mardi 5 juillet 2011

Les problèmes avec le Sénégal sont-ils sérieux ?


On parle beaucoup ces jours-ci des problèmes qui existeraient entre la Mauritanie et le Sénégal. On parle même d’une tension militaire. Les supputations, pour une fois, se basent sur des faits.
Il y a quelques semaines, le Sénégal engageait un bras de fer avec la Mauritanie autour des droits mauritaniens à profiter des accords entre les deux pays, accords concernant le transport terrestre. Ce bras de fer n’a pas empêché les accords sur la pêche, accords par lesquels les pêcheurs sénégalais peuvent opérer dans les eaux mauritaniennes. Accords qui risquent aujourd’hui d’être remis en cause à cause de la tension existante.
C’est dans cette atmosphère qu’arrivent les réserves émises par le Sénégal et la Gambie quant à la candidature de la Mauritanie au poste de membre, pour l’Afrique, du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Du coup on a commencé à répertorier les signes de mauvais rapports. On s’est rappelé que le Président Wade qui a fait le tour du monde n’a pas été en Mauritanie. On s’est rappelé que son engagement en Libye pour les rebelles du CNT, s’est fait par rapport à la position mauritanienne. Plusieurs fois, il a cité le Président Ould Abdel Aziz pour dire une fois que c’est lui qui a refusé à l’UA de faire mention explicitement du départ de Kadhafi. On s’est rappelé aussi tout le mépris qu’il affiche vis-à-vis de son homologue. On s’est rappelé enfin que, comme facilitateur dans la crise de 2008/9, il avait eu tendance à traiter avec la Mauritanie comme un pays mineur. C’est du moins ce qu’il aurait pu espérer pour en faire un pays satellite.
Mais au-delà des humeurs changeantes, des frictions et des incompréhensions, peut-on envisager de sérieux problèmes entre les deux pays ? Je ne pense pas.
Les expériences du passé ont fortement servi. Les manipulations et autres instrumentalisations de frustrations accumulées des populations, ne sont plus possibles. On a vu qu’en 2000, Ould Taya et Wade ont voulu agir sur ce levier-là pour faire oublier les errances de leurs régimes. Cela n’a pas marché, l’opinion publique n’ayant pas suivi.
Les deux présidents arriveront au seuil où ils comprendront qu’il est mieux pour eux de s’entendre. Pour ce faire, un signe est attendu du Président Wade qui doit intérioriser le fait que la Mauritanie n’est plus dirigée à partir de Saint-Louis. Que traiter les frères avec tant de condescendance ajoute aux frustrations et aux complexes déjà existants. L’intérêt des deux pays le dicte. Et s’il estime qu’il est le Sage de la région, c’est à lui de faire les concessions. Surtout qu’il est responsable des incompréhensions actuelles.

lundi 4 juillet 2011

Ça RAM ?


Dimanche 3 juillet, dans l’après-midi. Une foule colorée s’agglutine à l’entrée vers les portes d’embarquement de l’aéroport Mohamed V à Casa. Ce sont les passagers pour Nouakchott, Dakar, Bamako, Douala, Libreville…, toutes les destinations africaines de la Royal Air Maroc (RAM). La police les empêche de passer. Seuls les passagers pour les destinations européennes et américaines sont acceptés. Aucune explication à cette étrange procédure.
Munis de nos cartes d’embarquement, on se dirige vers le comptoir de la RAM, on nous dit que rien n’est changé aux horaires et qu’on ne sait pas pourquoi la police se comporte de la sorte. Retour auprès des jeunes policiers qui bloquent l’entrée. «Nous, on n’a rien à gagner à vous retarder ici, c’est la compagnie qui nous le demande».
Deux heures passent. Pour certains passagers, l’attente est plus longue parce qu’ils sont là depuis la veille. D’autres depuis le matin. Les passagers mauritaniens n’ont donc pas à se plaindre. Mais les rumeurs vont bon train.
Vendredi soir, le vol prévu pour Nouakchott avait été annulé sans explication. Ses passagers n’ont été acheminés que samedi soir, tard dans la nuit. On parle de problèmes de la RAM. On parle de l’absence de respect pour les passagers sur les destinations africaines. Tout y est pour expliquer un comportement aussi étranger. Voilà que des passagers munis de leurs cartes d’embarquement sont interdits d’accès aux grandes salles d’attente de ce bel aéroport. Sans explication. Il y a de quoi être remonté. Et l’on est remonté.
Des bagarres éclatent. Certains tentent d’empêcher les passagers «européens» d’accéder à l’intérieur. D’autres bousculent les policiers et/ou insultent la RAM.
Après plus de trois heures d’attente, nous convainquons enfin un responsable de la RAM à venir avec nous. Il vient mais les policiers lui disent qu’il faut un ordre de leur supérieur. Conciliabules qui durent encore quelques moments. «Les passagers de Nouakchott et de Libreville peuvent passer». Enfin ! Les autres suivront. A l’intérieur, la question est la même : pourquoi un tel traitement pour les passagers à destination de l’Afrique ?

