mercredi 29 juin 2011

Voyage au Maroc

Chaque fois que je reviens ici, j’ai l’impression que quelque chose a changé. Sur la route de l’aéroport, les vieux hameaux se sont transformés en grosses villas, signe que le niveau de vie des propriétaires terriens s’est amélioré considérablement. Les villages qui frappaient par la misère de leurs façades sont pour la plupart devenus des quartiers d’habitation à étages. L’autoroute Casa-Rabat est en phase d’élargissement pour permettre trois files dans chaque direction. On peut désormais entrer à Rabat sans avoir à souffrir les embouteillages causés par le goulot d’étranglement que constituait l’entrée principale. Elle peut désormais être contournée par Hay Ryad.
Les rues de la capitale sont propres et soignées. Palmiers, fleurs et autres plantes sont bien tenus. Je ne peux m’empêcher ici de penser aux pauvres palmiers plantés il y a quelques années sur l’une des avenues de Tevraq Zeina et morts de soif depuis. Leurs carcasses, toujours debout malgré le mauvais traitement subi, défient encore l’adversité. Debout comme ils sont, ces palmiers rappellent à ceux d’entre nous qui ont encore le temps – et la possibilité – de méditer, la vanité de nos actes. Quand ils ont été plantés là, cela s’est accompagné d’une grande opération de communication. Quelques années plus tard, ces palmiers meurent en silence, dans l’indifférence des habitants du quartier et des responsables municipaux. On nous dit pourtant que la municipalité de Nouakchott a des milliards dans ses comptes…
Revenons à Rabat… Ici, le poids de la jeunesse est évident. Quand nous arrivons à la MAP pour prendre nos badges, nous trouvons devant nous une bonne centaine de jeunes journalistes. Sauf les étrangers parmi eux, aucun ne semble avoir dépassé la trentaine. Dans les rues, à l’hôtel, dans la mosquée où nous prions… partout, c’est la jeunesse qui frappe. Une jeunesse qui semble s’accomplir, s’assumer.
En fin d’après-midi sur le boulevard Mohamed V, c’est l’effervescence. Des groupes de jeunes passent. Portraits du Roi Mohamed VI à l’appui, ils chantent : «malikouna wahid, Mohammad Essadiss» (notre Roi est unique, Mohamed VI), «Shaa’b yaqul, na’am lidoustour» (le peuple dit, oui à la Constitution). Un autre groupe descend le boulevard et distribue des papiers. Je reconnais quelques anciens militants de l’extrême gauche marocaine. Ils mènent campagne contre la Constitution à coup de : "hadah doustour eshafara, bghayna doustour el fouqara" (c'est la constitution des voleurs, nous voulons celle des pauvres). Mais au lieu de demander de voter non, ils prônent le boycott. C’est facile dans un pays où déjà on se plaint de la désaffection par le citoyen du fait politique. D’autres partis descendent le boulevard, appelant à voter oui à cette Constitution. On sent la vie ici. On sent le débat, la diversité des idées et des visions. C’est qu’ici il y a déjà un système politique qui a donné des traditions d’engagement et de constance dans l’engagement. C’est une classe politique qui a souffert pour ses convictions, pour ses visions.
Là encore, je ne peux que penser un moment à mon pays, à ce qui s’y passe. A l’impossibilité d’instaurer un dialogue. Pas parce que les protagonistes refusent la perspective, mais parce qu’il n’y a pas de tradition de débat. La relation politique est si personnalisée qu’elle ne peut ouvrir sur un échange d’idées (lesquelles d’ailleurs ?). ce qui explique la fuite en avant des uns et des autres, avec notamment la mise en avant de préalables et/ou de conditions qu’on sait à l’avance irrecevable par le vis-à-vis, c’est bien l’absence d’une tradition de débats et l’incapacité à incarner et à accepter la diversité qui bloque. C’est aussi l’absence de vision pour le pays.
Je pense à tout ça et je me demande si finalement, le pays ne ressemble pas à ces palmiers que nous avons plantés là en grande pompe, avec promesses de les entourer de tous les soins, et que nous avons très tôt oubliés…

