dimanche 31 juillet 2011

Histoire de gazra


Ce que je vais vous raconter est authentique. Même si cela ressemble à une histoire quelconque de gazra, il faut le raconter et, pour vous, prendre la peine de le lire.
Une famille vivant sur un terrain qu’elle s’est appropriée depuis des décennies quelque part dans les dépendances de Toujounine. Il y a quatre mois – ou cinq, personne ne se rappelle plus -, la commission chargée de faire le lotissement arrive dans le quartier. Elle fait passer la route à côté de chez eux, leur arrachant deux à trois mètres mais leur laissant l’essentiel. On lui dit que le terrain qu’elle occupe lui sera attribué. La commission lui délivre même un reçu. Seulement, juste à côté, a été construite une belle demeure, preuve de l’aisance de ses propriétaires. Le tracé de la route passe par cette demeure. Rien n’arrive tout de suite.
Les semaines passent sans qu’il y ait de tracé. La semaine dernière, arrivent des gardes qui annoncent que la route a changé de tracé. Elle vire carrément à droite (à angle droit) pour passer en plein dans la gazra de la famille qui a habité là tout ce temps et qui avait déjà eu le reçu pour son terrain. La belle demeure est épargnée. L’administration ne pouvait visiblement pas casser la belle demeure et épargner quelques vieilles constructions aux toits en zinc. C’était plus facile de détourner le tracé et de le faire passer par les plus pauvres – donc les plus faibles.
Ce qu’apprenant, le Wali de Nouakchott intervient pour rétablir justice. Après plusieurs jours de pression sur le préfet, et de palabres publiques et privées, l’administration semble avoir trouvé la solution : la route s’arrête là, elle ne va nulle part. On répond ainsi aux injonctions du Wali qui tient à faire appliquer la justice et, surtout, on épargne ainsi la belle demeure. Pourquoi d’ailleurs une route là-bas ? Il y en a qui sont plus forts que toutes les lois, que toutes les autorités.

samedi 30 juillet 2011

Troublants confrères

C’est le titre d’un site d’information de chez nous qui a attiré mon attention. Il disait que la «presse malienne» a révélé que l’Armée mauritanienne ne combattrait pas AQMI sur son territoire mais des rebelles qui seraient financés par Moawiya Ould Sid’Ahmed Taya. Je suis donc allé sur Maliweb chercher la source de l’information. Je suis tombé sur un posting daté du 27 juillet 2011 signé d’un certain Baba Ould. et qui serait paru dans le Combat, un journal quelconque du Mali. Le titre : «Troublantes révélations sur les incursions mauritaniennes au Mali : Ould Abdel Aziz a piégé ATT selon la presse Mauritanienne». On peut y lire : «Nos sources sont formelles, il existe une rébellion en Mauritanie qui serait soutenue par le Président renversé par un coup d’Etat militaire le 3 août 2005, Maaouiya Ould Taya. Ces rebelles mauritaniens se réfugient souvent sur le territoire malien comme les rebelles du Mali aussi se réfugiaient en Algérie ou en Mauritanie». Et de poursuivre : «Les agissements de l’armée mauritanienne sur le territoire malien sous prétexte de lutter contre AQMI n’est donc pas une guerre contre le réseau islamiste, mais plutôt la volonté du pouvoir de Nouakchott d’anéantir totalement le mouvement rebelle auquel il fait face depuis un certain temps. La preuve, c’est que la plupart des éléments d’AQMI interpellés par l’armée malienne ont la nationalité mauritanienne. Et puis, pourquoi AQMI attaque les positions de l’armée mauritanienne et non celles de l’armée malienne ou nigérienne ?» 
Qui croire dans ce cas, les organes mauritaniens ayant fait référence à leurs confrères maliens ou l’inverse ? Vous vous souvenez certainement d’une fameuse lettre adressée soi-disant par Nelson Mandela aux insoumis de Saahet ettahrir au Caire au beau milieu de la révolution égyptienne. On en a tellement parlé que certains analystes ont fini par l’intégrer dans les facteurs de réussite de la révolution. Une lettre du symbole de la lutte pacifique contemporaine, incarnation du Mahatma, ça pèse.
Cela finit par arriver à Mandela qui exprime sa surprise, n’ayant jamais envoyé une telle lettre. Choqués, quelques chercheurs égyptiens commencent une enquête autour de la lettre qui leur parait une manipulation de la part des manifestants. Après enquête, ils retrouvent l’origine de la lettre en… Mauritanie. Le premier qui a fait état d’un tel document est un site mauritanien. Comme quoi…
La méthode utilisée jusque-là par certains de nos confrères, était de passer une information à un journal extérieur, de la reprendre en le citant, ce qui lui donnerait plus de crédit. Il y a des spécialistes de cela parmi nous. L’information est alors reprise par des parlementaires et devient «officielle». Mort à celui qui voudra la contredire. On n’arrête pas la rumeur.