dimanche 3 juillet 2011

De l’eau, de l’électricité, des soins…


La politique est un sport national chez nous. Tout celui qui ne peut rien faire ou qui ne veut rien faire, se convertit en politique. Jusque-là, la politique a été une source de revenus. Elle a donc occupé à moindres frais. Surtout que, comme elle est pratiquée ici, elle ne demande aucune compétence particulière.
De la pratique politique, nous avons hérité cette propension à noyer nos idées, nos intentions, notre action dans un flot de paroles mille fois rabâchées et qui ont fini par ne plus vouloir dire grand-chose pour nous. Du coup on oublie l’essentiel.
L’essentiel, c’est de savoir qu’avec nos 135.000 hectares de Chemama, et près de 400.000 ha cultivables sous pluie, nous importons encore les légumes du Maroc, parfois du Sénégal, et pour les plus nantis d’Europe. Qu’avec nos eaux «les plus poissonneuses du monde», nous en sommes encore à importer les sardines d’Espagne, le thon de la France… Qu’avec le minerai le plus riche en fer, nous importons notre fer à béton. Qu’avec notre importante ressource animale, nous importons le lait…
L’essentiel c’est de savoir que le premier problème du haratine aujourd’hui, c’est d’abord l’accès à la propriété. Que pour cela il va falloir revisiter la loi domaniale qui a été une révolution à son époque (son principe étant : «el ardu liman ahyaaha», la terre appartient à celui qui la fait vivre, travailler).
L’essentiel c’est de savoir qu’il n’existe pas un village, un hameau, une ville qui n’a pas encore un problème d’eau, d’électricité, d’éducation, de santé…
L’essentiel c’est de savoir que ce ne sont pas les trois à quatre cents personnes qui s’activent à Nouakchott qui font la Mauritanie. La Mauritanie c’est celle du labeur, celle qui est encore loin derrière. Celle qui a encore besoin d’eau, d’électricité, de soins, d’éducation…

samedi 2 juillet 2011

Quid de notre école ?


Moussa et moi sommes occupés à regarder les établissements scolaires où sont ouverts les bureaux de vote. Et pendant que nos confrères venus de partout, glanent des interviews ici et là, chacun de nous est subjugué par la propreté, l’équipement et l’organisation des établissements scolaires. Une porte pour les professeurs, une autre pour les élèves. Des salles de jeux et de récréation. Des bureaux pour des conseillers pédagogiques, d’autres pour des psychologues. Et sur les murs, les préceptes du citoyen modèle. Propreté, hygiène, environnement, respect de l’autre, amour de la Patrie, apologie de la bonne conduite… des valeurs qui fondent la déclaration-serment de «l’élève-citoyen».
On sent que l’école est d’abord ce moule où la société construit la personnalité de ses enfants. Pour la servir demain. Pour s’engager, dès aujourd’hui, à en respecter les valeurs, à les cultiver en les entretenant et en les adaptant aux exigences nouvelles.
«incarner le changement continu», c’est ce que chaque établissement demande à ses pensionnaires.

vendredi 1 juillet 2011

Pourquoi on se trompe de revendication ?

