mercredi 2 novembre 2011

Incorrigibles confrères


J’ai lu, comme la plupart d’entre vous, les comptes-rendus du hold-up dont ont été victimes quelques éleveurs – commerçants, selon certains, hommes d’affaires selon d’autres – en terre malienne, alors qu’ils revenaient tranquillement chez eux. Deux commentaires ont attiré mon attention dans la relation faite par les sites.
Le premier concerne le «opération sans précédent» mentionné par la plupart des sites. En fait, la région n’a jamais été sûre. Zone de prédilection du banditisme, on y évite le déplacement de nuit et en solitaire. Pas plus tard qu’il y a quelques mois, on apprenait par les mêmes sites la mésaventure d’un boutiquier de Kobenni qui s’est vu prendre quelques 22 millions d’ouguiyas. Cette semaine, la police de Kobenni a arrêté un groupe de malfaiteurs sévissant dans la zone. Reste le fait de mettre cela sur le compte d’AQMI.
Là vient le deuxième commentaire : des sites s’accordent à dire que «c’est là la preuve que la guerre contre AQMI n’a pas d’effet». Maintenant que l’ambition de AQMI est réduite à l’exercice d’un banditisme primaire et primitif, qu’elle a du mal à opérer en Mauritanie, que la peur a changé de camp… quelques-uns parmi nous tiennent encore à installer le doute quant à la stratégie adoptée face à la menace terroriste. Ce n’est pas là un cheval de bataille à enfourcher… il est temps de le savoir.  

