mercredi 25 janvier 2012

Fronde démocratique


C’est l’histoire du vote des amendements constitutionnels par l’Assemblée qui est à l’origine d’une fronde qui semble persister. Depuis quelques nuits, la direction de l’Union pour la République (UPR) cherche à ramener les députés affiliés au parti «à la raison». Les députés, pour la plupart d’entre eux, refusent de voter les amendements concernant le nomadisme politique et l’interdiction des candidatures indépendantes.
On dit que le poids personnel joue dans une élection plus que l’appartenance partisane. Le mandat est donc un mandat personnel. D’où la nécessité de garder le choix des candidatures indépendantes.
En face, on soutient que le renforcement des partis passe par l’obligation pour chacun des élus d’évoluer dans une structure «démocratique». Sans parti, on ne peut parler de démocratie. Il est du devoir des autorités, de la société civile, des démocrates du pays… que les partis soient forts, qu’ils aient des programmes, des visions pour le pays… Cela commence pour ceux-là par la fidélisation de leurs élus.
Rappelons quand même l’autre problématique qui concerne le positionnement, les raisons des uns et des autres, les projets de société… qui est de gauche ?   qui est de droite ? qui est progressiste ? qui est conservateur ? qui est quoi ? qui fait quoi ? qui veut quoi ?
Construire un Etat moderne sur la base des valeurs citoyennes universelles : égalité, justice, liberté… droit au logement, à l’entreprise, à l’emploi, aux soins, à l’éducation, aux infrastructures…
Renverser l’ordre social inégalitaire et injuste, dénoncer la domination des classes privilégiées, émanciper les couches opprimées, relire les textes sur la base de la recherche des équilibres entre les couches sociales, remettre en cause l’ordre social établi…
Nous savons que la «rébellion» des députés de l’UPR est un phénomène de saison qui n’est pas appelé à durer (on ne se révolte pas dans ces milieux-là). Mais la question est quand même relancée. Elle mérite l’intérêt de chacun… que cet intérêt s’exprime aussi…