Encore une fois, nos confrères de la presse officielle – TVM, RM et AMI – vont en grève pour revendiquer le paiement des 50 et 10% qu’ils croient un droit acquis parce qu’une partie leur a été payée au lendemain du 6 août 2008. Je ne discute pas ici le droit ou non pour les employés d’entreprises ayant un statut assez distinct de celui des sociétés publiques, le droit donc pour ces employés de bénéficier des mêmes augmentations décidées pour les fonctionnaires de l’Etat. Je discute ici l’absence de revendication concernant l’exercice de la profession pour des gens qui ont jusque-là subi le diktat officiel.
Comment se fait-il qu’au moment où l’on s’achemine vers la mise en œuvre de nouveaux statuts pour ces institutions, les travailleurs ne parlent pas de leurs statuts à eux ? Mais ces gens n’ont pas de statut. Ils n’ont rien qui leur permette d’exercer en toute dignité leurs boulots. Ils n’ont rien qui les protège contre l’arbitraire souvent exercé par leurs chefs. Comment au moment où la parole se libère, où la plume se libère, où les révolutions secouent le monde, comment se fait-il que les journalistes de Radio Mauritanie, de Télévision de Mauritanie et de l’Agence mauritanienne d’information, n’aient à l’esprit qu’une augmentation de salaire dont l’opportunité est discutable légalement ? Est-ce un mal mauritanien de toujours revendiquer seulement les avantages immédiats et en numéraire, jamais l’essentiel et le durable ?
Il y a quelques années, je participais à un colloque international qui réunissait les représentants de la société civile de pays espérant découvrir le pétrole. Il y avait là des tchadiens, des congolais, des camerounais… Chaque fois qu’un mauritanien prenait la parole, c’était pour dire comment s’assurer que les salaires vont augmenter, combien les ONG’s de développement pouvaient avoir en terme de subventions… Quand les autres parlaient, c’était pour dire que le souci premier pour eux est de diriger la manne attendue vers la construction d’écoles, de routes, de dispensaires, bref d’infrastructures pour le pays. Cela donne à réfléchir…

jeudi 30 juin 2011

Ce n’est pas une guerre «par procuration»

J’ai entendu hier soir le député Salek Ould Sidi Mahmoud dire sur Al Jazeera que le pays mène «une guerre par procuration». C’est une expression qui a été utilisée en juillet 2010, après le raid mauritanien contre AQMI. Pas par les partisans du député (Tawaçoul) lesquels avaient une autre approche à ce moment-là. Mais ces propos ont été tenus plusieurs fois. Assez pour interpeller ceux d’entre nous qui refusent de croire que la Mauritanie, même si elle est offensive actuellement, reste une victime. La victime d’une guerre qui lui a été imposée par les Jihadistes d’abord du GSPC, ensuite ceux de AQMI.
Le 4 juin 2005, à Lemghayti, 17 mauritaniens sont assassinés, certains froidement, par des éléments du GSPC. La garnison décimée n’avait aucune vocation guerrière. Ce qui explique le fait d’avoir reçu, la veille, les éclaireurs du groupe qui ont profité de l’hospitalité des Mauritaniens. Alors qu’ils leur préparaient nourriture et thé, les Mauritaniens ne se doutaient pas que ces «frères» étaient venus pour savoir quelle était la meilleure manière de les égorger.
Suivront les attaques de Ghallawiya avec ses trois morts, celle de Tourine avec ses douze décapités, sans oublier les assassinats de paisibles étrangers sur le sol mauritanien, et l’enlèvement d’humanitaires et de touristes.
Toutes ces attaques ont vu la participation de jeunes mauritaniens qui sont nés ici, fait leurs études dans des Mahadras ou des écoles modernes d’ici, fait un passage plus ou moins appuyé dans une mosquée de Nouakchott où ils ont été abreuvés par des prêches violents légitimant leurs actions futures. Ils sont tous connus aujourd’hui, tout comme leur cursus.
Nous aurions espéré que Lemghayti, Ghallawiya, Tourine soient sur une terre étrangère. Mais c’est bien la Mauritanie qui est blessée, qui est visée dans son existence. Pensons un peu aux effets de l’opération destinée à faire exploser des centres névralgiques de Nouakchott. Pour cela deux voitures transportant chacune 1,5 tonne d’explosifs ont été équipées dans la forêt de Wagadu et envoyées à partir de cette forêt. Depuis ce temps, AQMI cherche à établir une base dans cette forêt. La Mauritanie serait alors à une heure de route et plus le temps passait, plus les terroristes renforceront leurs positions. Le député aurait-il voulu que les éléments de AQMI préparent eux-mêmes leurs attaques, qu’ils les exécutent quand ils auront mis toutes les chances de leur côté ? Peut-être, mais le bon sens dicte le contraire…
Dire que c’est «une guerre par procuration», c’est ignorer toutes les victimes, tous les soldats morts en défendant le pays, c’est refuser à leurs parents, à leurs compatriotes de les célébrer en martyrs, parce qu’on aura fait d’eux des aventuriers, des agresseurs agissant en dehors de leurs limites géographiques, violant l’intégrité du voisin, assassinant des gens «sans peur et sans reproche»…
Pour le reste, les Maliens apportent eux-mêmes la confirmation de leur participation à l’action. Il y a quelques semaines déjà, le ministre des affaires étrangères malien déclarait qu’une action commune devait être engagée par les armées des deux pays dans la forêt de Wagadu…

