dimanche 1 avril 2012

Un peu d’optimisme


Dans notre société traditionnelle, l’optimisme est toujours de mise. Cela fait partie de notre culture, de nos dogmes religieux : quand on croit, on ne peut se résoudre au pessimisme et au désespoir.
On dit que le pessimiste c’est celui qui dit facilement : «on ne peut aller plus mal». L’optimiste, c’est celui qui maintient : «la situation peut être pire». Le premier a exploré toutes les issus et n’en pas trouvé. Le second croit ferme qu’il y a toujours des raisons de se sentir positif, parce qu’il y a pire. Le premier n’attend plus rien de la vie. Le second voit au-delà des vicissitudes présentes.
On dit ailleurs que quand un optimiste et un pessimiste se retrouvent dans un tunnel où passe un chemin de fer, et qu’ils entrevoient une lumière au loin, l’optimiste va dire : «c’est le bout du tunnel», le pessimiste va dire : «c’est un train qui arrive».
C’est un peu l’histoire que nous racontons pour faire la différence entre les gens qui pensent qu’il y a toujours des gestations positives et ceux qui, au contraire, désespèrent de tout. On dit que les uns et les autres s’étaient retrouvés autour d’un animal appelé «Eddenya» (le Monde), un animal qui gisait par terre et qui gémissait continuellement.
Les pessimistes expliquèrent : «Dommage Eddenya est en train de mourir». Et les optimistes de répliquer : «Vous n’avez rien compris, Eddenya est en train de donner vie à un nouveau-né».
Ne parlons pas de l’histoire du «verre à moitié vide», et du «verre à moitié plein»…
A vous de choisir l’attitude qui vous convient.   

samedi 31 mars 2012

Du révisionnisme


«À l'origine, le terme de révisionnisme désignait le mouvement demandant la révision du procès Dreyfus. Le sens de ce terme s'est ensuite étendu, et désigne aujourd'hui un courant de pensée tendant à remettre en cause et modifier plus ou moins profondément, selon les cas, un système idéologique ou politique établi, un traité international ou un texte de loi majeur, ou encore des faits considérés comme historiques.» Telle est la définition donnée par les dictionnaires en ligne du mot «révisionnisme». Par altération – ou évolution – le mot a fini par se confondre avec le négationnisme. Quand on utilise les deux mots en Occident, on sait à quoi on fait référence : la Shoa, les fours crématoires, les procès pour délit d’appartenance religieuse… Mais chez nous ?
J’utiliserai ces mots pour désigner un courant de pensée et un discours qui persiste dans leur négation de l’existence de l’esclavage et qui continuent à soutenir que jamais exactions n’ont eu lieu chez nous dans les années sombres (80-90). J’en parle à présent parce que j’ai eu une discussion avec un haut dignitaire de la politique qui ne peut cependant être taxé de pro-pouvoir. Il m’a tenu le propos que voici :
«Le régime démocratique d’après la transition nous a créé trois problèmes majeurs : la question du passif humanitaire, celle de l’esclavage et celle de l’Islamisme.
Il a ouvert la boîte à Pandore en reconnaissant les torts qui auraient été commis contre les noirs de Mauritanie. Sans impliquer les spécialistes de la question dont notamment les gouverneurs de régions, les préfets, les ministres de l’intérieur de l’époque des faits, les chefs de corps (police, gendarmerie, armée, garde)… pour comprendre la logique qui a présidé au renvoi de milliers de personnes sous prétexte qu’ils sont des Sénégalais. Il y avait bien des justifications développées par les raisons d’Etat. Comment on a ré-ouvert le dossier, cela mettra une cinquantaine d’années pour se refermer.
Avec la loi criminalisant l’esclavage, nous avons ouvert un dossier qui se mettre une trentaine d’années pour se refermer. Il a cependant permis au président Messaoud Ould Boulkheir de conclure son combat et de rester sur scène.
L’autorisation d’un parti islamiste a été une catastrophe dans la mesure où elle a légalisé l’activité d’un groupe extrémiste qui se cache derrière le terme «modéré» tout en continuant de nourrir et de se nourrir des activités des groupes terroristes. Vous croyez que la manifestation des femmes voilées réclamant l’application de la Chari’a et la fin de la démocratie qui est une apostasie. Il nous faudra une vingtaine d’années pour nous reprendre surtout que la prise de pouvoir par Al Qaeda en Libye va avoir ses répercussions.»
Que quelqu’un tienne encore des propos pareils inquiète, voire écœure. Je le dis parce que la vigilance doit être de mise. Nous n’avons pas fini de «transiter»…