mardi 24 janvier 2012

Le pire est derrière nous


Arrêtons un moment cette hystérie qui prend une partie de notre classe politique, tandis que l’autre partie est plongée dans une inertie qui ressemble étrangement aux effets de drogues que l’on administre aux malades mentaux. D’un côté, nous avons ces gens-là, murés dans un silence d’hécatombe, incapable de réaction, parfois ne donnant aucun signe de vie. De l’autre, tous ces excités qui vocifèrent pour dire n’importe quoi. Rien ne semble plus les arrêter…
Parmi les absurdités que j’ai enregistrées ces derniers jours figurent ces parties de discours qui disent que «la période de Ould Abdel Aziz est la pire de ce que nous avons connues». Je ne veux pas discuter ici le jugement lui-même qui n’engage bien sûr que son auteur. Mais je crois qu’il est du devoir des Mauritaniens, de ceux qui s’expriment publiquement du moins, de faire l’objection suivante :
Au nom des milliers de Mauritaniens mis en prison, torturés, exécutés, expropriés, expulsés de chez eux, au nom des orphelins de cette période, des veuves qui courent encore derrière leurs droits, au nom de tous ces Mauritaniens dont le compte n’a jamais été fait avec exactitude et qui ont été réduits au silence parce qu’ils ont osé dire non, au nom de ceux qui ont subi l’arbitraire sans raison… en leur nom, je crois à l’indécence de tels propos.
Quand on a supporté la Mauritanie de 1980 à 2005, quand on a soutenu les pouvoirs d’entre ces dates-là, quand on a participé à l’exercice de ces pouvoirs…, on peut faire semblant et chercher à blanchir une époque. On ne peut plus cependant s’offusquer…
Nous ne vivrons jamais plu pire que ce que nous ont fait vivre les régimes de cette époque-là. En terme d’exercice quotidien de l’arbitraire, de pillage systématique des ressources, de sape des fondements de l’Etat, de déstructuration des solidarités sociales, de culture de l’indignité, d’usage de faux, d’appropriation des biens publics par des privés, de clientélisme, de népotisme… JAMAIS NOUS NE VIVRONS PIRE QUE CE NOUS AVONS VECU.
Le deuxième propos que je trouve écœurant, ce sont ces appels multipliés tantôt à une intervention de l’Armée, tantôt à une révolte populaire où les jeunes seraient prêts à mourir en vue de renverser le pouvoir.
J’ai perdu un fil : n’est-ce pas ces partis dont les leaders appellent aujourd’hui à «écourter» le mandat de Ould Abdel Aziz, n’est-ce pas les mêmes qui ont reconnu, les uns en 2009 les autres en 2010, son élection ? Alors pourquoi ne pas affuter ses armes en attendant la seule échéance qui vaille démocratiquement parlant : la fin du mandat ? Je crois que les politiques perdent encore une fois le sens de la lecture des rapports de force. Il ne suffit pas de venir demander aux populations de Magta Lahjar de «venir nous aider à renverser le régime» (sic) pour que le changement s’opère. Il faut beaucoup plus.
En terme de sacrifice d’abord. Ce ne sont pas les jeunes mauritaniens qui ont manqué de sens de sacrifice : en 1992, les militants de l’UFD se débattaient encore dans leur sang quand des pourparlers ont été engagés avec le régime qui leur avait tiré dessus. En 1995, les partis d’opposition ont été les premiers à appeler au calme face aux émeutes du pain qui ont failli pourtant être une étincelle. En 2003, alors que le pouvoir était dans la rue, ces mêmes élites politiques ont préféré rester «cachées» chez elles… Et puis, il faut le dire, si l’on excepte les jeunes officiers Ould Mini et Ould Hanenna traduits en justice en 2004-2005, aucun homme politique n’a jamais plaidé coupable sous nos cieux. Au moins depuis le milieu des années 70. C’est révélateur quand même.
Ces appels et ces discours sonnent comme l’expression d’une double incapacité : incapacité à produire un programme alternatif, incapacité de renverser le rapport de force.

lundi 23 janvier 2012

Un fait divers quand même


L’affaire dont on veut bien faire l’unique centre d’intérêt des Nouakchottois, est finalement un banal fais divers.
Au début était cet accident malheureux entre jeunes qui manipulaient une arme légère et qui a failli coûter la vie à la fille autour de laquelle la bande de copains s’était retrouvée. La présence du fils du Président a donné une dimension nouvelle au fait. Puis celle d’un des fils Chafii, puis celle d’un Marocain. Tout y était pour qu’en cette période de culture de la désinformation, l’amalgame soit entretenu.
Seulement à partir du moment où la fille est sauvée, et surtout à partir du moment où la procédure d’enquête a suivi son cours normal avec l’arrestation de tous les jeunes, l’affaire retombe au niveau du fait divers. Certes, les détracteurs du régime auraient bien voulu voir le fils du Président soustrait à l’enquête, mais personne ne s’y attendait vraiment… On l’avait suggéré et même espéré dans certains milieux.
«Evénement plus ou moins important qui ne relève ni de l'actualité mondiale, ni de la politique, ni de l'économie», telle est la définition que l’on donne dans les dictionnaires du fait divers. Quelqu’un ajouterait qu’il s’agit d’un fait touchant plus à des particuliers qu’à la communauté.
Je serai tenté quand même de souligner que cette affaire est venue nous rappeler que les frontières en Mauritanie ne sont pas tracées aussi nettement, que les liens s’établissent et se maintiennent malgré la politique, malgré les radicalismes… que finalement, nous possédons des ressorts, des tremplins, des passerelles qui font que le pire ne sera jamais atteint. Le pire est (toujours) derrière nous…