mardi 1 novembre 2011

Perspectives ouvertes


C’est le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qui a installé la commission chargée du suivi de l’exécution des conclusions du dialogue qui aura duré un peu plus d’un mois.
Dans son discours, le Premier ministre a ancré le dialogue dans l’opération de raffermissement de la démocratie. Il a souligné qu’il s’agissait là du premier pas vers une plus grande implication des acteurs politiques les plus engagés dans l’entreprise de construction nationale et d’édification d’un Etat de droit.
«La diversité au plan intellectuel, les divergences d’opinion et les différences d'appréciation sur les grandes questions nationales et des solutions à leur proposer constituent les fondements essentiels du système démocratique, qui est, de nos jours, le meilleur système de gouvernement. 
Mais le fait d’avoir une pluralité d’acteurs, dont les opinions divergent le plus souvent, ou sont parfois antagonistes, demeure circonscrit dans des choix majeurs garantissant la conclusion d’un accord de principe basé sur des constantes nationales partagées dans le cadre d’un contrat social dont l'ultime objectif est de préserver l'intérêt suprême de la Patrie, le choix de sa pérennité, son intégrité territoriale et son indépendance politique et économique».
La commission se compose, outre les chefs des pôles du dialogue politique, Ahmed Ould Bahiya, l’actuel ministre d’Etat à l’éducation et Boïdjel Ould Houmeïd, président du parti Wiam, de : Mintata Mint Hideid (PRDR), Mohamed Yahya Ould Horma (UPR) ; Ousman Sangott (UDP), Ethmane Ould Cheikh Aboulmaaly (Fadila) et Yahya Ould Sidi el Moustaph (Adil) pour la Majorité, et pour l’Opposition : Correra Isagha (APP), Mohamed Yehdhih Ould Moctar Hacen (Wiam), Abdessalam Ould Horma (Sawab), El Mounir Ould Bah (Hamam) et Ahmed Ould Abdallahi.
L’urgence politique est à la mise en œuvre de l’accord. Dans les jours qui viennent, la commission de suivi sera dotée d’un local et d’une véritable structure de travail. La première étape est la désignation de la commission électorale indépendante qui doit comprendre en tout 14 membres – 7 pour chaque camp. Parmi eux, 7 seront choisis pour former le bureau exécutif de la commission dont le président. Les profils sont ceux d’administrateurs chevronnés et consensuels, de magistrats, universitaires, avocats, journalistes… capables de faire le consensus et donner confiance.
Les réaménagements des textes législatifs doivent intervenir aussi au plus vite. C’est dans cette perspective que travaillera la commission dont les activités seront supervisées à partir du Premier ministère.
Et parce qu’on affiche «morose» dans les salons de Nouakchott, il serait utile de voir la moitié pleine de la bouteille. Recul net du train de vie de l’Etat, baisse considérable de la prédation en matière de gestion publique et réalisation de quelques grands chantiers.
L’eau étant le plus grand enjeu pour les populations mauritaniennes, rurales ou urbaines, il faut se féliciter de la conclusion des financements et même de la réalisation des extensions de l’alimentation en eau potable de tous les quartiers de Nouakchott grâce au projet Aftout Essahli. Son pendant de l’est – Aftout Echrgui – va être lancé dans le courant novembre. Il permettra d’alimenter une grande partie des régions de l’Assaba, du Gudimakha, du Gorgol et une partie du Brakna ouest. Le projet Dhar va alimenter dans les mois qui viennent, Adel Begrou et Amourj au sud, Timbédra, Néma et Walata au nord de la région du Hodh Echergui.
La dernière mission du FMI a mis en exergue les réussites macro-économiques. La situation internationale aidant, la vision du désengagement de l’Etat a connu un net recul et les bailleurs acceptent désormais de laisser l’autorité publique intervenir en consacrant une partie des ressources financières à atténuer les effets des aléas, notamment de la sécheresse. D’ailleurs, près de quarante milliards d’ouguiyas seront mobilisés pour faire face à l’éventuelle catastrophe née du déficit pluviométrique de cette année.
Le comité interministériel chargé de préparer le plan, a tout prévu : aliments de bétail, disponibilisation de produits alimentaires à des prix bas (900 boutiques sur toute l’étendue du territoire), soins et équipes d’intervention.
Les mois qui viennent verront aussi le lancement des routes Néma-Bassiknou, Choum-Zouératt et la construction d’un nouveau département à mi-chemin entre Nouakchott et Nouadhibou (Chami).
Mais la plus belle perspective vient du côté de l’apport des mines qui sera considérable en 2012. Rien que pour Kinross Tasiast, l’extension est chiffrée à 3,5 milliards dollars. Selon Melainine Ould Tommy, vice-président chargé des relations extérieures de la société, «les patentes des rentes de l'or s'élèvent au prix de ce dernier et augmentent à travers la valeur imposable sur les recettes chaque fois que les profits de la société accroissent». Il a révélé au cours d’une récente conférence de presse, que la société réserve 3,5 milliards d’ouguiyas au financement de certains projets dont une école de spécialités minières, mais aussi à l’appui de projets sociaux. Il a promis que des milliers de Mauritaniens seront formés et employés dans les années à venir dans la mine qui sera la plus grande mine d’or d’Afrique, sinon du monde.
Les perspectives minières sont prometteuses à d’autres niveaux que celui de l’or. 2012 nous dira si la Mauritanie a des chances de devenir un pays minier, un pays riche. Encore faut-il s’y préparer dès à présent. Par la formation d’une main d’œuvre spécialisée à tous les niveaux, par l’assainissement du climat politique et sécuritaire, par la réhabilitation du mérite et de l’expertise.

lundi 31 octobre 2011

Dix ans déjà !