vendredi 30 mars 2012

Nos Ulémas et la politique


La politique, c’est comme le porc-épic, on se pique quand on s’y frotte. Je retiens des propos de Cheikh Mohamed el Hacen Ould Dedew répondant aux questionnements de journalistes qui craignaient enfreindre les lois sacrés du respect que la communauté doit au «’alim» (celui qui allie le fiqh, l’exégèse, la parfaite connaissance des textes sacrés…). Il répondait en substance que celui des Ulémas qui sera descendu sur l’arène politique, aura choisi délibérément de jouer dans la cour de ceux qui sont critiquables, ceux qui doivent être comme n’importe qui, qui commette des fautes et dont les énoncés sont discutables. La même approche a été aussi développée devant nous par le Cheikh Abdoullah Ould Boye qui a utilisé d’autres référentiels qu’ils maitrisaient parfaitement même s’ils étaient étrangers à notre culture arabo-islamique. Ne parlons pas de Cheikh Hamden Ould Tah pour lequel les choses restent simples parce qu’elles se situent au niveau de l’humain.
Mon propos ici n’est pas de discuter les dires de nos Ulémas qui montent au créneau pour occuper le débat politique, déserté par les politiques professionnels faute de propositions. Je veux juste apporter une précision.
L’un des méfaits du système qui a gouverné la Mauritanie durant plus de deux décennies, est certainement le fait d’avoir cherché – et d’avoir réussi – à impliquer tout le monde, tous les symboles. De telle sorte que l’on pouvait dire qu’il n’y avait plus d’autorité revendiquant assez de légitimité pour s’interposer entre nous, pour nous diriger et jouer pour nous le rôle d’objecteurs de conscience. En Hassaniya, je l’ai toujours exprimé ainsi : «ma hkalla viina hazzaaz», il n’a pas laissé parmi nous de force d’interposition.
Dans notre société traditionnelle, les paroles du sage sont toujours entendues. Il est le dernier recours parce qu’il ne se mêle pas de nos querelles souvent mesquines. Le système – il s’agit d’un système et non de l’exercice d’un homme, mais d’un système qui avait ses théoriciens, ses praticiens – a donc détruit toutes ces soupapes qui permettaient à la société de faire recours à des arrangements internes en impliquant l’ensemble des leaders d’opinion et des terreaux de sagesse.
Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce ne sont pas des politiciens – tout le monde ici fait la politique et se sent apte à la faire. Nous avons besoin d’autorités morales qui puissent nous réunifier et non nous diviser, nous orienter et non nous perturber, nous rassurer et non nous paniquer…
Nous avons besoin d’autorités qui soient à égale distance des antagonismes politiques et sociaux, qui les saisissent, et vers lesquelles on peut se tourner quand les acteurs auront échoué à s’entendre sur un minimum ou quand, et on en est proche aujourd’hui, ils auront poussé vers l’extrême. A savoir la déstabilisation du pays par la destruction de ses fondements et la fragilisation de son pouvoir.
C’est une qualité qui a toujours marqué nos grands Erudits qu’il faut peut-être rappeler ici : «el wara’», je ne sais la traduire, mais je dirai qu’elle allie la piété désintéressée, la dévotion, la ferveur dans la pratique et en même temps l’équité dans les jugements. Elle est beaucoup de choses et elle permet au moins d’être détaché des tentations d’ici-bas dont la politique.

