mardi 26 juillet 2011

La bataille du football

La guerre fait rage au sein des ligues régionales et autres structures chargées de la gestion du foot. Il faut élire, ce jeudi, le nouveau bureau de la fédération nationale de foot. Le président sortant, Mohamed Salem Ould Boukhreiss ne se représente pas. Deux candidats sont en lisse.
Le premier est Moulaye Ould Abbass, l’héritier du grand banquier Sidi Mohamed Abbass, longtemps président du patronat, entrepreneur citoyen, politique averti, ayant su allier intelligence et humanisme. Son jeune fils qui a hérité une bonne partie de sa fortune dont la banque BMCI, a été président de la fédération. C’est sous son mandat que sur les onze joueurs de l’équipe nationale, neuf étaient des étrangers naturalisés. On avait alors invoqué ses possibilités financières, son modernisme et son émancipation vis-à-vis des pesanteurs sociales pour lui confier la mission. Son mandat a été un échec. Pour les mêmes arguments, il veut tenter une nouvelle fois sa chance. Aidé cette fois-ci par quelques pans de l’autorité en place. Le Général Ndiaga Dieng qui a fait main basse sur le basket-ball et bien d’autres barons le soutiennent ouvertement.
Le deuxième candidat est un jeune du nom de Ahmed Ould Abderrahmane Ould Yahya. Issu du milieu de Nouadhibou, Ould Yahya a toujours évolué dans les milieux de Nouadhibou. Modernité et volontarisme sont deux de ses qualités mises en avant par ses soutiens. Et quand ses adversaires veulent le mettre hors jeu, ils vous disent : «il n’a pas d’argent». Comme s’il avait de l’argent, cela pouvait aider notre foot. Tous ceux qui ont eu à diriger le foot avaient de l’argent. Parfois trop. Mais qu’elle était la tendance chez eux ? C’est d’en rajouter dans leurs cagnottes. On a fait les quarante premières années de l’indépendance avec les mêmes noms dans le circuit du foot national : un qui remplace un, on a tourné en rond mais au sein de la même nomenklatura. Cela avait fini par ressembler à une maffia. Avec l’arrivée de Moulaye Ould Abbass, puis de Ould Boukhreiss on avait espéré finir avec cette tendance de toujours revenir vers les anciens pour répéter les mêmes échecs, les mêmes erreurs.
Si j’étais électeur, ma voix irait à Ahmed Ould Yahya. Parce qu’il n’a pas d’argent. Parce qu’il irrite dans les milieux officiels de nos sports, alors que nous savons de quoi ces milieux sont faits et ce qu’ils nous ont rapporté par le passé. Parce qu’il a «l’habitude» du football depuis son enfance. En plus de toutes les qualités humaines qui font sa force (intégration, politesse, volonté, humilité…). Malheureusement je ne suis pas électeur, j’aurai pu me taire, mais c’est plus fort que moi.
Je vois un candidat qui compte sur son pouvoir financier, qui a engagé avec lui tous les parapluies officiels et qui, pour cela, ne fait pas campagne. En face, un jeune qui mène une véritable campagne de séduction et de promotion pour un programme, autour de lui des jeunes de sa trempe… alors je choisis mon camp. Au moins de dire ce que je pense.
Et «parmi ce que je pense», la question du coût des structures sportives qui ne rapportent finalement pas grand-chose. Au plan du foot, le bilan est facile à faire : nous avons toujours été les derniers de notre classe malgré les dépenses énormes. Au niveau du volley et du basket, la Mauritanie a, jusqu’au début des années 80, occupé un rang honorable, devenant quelques fois vice-champion d’Afrique. Mais depuis plus rien. Au niveau de l’athlétisme, les sportifs de chez nous ne sont même pas classables. Et tout cela coûte. En fait, les organisations sportives sont de hauts lieux de gabegie et doivent en conséquence être concernées par la lutte contre «al mufsidiine».

lundi 25 juillet 2011

Abdel Wedoud Ould Cheikh méconnu ?