On nous apprend que la mort est une étape de la vie, une sorte d’aboutissement fatal. Et c’est vrai, c’est «une route tracée pour tous», comme disent ces gens qui croient vous compenser la perte que vous venez de subir, en vous entourant et en vous assenant des lapalissades du genre.
Mais nous apprenons par nous-mêmes que si la mort est une fatalité, l’oubli n’en est pas. Et nous commémorons. Pour ne pas oublier.
Chaque année, chaque cinq ans et puis chaque dix ans… en attendant de le faire chaque siècle. Qui dit que les Mauritaniens du futur ne seront pas plus fidèles que ceux d’aujourd’hui ?
…H'bib Ould Mahfoud est né le 10 septembre 1960 aux environs de Gnifrar, l’ancien Hsey Meyloud comme il aimait dire. Ses premières années il les passera entre le centre de l’Iguidi et Boutilimitt au gré des affectations de son père, Sidi Ould Mahfoud qui fut l’un des premiers gendarmes du pays.
Sous la tente qui l’a vu naître, trois écoles du domaine «bidhâne» s’enrichissaient l’une l’autre : celle de la mesure et de l’humilité, celle de la vivacité et de la spontanéité et celle de la candeur et de l’endurance.
Trois prénoms lui colleront sous cette tente : Beddah du nom du Vénéré Cheikh Abdel Vettah Ould Cheikh Ahmed LelValli qui fut pour son époque et son milieu un Maître et un modèle, et pour le «petit Beddah» plus qu’un grand-père ; H’bib qui donna Habib par altération ou convenance, et qui lui vient de l’Emir du Trarza, l’une des dernières grandes incarnations de ce que l’aristocratie Bidhâne comptait de mieux ; et Mahfoudh qui était le prénom le plus usité par son père.
C’est dans cet environnement extraordinaire qu’est le Gnifrar des années 60 qu’il grandit et qu’il s’ouvre à la vie. «Quelle ouverture ! aimait-il à répéter. Nous sommes à moins de quatre kilomètres de Dowchliya et jamais nous ne nous aventurons vers ce village». Pourtant il apprend à être curieux sans être impertinent, doué sans espièglerie, intelligent sans prétention… C’est comme ça qu’on naît et qu’on grandit ici.
Son premier maître d’école est feu Mohamed Ould Bagga. Sa première classe se passe sous la tente. Son premier livre est un Larousse que son père lui rapporte et qu’il finit par réciter.
Il débarque à Mederdra à la fin des années 60 où il termine son cursus scolaire primaire. Il passe le concours d’entrée en sixième en juin 1972 et va à Nouakchott pour poursuivre au collège des garçons de la capitale.
Ceux qui ont étudié avec lui ont encore le souvenir de ce garçon intelligent qui ne ratait jamais de cours, qui était toujours premier en français et dernier en mathématique. Certains de ses professeurs de maths avaient vite fait de l’appeler «le Victor Hugo de la classe». C’est en classe de troisième qu’il compose son premier poème qui sera inscrit dans les programmes scolaires de l’IPN plus tard. Déjà en quatrième, il fonde, avec ses amis Ahmed Ould Alioune, Elemine Ould Mohamed Baba et Ould Oumeir un journal dénommé «Al Anba». Parti pour être un journal scolaire, Al Anba prend vite l’allure d’un vrai journal. L’expérience est assassinée : ce qui ne passe pas par le CREA (centre d’animation du Parti) n’a pas de raison d’exister (les kadihines sont passés par là).
Il obtient son brevet franco-arabe en juin 1976. C’est au Lycée national qu’il se fait connaître. Trois années durant, les élèves de la filière Lettres Modernes n’auront d’yeux que pour celui qui peut aligner des dizaines de lignes sans faire de faute, réciter des centaines de vers sans sourciller. Avec une bande de copains, il obtient le Baccalauréat en juin 1980.
La volonté imbécile d’une administration qui montrait déjà son incompétence, fait que Habib se retrouve orienté vers Alma Ata en Russie pour faire des études de cinéma. Ce qu’il refuse. Il est finalement inscrit à l’Ecole normale Supérieure de Nouakchott où il brille véritablement. Ce qui ne l’empêche pas de quitter au bout de deux ans après avoir obtenu le diplôme de certificat d’aptitude à l’enseignement du premier cycle.
Il est envoyé à Aïoun où il enseigne pendant quatre ans. Il complète sa connaissance de la Mauritanie et redécouvre les trésors cachés de la culture Bidhâne.
En 1987, il est affecté à Nouadhibou où il essaye de s’accrocher à un métier qui a perdu ses lettres de noblesse. Puis en 1991, il est envoyé à Atar.
Entre-temps, ses amis qui ont fondé Mauritanie-Demain, font vite appel à lui. Ici, il se fait remarquer par son génie et son courage.
C’est là que l’on découvre Mauritanides. Et c’est ici que Habib se découvre lui-même. Acceptant d’offrir au monde une face de son être si riche et si complexe.
Habib s’est éteint le 31 octobre 2001, à 22 heures 30 mn à l’Hôtel-Dieu de Paris.
Quand il écrivait son livre «Les quatre vents de l’esprit», Victor Hugo disait : «Ce livre est écrit beaucoup avec le rêve, un peu avec le souvenir. Rêver est permis aux vaincus ; se souvenir est permis aux solitaires». Chacun de nous pourrait faire sienne cette affirmation.
A Taghla qui a su porter dignement notre deuil à tous, à Toutou, Bodde et Oum Kalthoum (Kelthama)… à Sidi, Khadijetout, Mghayli, Taki et Mghayli… à Tislim et les filles (Moume, Mana et Mint Balla)… à tous ceux des amis et compagnons (de fortune ou d’infortune), à ceux des nôtres qui continuent d’entretenir la flamme en refusant l’emprise de l’oubli, je réitère l’expression de mes condoléances les plus attristées. Dix ans déjà…

dimanche 30 octobre 2011


(Le temps) «coule et nous passons»