vendredi 29 juillet 2011

Plus on avance...


Plus on avance vers la concrétisation du dialogue entre le pouvoir et l’opposition, plus les positions se clarifient. D’une part ceux qui ne veulent pas de ce dialogue, sans pour autant proposer d’alternative autre que le rejet du régime en place. Quand on est un citoyen lambda signant avec un pseudo – souvent par lâcheté – on peut se permettre toutes les positions, même les plus incongrues. Mais quand on est un parti politique, ou un être porteur de valeurs et qui les défend au grand jour, on n’a pas le droit de dire simplement «non», on doit pouvoir proposer.
Quand un Bou’zizi s’immole ou quand un Moussa el Baçri se fait exploser dans les rues de Nouakchott, ils expriment tous les deux un geste de désespoir. Mais la différence fondamentale entre eux, c’est que le premier a cherché à faire l’effet d’une objection de conscience à ses semblables en cherchant à se faire mal seul. C’est pourquoi il a été une interpellation à toute une jeunesse qui voulait vivre enfin et qui en était empêché par un régime à la limite de la démence.
Moussa el Baçri lui, n’entend pas laisser quelqu’un vivre après lui. Il veut entraîner dans sa mort le maximum de ses semblables parce qu’à ses yeux ils ne méritent pas de vivre. Parce que surtout, il n’a pas de projet de vie pour eux. Ni pour lui d’ailleurs. Le projet qui l’inspire est fait de carnages, de morts, de destructions… et c’est pourquoi nous combattons ce projet.
Tout projet dont l’objectif n’est pas de construire un édifice stable par la culture de valeurs humaines d’égalité, de justice, d’équité, de recherche de bien-être pour tous, tout projet qui ne se construit pas sur cette inspiration devrait être combattu. Le premier indice – à mon avis – est la vision proposée. C’est quand on n’a pas de vision qu’on n’a rien à proposer. Je trouve que la Mauritanie a toujours été à la croisée des chemins. Elle a trop hésité jusqu’à présent. Il est temps de se décider. Ça vaut pour tous les acteurs.
Quand Ould Abdel Aziz a pris le pouvoir, il a dénoncé le statu quo et promis le changement. Le changement c’est d’abord la rupture avec le passé. C’est aux termes de ce contrat qui a fini par le lier au peuple mauritanien – par la force d’une élection consensuelle quoi qu’en disent ses détracteurs qui l’ont pourtant bénie -, que nous devons le pousser à faire plus et mieux. Et pour ce faire, nous devons lui reconnaitre ses mérites. Parmi ces mérites, le fait d’avoir appelé au dialogue le 28 novembre 2010.
En face, nous avons des acteurs politiques qui étaient, pour la plupart, là quand on est venu au monde et qui resteront certainement là quand nous aurons quitté ce monde. Leur longévité défie toutes les lois. Ces acteurs nous jouent le même tour. Depuis toujours. Quand le pouvoir ne sert pas leurs intérêts, il est honni, illégitime et doit disparaître et qu’importe la voie suivie. Quand, au contraire, il les sert, il fait partie de «l’in-dit» (el meskoutou ‘anhu, le non-dit en plus sacré). Les principes, le raffermissement de la démocratie, les droits, la liberté… tout doit faire l’objet de discussion. On a le temps et on doit avoir l’ouverture d’esprit nécessaire. C’est ce qui a justifié toutes les accointances avec Ould Taya. Voilà un régime avec lequel toutes les passerelles furent ouvertes, mêmes les plus honteuses malgré 1987 (négro-africains), 1988 (baaths), 1989 (expulsions massives de mauritaniens), 1990-91( exécutions sommaires de compatriotes), 1994 (islamistes), 1995, 96, 97, 98, 99, 2000, 01, 02, 03, 04, 05… toutes les années et ces complots fictifs justifiants répressions et emprisonnements, tortures et exécutions extrajudiciaires… toute cette politique faite de corruptions, de vol et de viol des consciences… Cela ne nous a pas empêchés de fournir d’énormes efforts en explications, en conférences, pour justifier la nécessité de discuter et l’obligation morale de le faire. Plus tard de recevoir parmi nous ceux qui ont servi 20 ans durant ce régime et de les traiter comme si de rien n’était. Les ministres de l’intérieur, les directeurs des services de renseignements et de police, les tortionnaires, les prédateurs… «ouvriers», «cadres», «exécutants», tout le personnel de conception et de réalisation des années noires, des années grises, des années sombres – appelez ça comme vous voulez -, tout ce personnel a été chaleureusement accueilli avant d’être blanchi par nos soins.
…Nous sommes encore à la croisée des chemins, nous avons à choisir entre fonder un ordre nouveau qui permettrait – par le dialogue – d’impliquer la plupart d’entre nous, de continuer à se laisser berner par le désespoir, à espérer que «quelque chose tombe du ciel sur la tête de ceux qui gouvernent», quelque chose qui puisse les exterminer quitte à tout voir disparaitre avec eux. «Sans moi, le déluge»… 