Mohamed Fouad Barrada est un garçon très bien. Excellent par bien des aspects. Formidable par de nombreuses (et belles) qualités. Il a fait des études réussies et adopté une vie de chercheur. Il lit beaucoup, rate rarement les conférences, fait le tour des librairies, bibliothèques et bouquinistes du pays. Il anime une page dans La Tribune depuis fort longtemps et travaille réellement ailleurs. Il satisfait tous ceux qui l’approchent et qui savent apprécier «le frêle Chérif»…
Mais Mohamed Fouad Barrada vient de nous avouer publiquement qu’il n’a jamais entendu parler de Abdel Wedoud Ould Cheikh. L’éminent sociologue de chez nous, celui qui a fait fi des considérations locales, qui est sorti des voies consacrées, qui a défié l’idéologie sociale dominante, qui a fait appel aux théories les plus modernes pour décrire notre société, qui a fondé quelques concepts pour nous permettre de nous comprendre… ce Abdel Wedoud Ould Cheikh qui constitue, et pour raison, une source de fierté, ne serait pas connu par des générations de jeunes mauritaniens. Merci à Barrada de nous rappeler cela.
Les moins de quarante ans de chez nous ont été formés à l’école de la médiocrité. Les plus aisés d’entre eux, n’ont jamais été portés sur le savoir. Ils ont vu la réussite de l’ignorance et n’ont eu que les prédateurs comme modèles. Pensez à toute la jeunesse de Tevraq Zeina et des environs immédiats, pensez aussi – et surtout – à toute cette jeunesse qui ne connait du pays que les ascensions fulgurantes de barons PRDS et autres promus de la politique locale. Cette jeunesse n’a pas eu de modèles autres que ceux qui ont pillé le pays et qui n’ont jamais eu besoin d’ouvrir un livre pour savoir comment faire.
Les moins aisés des nôtres, de cette frange d’âge qu’on peut grossièrement situer entre 20 et 45 ans, les moins aisés parmi eux n’ont pas accès à la lecture au sens noble du terme. Ils ne lisent que ce qu’on leur propose à l’école, presque rien. Ceux-là sont les plus nombreux, même d’ils ne sont pas les plus visibles.
«La Mauritanie est un pays qui descend», une belle formule de celui qui est considéré parmi ses pairs comme «l’universitaire mauritanien qui compte». En 1999 (25 juin, La Tribune N°119, censuré ainsi que le 118 et le 117), en introduction d’une interview qu’il accordait au journal, on écrivait : «Abdel Wedoud Ould Cheikh est le plus grand sociologue et historien de notre pays. (…) Il continue, avec une patience et une discrétion toutes maraboutiques (au sens positif du terme), à construire une œuvre scientifique résolument moderne et forte. Son apport à la connaissance de notre pays et de sa culture est considérable.» A l’époque, son départ était déjà programmé. La médiocrité ambiante, la dictature qui menait la guerre au savoir, le système d’antivaleurs l’obligeaient à envisager de s’établir ailleurs.
Il nous présentait son travail comme une tentative «d’évasion». «Les chercheurs ou les handicapés sociaux de ce type-là, ce sont des gens qui ont peut-être une forme de distance, de recul, une volonté de fuite. Ce sont, si vous voulez, des types de tentatives d’évasion qui, elle, parfois prend du temps, le temps du recul probablement». Pour lui, étudier l’Histoire, «c’est probablement une manière de se réfugier aussi dans un lointain ailleurs qu’on peut juger comme étant plus fréquentable, plus pur, plus propre, plus moralement intéressant que peut-être certaines choses d’actualité. C’est une autre manière de refuser cette actualité et sans doute de la fuir».
