dimanche 28 août 2011

Shaykh Ould Deddew a encore raison


J’ai lu dans un site de chez nous que le Shaykh Mohamed el Hacen Ould Deddew a déclaré, au cours d’une interview accordée à un journal saoudien, que la mouvance islamiste doit être nécessairement à l’avant-garde de la lutte des peuples arabes pour la réforme. Qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur de cela, parce que la nature de cette mouvance en fait le porte-flambeau des aspirations légitimes de ces peuples.
Shaykh Ould Deddew a fait un constat, largement partagé d’ailleurs. En réalité, derrière ce que l’on appelle pompeusement «le printemps arabe», se profile une prise de pouvoir des courants islamistes qui pointe déjà à l’horizon en Egypte, en Tunisie et même en Libye. Le moteur de la contestation «tourne» effectivement à ce «diesel-là». C’est normal quand on accepte de constater que la jeunesse du mouvement, la globalité de son discours (qui s’adresse à tous les musulmans), la fraicheur de son inspiration font les atouts en cette ère d’incertitudes qui pèsent sur l’avenir.
Les réponses apportées par le discours islamiste couvrent tous les champs qui interpellent les Musulmans : mystique, idéologique, politique, économique… La mouvance en profite. Ce qui lui donne une avance certaine sur tous les autres acteurs politiques, récents ou anciens. Ce qui fait aussi qu’ils sont effectivement à l’avant-garde des mouvements que connaissent les rues aujourd’hui en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Syrie, en Libye… Si on sait quelles formes cela peut prendre, on ne sait pas encore où est-ce que cela mène ?

samedi 27 août 2011

Attentats en Algérie


Ils avaient promis un Ramadan sanglant aux pays de la zone, particulièrement pour l’Algérie et la Mauritanie. En ce vendredi, 26ème jour du mois béni, ils ont frappé à l’académie militaire de Cherchell en Algérie. Au total neuf officiers et deux civils ont été tués sur le coup. 26 autres personnes ont quitté l’hôpital après y avoir subi des soins. Tandis que 6 victimes du double-attentat ont retenues sous contrôle médical. C’est du moins ce qui ressort du premier bilan officiel publié par les autorités dans un communiqué du ministère de la défense. Le même ministère précisera le lendemain que le nombre des morts est de 18 dont deux civils. Certains journaux locaux ont parlé d’un mort de nationalité «mauritanienne ou malienne», sans d’autre précision.
Dans son communiqué, le ministère de la Défense a déclaré que cet "acte abject" vise à "atteindre  des objectifs médiatiques afin de desserrer l'étau qui leur est imposé sur le  terrain par les forces combinées de sécurité qui ont réalisé des résultats remarquables,  notamment durant les dernières semaines".   
Un premier kamikaze est venu à pieds et s’est fait exploser au moment où le muezzin lançait son appel pour la prière du Maghreb qui met fin au jeûne quotidien. Le deuxième est venu à moto semant le carnage dans le mess de l’académie militaire de Cherchell.
Cela aurait pu se passer à Nouakchott, à Rabat, à Tunis ou ailleurs dans l’un des pays de la zone sahélo-saharienne. Parce que la guerre déclarée par les groupes terroristes contre ces pays, cette guerre est totale. Les deux kamikazes dont on ne connait pas l’identité auraient accompli leur mission macabre en frappant n’importe où. L’essentiel étant de tuer le plus de monde. Peu importe la symbolique du moment choisi – le moment de la coupure du jeûne en ce mois béni (de paix) -, parce que le prétexte de l’Islam, nous le savons depuis longtemps, est fallacieux.
La leçon à tirer, c’est la nécessité de joindre les efforts des pays concernés. Pourquoi l’Algérie hésite-t-elle à frapper les bases de AQMI en plein Sahara ? Ce ne sont pas les moyens qui manquent. Ni les raisons.
Le commerce des otages dans l’espace sahélo-saharien finance les attaques terroristes en Algérie. Les camps d’entrainement sont des lieux de recrutement des kamikazes en vue d’actions dans les pays, d’abord l’Algérie.
Pourquoi l’Algérie cherche-t-elle à faire sans le Maroc ? Pourquoi le Maroc n’est pas invité à la conférence d’Alger prévue en septembre et à laquelle pourtant sont invités des pays comme le Pakistan, l’Afghanistan… ? L’Algérie, tout en gardant le leadership dans la lutte contre le terrorisme, aurait dû se départir de ses tendances hégémoniques pour s’engager avec les autres, tous les autres, dans la lutte visant à éradiquer le phénomène terroriste AQMI.

