jeudi 24 novembre 2011

Proposition …décente


Le gouvernement a décidé de mobiliser 45 milliards UM pour atténuer les effets du déficit pluviométrique enregistré cette année. Ce sera autour de deux axes : sécurité alimentaire des hommes et aliments de bétail.
Je ne sais pas comment cela s’organise, mais une proposition est à faire. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais je l’avance quand même.
La Mauritanie compte 53 départements (Mughataa) en comptant le tout nouveau Nbeyket Lehwash. Enlevons Nouakchott qui en compte 9. Nous reste 44 départements. Prenons 44 milliards sur les 45 et envoyons – sans considération de la taille du département – un milliard par département. Le milliard restant pourrait servir à Nouakchott et calmer ainsi les éventuels appétits.
Un milliard d’ouguiyas injecté dans un département, le résultat sera visible et bénéfique pour tous. D’autant que cela touchera directement les populations. Je ne sais pas pourquoi on n’a pas encore fait une telle proposition, mais rien n’empêche d’essayer ce genre de financements.

mercredi 23 novembre 2011

Education encore


Autour d’un thé à La Tribune, une discussion sur l’éducation. Quelqu’un avait développé l’idée que nous sommes tous responsables de l’état actuel de notre école. En disant que l’élite a préféré envoyer ses enfants dans le privé, ce qui a accentué le désintérêt et la désaffection pour le public. Cela a commencé au début des années 80 quand les premiers responsables ont commencé à envoyer leurs enfants à l’école française, suivis par les patrons, puis par la classe moyenne qui n’avait que les moyens de payer les écoles privées mauritaniennes de plus en plus nombreuses et de moins en moins performantes.
A mon avis cela participe à cette attitude globale qui est au fond une répétition du rejet que nos grands-parents avaient face à l’administration coloniale. Une attitude qui exprime l’absence de foi dans tout ce qui vient de l’Etat. Où est le politique qui fait référence aujourd’hui aux données ou aux chiffres officiels ? Où est le journaliste qui va sur le site du trésor public pour prendre l’information financière à la source ? Où est le cadre, l’homme d’affaires qui envoie ses enfants dans les écoles publiques ?
On oppose que c’est la qualité de ce service public qui dicte ce choix : «Vous n’allez pas choisir pour vos enfants le pire des cadres pour les former». Et de mettre tout sur le compte de la mauvaise gestion des pouvoirs mauritaniens. C’est raisonnable parce que tout relève de la responsabilité du pouvoir en place.
La poursuite de la discussion – modérée par l’ancien ministre Ely Ould Allaf – nous a permis de rappeler qu’à la base il faut rendre à l’école sa vocation de moule formateur de citoyens de demain. Avec le sens de l’intérêt public, du dévouement pour la Nation, de la culture du civisme… Ensuite réhabiliter la mission de formation d’une élite capable de se prendre en charge et de faire tourner le pays. Ce souci de la qualité doit évidemment remplacer celui de la quantité dictée par la «notion de justice» par la recherche de la scolarisation pour tous. Il faut surtout prendre en compte les choix économiques du pays et la demande sur le marché du travail. Nous sommes un pays à ambition minière, pourquoi ne pas orienter la formation vers ce secteur dès à présent ?
Le dernier souci doit être celui de la justice et de l’équité. L’école doit promouvoir l’égalité des citoyens, réhabiliter le mérite… pour cela mettre côte à côte enfants de tous les milieux sociaux, de toutes les composantes…
Espérons que la commission en place pour préparer d’éventuels états généraux de l’éducation, comprenne qu’elle n’est pas obligée d’organiser de telles assises et qu’elle rappelle à tous que la réforme de 1999 doit être améliorée pour être réellement mise en œuvre. 