En cherchant à choisir quelques extraits de l’interview, je me rends compte de l’utilité de sa réédition. Je le promets aux lecteurs du journal. Je me souviens quand même que, grâce à la collaboration d’un très grand politiste mauritanien – que probablement ne connait pas la génération Barrada, malgré sa jeunesse -, grâce à la collaboration de Zekeria Ould Ahmed Salem, on avait pu dresser une très brève présentation de l’homme des sciences sociales mauritaniennes. Le passage sur le lexique emprunté à Ould Cheikh est très utile : «Certains termes utilisés par Abdel Wedoud Ould Cheikh font partie d’un lexique à l’aide duquel il analyse la société et l’histoire mauritaniennes. En voici quelques exemples :
-          «La rumination» : issu de la terminologie biologique, ce terme renvoie ici aux caractéristiques du système d’enseignement traditionnel maure dont le caractère principal consiste à ingurgiter un certain nombre de connaissances, de textes, de corpus etc. et à les ressortir sur commande ou à la demande après les avoir bien mémorisés. Cet effort essentiellement de récitation reste assez spécifique et n’exclue généralement, mais pas systématiquement, la distance, la remise en cause, la réflexion personnelle, la production intellectuelle individuelle. Le contenu ruminé est évidemment de l’ordre de l’indiscuté. D’ailleurs, dans les célèbres joutes qui opposaient régulièrement les érudits traditionnels, l’exercice consistait à se «jeter à la figure» les textes canoniques ainsi ruminés, se vantant au passage de s’être limités à ce strict effort biologico-savant.
-          «L’institutionnalisation du doute» : c’est le contraire de la rumination. Il s’agit de la prise en compte dans les systèmes de pensée ou d’action de la possibilité de se tromper et surtout de reconnaitre qu’on s’est trompé, qu’on puisse se tromper, se remettre en cause, se corriger. La notion implique aussi une marge laissée à l’erreur et à sa reconnaissance. Ce qui veut dire que les pouvoirs intellectuels ou politiques ne soient pas présentés ou conçus comme étant infaillibles. De façon fondamentale, cela suppose le pluralisme des idées, la multiplication des points de vue, le débat contradictoire, la possibilité de remise en question des certitudes, des mythes, la liberté intellectuelle, la «discutabilité» des dogmes en quelque sorte etc. En somme, c’est une valeur positivement connotée.
-          «La demande despotique» : joliment inquiétante, l’expression renvoie aux prédispositions sociales à se faire gouverner de manière fortement autoritaire. Dans ce cas, la société adhère aux injonctions des régimes politiques et ne cherche pas prioritairement à les contester même s’il y a lieu. Mieux, cette adhésion se fait volontiers ostentatoire et excessive au point de devancer parfois le désir même des autorités. La demande despotique explique donc assez bien les stratégies populaires et élitistes d’accommodement, d’acceptation non conditionnelle de l’ordre institué. Il y a aussi dans cette expression, l’idée d’une pré-adéquation de ce que font les autorités avec ce que les gens attendent du pouvoir en général et à l’idée principalement coercitive qu’ils s’en font. C’est ce qui explique que dans les sociétés où existe cette demande, il y a le plus souvent un régime dit «sultano-despotique» qui jouit d’une apparente et relative légitimité».