mardi 28 juin 2011

La bataille de Wagadu vue par la presse d’ailleurs

Intéressant quand on a lu les supputations de certains organes mauritaniens, de voir comment les autres ont lu les évènements. Dans Le Monde du 27 juin, on lit le compte-rendu suivant : «L'opération militaire lancée vendredi par la Mauritanie contre Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en territoire malien a fait quinze morts dans les rangs des islamistes, deux soldats mauritaniens ayant été tués et cinq blessés, ont annoncé, dimanche 26 juin, des responsables de l'armée à Nouakchott, la capitale.
"Le bilan est de quinze morts chez les criminels, de deux morts et cinq blessés côté mauritanien", ont annoncé les colonels Brahim Vall Ould Cheibani, chef du bureau des opérations à l'état-major de l'armée, et le colonel Teyeb Ould Brahim, porte-parole de l'état-major.
Selon eux, "le campement" d'AQMI, qui se trouvait dans la forêt du Wagadou, longue de 80 kilomètres et large de 40 kilomètres, située à 110 kilomètres de la frontière mauritanienne dans le nord-ouest du Mali, "a été complètement détruit et c'est la débandade, le sauve-qui-peut, dans leurs rangs". 
Selon l'état-major, "la base était une forteresse aménagée par les criminels qui ont creusé des tranchées très profondes et posé des mines tout autour". "Ils constituaient une véritable menace pour notre pays (...). Beaucoup de matériel a été détruit : l'ennemi a fait usage d'armement lourd, dont de l'armement antichar et anti-aérien", a-t-il ajouté.
L'état-major a précisé que l'opération avait été menée "en coordination avec l'armée malienne" et que les deux armées "se sont partagé la forêt très dense" du Wagadou. La partie confiée aux militaires mauritaniens était celle qui abritait la base d'AQMI, raison pour laquelle ce sont eux qui ont "pris l'initiative de l'attaque", a-t-il ajouté.
Le nombre de militaires engagés dans l'opération n'a pas été précisé. L'armée malienne a pour sa part arrêté dans la nuit de samedi à dimanche neuf membres d'AQMI près de la forêt de Wagadou, selon une source militaire malienne, information confirmée par l'état-major mauritanien
». (Source : Le Monde du 27.06.11)
Au Mali, on semble s’accorder sur la réussite de l’opération, même si on regrette un peu que les Mauritaniens tentent de tirer la couverture à eux. Dans Le Républicain du 27/6, on signale que «des manœuvres conjointes entre les armées malienne et mauritanienne sont en cours. C’est dans un tel contexte que l’attaque du tout nouveau camp d’Aqmi est intervenue le week-end. Avec un bilan probablement très lourd du côté des Salafistes vu les moyens utilisés par Nouakchott qui bombe la poitrine, et à raison, si le succès revendiqué est réel. Pourtant, si tout le monde est content pour le consensus retrouvé, on constatera, une fois de plus, qu’on parle non d’un exploit de l’armée malienne mais de l’armée mauritanienne à un jet de pierre de la capitale malienne. Et cela n’est pas du tout bon pour les signaux de rupture que Bamako envoie depuis peu».
Enfin, je vous propose l’éditorial du Pays, quotidien du Burkina Faso : «La Mauritanie peut raisonnablement crier victoire et célébrer à sa façon la destruction de cette base en fortification de AQMI en plein territoire malien. Son engagement et sa volonté d’en découdre avec les terroristes ne faisaient d’ailleurs aucun doute. Et ses forces armées n’en sont pas à leur premier fait d’arme. Déjà en septembre 2010, cette armée avait engagé des avions dans les combats contre AQMI dans le Nord du Mali. C’est dire que la vigilance dont font preuve les autorités de ce pays dans la traque des groupes terroristes de AQMI va au-delà de ses propres frontières. AQMI a plusieurs fois tenté de frapper en plein Nouakchott mais à chaque fois, ses attaques ont été plus ou moins déjouées. Et cela depuis plus d’un an maintenant et avec la bienveillante collaboration de l’Etat malien dont le territoire est devenu la base arrière de AQMI. A défaut d’être aussi entreprenant que la Mauritanie et d’assurer une traque vigoureuse et permanente des terroristes, le Mali, pays où convergent tous les otages faits par AQMI, est dans l’obligation morale d’aider ceux qui font le coup de feu, ne serait-ce qu’au niveau du renseignement militaire. Si AQMI a établi ses bases arrières dans ce pays, c’est que les responsables de la nébuleuse terroriste savaient que les Maliens tout seuls n’arriveraient pas à les déloger aussi facilement. On en sait plus aujourd’hui, cet assaut victorieux est le fruit d’une parfaite coordination entre les forces militaires des deux pays. C’est la principale leçon de cette opération. Même si les Mauritaniens, euphoriques se sont pratiquement attribué le succès de cette attaque, en donnant même l’impression que les Maliens ont regardé faire comme si ce n’était pas dans leur intérêt de se débarrasser de ces fous de Dieu. Le président malien, Amadou Toumani Touré, et son homologue mauritanien ont plusieurs fois réitéré la nécessité de concrétiser l’engagement des pays en guerre contre le terrorisme dans le Sahel. Il faut croire que ces deux pays viennent de donner l’exemple que tous attendaient. AQMI doit désormais se sentir à l’étroit dans l’espace sahélien, et doit être traqué jusqu’aux confins du désert car la quiétude des populations et des Etats en dépend fortement. Cette récente opération montre à souhait qu’avec un minimum de volonté politique et une bonne coordination des moyens, AQMI n’est pas aussi insaisissable que cela. Il faudrait donc consolider cette coopération à un moment où le chaos actuel en Lybie favorise le trafic d’armes de toutes sortes, capable de renforcer les capacités militaires d’AQMI. Il faut donc être plus que jamais vigilant». Signé : Abdoulaye TAO.

lundi 27 juin 2011

Serge Daniel, encore !