jeudi 28 juillet 2011

Le «traitre» trahi


Abdel Fettah Younes est l’un des généraux survivants de la révolution verte en Libye. Il est le seul des compagnons de Kadhafi à avoir survécu aux multiples purges et mises à l’écart dont les autres ont été victimes. La confiance que lui accordait Kadhafi était sans faille. Younès a trahi Kadhafi dès les premières semaines de la rébellion, d’abord populaire puis militaire de la Cyrénaïque. On se souvient de l’annonce faite par les rebelles, démentie par Kadhafi lui-même qui préfère recourir au mensonge grossier en commanditant la diffusion de vieilles images comme si elle datait de la veille. Des images on voyait les deux hommes ensembles. C’est dire combien était important le ralliement de Younes. Surtout qu’il permettait à la rébellion qui s’organisait difficilement d’avoir un chef issu des rangs militaires, et à l’OTAN d’avoir à la tête de cette armée en construction, quelqu’un qui ne peut être taxé de sympathisant d’Al Qaeda ou des salafistes jihadistes formant l’ossature des forces rebelles.
C’est donc autour du général Abdel Fettah Younes que l’armée devant conquérir la Libye et chasser Kadhafi du pouvoir, que cette armée a été montée petit à petit. Très mobile sur le front, il a été effectivement le bras de l’aile civile du Conseil national de transition au pouvoir en Cyrénaïque et dans d’autres parties de la Libye.
Ce jeudi, il a été assassiné en compagnie de deux autres officiers de la rébellion. Selon les dépêches d’agences de presse, la mort «suspecte» d’Abdelfatah Younes avait été annoncée par le président du CNT Moustapha Abdeljalil. «Abdel Fetah Younes et deux de ses compagnons ont été tués à Benghazi par des individus armés», avait-il indiqué. Younes revenait de la ligne de front vers Benghazi après avoir été convoqué par une «une commission judiciaire enquêtant sur des questions militaires», selon la déclaration de Moustafa Abdeljalil. Deux explications qui s’offrent à nous.
La première voudrait que l’assassinat soit l’œuvre des sbires de Kadhafi. Auquel cas, il faudrait se résoudre à accepter que la rébellion est fortement infiltré. En effet si Kadhafi peut frapper au cœur du CNT, ce doit être inquiétant pour les amis de l’OTAN. Plus encore pour Moustapha Abdel Jelil, un autre traitre à Kadhafi qui s’est retrouvé président de la rébellion.
La deuxième indique de fortes dissensions internes au sein de la rébellion. Ces dissensions peuvent être de clans. Ce qui est plutôt simple. Mais elles peuvent, et c’est ce qui est dangereux, être idéologiques. En effet, et comme le soutient le régime de Tripoli, l’essentiel des troupes de la rébellion appartient à l’aire idéologique de la Salafiya Jihadiya. Alors que la direction des opérations est pour la plupart issue da l’école nationaliste prônée plus de quarante ans durant par le régime, sinon de la diaspora venant d’Europe et d’Amérique. Entre