vendredi 26 août 2011

Réticences algérienne et mauritanienne


L’Algérie et la Mauritanie s’abstiennent encore de reconnaitre le Conseil national provisoire libyen. Même la chute de Tripoli et la fuite de Kadhafi ne semblent pas avoir raison des réticences des deux gouvernements à reconnaître le CNT. C’est pourquoi l’UMA tarde à suivre la Ligue Arabe dans la reconnaissance de nouvelles autorités en Libye.
Ce n’est certainement pas pour la qualité des relations avec Kadhafi, lequel a toujours fait souffrir ses voisins. Y compris l’Algérie qui lui doit quelques tentatives de déstabilisation au sud, en plus, très probablement d’un encouragement tacite des mouvements islamistes au début des années 90. Elle lui doit aussi de l’avoir bouté hors de ses cercles d’influence dans l’espace sahélo-saharien, africain en général. Dans cette lutte d’influence, Kadhafi avait dépensé des milliards de dollars pour avoir les faveurs de ses homologues africains.
Quant à la Mauritanie, la relation a toujours été marquée par le mépris qu’il affichait vis-à-vis du pays, de son peuple et de ses acteurs (officiels ou non). «Toz vi mouritaniya» sonne encore dans nos oreilles. Tout comme son refus publiquement exprimé de croire qu’un peuple comme le nôtre pouvait accéder à la démocratie. Et ce ne sont pas les quelques subsides qu’ils distribuaient aux acteurs politiques à l’occasion d’élections qui feront passer l’éponge.
Alors pourquoi ne pas se précipiter et reconnaitre le CNT ? D’abord cette position de médiateur au titre de la présidence du groupe de contact chargé du dossier libyen. Même si, très tôt le Président Ould Abdel Aziz a déclaré publiquement que Kadhafi était fini et que le peuple libyen devait avoir l’occasion de se prononcer. Mais dans le cadre d’un accord entre libyens. Toutes les initiatives furent torpillées (par les bombardements militaires et médiatiques des parrains du soulèvement). La solution militaire donne ce résultat qui ne veut encore pas dire la fin des hostilités : la chute de Tripoli.
La prise de Tripoli a été le fait de quelques unités armées commandées par Abdel Hamid Belhaj qui n’est autre que le frère cadet de Abu Yahya Alliby (Abu Yahya le libyen). Pressenti un moment successeur de Ben Laden à la tête de la nébuleuse, Abu Yahya a été à la source de l’allégeance du GSPC à Al Qaeda mère, acte qui a donné «AQMI» (Al Qaeda au Maghreb Islamique). Avant de rejoindre les bases de l’organisation en Afghanistan, Abu Yahya a séjourné en Algérie et en Mauritanie. Il a tissé des réseaux dans ces pays et contribué à l’embrigadement de la plupart des militants AQMI du Maghreb. C’est à son célèbre prêche de 2007 que répondent les Mauritaniens de AQMI par un non moins célèbre prêche intitulé «labayka ya Aba Yahya». C’est par ce prêche que l’on découvre Abu Anass Echinguitty qui accèdera au titre de membre du conseil de la Shura et deviendra le cadi de l’organisation. Dans ce prêche, il se félicite d’avoir «rejoint les frères algériens dans le Jihad qui est le leur», et d’appartenir «au groupe des élus qui ont choisi de mourir en vue d’instaurer un Etat islamique à la place des pouvoirs corrompus». Le prêche d’Abu Yahya Alliby avait pour titre : «La démocratie, ce totem corrupteur du monde moderne». Ce sont probablement ses disciples qui tiennent militairement Tripoli aujourd’hui. Pas de quoi plaire à Alger ou à Nouakchott.