Abdel Wedoud Ould Cheikh ne doit pas être un inconnu en Mauritanie. C’est pourquoi ce rappel est nécessaire. Même si, par ailleurs, je sais qu’il est mieux, dans notre pays, d’être un riche parvenu au terme d’une carrière faite de compromissions, de prédation, de vol, de corruptions… que d’être Abdel Wedoud Ould Cheikh. Dommage pour nous. 

dimanche 24 juillet 2011

Qui dira à Wade de ne pas sacrifier le Sénégal ?


Le Yémen est à nos portes sud. En effet, depuis samedi, le Sénégal est animé de manifestations et de contre-manifestations, les unes soutenant, les autres contestant le droit du Président Wade à briguer un troisième mandat en 2012. Chaque camp ayant chercher à rassembler les millions, comme on dit ailleurs «les manifestations millionnaires».
Côté opposition, on estime à cinquante mille personnes le nombre de manifestants rassemblés sur la place de l’Obélisque en plein Dakar. "Non à un troisième mandat de Wade", "Wade go, Wade out" (Wade va-t-en, Wade dégage), sont, entre autres, les slogans affichés ou criés par les manifestants solidement encadrés par la police. Selon la dépêche de l’AFP, les grands leaders de l'opposition, dont celui du parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng, de la société civile, mais aussi d'anciens proches du président comme son ex-Premier ministre Idrissa Seck, ont tour à tour pris la parole, saluant une mobilisation "exceptionnelle", "formidable". Tanor Dieng a estimé que "la messe est dite" et qu'il ne reste plus au chef de l'Etat "que sa propre famille, son propre camp". Il a demandé le départ d'Ousmane Ngom, ministre de l'Intérieur, obstacle à une élection "transparente". "Cette mobilisation montre la détermination du peuple sénégalais à mettre fin au régime Wade. La cause est entendue, Abdoulaye Wade ne peut pas être candidat, Abdoulaye Wade ne sera pas candidat", a pour sa part affirmé Abdoulaye Bathily, de la Ligue démocratique (LD).
Organisée par le Mouvement des forces vives dit du 23 juin (M23), la manifestation arrive un mois après les violences qui ont éclaté à Dakar à la suite de la décision prise par le Président Wade de tripatouiller la Constitution pour s’ouvrir la voie à un troisième mandat. La violence de la réaction populaire avait obligé Wade à retirer son projet de réforme de la loi fondamentale. Elle a pour but "d'attirer l'attention sur les risques et les dangers du troisième mandat" qui a créé des troubles dans plusieurs pays africains, dont le Niger, a déclaré un des dirigeants du M23, Alioune Tine. "Nous avons besoin d'institutions fortes, pas d'hommes forts", a-t-il ajouté.
En face, le camp du Président Wade a rassemblé entre 1,8 et 2 millions, selon son ministre de la communication. De partout le PDS (parti de Wade) a amené des militants pour faire la démonstration. Aux cris de «Wade président en 2012», les manifestants ont occupé toute l’artère du boulevard de la République à Dakar.
Et comme la politique n’attire plus vraiment, il a fallu mobiliser, dans les deux camps, des troupes de mbalax, de rap et autres sabar. Ce qui donnait aux manifestations un air de fête qui l’emportait nettement sur le côté politique. Sans pour autant cacher les dérives que comportaient de tels face-à-face. 
Le Sénégal est au bord de l’éclatement parce que le Président Wade refuse de comprendre qu’en cherchant obstinément à s’accrocher au pouvoir, il met le modèle sénégalais en danger. Il a oublié que la prise de conscience de l’élite sénégalaise est tel qu’elle ne peut accepter les schémas d’une dévolution monarchique du pouvoir ou ceux d’une prolongation par tripatouillage de la Constitution.
Quand c’était la Mauritanie qui avait une crise institutionnelle, le Président Wade nous disait pour justifier son ingérence, que «la Mauritanie est dans le Sénégal et le Sénégal est dans la Mauritanie, et aucun des pays n’a le droit d’ignorer les problèmes de l’autres». Il invoquait le devoir moral du «voisin de bonne volonté» qui l’obligeait à s’impliquer.
Le Mali, la Gambie, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau et la Mauritanie doivent se remémorer ces belles paroles de Wade, pour prévenir toute dérive. Parce que toute secousse au Sénégal sera ressentie partout dans la région, l'effet d'un tsunami dans l'espace sahélo-saharien.

samedi 23 juillet 2011

Le fondamentaliste fou de «là-bas»