donc les quelques dirigeants apparents du mouvement, et les hommes d’action et de terrain, il y a un grand fossé dans la vision politique et humaine de l’entreprise menée depuis février dernier. Si les uns prétendent établir un régime démocratique allié de l’Occident sinon à son service, les autres entendent créer un Emirat islamique capable de servir de base d’épanouissement de la mouvance vers toute la région nord-africaine, et pourquoi pas au-delà. Avec les révolutions en cours en Tunisie et en Egypte, la fragilité de la situation en Algérie et plu au sud, au Tchad et au Soudan, plus à l’est l’insécurité dans l’espace sahélo-saharien, c’est tout une perspective qui est ouverte. Dans une telle perspective, Younes et ses hommes sont bien un obstacle. Il fallait donc les éliminer. C’est fait. Quel sera l’acte II ?

mercredi 27 juillet 2011

http://www.coursupreme.mr

La Cour Suprême a lancé son site électronique. Un site sert toujours à présenter l’institution et à suivre son actualité. Il est donc un signe de transparence, au moins d’un souci de satisfaire la curiosité des usagers.
Naturellement le site www.coursupreme.mr sert d’abord à faire connaitre les missions de la Cour suprême, à la présenter, à donner sa composition, et à diffuser ses publications et communiqués. Une partie est réservée au Parquet général près la Cour Suprême : sa présentation, son organisation et sa composition. Une autre à la Commission pour la transparence financière de la vie publique pour sa présentation, sa composition, ses missions, ses rapports et autres publications éventuelles. Il y a aussi un exemplaire du formulaire à remplir par les hauts fonctionnaires et dignitaires tenus de le faire. En plus, vous avez accès à toutes les publications et textes juridiques concernant l’institution ainsi que tout ce qui touche l’événement annuel de l’ouverture de l’année judiciaire.
Dans sa version en Arabe – sa version en Français n’est pas complète -, vous pouvez faire un tour dans l’histoire de la Cour à travers ses présidents. Tous les présidents, depuis 1965 (date de la mauritanisation), sont là avec photos : Mohamed Lemine Ould Hammoni (1965-1966), Bé Ould Né (1966-1971), Ahmed Ould Mohamed Saleh (1971-1972), Ahmed Ould Bbaa (1972-1979), Ethmane Ould Sid’Ahmed Yessa (1979-1981), Cheikh Ould Boyde (1981-1984), Mohamed Salem Ould Addoud (1984-1987), Ahmedou Ould Abdel Kader (1987-1988), Mohameden Ould M’Boirik (1988-1996), Mahfoudh Ould Lemrabott (1996-2003), Mohamed Kaber Ould Khattri (2003-2004), Kaba Ould Elewa (2004-2005), Mohamed Ould Hannani (2005-2009), Bal Amadou Tijane (2009-2010) et Seyid Ould Ghaylani (2010-….). Depuis 1965, la Cour a connu 15 présidents, soit 5un peu plus de cinq ans par président. Ce qui équivaut à un mandat normal. Ce qui, par contre n’est pas normal, c’est la qualité de certains des «heureux élus»… laissez-vous guider par les noms.