mardi 22 novembre 2011

Manque de communication


Le président de la HAPA a pris visiblement le premier vol qui quittait Nouakchott au lendemain de l’octroi des premières licences. Personne au sein de l’institution ne semble pouvoir fournir d’explications à ceux qui sont nombreux à exprimer leurs mécontentements et leurs incompréhensions quant aux critères de choix qui l’ont guidé.
Au niveau des licences pour les télévisions, les pouvoirs publics avaient demandé cinq télévisions. Pourquoi le président de la HAPA s’est-il arrêté à deux ? On invoque ici et là le manque d’un papier dans un dossier, la non-conformité d’un autre… mais c’est peu comme prétexte à un moment où la libéralisation est attendue et où elle sert à confirmer la bonne volonté des autorités. N’est-ce pas justement là une manière de décrédibiliser le processus que de faire le choix de «remplir» deux places alors qu’il en reste trois et que les candidats ne manquent pas. Personne ne peut croire que Abdallahi Ould Mohamdy de Saharmédia a concocté un dossier susceptible de rejet. Un vieux professionnel comme lui a déjà un matériel et est actif dans le domaine de la télévision dans les pays voisins. L’octroi de la radio à Saharamédia est simplement une parade. Le projet Chinguitty est actif depuis près de deux ans. Plus celui de DAVA qui est là depuis 2009 et qui a même émis sur autorisation de la HAPA. Le dossier technique était tellement mal ficelé que n’importe qui pouvait le remplir. Mais aussi que n’importe qui pouvait trouver matière à exclure qui il veut. Pour récapituler : pourquoi la HAPA obstrue l’élan d’ouverture actuel ?
Pour les radios, pourquoi rejeter un dossier pour des considérations qui ne peuvent tenir à un moment aussi important et pourquoi surtout ne pas expliquer le système de notation dans le communiqué pour donner ensuite le résultat complet ?
Finalement cette opération ne satisfait personne. Les candidats n’ont rien compris au système préconisé et préfèrent tous parler de manque de transparence dans l’octroi des licences. Les heureux élus qui sont certes de vrais professionnels mais qui n’ont reçu aucune explication sur la suite à donner. L’espace politique qui se voit sevré : à cause des méthodes et du refus d’octroyer cinq licences de télévision au lieu de deux seulement, on a l’impression qu’il y a un calcul politique derrière. Pourtant, et s’est certain, aucune autorité publique n’a essayé d’interférer dans le travail de la HAPA. La HAPA a donc choisi en toute âme et conscience, voilà ce que ça a donné. 

lundi 21 novembre 2011

Opérations communes en vue ?


En avril 2010 et après de fortes hésitations, l’Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie décidaient de mettre en place un Etat Major conjoint appelé «Comité d’état major opérationnel conjoint» (CEMOC). Le commandement général du CEMOC fut installé à Tamanrasset en Algérie, comme d’ailleurs le centre des renseignements qui fut lui installé à Alger. On avait cru que pour cela, l’Algérie, sans doute le plus puissant et le plus outillé de tous les Etats de la région, allait s’engager franchement dans la lutte contre le crime organisé soit par des frappes ciblées soit par des appuis au cours des opérations menées par la Mauritanie, le Mali ou le Niger. Il aura fallu toute cette crainte déclenchée autour du réarmement à partir de la Libye pour que l’on comprenne que les maquis d’Alger, de l’Aurès et de la Kabylie étaient alimentés à partir de l’activité menée dans l’espace sahélo-saharien. C’est ce qui explique l’actualisation de la nécessité de mener des actions communes.
Cela se passe au moment où c’est le Chef d’Etat Major mauritanien, le Général de brigade Mohamed Ould Cheikh Ahmed Ould Ghazwani qui prend le commandement du CEMOC. La cérémonie de passation de témoin entre le malien, Général Gabriel Poudiougou et son frère mauritanien s’est passée lundi à Bamako, en présence de leurs deux autres collègues du Niger, Général de division Seyni Garba et d’Algérie, Général de corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah. L’occasion pour les chefs d’Etats Majors d’évaluer le chemin parcouru et surtout d’envisager l’action future.
Il y a quelques jours, le ministre nigérien des affaires étrangères déclarait à l’AFP que «le Cemoc n'est pas encore opérationnel et il y a lieu de lever les obstacles». Partant du fait de la puissance de l’Algérie, le ministre nigérien a déclaré que les militaires algériens «doivent pouvoir intervenir en Algérie mais aussi au Niger au Mali et en Mauritanie». Selon lui, «il y a une situation de fait que les Maliens ne sont pas en mesure de contrôler l'ensemble de leur territoire», alors que AQMI «a bien sa base dans le nord du Mali».
Au moment de la passation à Bamako, le Général Gabriel Podiougou a déclaré que «la période que nous traversons est marquée par de très grandes préoccupations sécuritaires au niveau international en général et dans la Bande Sahélo-Saharienne en particulier».  Il en a profité pour rappeler les succès de l’opération «Benkan» de mai et juillet 2011.
«La présence régulière des Forces Armées Nationales de la République Islamique de Mauritanie aux frontières a permis non seulement de réduire les activités des bandes armées dans lesdites zones frontalières», selon le Général malien. Le président sortant du CEMOC a confirmé les appréhensions quant à la connexion entre AQMI et Bokou Haram au Nigéria, en disant : «Nous avons relevé ces derniers temps, une dangereuse interconnexion entre les terrorismes évoluant dans les pays du champ et certaines sectes extrémistes subsahariennes. Aussi, il y a lieu d'envisager dès à présent d'étendre notre coopération aux armées des pays concernés».