mercredi 29 juin 2011

Voyage au Maroc

Chaque fois que je reviens ici, j’ai l’impression que quelque chose a changé. Sur la route de l’aéroport, les vieux hameaux se sont transformés en grosses villas, signe que le niveau de vie des propriétaires terriens s’est amélioré considérablement. Les villages qui frappaient par la misère de leurs façades sont pour la plupart devenus des quartiers d’habitation à étages. L’autoroute Casa-Rabat est en phase d’élargissement pour permettre trois files dans chaque direction. On peut désormais entrer à Rabat sans avoir à souffrir les embouteillages causés par le goulot d’étranglement que constituait l’entrée principale. Elle peut désormais être contournée par Hay Ryad.
Les rues de la capitale sont propres et soignées. Palmiers, fleurs et autres plantes sont bien tenus. Je ne peux m’empêcher ici de penser aux pauvres palmiers plantés il y a quelques années sur l’une des avenues de Tevraq Zeina et morts de soif depuis. Leurs carcasses, toujours debout malgré le mauvais traitement subi, défient encore l’adversité. Debout comme ils sont, ces palmiers rappellent à ceux d’entre nous qui ont encore le temps – et la possibilité – de méditer, la vanité de nos actes. Quand ils ont été plantés là, cela s’est accompagné d’une grande opération de communication. Quelques années plus tard, ces palmiers meurent en silence, dans l’indifférence des habitants du quartier et des responsables municipaux. On nous dit pourtant que la municipalité de Nouakchott a des milliards dans ses comptes…
Revenons à Rabat… Ici, le poids de la jeunesse est évident. Quand nous arrivons à la MAP pour prendre nos badges, nous trouvons devant nous une bonne centaine de jeunes journalistes. Sauf les étrangers parmi eux, aucun ne semble avoir dépassé la trentaine. Dans les rues, à l’hôtel, dans la mosquée où nous prions… partout, c’est la jeunesse qui frappe. Une jeunesse qui semble s’accomplir, s’assumer.
En fin d’après-midi sur le boulevard Mohamed V, c’est l’effervescence. Des groupes de jeunes passent. Portraits du Roi Mohamed VI à l’appui, ils chantent : «malikouna wahid, Mohammad Essadiss» (notre Roi est unique, Mohamed VI), «Shaa’b yaqul, na’am lidoustour» (le peuple dit, oui à la Constitution). Un autre groupe descend le boulevard et distribue des papiers. Je reconnais quelques anciens militants de l’extrême gauche marocaine. Ils mènent campagne contre la Constitution à coup de : "hadah doustour eshafara, bghayna doustour el fouqara" (c'est la constitution des voleurs, nous voulons celle des pauvres). Mais au lieu de demander de voter non, ils prônent le boycott. C’est facile dans un pays où déjà on se plaint de la désaffection par le citoyen du fait politique. D’autres partis descendent le boulevard, appelant à voter oui à cette Constitution. On sent la vie ici. On sent le débat, la diversité des idées et des visions. C’est qu’ici il y a déjà un système politique qui a donné des traditions d’engagement et de constance dans l’engagement. C’est une classe politique qui a souffert pour ses convictions, pour ses visions.
Là encore, je ne peux que penser un moment à mon pays, à ce qui s’y passe. A l’impossibilité d’instaurer un dialogue. Pas parce que les protagonistes refusent la perspective, mais parce qu’il n’y a pas de tradition de débat. La relation politique est si personnalisée qu’elle ne peut ouvrir sur un échange d’idées (lesquelles d’ailleurs ?). ce qui explique la fuite en avant des uns et des autres, avec notamment la mise en avant de préalables et/ou de conditions qu’on sait à l’avance irrecevable par le vis-à-vis, c’est bien l’absence d’une tradition de débats et l’incapacité à incarner et à accepter la diversité qui bloque. C’est aussi l’absence de vision pour le pays.
Je pense à tout ça et je me demande si finalement, le pays ne ressemble pas à ces palmiers que nous avons plantés là en grande pompe, avec promesses de les entourer de tous les soins, et que nous avons très tôt oubliés…