mardi 26 juillet 2011

La bataille du football

La guerre fait rage au sein des ligues régionales et autres structures chargées de la gestion du foot. Il faut élire, ce jeudi, le nouveau bureau de la fédération nationale de foot. Le président sortant, Mohamed Salem Ould Boukhreiss ne se représente pas. Deux candidats sont en lisse.
Le premier est Moulaye Ould Abbass, l’héritier du grand banquier Sidi Mohamed Abbass, longtemps président du patronat, entrepreneur citoyen, politique averti, ayant su allier intelligence et humanisme. Son jeune fils qui a hérité une bonne partie de sa fortune dont la banque BMCI, a été président de la fédération. C’est sous son mandat que sur les onze joueurs de l’équipe nationale, neuf étaient des étrangers naturalisés. On avait alors invoqué ses possibilités financières, son modernisme et son émancipation vis-à-vis des pesanteurs sociales pour lui confier la mission. Son mandat a été un échec. Pour les mêmes arguments, il veut tenter une nouvelle fois sa chance. Aidé cette fois-ci par quelques pans de l’autorité en place. Le Général Ndiaga Dieng qui a fait main basse sur le basket-ball et bien d’autres barons le soutiennent ouvertement.
Le deuxième candidat est un jeune du nom de Ahmed Ould Abderrahmane Ould Yahya. Issu du milieu de Nouadhibou, Ould Yahya a toujours évolué dans les milieux de Nouadhibou. Modernité et volontarisme sont deux de ses qualités mises en avant par ses soutiens. Et quand ses adversaires veulent le mettre hors jeu, ils vous disent : «il n’a pas d’argent». Comme s’il avait de l’argent, cela pouvait aider notre foot. Tous ceux qui ont eu à diriger le foot avaient de l’argent. Parfois trop. Mais qu’elle était la tendance chez eux ? C’est d’en rajouter dans leurs cagnottes. On a fait les quarante premières années de l’indépendance avec les mêmes noms dans le circuit du foot national : un qui remplace un, on a tourné en rond mais au sein de la même nomenklatura. Cela avait fini par ressembler à une maffia. Avec l’arrivée de Moulaye Ould Abbass, puis de Ould Boukhreiss on avait espéré finir avec cette tendance de toujours revenir vers les anciens pour répéter les mêmes échecs, les mêmes erreurs.
Si j’étais électeur, ma voix irait à Ahmed Ould Yahya. Parce qu’il n’a pas d’argent. Parce qu’il irrite dans les milieux officiels de nos sports, alors que nous savons de quoi ces milieux sont faits et ce qu’ils nous ont rapporté par le passé. Parce qu’il a «l’habitude» du football depuis son enfance. En plus de toutes les qualités humaines qui font sa force (intégration, politesse, volonté, humilité…). Malheureusement je ne suis pas électeur, j’aurai pu me taire, mais c’est plus fort que moi.
Je vois un candidat qui compte sur son pouvoir financier, qui a engagé avec lui tous les parapluies officiels et qui, pour cela, ne fait pas campagne. En face, un jeune qui mène une véritable campagne de séduction et de promotion pour un programme, autour de lui des jeunes de sa trempe… alors je choisis mon camp. Au moins de dire ce que je pense.
Et «parmi ce que je pense», la question du coût des structures sportives qui ne rapportent finalement pas grand-chose. Au plan du foot, le bilan est facile à faire : nous avons toujours été les derniers de notre classe malgré les dépenses énormes. Au niveau du volley et du basket, la Mauritanie a, jusqu’au début des années 80, occupé un rang honorable, devenant quelques fois vice-champion d’Afrique. Mais depuis plus rien. Au niveau de l’athlétisme, les sportifs de chez nous ne sont même pas classables. Et tout cela coûte. En fait, les organisations sportives sont de hauts lieux de gabegie et doivent en conséquence être concernées par la lutte contre «al mufsidiine».

lundi 25 juillet 2011

Abdel Wedoud Ould Cheikh méconnu ?