Il s’appelle Anders Behring Breivik, il est norvégien et âgé de 32 ans. Il vient d’entrer dans l’Histoire pour avoir massacré près d’une centaine de personnes. D’un coup. Au nom, visiblement de ses choix politiques et idéologiques.
Les enquêteurs le décrivent comme un extrémiste affichant au grand jour son islamophobie et sa haine farouche pour le «multiculturalisme qui mine la Norvège». Il anime des pages sur les réseaux sociaux Internet où il défend ses idées et s’explique. C’est ainsi qu’il définit ses ennemis : «l’Islam qui a provoqué la mort de 300 millions de personnes», «le Communisme qui en a tué 100 millions» et «le Nazisme responsable de 6 à 20 millions de morts». L’amalgame qui fait le caractère premier des fascistes, des illuminés en général. En décembre 2009, il écrivait qu’il «n’existe pas un seul pays au monde où les Musulmans ont réussi à vivre pacifiquement avec des non-musulmans».
Vendredi, Anders Behring Breivik se rend sur l’île d’Utoya où se tiennent les réunions d’été du parti travailliste norvégien et commet un véritable massacre.
Déguisé en policier, il paraissait rassurer les participants qu’il invitait à venir à lui avant de les abattre avec son fusil d’assaut M16 et son pistolet Glock qu’il rechargeait régulièrement. Le monde de l’image retiendra cette scène où un jeune homme l’implorait en vain de le laisser en vie.
En même temps que le massacre se déroulait sur l’île paradisiaque transformée en enfer, le temps pour le tueur d’accomplir sa «mission», il faisait exploser un bâtiment en plein Oslo. Etaient visés, les bureaux du Premier ministre norvégien et les locaux d’un journal libéral (comme toujours).
La personnalité du tueur intéresse les enquêteurs qui ont découvert un fasciné par les jeux vidéo violents, militant de causes extrémistes, se définissant comme «un chrétien conservateur», «un protestant en croisade». Fan de Conan le Barbare, il a été militant du parti norvégien d’extrême droite, le Parti du Progrès (Fremskrittpartiet, FrP) au discours populiste.
Selon l’écrivain Stéphane Bourgoin (58 ans, spécialiste reconnu des tueurs de masse et tueurs en série), interrogé par Le Parisien, «le tueur de masse avance toujours de faux prétextes religieux, politiques, ce qui semble être le cas ici. Cet homme s’est défini comme un fondamentaliste chrétien. Depuis la tragédie de Columbine aux Etats-Unis en 1999, le crime de masse est devenu un crime d’imitation. Les tueurs sont souvent habillés de noir, vêtus d’un treillis ou d’un costume de l’autorité. Ils postent de nombreux messages sur des forums Internet annonçant leurs actes. Le réseau Internet où ils se mettent en scène est l’occasion pour eux de laisser un testament numérique.»
Là-bas quand un homme commet un tel acte, une telle barbarie, il est l’objet de toutes les analyses. Qu’en est-il chez nous ? Savez-vous ce qui a poussé quelques-uns des jeunes de Nouakchott à devenir des kamikazes au service de AQMI ? Pourquoi deux ou trois jeunes marabouts, ressortissants du Ksar, ont assassiné froidement un américain qui rendait des services à leurs compatriotes ? Pourquoi trois jeunes d’origine sociale diverse ont-ils froidement assassiné des touristes qui ne faisaient que passer ?
Nous n’avons pas cherché à savoir. Ce genre de cas, nous préférons le taire. Oubliant qu’il s’agit d’un traumatisme social qu’il va falloir un jour traiter.