dimanche 20 novembre 2011

Faut-il empêcher les uns de parler ?


L’un des présentateurs vedettes de la télévision française, Laurent Ruquier, disait pour expliquer son refus de recevoir la patronne du Front National, Marine Le Pen dans son émission culte «On n’est pas couché» : "Tant que rien ne m'y oblige, je choisis les invités politiques que je reçois comme bon me semble. Je veux avoir plaisir à les recevoir et ne souhaite pas livrer mon audience aux idées du Front national, qu'il soit représenté par Marine, Jean-Marie Le Pen ou Bruno Gollnisch. Je n'invite pas les gens qui font de mauvais films. Je ne prends pas non plus ceux qui encouragent les mauvais sentiments et sont un danger pour la cohésion nationale. C'est ma vision du service public".
Je ne peux pas juger des autres, mais pour moi, il y a des idées que je ne peux servir en leur prêtant un support dont leurs auteurs ne pouvaient rêver. Qu’on ne me reproche pas de m’abstenir de parler ou de donner la parole à ceux qui défendent des idées sectaires, racistes, xénophobes et finalement antinationales, à l’opposé du combat qui est le mien.
Oui je crois à la nécessité de préserver le droit à l’expression pour tout un chacun. Oui je défendrai l’exercice de ce droit s’il est menacé dans mon pays. Oui… j’en dénoncerai les abus s’il y a lieu…
Mais je n’accepterai jamais d’être le relais d’idées et de discours haineux dont les porteurs en font un fonds de commerce, un tremplin…
Je le dis surtout à mes confrères, comment je peux combattre pour des idées humanistes, reconnaissant le droit à la différence, pour promouvoir la vérité, l’égalité entre les hommes, la justice sociale, comment se battre contre le racisme, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le particularisme, contre tous les maux en «isme» et donner la parole à ceux qui les cultivent ?
Cela ne pose aucun problème de conscience à la plupart d’entre nous visiblement. 

samedi 19 novembre 2011

La fin d’une traque ?


Sayf el Islam (le glaive de l’Islam, littéralement), le plus politique, le plus guerrier des fils de Kadhafi vient d’être arrêté dans le sud libyen. Il tentait visiblement de gagner l’espace sahélo-saharien, soit par le Niger où se trouve déjà l’un de ses frères, soit par le Mali.
La première fois où j’ai entendu parler de Sayf el Islam, c’était au milieu des années 90 quand on parlait de lui comme futur successeur de son père. A l’époque on entrevoyait chez quelques-uns des dirigeants arabes une volonté de fonder des dynasties en préparant leurs fils à leurs successions.
Les premiers à traiter avec lui furent les Occidentaux. Naturellement : on ne s’embarrasse jamais ici quand il s’agissait d’intérêts, sonnant et trébuchant du reste. Couvertures de magazines et de journaux, la une de télévisions officielles, réceptions en son honneur… tout y fut. En moins de temps qu’il faut pour le raconter, l’homme devient le chargé des relations publiques auprès des pays européens et américains. Pour son père.
C’est lui qui négocie les arrangements qui vont permettre la normalisation de la Libye avec la communauté internationale. Il discute avec les renseignements anglais et américains, avec les diplomates, les présidents et chefs d’Etats pour trouver une porte de sortie dans le dossier de Lockerbie, de celui de l’attentat du DC 10 d’UTA… Il fait plier son père qui va jusqu’à décider de se plier quant au dossier des armes interdites (chimiques et nucléaires).
Sayf el Islam est présenté comme un homme moderne qui sera la chance de la Libye de demain. Exactement comme ce fut le cas pour Bechar el Assad, Jemal Moubarak…
En février dernier, alors que la Libye connait ses premières révoltes, alors que tout indiquait que le changement tant attendu était nécessaire, Sayf el Islam fait une sortie où il menace le peuple libyen en promettant que beaucoup de sang va couler. Promesse tenue. Largement d’ailleurs.
Même s’il y a lieu de rappeler que Sayf el Islam n’est pas le seul responsable – avec lui l’OTAN, les rebelles et tout son clan à lui -, il faut espérer qu’il soit jugé par la Cour internationale pour laquelle il avait espéré se rendre. Il pourrait avoir le même sort que son père et son frère froidement assassinés, ce qui ajoutera un trauma de plus à la dramatique situation de la Libye. Prions pour qu’il soit épargné pour être jugé.