Mohamed Fouad Barrada est un garçon très bien. Excellent par bien des aspects. Formidable par de nombreuses (et belles) qualités. Il a fait des études réussies et adopté une vie de chercheur. Il lit beaucoup, rate rarement les conférences, fait le tour des librairies, bibliothèques et bouquinistes du pays. Il anime une page dans La Tribune depuis fort longtemps et travaille réellement ailleurs. Il satisfait tous ceux qui l’approchent et qui savent apprécier «le frêle Chérif»…
Mais Mohamed Fouad Barrada vient de nous avouer publiquement qu’il n’a jamais entendu parler de Abdel Wedoud Ould Cheikh. L’éminent sociologue de chez nous, celui qui a fait fi des considérations locales, qui est sorti des voies consacrées, qui a défié l’idéologie sociale dominante, qui a fait appel aux théories les plus modernes pour décrire notre société, qui a fondé quelques concepts pour nous permettre de nous comprendre… ce Abdel Wedoud Ould Cheikh qui constitue, et pour raison, une source de fierté, ne serait pas connu par des générations de jeunes mauritaniens. Merci à Barrada de nous rappeler cela.
Les moins de quarante ans de chez nous ont été formés à l’école de la médiocrité. Les plus aisés d’entre eux, n’ont jamais été portés sur le savoir. Ils ont vu la réussite de l’ignorance et n’ont eu que les prédateurs comme modèles. Pensez à toute la jeunesse de Tevraq Zeina et des environs immédiats, pensez aussi – et surtout – à toute cette jeunesse qui ne connait du pays que les ascensions fulgurantes de barons PRDS et autres promus de la politique locale. Cette jeunesse n’a pas eu de modèles autres que ceux qui ont pillé le pays et qui n’ont jamais eu besoin d’ouvrir un livre pour savoir comment faire.
Les moins aisés des nôtres, de cette frange d’âge qu’on peut grossièrement situer entre 20 et 45 ans, les moins aisés parmi eux n’ont pas accès à la lecture au sens noble du terme. Ils ne lisent que ce qu’on leur propose à l’école, presque rien. Ceux-là sont les plus nombreux, même d’ils ne sont pas les plus visibles.
«La Mauritanie est un pays qui descend», une belle formule de celui qui est considéré parmi ses pairs comme «l’universitaire mauritanien qui compte». En 1999 (25 juin, La Tribune N°119, censuré ainsi que le 118 et le 117), en introduction d’une interview qu’il accordait au journal, on écrivait : «Abdel Wedoud Ould Cheikh est le plus grand sociologue et historien de notre pays. (…) Il continue, avec une patience et une discrétion toutes maraboutiques (au sens positif du terme), à construire une œuvre scientifique résolument moderne et forte. Son apport à la connaissance de notre pays et de sa culture est considérable.» A l’époque, son départ était déjà programmé. La médiocrité ambiante, la dictature qui menait la guerre au savoir, le système d’antivaleurs l’obligeaient à envisager de s’établir ailleurs.
Il nous présentait son travail comme une tentative «d’évasion». «Les chercheurs ou les handicapés sociaux de ce type-là, ce sont des gens qui ont peut-être une forme de distance, de recul, une volonté de fuite. Ce sont, si vous voulez, des types de tentatives d’évasion qui, elle, parfois prend du temps, le temps du recul probablement». Pour lui, étudier l’Histoire, «c’est probablement une manière de se réfugier aussi dans un lointain ailleurs qu’on peut juger comme étant plus fréquentable, plus pur, plus propre, plus moralement intéressant que peut-être certaines choses d’actualité. C’est une autre manière de refuser cette actualité et sans doute de la fuir».