jeudi 29 mars 2012

L’anonymat, ennemi des libertés


Quand un pouvoir persécute pour faire taire les voix discordantes, on peut comprendre que des groupes – politiques ou non -, que des individus – indépendants ou non – trouvent la parade dans la production de tracts, de graffitis et d’articles anonymes.
Quand un responsable ne pouvant assumer ses positions de peur de perdre son poste et/ou ses avantages autres, signe avec un pseudonyme, on peut accepter et même comprendre.
Dans notre pays, le délit de presse ne mène plus à la prison. La liberté d’expression est presque totale, si l’on met de côté les pressions tribales, régionalistes, ethniques et tout ce terrorisme intellectuel développé pour imposer un «politiquement correct» qui n’est pas forcément… correct. Alors pourquoi le développement de l’anonymat ?
Quand un ancien ministre du HCE, donc du Général Ould Abdel Aziz, démis par celui-ci en cours de route, un fils d’un ancien prédateur de la République, un dignitaire dont les trafics avaient mis à terre tout le système bancaire mauritanien, d’anciens hauts dignitaires de pouvoirs déchus ayant participé au sac systématique du pays, sac moral et matériel, d’anciens indics qui ont perdu leurs boulots après avoir mené de nombreux innocents dans les geôles de pouvoirs tortionnaires…  quand tous ceux-là écrivent sous des pseudos, je les comprends. La nature humaine finissant toujours par l’emporter, ils sont restés les lâches qu’ils étaient.
Au début de la multiplication de l’anonymat dans la presse – surtout électronique – était la recherche de la culture de la haine et l’excitation du sentiment antidémocratique.
Les insultes vulgaires, souvent gratuites, dont sont victimes des Mauritaniens sont destinées à entretenir chez ceux-ci un sentiment de frustration et à faire vivre en eux des relents violents. Quand on insulte votre mère, votre père, qu’on souille gratuitement votre honneur, qu’on fasse lire les propos à vos enfants qui viennent à vous éplorés, quand on étale vos insuffisances sexuelles, vos faiblesses matrimoniales, quand on dit de vous que vous êtes alcoolique insatiable, voleur sans vergogne, corrompu sans scrupule… et que celui qui dit ça de vous a préféré signer par un pseudonyme, quels ressentiments vont-ils vous animer, quelles inspirations vont-elles vous «travailler», et quels comportements auriez-vous envie d’avoir ? L’objectif ici est de développer cet état d’esprit. Et comme chaque Mauritanien a eu sa part, ce sont tous les citoyens de ce pays qui se retrouvent ainsi conditionnés. Pour haïr, sans savoir qui haïr exactement on en vient à haïr tout le monde. Les tensions sociales sont ici cultivées.
Le plus démocrate d’entre nous viendra certainement à ce moment où il se demandera à quoi sert la démocratie et la liberté d’expression si elle permet à n’importe qui de dire n’importe quoi de n’importe qui. Et à ce niveau, ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui développent devant vous l’inutilité et même la dangerosité de l’exercice de la liberté d’expression.
Voilà à quoi sert l’anonymat. Voilà pourquoi il reste un ennemi de la démocratie.

mercredi 28 mars 2012

Manque de réalisme

Nous avons espéré, après tout ce qui s’est passé ces dernières années, être en présence, sur notre scène nationale, de partenaires politiques. Nous avons eu pour un temps des adversaires politiques. Maintenant nous avons des ennemis politiques.
Nous sommes donc passés d’un stade où les protagonistes pouvaient s’accorder sur un minimum, à celui où ils sont divergents sur tout pour arriver à celui où ils sont prêts à se tirer dessus.
L’intérêt du pays et sa situation fragile, les exigences quant au raffermissement de la démocratie, les rapports de force objectifs et, pour terminer, le parcours des forces politiques, tout cela aurait pu dicter au personnel plus de candeur, plus d’humilité, moins de relents guerriers. Ce fut le contraire.
Nous sommes tous d’accord que la Mauritanie est fragile. Ses équilibres sociaux le sont. Son niveau de développement l’est. Ses structures étatiques modernes le sont… Nous sommes d’accord pour dire que la gestion catastrophique de ces dernières décennies a encore fragilisé le pays. Et chacun de nous – au moins de ceux parmi nous qui crient le plus fort – le répète : la Mauritanie ne supporte pas de secousse. La première exigence aurait été, pour les politiques, la recherche de la stabilité et de la cohésion sociale. Est-ce le cas ?
Une démocratie tourne autour de quelques fondements : la liberté d’expression, la liberté de rassemblement, la garantie du respect des valeurs citoyennes d’égalité et de justice (d’équité aussi), le respect scrupuleux des textes et des institutions, l’exigence de l’expression du pluralisme politique, culturel… Elle n’est pas donnée, elle est acquise.
Pour un pays comme le nôtre, où l’évolution politique s’est faite par blocages successifs, le processus démocratique a été le fait du Prince. En 1991, et pour échapper à toutes les poursuites concernant les graves atteintes aux droits humains et à la crise qui prévalait, le pouvoir de l’époque décide d’ouvrir l’espace politique public. Le pluralisme est institué par un référendum constitutionnel boycotté par l’opposition dite «démocratique». Ce qui ne l’empêche pas d’en profiter quelques semaines plus tard, puis en participant aux premières élections pluralistes du pays.
Mais au lieu de saluer cette élection comme «fondement de quelque chose», l’opposition refuse de reconnaitre les résultats et boycotte les législatives qui suivent. Les institutions de la nouvelle République se font sans elle. Participation aux élections locales de 1994 et 1996 (qu’elle décide de boycotter entre les deux tours), puis boycottage de la présidentielle de 1997, puis participation à celle de 2003 et, bien avant, participation aux législatives de 2001.
Les arguments sont toujours les mêmes : quand on opte pour le boycottage, on explique qu’il n’y a pas lieu de «légitimer un processus unilatéral», et quand on y participe on dit que l’intérêt du pays, la recherche de sa stabilité et la nécessité d’occuper tous les espaces ouverts par le pouvoir, que tout cela dicte la participation.
A chaque fois, on essaye de faire oublier l’étape précédente comme si la mémoire populaire était incapable de retenir les positions des uns et des autres. Ici se situe l’un des problèmes majeurs de l’élite du pays : elle ne croit pas au progrès comme processus d’accumulation et de ce fait, elle veut tout et tout de suite. Souvent sans avoir les moyens de ses ambitions. Elle réagit aussi toujours trop tard. Elle suit… de loin (dans le temps) les événements. Ce qui fait qu’elle court toujours derrière…
Le cycle qu’on impose au pays est dangereux : d’une élection à une crise, à une élection, à une crise… plus dangereux que toutes les mauvaises gestions dénoncées jusque-là avec plus ou moins de bonne foi.
La démocratie a besoin d’une opposition forte et engagée. Le pouvoir a besoin d’impliquer la plupart des segments politiques et sociaux du pays. La survie du pays a besoin d’une convergence des efforts de toutes les parties. Elles doivent obligatoirement sacrifier une partie de leur amour-propre pour le pays, en allant vers un minimum de convergence. Ce qui peut servir le pays et la démocratie, donc le peuple. Tout cela demande du réalisme, c’est la qualité qui manque le plus par ici.