Ceux parmi vous qui n’auront pas reconnu quelques mots d’un ver de Lamartine, tirés de son célèbre poème «Le lac», vont devoir aller ailleurs… la suite ne les concerne pas.
La suite, c’est cette bataille continuelle que nous menons contre le Temps… nous voulons en faire un lieu… tandis qu’il coule pour nous, nous laissant au bord d’un cours que nous n’arrivons pas à suivre. Faute de n’avoir jamais essayé. Et nous tournons en rond.
Mais pour rompre avec la peur que cela inspire, je m’en vais vous dire que cette relation équivoque avec le Temps prend parfois de belles allures. Parce qu’elle inspire des poètes prodigues, des génies inégalés.
«kelhamd illi manzal la’laab
dahru vaat u gafaat shaab
likhriiv u taavi ‘aad ish haab
il harr u varqet yaajoura
u vraq baass ilkhayl illarkaab
ilmin ha kaanit ma’dhuura
u khlat bard ellayl u lemdhal
waryaaissehwa mahruura
u khlazaad igiliiw u dhal
ilkhayma hiya waamur»
Première traduction : (heureusement que le temps de l’occupation des grandes dunes/est passé et que la saison des pluies hivernale recule/que les fortes chaleurs/ont baissé comme le souffle de l’harmattan/qui empêchait de monter les chevaux/prétexte pour les mauvais cavaliers/et s’est mélangé la fraîcheur de nuit et de jour/le vent du nord ouest a soufflé/et s’est mélangé l’air humide des marigots asséchés, l’ombre des tentes et celle des accacias)

Deuxième traduction de Mick Gewinner, ancien professeur de littérature au Lycée français de Nouakchott, restée pour toujours amie du pays et de ses cultures:
Les grandes dunes ne sont plus occupées,
ce temps-là est passé, bonheur !
Le temps des pluies hivernales s’éloigne,
bonheur ! Les fortes chaleurs ont baissé,
comme le souffle de l’harmattan
qui empêchait de monter les chevaux,
-un prétexte pour les mauvais cavaliers, ha !
Et se sont accordées la fraîcheur de nuit et la fraîcheur du jour,
Et le vent du nord ouest a soufflé,
il s’est fondu dans l’air humide encore des marigots asséchés,
dans l’ombre des tentes et celle des acacias

Le génie inégalé de Erebaane, un poète de l’Aftout, nous place ici dans une perspective, jamais explorée – du moins à ma connaissance – par les poètes de l’espace Bidhâne. En général, on chante un lieu pour le moment qu’on y a passé, souvent aux côtés de la bien-aimée. Le lieu incarne alors l’amour impossible, le bonheur éphémère, le souvenir fugace… Il est, dans la lutte avec le temps, le prétexte de fixer un temps. De faire du temps un lieu. Une manière de le matérialiser de façon définitive. Chez Erebaane, c’est un temps qui est en lui-même la muse. Un temps qui n’est pas celui d’un homme du désert habituel. Le nomade maure ne trouve sa plénitude que pendant l’hivernage, période de pluies et de faste. Moment dans ce «temps cyclique» de bonheur : abondance (lait, viande…), abandon provisoire des grands déplacements, retrouvailles des campements, période d’amours par excellence…
Le Maure adore planter sa tente au-dessus de la plus grande et de la plus imposante des dunes. Il a une aversion naturelle pour les cuvettes, et surtout le fond des cuvettes. Notre poète Erebaane qui fait partie des génies du Trab el Bidhâne, chante justement le moment qui correspond au cycle qui voit les campements abandonner les dunes pour les cuvettes, à la fin de la période hivernale et au tout début de cet «automne» local où nous avons les prémisses d’une saison froide qui mettra du temps à s’installer. L’entre-deux saisons est un idéal pour le poète. Pas pour les beaux yeux d’une quelconque dulcinée, même pas pour un souvenir. Pour le temps lui-même. Ailleurs, Erebaane ne manque jamais de s’en prendre violemment au «temps maudit qui te donne certes de beaux jours, mais te fait souffrir en d’autres jours» (…ghayr eddahr tfu biih/maa yahsan bayaam ‘lahad/maa bayaam khra saa’ ‘liih).