vendredi 18 novembre 2011

Le printemps qui dure


Le printemps arabe… dès le début on sentait qu’il y avait une arnaque en acceptant d’adopter une appellation aussi optimiste que celle-là. Il est vrai que les évènements de Tunisie ont vite enflammé les rues arabes et même européennes et américaines. D’où ce mouvement mondial de «l’indignation».
Quelques semaines après la fuite de Ben Ali, et c’est le dictateur d’Egypte qui s’en est allé contraint. Quelques mois et c’est Kadhafi qui connait une fin tragique. Cela dure encore au Yémen et en Syrie, dans une moindre mesure au Bahreïn.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. La Tunisie à elle seule ne peut pas faire le «printemps arabe». Et, malheureusement, il n’y aura que la Tunisie…
Seule la Tunisie semble réussir à pousser le changement au-delà d’un simple lifting du système ayant sévi des décennies durant. Sans doute le niveau d’instruction a-t-il joué dans ce pays qui a, depuis l’indépendance en 1956, joué la carte de la ressource humaine. Il y a certainement aussi la proximité de l’Europe et surtout le bon départ d’une Tunisie libérée des pesanteurs ancestrales par la volonté d’un moderniste visionnaire : Habib Bourguiba.
La place de la femme, le niveau de scolarisation, l’école moderne, la promotion de la culture (arts, écriture, lecture…), le tout a joué maintenant que le pays se trouve à un tournant de son histoire.
Mais il y a un peu plus que cela. Il y a Rachid Ghanouchi, ce leader islamiste qui a fait ses relectures bien avant que la Turquie islamiste ne fasse les siennes. Idéologue du mouvement islamiste tunisien, Ghanouchi a su (et pu) concevoir un mouvement enraciné dans les valeurs traditionnelles et résolument moderniste. Dès la chute du régime Ben Ali, l’homme est rentré n’attendant pas de voir s’exprimer les radicalismes libérés par la disparition d’un régime qui réduisait au silence tous les acteurs. Il est rapidement entré dans le débat interne, choisissant de s’investir lui-même pour contenir les affrontements prévisibles à cause des passions.
La démarche a été payante pour un mouvement qui a eu le mérite de n’avoir jamais composé avec la dictature. Pas un moment. Sa réussite aux élections est une prime à l’opposition, à l’attitude d’objection morale aux trafics politiques ambiants.
Le processus de mise en place d’un gouvernement d’union, plus ou moins consensuel, est le fruit de la maturité d’un mouvement qui a su être autonome. C’est un défi pour tous les mouvements islamiques dans le monde arabo-musulman où la décennie à venir sera celle de la conquête du pouvoir par ces mouvements.
Le processus «révolutionnaire» est beaucoup moins évident en Egypte où il reste otage de vieilles querelles, de visions archaïques (celle notamment des idéologues islamistes du début du 20ème siècle), et surtout du système qui n’a perdu que l’une de ses têtes (visibles).
En Libye, il faudra attendre que se calment les vents annonciateurs d’instabilités politiques et sociales pour parler de «processus révolutionnaire». Au Yémen et en Syrie, l’entêtement des pouvoirs en place continue de mener à la dérive. Au Bahreïn, la confrontation avec l’Iran permet à la minorité Sunnite de réprimer en silence…
Vous avez dit «printemps arabe» ?