Ce matin, le correspondant de RFI à Bamako, a encore sévi. Les militaires mauritaniens qui étaient il y a peu la première source d’information de Serge Daniel, sont l’objet de suspicions quand ils font des déclarations publiques : «les responsables de l'armée mauritanienne sont sortis hier dimanche de leur mutisme pour donner leur version des faits et un bilan». C’est seulement quand ils parlent sous le sceau de l’anonymat que leurs propos sont sûrs.
Serge Daniel n’hésite pas quand il s’agit de AQMI : «Sur le terrain, les opérations de sécurisation se poursuivent. Selon des témoins contactés par RFI, 48 heures après le raid, al-Qaïda au Maghreb islamique est toujours sur le terrain. Trois véhicules appartenant aux islamistes armés auraient été aperçus dans la nuit de dimanche à lundi, à l’ouest, paradant à la frontière Mali-Mauritanie». Les récits des habitants sont là pour confirmer la débandade des combattants de l’organisation : des groupes de deux, trois, cinq combattants ont été signalés errant, cherchant des montures, enlevant un troupeau pour couvrir leur fuite à la frontière. Neuf d’entre eux ont été arrêtés par l’Armée malienne qui patrouillait dans la zone – mais ne «paradait» pas, malgré le fait d’être chez soi et d’être le plus fort.
Bien sûr c’est, selon l’honorable correspondant (de RFI), c’est «la preuve que les troupes venues de Nouakchott n’ont pas porté un coup fatal à Aqmi». Les troupes ne viennent pas de Nouakchott, parce qu’il s’agit des groupes spéciaux d’intervention entièrement dédiés à la lutte contre le terrorisme et qui sont basés, pour ce fait, dans le grand désert à la frontière. Ce sont ces unités qui ont lancé l’attaque, qui sont restées sur le terrain ; c’est leur ennemi qui est en déroute, qui a vu son camp détruit, et malgré cela c’est cet ennemi qui sort vainqueur selon le récit de Serge Daniel. Pour lequel, le doute persiste sur le bilan donné par les Mauritaniens, parce qu’il «n’est pour le moment pas confirmé de source indépendante». Indépendante ???!!!??? AQMI ? Les services algériens ? Les complices du nord Mali ? Décidément les voi(es) des inspirateurs de notre confrère sont insondables.
Aucun souci de la contradiction. N’est-ce pas SD qui a annoncé qu’il n’y a pas eu d’engagement de l’Armée malienne. Il le répétait dans ses dépêches et ses correspondances jusqu’à ce matin : «Du côté des deux états-majors, malien et mauritanien, on affirme que les opérations communes vont se poursuivre». Poursuivre quelque chose qui n’a pas commencé ? Dans l’esprit de SD c’est possible…
«Vingt-huit jeunes Mauritaniens membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont fait défection des camps de l'organisation dans le Sahara et se sont rendus à l'armée mauritanienne, ont affirmé dimanche à l'AFP des sources militaires dans le nord du Mali». Une dépêche du 21 novembre 2010. Information absolument fausse. Comment peut-on dire ça autrement, pour dire que cette information n’est basée sur AUCUN FAIT !!! Pourtant elle est passée, avec les détails en prime : «Ils sont très jeunes et ont été endoctrinés. Certains ont même 14 ans. Leur retour est le fruit d’un travail sur le terrain». Et de pousser : «Au début du mois, les mêmes sources avaient annoncé que six jeunes Mauritaniens avaient fui les bases d'Aqmi. L’infiltration d’Aqmi par des éléments dépêchés par l’armée mauritanienne aurait notamment permis d'obtenir ces défections, selon ces sources». Aïe !