jeudi 25 août 2011

Report des élections

C’est officiel. Après en avoir parlé avec les partis engagés dans le dialogue – côté Majorité : UPR, Adil, AJD/MR et PRDR ; côté Opposition : APP et Wi’am -, le Premier ministre a demandé au ministre de l’intérieur de rendre publique la décision. Une décision qui était très attendue: le report sine die des élections sénatoriales, législatives et municipales.
D’abord parce que personne – absolument personne – n’était prêt à se lancer à l’aventure dans une atmosphère faite de défiances et d’incertitudes. Ensuite parce que c’est là l’un des «préalables», «gages de bonne volonté» qui signifiera l’entrée en matière effective dans le dialogue.
Deuxième étape attendue : l’ouverture des médias publics devant toutes les forces politiques. L’accord de principe stipulait que cela sera fait selon l’agenda fixé avec la HAPA. 
On nous parle du refus du député UFP Moustapha Ould Bedredine de participer à un débat pluriel sous prétexte de présence «massive» de la Majorité à travers la société civile. Pourquoi faire venir des éléments de la société civile dans un débat politique qui concerne les acteurs politiques au premier chef ? Ould Bedredine (UFP), Mohamed Ould Babana (UPR), Kane Hamidou Baba (MR), Qassem Ould Bellali (Wi’am), Maalouma Mint Bilal (APP), Nana Mint Cheikhna (RFD), Salek Ould Sidi Mahmoud (Tawaçoul), n’est-ce pas assez pour faire le choix entre des personnes de même rang (politique) ? TVM devait éviter de se laisser piéger.
Le dialogue suppose la maîtrise des outils qui peuvent le servir. Jusqu’à présent, TVM et Radio Mauritanie ont été incapables d’organiser un débat depuis au moins la mi-2007. On se souvient que les émissions réussies de la radio citoyenne, de Radio Mauritanie et certaines de celles de TVM avaient donné la preuve que les Mauritaniens ne refusaient pas de débattre dans le respect des règles universellement reconnues et qui commencent par la prise en compte de l’opinion de l’autre et de la diversité en général.
Ce ne sont pas les journalistes de TVM ou de RM qui sont en cause, ni les hommes politiques – même si l’art de la prise de parole est encore mal maitrisé -, c’est la volonté des administrations qui freinera ou non le processus de dialogue dans les médias publics.
Pour revenir au report, les acteurs politiques impliqués doivent pousser vers l’économie de temps. L’étape la plus urgente est la création d’une CENI consensuelle. Nous avons eu l’expérience de la CENI partisane de 2009. Nous avons vu combien c’était risqué. Il faut remettre à jour la CENI permanente et indépendante. Au plus vite pour lui permettre d'être le cadre dans lequel les réformes du code électoral doivent intervenir. Le reste suivra.
Rappeler qu’il suffit de ne pas oublier les absents en «jouant pour eux»…

mercredi 24 août 2011

Le pluralisme n’est pas seulement politique


Au moment où le ministre de la communication, Me Hamdi Ould Mahjoub lance les dernières mesures (et démarches) permettant le passage à l’ère de la libéralisation de l’espace audiovisuel, à ce moment précis il importe de rappeler que ce que l’on appelle «pluralisme» ne doit pas seulement être compris dans son sens politique restreint.
Il est certes nécessaire, voire obligatoire, de donner la parole, d’exprimer les différentes opinions politiques légales du pays. Mais, plus vital à mon avis, que toute la diversité de notre société puisse s’exprimer dans les organes qui verront le jour.
Il ne faut pas que demain, nous ayons une radio ou une télévision dédié à une communauté culturelle donnée. Eviter que ne soit exclue une communauté, une langue, une culture d’un espace ouvert pour servir les Mauritaniens.
Même des radios, dites pourtant «communautaires», de Bir Om Greyn ou de Dafort, même ces radios doivent être tenues d’exprimer la diversité linguistique et culturelle du pays. Et toutes les communes du pays reflètent heureusement cette diversité dans leurs populations. Certaines plus que les autres, mais toutes la reflètent.
Cette pluralité-là prime sur le pluralisme politique. Il faut donc la préserver expressément.
Cette opportunité ouverte pour le pays de pouvoir rattraper le retard accusé par rapport aux pays voisins, est une chance pour ce qu’elle offre d’ouvertures et de libération.
Ouvertures sur nous-mêmes, sur l’Autre. Libération du joug de la pensée unique, de la parole du plus fort.
Elle demande certes une forte mesure d’accompagnement : le renforcement des outils nationaux que sont TVM et Radio Mauritanie et leur ouverture pour en faire de véritables services publics et non les porte-parole d’un régime. Ici aussi, il s’agira de garantir l’expression du pluralisme de la société. Pluralisme dans tous les sens. 