vendredi 22 juillet 2011

Communiquer, communiquer…


C’est seulement ce mercredi soir que les autorités ont enfin daigné expliquer l’objectif, la philosophie et la méthodologie de l’opération d’enrôlement des populations lancée en mai dernier. Autour du journaliste Cheikh Ould Zein Lessem, il y avait là le secrétaire général du ministère de l’intérieur, Mohamed el Hady Macina, l’Administrateur Directeur général de l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés, Mohamed Vadel Ould Hadrami, le directeur général de l’ANAIR (agence chargée des réfugiés), Ba Madine, d’un conseiller au ministère de l’intérieur, Mohamed Ould Salek, de deux conseillers juridiques de la BCM, Diango Diagana et Baha Ould Hmeida. L’originalité ne consistait pas seulement à expliquer cette opération objet de sérieuses controverses, mais aussi le fait de les avoir fait parler dans toutes les langues nationales en plus du français et de l’Arabe.
Selon Macina, l’objectif de l’émission était bien de «mettre un terme aux rumeurs d’une campagne d’intoxication qui a dérouté les citoyens, qui a semé le doute dans certains esprits.» Rappelant la nécessité de refonder un état civil dont la situation est «déplorable» : «non sécurisé, exposé à toutes les manœuvres ou manipulations, aux falsifications». C’est pourquoi les pouvoirs publics ont donc décidé de «mette en place un nouveau système d’état civil sécurisé, moderne, basé sur la biométrie». Ces explications ont été accompagnées de propos rassurants de la part des responsables de l’agence chargée d’effectuer l’enrôlement. Il y a une procédure à suivre pour tous et personne, absolument personne ne sera oublié ou exclu, a affirmé l’A-DG de l’agence. Précisant que l’objectif ici n’est pas de déterminer la nationalité mais d’enrôler tous les habitants du pays et ceux de nos ressortissants qui sont à l’étranger.
Cette opération de communication fait suite à des controverses soulevées par les politiques et certaines des organisations de la société civile plus ou moins «intéressées» par le champ politique. Des insuffisances, des excès notamment dans certains bureaux où les agents posaient des questions «bizarres», ont suscité de craintes justifiées, mais amplifiées pour des raisons politiques évidentes.
Mais la seule séance de mercredi ne suffit pas. Il faut la faire suivre d’autres et surtout d’une campagne de sensibilisation dans toutes les langues nationales autour des procédures. En même temps l’agence se doit de rappeler certains des agents pour leur repréciser leurs missions. C’est seulement ainsi qu’on peut éviter les dérives mais aussi les instrumentalisations en cours.

P.S. (qui n’a rien à voir) : (AFP, Bamako) Quinze personnes soupçonnées de soutenir Al-Qaïda au Maghreb islamique(Aqmi) ont été arrêtées dans la nuit d'hier à aujourd'hui par l'armée malienne à la frontière avec la Mauritanie,a-t-on appris de source militaire. 
"
Nous avons arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi quinze personnes soupçonnées d'être des soutiens d'Aqmi dans le Sahel à la frontière entre le Mali et la Mauritanie", a déclaré le lieutenant Karim Coulibaly, joint au téléphone dans cette zone du nord-ouest du Mali. 
L'armée malienne, en patrouille dans cette zone, a également "
découvert de nouvelles mines posées par des terroristes qui peuvent détruire des chars", a-t-il précisé, ajoutant que les patrouilles doivent se poursuivre "au moins" jusqu'à la semaine prochaine. L'armée malienne contrôle à présent cette zone de l'ouest du pays où Aqmi a récemment été empêchée d'établir une base dans la forêt de Wagadou. 
Le 24 juin, l'armée mauritanienne y a attaqué un campement d'Aqmi abritant de l'armement lourd qui menaçait directement la Mauritanie, selon l'état-major de l'armée de ce pays. Ce raid appuyé par les soldats maliens, selon le même état-major, avait fait 15 morts côté Al-Qaïda, deux côté mauritanien.