En cherchant à choisir quelques extraits de l’interview, je me rends compte de l’utilité de sa réédition. Je le promets aux lecteurs du journal. Je me souviens quand même que, grâce à la collaboration d’un très grand politiste mauritanien – que probablement ne connait pas la génération Barrada, malgré sa jeunesse -, grâce à la collaboration de Zekeria Ould Ahmed Salem, on avait pu dresser une très brève présentation de l’homme des sciences sociales mauritaniennes. Le passage sur le lexique emprunté à Ould Cheikh est très utile : «Certains termes utilisés par Abdel Wedoud Ould Cheikh font partie d’un lexique à l’aide duquel il analyse la société et l’histoire mauritaniennes. En voici quelques exemples :
-          «La rumination» : issu de la terminologie biologique, ce terme renvoie ici aux caractéristiques du système d’enseignement traditionnel maure dont le caractère principal consiste à ingurgiter un certain nombre de connaissances, de textes, de corpus etc. et à les ressortir sur commande ou à la demande après les avoir bien mémorisés. Cet effort essentiellement de récitation reste assez spécifique et n’exclue généralement, mais pas systématiquement, la distance, la remise en cause, la réflexion personnelle, la production intellectuelle individuelle. Le contenu ruminé est évidemment de l’ordre de l’indiscuté. D’ailleurs, dans les célèbres joutes qui opposaient régulièrement les érudits traditionnels, l’exercice consistait à se «jeter à la figure» les textes canoniques ainsi ruminés, se vantant au passage de s’être limités à ce strict effort biologico-savant.
-          «L’institutionnalisation du doute» : c’est le contraire de la rumination. Il s’agit de la prise en compte dans les systèmes de pensée ou d’action de la possibilité de se tromper et surtout de reconnaitre qu’on s’est trompé, qu’on puisse se tromper, se remettre en cause, se corriger. La notion implique aussi une marge laissée à l’erreur et à sa reconnaissance. Ce qui veut dire que les pouvoirs intellectuels ou politiques ne soient pas présentés ou conçus comme étant infaillibles. De façon fondamentale, cela suppose le pluralisme des idées, la multiplication des points de vue, le débat contradictoire, la possibilité de remise en question des certitudes, des mythes, la liberté intellectuelle, la «discutabilité» des dogmes en quelque sorte etc. En somme, c’est une valeur positivement connotée.
-          «La demande despotique» : joliment inquiétante, l’expression renvoie aux prédispositions sociales à se faire gouverner de manière fortement autoritaire. Dans ce cas, la société adhère aux injonctions des régimes politiques et ne cherche pas prioritairement à les contester même s’il y a lieu. Mieux, cette adhésion se fait volontiers ostentatoire et excessive au point de devancer parfois le désir même des autorités. La demande despotique explique donc assez bien les stratégies populaires et élitistes d’accommodement, d’acceptation non conditionnelle de l’ordre institué. Il y a aussi dans cette expression, l’idée d’une pré-adéquation de ce que font les autorités avec ce que les gens attendent du pouvoir en général et à l’idée principalement coercitive qu’ils s’en font. C’est ce qui explique que dans les sociétés où existe cette demande, il y a le plus souvent un régime dit «sultano-despotique» qui jouit d’une apparente et relative légitimité».

Abdel Wedoud Ould Cheikh ne doit pas être un inconnu en Mauritanie. C’est pourquoi ce rappel est nécessaire. Même si, par ailleurs, je sais qu’il est mieux, dans notre pays, d’être un riche parvenu au terme d’une carrière faite de compromissions, de prédation, de vol, de corruptions… que d’être Abdel Wedoud Ould Cheikh. Dommage pour nous.