samedi 29 octobre 2011

Une (grande) raison pour voter cette femme


L’autre jour, j’ai été voir des parents quelque part dans la gazra de Nouakchott. Ces visites que nous imposent la culture sociale et les préceptes religieux (qui se confondent parfois, qui s’alimentent toujours entre eux).
L’une de leur fille, atteinte d’une maladie grave qui nécessite un traitement coûteux et des contrôles tous les quinze jours, avait été «aiguillonnée» par une amie sur la Mairie de Tevraq Zeina qui offre, au niveau de son service social, à des gens indigents et malades la possibilité de se procurer leurs médicaments.
J’avoue ne pas encore fait le déplacement pour savoir de quoi il s’agit. Mais rien qu’à partir de ce que ma cousine m’a décrit, rien que son cas, je suis déjà enthousiasmé par une telle initiative.
Le service social de la Mairie de Tevraq Zeina a un contrat avec une ou deux pharmacies chez lesquelles il envoie les malades «sélectionnés» ou admis à pouvoir bénéficier d’un tel service. Il s’agit de gens qui prouvent leur indigence, qui ont des traitements coûteux qu’ils ne peuvent payer et qui n’ont d’autre recours que le service social.
On me dit qu’au début, le service ne couvrait que les indigents de la circonscription électorale de Tevraq Zeina, essentiellement les gardiens, les mendiants, les maîtres des écoles coraniques échoués ici… mais très tôt, le service a ouvert aux autres circonscriptions aidant des gens qui arrivaient de partout de Nouakchott. J’ai d’ailleurs trouvé quelques bénéficiaires dans le milieu de la gazra, milieu connu pour sa précarité.
Sans extravagance, sans tapage, une structure publique rend service – et quel service ! C’est assez rare dans notre pays pour être célébré.
Tout le mérite en revient à cette femme qui dirige cette Mairie depuis pas mal de temps. Fatimetou Mint Abdel Malik, c’est le nom de cette femme, a compris que le mieux pour un pouvoir local, c’est de servir les plus nécessiteux des hommes et femmes qui sont là. Quoi de plus utile que de leur permettre de se payer les médicaments qui atténuent les maux qui les rongent en silence ?

vendredi 28 octobre 2011

Le plus original d’entre nous


Abderrahmane Ould Ahmed Salem, plus connu sous son nom de star «Ahmed Toutou» mérite un hommage appuyé, lui qui réussit depuis quelques années à fêter le cinéma mauritanien… en Mauritanie. Entreprise qui demande un engagement très fort et surtout une foi inébranlable. Ahmed Toutou possède tout pour mener à bien une carrière d’acteur, de créateur, de cinéaste, d’organisateur… dans un pays où la sécheresse de l’environnement a fortement et définitivement marqué les cœurs et les esprits, les durcissant encore plus, au point de ne plus s’émouvoir, de ne plus apprécier le beau et l’original.
Ahmed Toutou n’a en rien été contrarié par cet environnement hostile, par cette hostilité de ses contemporains, hostilité qui s’affiche tantôt par l’indifférence tantôt par le rejet systématique. Il se bat depuis une trentaine d’années – il a commencé très jeune son combat. Il se bat pour avoir un espace de libre expression. D’abord au niveau de la scène théâtral où il a dû livrer une bataille épique pour faire accepter au milieu maraboutique auquel il appartient, sa vocation d’homme de scène. Ensuite à l’écran où il continue de se battre pour imposer le septième art à sa société – une société dont la déconfiture récente a mené au conservatisme …de façade.
Quand on croise Ahmed Toutou, on n’est jamais indifférent. A ceux qui lui reprochent de s’habiller selon les préceptes de la «sape», ou de se comporter publiquement comme il veut, à ceux-là j’objecterai que Abderrahmane Ould Ahmed Salem est sans aucun doute l’homme le plus original de ce pays, qu’il assume cette originalité dont il fait un combat et que, pour cela encore, il mérite tous les hommages.
On ne s’appelle pas Ahmed Toutou pour rien. Surnom mérité d’un artiste qui sait nous faire rêver, qui nous pousse à libérer notre imaginaire, à nous libérer nous-mêmes des contingences d’un monde pourri par l’argent, la flagornerie, le faux et l’usage de faux.