jeudi 21 juillet 2011

Shipeko encore


Pour les besoins de l’actualité, je vous propose en relecture un papier écrit le 14 novembre 2010 dans l’édition N°522 :
««Shipeko»… c’est un mot qui apparait comme sont apparus, il y a quelques décennies, des mots comme la gazra ou le thieb-thiib. Premières expressions du non-Etat, ces mots ont été à la base d’une culture faite de faux, de vols, de viols, de corruptions… Une culture vite adoptée par l’Appareil sécuritaire et administratif de l’époque, devenant du coup la règle dominante et même régissante. Aujourd’hui c’est autour d’un nouveau mot d’apparaître. C’est quoi donc ce mot «shipeko» ?
A la racine, il faudrait chercher le verbe en Arabe «shebeka», en Hassaniya «ishabak» qui veut dire grossièrement «croiser». Il s’agit d’un exercice qui consiste à contracter une dette auprès de quelqu’un avec engagement de la lui rembourser dans un délai donné et avec une «plus-value» déterminée à l’avance.
Une deuxième formule consiste à vous vendre un produit à crédit trois à quatre fois son prix, de vous le racheter à son prix réel ; par exemple vous céder une voiture qui coûte trois millions au prix fort de neuf millions, vous la racheter à trois millions que je vous donne immédiatement quitte à ce que vous remboursez les neuf millions dans dix mois. A la première échéance, si vous ne pouvez payer, la somme est multipliée par deux, trois, quatre… vous pouvez donc vous retrouver avec cent millions de dettes pour un montant de cinq millions à l’origine. Comme garantie de bonne foi, les demandeurs remettent souvent des chèques aux «créditeurs». Des chèques qu’ils prennent la peine de ne pas dater pour pouvoir les présenter à n’importe quel moment. C’est que la loi envoie le titulaire du chèque en prison s’il s’agit d’un chèque en bois, comme on dit. Un moyen de faire pression sur le débiteur le moment venu.
Des circuits mafieux d’usuriers se sont donc construits ces dernières années. Ce sont des banques qui pratiquent en toute illégalité le vieux métier de l’usure, pourtant interdit ici et ailleurs. Un système financier parallèle et malsain est ainsi né. L’usure devient l’activité principale de quelques-uns de nos jeunes entrepreneurs.
L’avant août 2005 a été marqué par la circulation d’un argent facilement acquis avec pour origines : les malversations dues à la mauvaise gestion des affaires publiques, le pillage de l’économie nationale par la distribution de prébendes aux dignitaires du régime de l’époque, le blanchiment de l’argent de la drogue, de l’Etat, de l’aide au développement, la profusion du charlatanisme… du coup l’enrichissement rapide et «flamboyant» a caractérisé cette période. On se rappelle encore ces «fortunés» qui occupent un moment l’espace public – mesrah - de Nouakchott pour devenir le centre de tous les intérêts. Thuriféraires, soirées animées et même chefs religieux… les heureux «gagnants» se construisent une cour qui dure le temps de flamber la fortune mal acquise.
On se souvient de toutes les histoires – construites ou réelles – qui ont entouré ce phénomène. Puis de certains procès qui ont fait date. On se souvient même que ces «coups» avaient fait des victimes à l’extérieur : le député Omanais qui avait été déstabilisé avant d’être déplumé par un groupe de faux investisseurs, les Emirs du Golf dépouillés par des charlatans…
Aujourd’hui, c’est le phénomène «shipeko» qui fait des victimes. Il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle affaire n’éclate. Avec toujours le même profil : un type que l’on croyait à l’abri, vivant il est vrai au-dessus de la moyenne, mais affichant la possibilité de le faire, est traîné en prison par un ou plusieurs créanciers. On parle de dizaines de millions, parfois de centaines. Les solidarités tribales sont sollicitées pour sortir le prisonnier et payer à sa place… tellement de cas qui interpellent.
D’abord cet exercice illégal de l’activité de la banque, l’usure ensuite et enfin l’origine de l’argent crédité. Ce sont jusque-là les «victimes» qui payent, jamais les auteurs des «coups».
Ensuite la facilité pour la solidarité tribale d’être engagée. Malgré tout ce qu’on peut en dire, la tribu – quelle qu’elle soit – a toujours interdit l’expression de la solidarité en cas de faute grave. Pas question de payer pour celui qui a fauté. Cela se traduit dans l’Etat moderne par des chartes intérieures qui interdisent l’élan tribal dans les cas suivants : si l’individu a tué en conduisant une voiture non assurée ou sans permis, s’il a détourné des deniers publics, s’il a volé… en fait tout ce qui peut s’apparenter à un viol des préceptes moraux et religieux ne peut faire l’objet d’un effort collectif. Une manière de préserver la société et de ne pas encourager la forfaiture. Où en est-on aujourd’hui ?
Je ne sais pas si légalement il faille espérer une intervention de la force publique, mais si c’est le cas, il en est temps. Moralité : Arrêter de vivre dans l’informel et réhabiliter certaines valeurs. La refondation commence par là».