dimanche 22 janvier 2012

Fade Sénégal


Malgré mon état de santé, j’ai tenu à suivre la première sortie des Lions de la Teranga pour la CAN 2012. Face à la Zambie avec ses joueurs de petits gabarits, trainant avec eux le souvenir de leur brillante équipe dont l’avion s’est écrasé dans les années 90 au Gabon.
C’est justement à Libreville que la petite équipe de Zambie doit faire face à ce qui est annoncé comme «la machine sénégalaise». Les pronostics ont certainement pesé.
Dès les premières minutes, on a vu un Sénégal confiant, déployant un jeu technique, de stars européennes. Face à la fragilité des joueurs zambiens, la technicité des sénégalais se transformait en une expression de l’arrogance, de la suffisance.
En face, les Zambiens n’avaient plus rien à perdre. Ils créaient et réussissaient à avoir des coups de génie. Moins de trente minutes de jeu, la Zambie mène deux à zéro.
Arrive la deuxième erreur des Sénégalais : les changements prématurés. Et ce n’est pas le but d’honneur qui sauvera la situation. Les Lions ont perdu un supporter.    

samedi 21 janvier 2012

Le centenaire d’une ville


Mederdra vient de fêter ces jours-ci ces cent ans. Bien sûr qu’elle en a plus, mais c’est une occasion à commémorer, surtout à rassembler et à réfléchir au passé et à l’avenir. L’occasion pour quelques souvenirs de revenir à la surface… souvenir d’une Mederdra – l’attachement que nous avons pour ce bled nous le fait concevoir avec les attributs que notre société, machiste, accorde aux femmes : tendresse, délicatesse, fascination…-, de cette Mederdra que l’on surnomme entre nous «Sanga», «Eddechra» (La ville tout simplement)…
Dans le temps, trois quartiers divisaient Mederdra en plus du centre-ville, une sorte de cœur où l’on retrouvait le siège du Cadi, la mosquée centrale, le marché, la rue commerçante. Au sud, s’étendait le «quartier malgache» appelé ainsi probablement pour avoir accueilli les premiers tirailleurs originaires de Madagascar. Au début des années soixante, on se demandait déjà pourquoi cette appellation. On retrouve dans ce quartier, la vieille école dite «Ecole de garçons, Monsieur Folenfant», les premières familles haratine émancipées et laborieuses qui sont venus s’installer fuyant ou non la servilité, et dès le milieu des années soixante, c’est un quartier où seront installées, pêle-mêle, familles de grands lettrés, de grands griots, de grands artisans… en somme une miniature de la société de l’Iguidi.
Au nord du cœur de la ville, se trouve la Médina. C’est, au début de son histoire, un quartier où se retrouvaient les migrants qu’ils viennent de près (exode rural), ou de loin (auxiliaires de l’administration, familles de prisonniers). Puis, à partir du début des années soixante, la famille émirale Ehl Sidi Ould Mohamd Lehbib vient s’installer, un moment dans un campement appelé «Lahwash» certainement d’inspiration Ehl Cheikh Sidiya, avant de construire les premières belles demeures privées de la ville. Les deux demeures sont toujours là. Elles ont vu passer des hommes et des femmes dont le souvenir est encore très fort dans les esprits de ceux qui ont vécu l’époque. Ce choix a fait de Médina un centre plus ou moins «autonome».
A l’est, s’étend «El Gawd», une sorte de vallée encaissée entre les deux grandes dunes qui dominent l’univers dans la région. C’est là où l’on trouve le service local de l’élevage, les vieux puits, les vieilles familles de propriétaires traditionnels…
Toute cette configuration a été bouleversée par l’exode rural vécu ici dès 1968. La modernité a signifié d’abord l’engagement profond de la jeunesse dans le militantisme kadihine de la fin des années 60 et du début des années 70. C’est une ville où l’on faisait la lecture collective des œuvres de Marx, Lénine, Mao et où on célébrait aussi le mouvement hippy à travers la reprise de chansons-cultes. Je me souviens encore de la fin des années 60 où la génération Rajala, Ahmed Hababa, Oumar Sy, Bilal Werzeg, Ken Buggul, Diallo… animait des soirées avec des ballets engagés, des reprises de chansons «rock lislam»… Et plus tard, lé génération qui est la mienne, celle des Beddah, Rajil, Moulaye, Hemett, Amadou, Tah Zeyn, Bolli… verser dans la culture francophone classique… Un peu nous suivant, la génération Hendaya, Hamed, Latef, Blal… s’investir dans le nationalisme arabe. Jusqu’aux années 90, pas un vide.
…Et vint le PRDS, avec lui les listes pour les municipales, la haine, l’absence de débat, la fracture interne… La ville déjà prise d’assaut par le temps en prit un coup de plus. Abandonnée par les siens, Mederdra fut lentement ensevelie dans un linceul fait d’oubli et d’indifférence. La manifestation actuelle peut-elle lui rendre un coup de splendeur ? Espérons.