mardi 27 mars 2012

Ad memoriam


Je viens d’apprendre le décès de Tourad Ould Beibakar, par un texte publié sur www.cridem.org et écrit par le colonel à la retraite Mohamed Salikou. Je me permets de reprendre ici ce texte que je trouve complet quand on parle de Tourad. J’y ajouterai tout simplement que le nom de cet officier n’a jamais été cité dans une quelconque liste de méfaits. Il est resté un officier droit et humble jusqu’à sa mort.

«Un grand guerrier s’est éteint
Le colonel Tourad Ould Cheikh Ould Beibacar s’est éteint le 12 mars 2012 à l’Hôpital d’Instruction des Armées « le Val-de- Grâce de Paris » des suites d’une longue maladie. D’abord enseignant, puis officier de l’armée nationale qu’il quitta à la retraite au grade de colonel, il occupa toutes les fonctions importantes dans l’institution et devint Permanent adjoint duCMJD.
Toujours porté vers les faibles pour lesquels il réservait une grande partie de son temps et de ses biens, il est resté humble, gentil, souriant, affable et à cheval sur les préceptes de l’Islam. Il a fait preuve d’un courage et d’une force extraordinaires face à la douleur, tout le long de sa maladie, si bien que certains se demandaient parfois «s’il était réellement malade».
Son origine sociale et le sang guerrier qui coulait dans ses veines, à eux seuls, ne pouvaient expliquer tout ce courage, qui d’autre part, pouvait être tout simplement atavique, mais c’est surtout cette foi inébranlable en Allah qui lui permettait de ramener les choses à leur dimension réelle.
Nous, tous, qui partageons avec lui le même sang, lui reconnaissions cette aura et cet ascendant que nous ne maitrisions pas, mais qu’il imposait, lui, tout simplement, par sa façon d’être. Son honneur et son franc-parler n’ont jamais été monnayables, tout le reste le pouvait ; ce qui lui a toujours valu le respect de ses chefs, de ses proches, de ses amis, et de ses subordonnés.
Il nous quitte en laissant une famille adorable ; qu’Allah guide leurs pas et qu’Il l’accueille lui en Son Paradis. Inna lilahi wa inna ileyhi rajioune.

Colonel (Retraite) : Mohamed Salikou»

lundi 26 mars 2012

La plaie s’est-elle refermée ?