mercredi 20 juillet 2011

Qui veut le dialogue ?

Le président de l’Assemblée nationale, président de l’APP (alliance populaire progressiste) doit être fatigué de faire la navette entre le Président de la République et ses amis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD). Il ramène des propositions d’ici pour les voir récuser par là. Il revient avec des réserves émises par ses amis, les voit acceptées par le Président Ould Abdel Aziz, le temps de revenir parmi ses amis et un nouveau processus est lancé. Le dernier en cours est celui de la commission quadripartite composée pour étudier les modalités du dialogue tant attendu.
Messaoud Ould Boulkheir qui se trouve ici un rôle de facilitateur qui lui sied bien, arrivera à un seuil où il ne pourra qu’être exaspéré par le jeu qu’on entend lui faire subir. Il n’est pas dupe et sait parfaitement que peu de politiques – dans la Majorité comme dans l’Opposition – acceptent de le laisser jouer ce rôle de premier plan.
Au sein de son camp, il est en train de ravir au chef de file de l’Opposition son rôle, et à l’UFP (union des forces du progrès) «sa vocation». C’est en effet, le rôle de l’Institution de l’Opposition démocratique représentée par son chef de file, en l’occurrence Ahmed Ould Daddah, c’est ce rôle d’interface (institutionnel) qu’occupe Ould Boulkheir aujourd’hui.
Le refus de reconnaitre à Messaoud ce rôle de facilitateur, peut expliquer le malaise existant au sein des deux ensembles que sont la Majorité et l’Opposition.
Au sein de la Majorité, on sent l’exclusion des appareils politiques. On sait aussi que dans une situation d’apaisement, les petits partis n’ayant pas de signification seront en dehors du jeu. Que les compétences politiques feront leurs (ou non) quand le dialogue sera engagée. Rares, au sein de la Majorité, les hommes et les femmes qui peuvent discuter, négocier, conclure… Rares aussi sont ceux et celles qui peuvent se prévaloir d’un poids ou d’une épaisseur politique à même de leur permettre de se rendre utiles, à plu forte raison indispensables.
Au sein de l’Opposition et en plus des ressentiments personnels toujours vivaces, l’établissement d’un dialogue signifie nécessairement la normalisation politique. Alors que la stratégie des plus en vue – RFD, UFP – consiste à amplifier la crise pour provoquer la chute du régime. Ce qui compte ici étant l’organisation d’une élection présidentielle anticipée et, au moins, la chute de Ould Abdel Aziz. Ce n’est absolument pas là l’objectif de partis comme l’APP de Messaoud, El Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid ou de Tawaçoul de Jemil Ould Mansour. Pour lesquels, la participation dans le jeu politique passe par l’apaisement des rapports entre le pouvoir et l’opposition.
Au fonds personne ne veut vraiment le dialogue. Alors on tuera le temps en mettant en place des commissions sans but précis, en restant dans le flou… Après tout, nous parlons d’un dialogue dont l’idée a été lancée le 28 novembre 2010… c’est seulement en juin 2011 qu’on a pensé y répondre.