vendredi 20 janvier 2012

Les accidents encore


Il nous arrive de nous rendre compte que ce que nous écrivons – nous journalistes – sert, qu’il interpelle parfois. Par rapport à un texte sur les routes qui nous déciment, j’ai reçu des statistiques de la part d’un ami, haut responsable dans le domaine des assurances. Les statistiques s’arrêtent malheureusement à 2010, mais elles donnent une idée de l’hécatombe.
En 2003, il y a eu 8056 accidents en Mauritanie constatés par la police et/ou la gendarmerie, en 2004 : 9543, 2005 : 8633, 2006 : 8525, 2007 : 8819, 2008 : 7894, 2009 : 8116 et 2010 : 6296. Pour 190 tués en 2003, 230 en 2004, 222 en 2005, 240 en 2006, 202 en 2007, 208 en 2008, 221 en 2009 et 121 en 2010.
Sur ces accidents, 7037 accidents de 2003 enregistrés à Nouakchott, et 6819 des 8116 de 2010 ont été enregistrés à Nouakchott. 58 morts des 121 morts de 2010 ont été tués à Nouakchott. Soit plus de 50% des morts sont de Nouakchott. C’est la tendance. 

jeudi 19 janvier 2012

Les ramasseurs de coquillages


Ils étaient des dizaines à manifester devant le Parlement pour sensibiliser autour de leur problème : on vient de leur interdire l’exploitation de la zone du nouvel aéroport pour extraire le coquillage.
Ils sont des dizaines de jeunes et de moins jeunes qui se rendent chaque jour à quelques vingt kilomètres au nord de Nouakchott. Leurs journées commencent vers six heures du matin pour ne se terminer qu’au coucher du soleil. Avec leurs pelles, ils creusent dans les sebkhas et isolent, grâce à l’utilisation de grands tamis, le coquillage qui sert dans la construction dans la ville de Nouakchott. C’est toujours grâce à leurs pelles et leurs bras qu’ils chargent les bennes et camions qui sont vendus par leurs propriétaires aux consommateurs de la ville. Eux vendent la force de leurs corps, en mangeant et en buvant peu (surtout mal) à des exploitants qu’on ne voit jamais : ce sont les intermédiaires, chauffeurs de camions ou pas, qui sont visibles.
On les côtoie quotidiennement mais peu de gens s’intéressent à leur situation. Ni syndicat, ni ONG, ni organe de presse, ni élu… personne ne s’est jamais intéressé à ce monde qui évolue en marge de la société. Jusqu’au jour où les autorités ont décidé de fermer cet espace à l’exploitation…
Pas même les associations de défense de l’environnement ne se sont inquiétées de l’exploitation abusive du coquillage dans ces dépressions nées de régressions marines anciennes. Pas même le ministère dédié à l’environnement.
Pas même le ministère de la santé pour s’inquiéter des conditions de vie de ces citoyens. Non plus les associations des Droits de l’Homme.
Peut-être qu’il est temps pour tout ce monde de regarder du côté des ramasseurs de coquillage pour soulager leurs peines.