A Rosso, la Mauritanie a tenté de clore un dossier qui lui pend au cou depuis avril 1989. Au moins l’aspect concernant les milliers de citoyens expulsés en ces années sombres de notre histoire. Il faut bien sûr différencier cet aspect du dossier de ceux relatifs aux exactions commises au sein de l’Armée et qu’on tente de refermer aussi à travers des règlements acceptés par les victimes survivantes, les ayant-droits, orphelins et veuves des disparus.
En 1989, les pouvoirs mauritanien et sénégalais, en proie à de profondes crises, avaient choisi de laisser leurs peuples s’affronter. Des milliers de Mauritaniens ont été expulsés du Sénégal. Des milliers de Mauritaniens ont été expulsés de Mauritanie sous prétexte qu’ils étaient sénégalais. C’est pour ça que nous disons que c’est d’abord et surtout la Mauritanie qui avait souffert de ces événements.
Dans les régions de la Vallée, les administrateurs locaux – préfets, gouverneurs, pas tous heureusement – ont procédé à l’expropriation et à l’expulsion de milliers de citoyens vers le Sénégal. Jusqu’au début de 1991, les procédures d’expulsions étaient courantes. En fait, les administrateurs fautifs étaient attirés par les biens des communautés. Vaches, chèvres, terres… les expulsés furent dépossédés. Biens dont disposaient les administrateurs en question à leur guise.
Quand j’ai fait ma première enquête, suite aux multiples dénonciations du Mouvement national démocratique (MND) l’un des rares mouvements (avec les FLAM) à dénoncer les faits, quand j’ai fait cette enquête j’avais découvert l’ampleur des exactions. Nous essayerons, à Mauritanie-Demain, de mettre à nu les comportements officiels. C’est seulement en juillet 1991, que nous réussissions à confectionner un dossier sur les événements.
«Arabes-Négro-africains : la fin d’un mariage de raison ?» C’était le titre choisi d’une édition qui sera saisie par le ministère de l’intérieur et qui, malgré cela, sera le journal le plus lu de l’histoire du pays. Les jeunes du Mouvement des démocrates indépendants (MDI), ceux du MND et quelques indépendants ont pris sur eux le devoir de multiplier et de faire lire partout dans le pays cette édition-là. C’est ici qu’on a donné la parole pour la première aux victimes militaires. C’est aussi la première enquête menée sur les événements. A chaud.
En mars 1992, je partais, en compagnie de Bah Ould Saleck, directeur de Mauritanie-Nouvelles, mener une enquête sur l’aspect endurance des populations de la Vallée, lesquelles populations vivaient encore le joug de l’arbitraire institué en méthode d’administration.
«Sorymalé : la terre accuse», ce fut le titre de l’édition d’Al Bayane consacrée à l’enquête, l’occasion aussi d’ouvrir un dossier, celui des exactions commises à la faveur des événements de 1989 et qui ont continué au-delà.
En mai 1992, profitant de l’ouverture des frontières avec le Sénégal, j’entrais en contact avec les associations de réfugiés pour aller sur place. Je dus me contenter de relancer le dossier à partir des renseignements donnés par ces associations. Il faudra attendre pour pouvoir aller dans les camps. C’était à la faveur d’un séminaire organisé par PANOS et auquel je participais avec ma consœur Hindou Mint Aïnina. Grâce à l’association mauritanienne des réfugiés au Sénégal (AMRS) animée par des cadres du MND, notamment Ba Moussa Sidi et Sarr Mamadou, nous pûmes nous rendre dans les camps. Quelques 48 heures passées au milieu d’une population forcée à l’exil, souffrant encore ses malheurs comme une fatalité. Ne demandant que de rentrer sur leurs terres et recouvrer leurs droits.
«Réfugiés : une objection de conscience aux Mauritaniens», c’était le titre du grand reportage consacré aux camps. La question était devenue un enjeu politique. Il faudra attendre 2008 pour voir un président mauritanien reconnaitre les fautes et demander pardon.
Hier à Rosso se concluait le processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens. Sous la supervision du HCR dont le chef a salué les efforts de la Mauritanie, et avec la collaboration du Sénégal. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a raison d’être fier d’être celui qui dirige cette cérémonie de clôture de cet du dossier.
Je retiendrai que beaucoup de voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer le processus qui doit aboutir un jour à la clôture définitive de tout le dossier, dans tous ses aspects. Je retiendrai que nombre de ceux qui crient le plus fort aujourd’hui doivent d’abord s’excuser et reconnaitre le mal qu’ils ont fait au peuple mauritanien. Parce que nous devons considérer que celui qui fait du mal à un Mauritanien l’aura fait à tous les Mauritaniens.