorieuse des Almoravides (Al Mourabitoune qui a donné le singulier «Mraabet» francisé avec l’appellation «Marabout»)…, «Al ‘Allama», une variation de ‘Alem (super savant, exégète) fortement utilisé par les médias publics qui en ont galvaudé le sens…, «Al Faqiih», un super exégète, connaisseur parfait des textes religieux et ayant la notoriété de l’interprétation de ces textes…
Mais toutes ces appellations, tous ces titres ne rendraient pas compte de la personnalité, de la stature de l’homme. Hamden Ould Tah est tout ça ensemble, et même plus.
Invité par Chinguit TV, je l’ai entendu répondre à une question sur la Mahadra dans laquelle il aurait reçu son éducation… Ce n’est pas une Mahadra dira-t-il en substance, c’est une «Hadira»… Et d’expliquer qu’il s’agissait plus d’une société au sens d’aire culturelle et civilisationnelle. Que c’est parmi les siens, Ehl El ‘Aqil, qu’il a reçu sa formation. Il s’agit d’une communauté où se côtoient toutes les classes sociales existantes dans cet environnement-là. Et qui reconnait au brave sa bravoure, au savant son savoir, au laborieux son labeur, au béni sa bénédiction, au saint son aura, à l’intelligent son intelligence… Le résultat d’un long brassage qui a donné une ouverture d’esprit sans précédent.
Dont les plus représentatifs furent des génies comme M’Hammed Wul Ahmed Youra qui a une très forte influence sur Hamden. En fait dans ces contrées et dans ce milieu, l’intelligence se cultive à travers exercices et jeux d’enfants, sous la tente au moment du repos, dans les enclos qui servent de lieux de prière, pendant les équipées derrière les animaux, aux abords des marigots ou sur les crêtes des dunes… Tout lieu, tout temps sont prétextes à l’exercice de l’intelligence. La rhétorique, la logique aristotélicienne, le langage des mathématiques avec son embryon la table algébrique (hammalatu eddarbi), la poésie, la grammaire, la langue en général… tout y est dès le jeune âge. On apprend et on enseigne tout en ayant l’air de faire autre chose.
Le savoir de Hamden, l’ouverture de Hamden, l’intelligence de Hamden, la pédagogie de Hamden, la tolérance de Hamden, la capacité d’anticiper de Hamden, la vision moderniste de Hamden, l’enracinement de Hamden, la convivialité de Hamden, l’humanisme de Hamden, l’universalisme de Hamden…, nous en avons encore besoin. Nous en aurons toujours besoin. Que Dieu préserve Hamden Ould Tah pour le bien de cette aire dont les fondements vacillent sous les coups répétés des obscurantismes les plus destructeurs.

lundi 27 août 2012

Un poids, deux mesures…


Les Salafistes libyens sont passé à l’acte : ils ont détruit des mausolées et profané des tombeaux, exactement comme l’ont fait leurs «frères» au Mali. L’acte procède de la même logique qui veut s’en prendre avec violence aux croyances populaires jugées hérétiques. Tout comme ce qui ne relève pas des textes originels et fondateurs, le Coran et la Tradition du Prophète (Sunna). Le rapport est à ces textes et rien d’autre. Toutes les exégèses de l’après-Prophète sont des déviances qu’ils faut combattre y compris en organisant des autodafés de la production d’une quinzaine de siècles. Comme quoi…
Samedi dernier, des bandes organisées ont utilisé des pelleteuses, des engins pour démolir le Mausolée de Chaab Al-Dahmani et profaner son tombeau par la suite. Le tombeau d’un autre saint soufi, le Cheikh Abdessalam Al-Asmar avait été détruit près de Zinten. Ce mausolée est le plus important de Libye. On signale un troisième acte contre le tombeau du Cheikh Ahmed al-Zarrouk, à Miçrata. Tripoli, Zinten et Miçrata… trois lieux où s’est manifestée cette violence aveugle, produit d’un autre âge où l’obscurantisme faisait barrage à la liberté, à la création, à la dévotion…
Même s’il procède de la même logique qui a animé ceux du Mali et qu’il produit le même effet destructeur, il n’a pas entrainé les mêmes réactions. Ni l’UNESCO, ni les organisations internationales n’ont exprimé de désarroi devant les évènements de Libye. La relation des faits par les médias était très mitigée, pour ne pas dire «molle». N’était la démission du ministre de l’intérieur libyen excédé par les critiques du nouveau Parlement, peut-être que l’évènement serait passée sous silence ou presque.
C’est que les événements du Mali intervenaient au moment où les va-t-en-guerre préparaient une intervention militaire, l’occasion leur a été donnée de diaboliser un peu plus un acte qui, malgré sa dimension absurde et condamnable, reste une opération de communication pour les Salafistes qui ont l’occasion ainsi de se présenter comme les promoteurs d’un Islam «pur» et «saint»  et «libéré» des mauvaises lectures. La mobilisation de l’UNESCO, de l’UNICEF (pour le recrutement des enfants), Human Right Watch (pour les Droits de l’Homme)… a servi aussi la communication de ces mouvements…
La mesure prise par les Salafistes du Mali et de Libye est la même, mais les attitudes vis-à-vis des actes n’est pas du tout la même.