mardi 23 août 2011

C’est fait

On sait désormais lesquels des partis de la coordination de l’opposition démocratique acceptent d’engager un processus de dialogue avec le pouvoir. L’UFP, le RFD, la Convergence démocratique, Tawaçoul, Hatem… n’y vont pas sous différents prétextes. Pourtant tout indiquait que Tawaçoul (Islamistes) et la Convergence de Me Mahfoudh Ould Bettah allaient faire partie de ceux qui optent pour le dialogue. La méfiance a finalement été plus pesante que la logique de l’opportunité politique ainsi ouverte devant les acteurs de la vie publique nationale. Pour les autres partis, on savait, à l’avance, que les «rapports personnels» avec Ould Abdel Aziz empêcheraient toute convergence. Mais est-ce pour autant que le dialogue est compromis ?
Non ! Entre le pouvoir, l’APP de Messaoud Ould Boulkheir et le Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid, le meilleur schéma peut être trouvé. A propos des élections d’abord. Il ne faut pas s’arrêter à la seule nécessité de les reculer, mais faire du dialogue le moyen d’affiner les conditions du déroulement du scrutin en garantissant plus de transparence et une meilleure représentativité. Code électoral, découpage électoral, règlement de la question du quota féminin, de celle des nouvelles cartes d’identité, mise en place d’une CENI consensuelle et indépendante, nomination d’un ministre de l’intérieur «neutre»… Tellement de choses à faire et qui n’ont pas besoin d’un consensus formel.
On peut malheureusement avoir une «petite» ambition et penser ce dialogue en terme de report des élections pour permettre de garder le statu quo actuel (une Majorité absolue au Président et Ould Boulkheir à la tête de l’Assemblée nationale) et/ou en terme de participation à un gouvernement d’union. Mais les partenaires engagés peuvent, rien ne les en empêche (ni leurs cursus politiques, ni les perspectives ouvertes), voir plus grand pour eux-mêmes et pour le pays. Et à ce moment-là, ils auront gagné tous leurs paris. 

lundi 22 août 2011

Quoi après ?


Les rebelles libyens sont à Tripoli. Ils ne l’ont pas complètement occupée. Ils ont arrêtés deux des enfants de Kadhafi, Seyf el Islam qui paraissait être le plus va-t-en-guerre et Mohamed qui était à son opposé. Mais pas de nouvelle du père qui a régné 42 ans durant sur la Libye. Au 1er septembre prochain il aurait fait exactement 22 ans.
Dès que les rebelles sont entrés à Tripoli, ceux de Benghazi ont crié victoire. Le président du CNT, Moustapha Abdel Jelil qui a été ministre de la justice de Kadhafi, a déclaré que l’ère de celui-ci était révolue. Il a annoncé la mise en œuvre prochaine du nouvel ordre constitutionnel provisoire devant régir le pays en attendant la mise en place d’une loi fondamentale définitive. Il a promis un gouvernement démocratique et des élections au plus vite. On l’espère pour la Libye qui n’a que trop souffert de l’infantilisme de sa classe politique qui est incapable aujourd’hui d’avoir une vision d’avenir.
Dans nos pays, les dictatures ont ceci de pervers : sans envisager l’avenir pour elles-mêmes, elles détruisent toute velléité de se projeter de l’avant chez ses protagonistes.
Chez nous, en Mauritanie, cela s’est traduit par l’absence de proposition chaque fois que le changement était au rendez-vous. Quand en août 2005, l’armée met fin au règne de Ould Taya, ses soutiens n’ont jamais envisagé la fin de son règne, ses opposants non plus. Tous ont oublié de concevoir un programme d’alternance, un scénario alternatif et tous se sont retrouvés obligés de «suivre» le mouvement de l’Histoire sans pouvoir y influer.
Mais si les premiers avaient pu se reprendre et imaginer une reprise en main des leviers, les seconds ont continué à subir. Oubliant que la vraie bataille politique était celle que menait l’ancien au nouveau (probable). Dans nos pays, nous risquons d’avorter tous les élans de changements par manque de perspective et d’alternative. On vit le moment qui s’offre à nous, la paresse nous empêchant de faire l’effort d’imaginer d’autre voie que celles déjà empruntées.