dimanche 26 juin 2011

Serge Daniel dans ses œuvres

Quand on écoute le correspondant de RFI (et AFP) au Mali, on est toujours surpris par sa capacité à trouver des «sources anonymes» pour lui donner des informations qui semblent être de première main. Je l’écoute souvent – ou le lie sur le fil de l’AFP – donner des informations «précises», «vérifiées» mais que personne d’autre, à part un ou deux sites mauritaniens, ne reprend.
On se souvient encore des dizaines de transfuges de AQMI qui se seraient rendus aux Mauritaniens, de la bataille entre différents trafiquants entre la frontière mauritano-malienne… Il m’est arrivé d’en parler avec quelques-uns de nos confrères – de l’AFP et de RFI. Tous sont d’accord pour exprimer des doutes sur sa manière de couvrir les évènements et même sur la véracité des informations qu’il donne.
Je l’ai écouté ce matin dire encore une fois que «dans un premier temps, sans parler de victimes chez l’ennemi, un officier mauritanien affirmait que lors du raid mené par l’armée à l’ouest du Mali, un campement d'al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a été détruit». Dans une autre correspondance, il allait préciser que l’officier était sur place. Mais qui va croire que Serge Daniel, installé à Bamako, étranger au pays, va avoir une source d’une telle importance alors que les journalistes mauritaniens (et maliens) n’arrivent pas à entrer en contact avec leurs frères ? qui va croire que le chef d’une unité en opération va avoir le temps, et la latitude, de parler au téléphone avec un correspondant de presse ?
«Le flou persiste». Ce n’est pas vrai : on sait que c’est l’Armée mauritanienne qui occupe le terrain quelques heures après le combat, c’est d’ailleurs la seule information sûre, il n’y a pas lieu donc de se demander si les cadavres abandonnés sur place sont ceux des éléments de AQMI ou pas. Regardons comment Serge Daniel de RFI construit le doute :
««Des véhicules calcinés et des morts ont été retrouvés sur les lieux où les combats se sont déroulés», révèle quelques heures plus tard un élu malien. Très rapidement, un responsable de l’armée mauritanienne monte alors au créneau : «Les véhicules détruits et les personnes tuées sont du camp des islamistes armés», affirme-t-il. Ces derniers n’ont pas encore donné leur version des faits. Généralement, ils le font à travers un communiqué, avec parfois des images des pertes subies par l’ennemi».
1. Aucun responsable de l’Armée mauritanien n’est «monté au créneau». 2. AQMI a bien donné sa version des faits et depuis la première heure.
Et comme pour pousser le bouchon : «En attendant ce probable communiqué et en attendant aussi que l’armée mauritanienne mette de l’ordre dans sa version des faits, une remarque s'impose : les islamistes tiennent désormais tête aux armées régulières de la région du Sahel». Cela, en bon français – mais seulement en bon français – veut dire : 1. Il y a de l’amalgame dans ce que dit l’Armée mauritanienne, alors qu’elle n’a absolument rien dit jusqu’à présent ; 2. AQMI a remporté une victoire alors que ses unités combattantes sont en déroute, alors surtout que le même Serge Daniel nous disait la veille que les camps de l’organisation terroriste ont été détruits. Lequel des Serge Daniel croire alors ?

samedi 25 juin 2011

Les défauts de communication de l’Armée

A peine a-t-on appris que l’Armée avait engagé un accrochage avec des éléments terroristes d’AQMI, que ceux-ci ont publié un communiqué dans lequel ils ont confirmé le fait et donné leur version des faits. Une version étriquée parce que donnant le beau rôle à quelques bandes qui allient trafics et jihad, poursuivies par les armées de tous les pays de la région.
Depuis une semaine, on nous parle des mouvements autour de la fameuse forêt de Wagadu où seraient terrées ces bandes. On nous dit que Maliens et Mauritaniens préparent une attaque contre eux. Et quand l’attaque a lieu, on veut nous faire croire que la version AQMI mérite d’être prise au sérieux…
A qui la faute ? A l’Armée mauritanienne qui attendra encore et encore… que tout soit dit à propos de l’accrochage avant de donner sa version. Ce sera trop tard. L’information, elle est demandée aujourd’hui, pas demain. Il faut donc la donner à temps.
L’attaque de juillet 2010 contre le camp d’AQMI, c’est la version AQMI qui a été retenue. Comme quoi les Mauritaniens avaient pour mission de libérer l’otage français Germaneau, lequel sera exécuté «en représailles». Celle de septembre, c’est toujours la version de l’ennemi qui sera retenue avec notamment une «débâcle mauritanienne» (une dizaine de morts). Et même dans l’affaire du sous-officier Ould Kabach, c’est la version prétendant à une forte infiltration de l’Armée par AQMI qui a été retenue. Dans dix ans, ce sera de l’Histoire. Pourquoi ? Parce que les nôtres n’auront pas compris que le temps presse et qu’il n’attend pas. Aucun organe de presse ne va attendre que les responsables de la communication aient le feu vert de leur commandement et que celui-ci ait l’autorisation du politique…
On n’est pas obligé de donner les détails, mais on doit rester présent en faisant entendre sa voix. C’est très facile de dire : «L’Armée mauritanienne a accroché une unité de terroristes qui avaient pour mission de pénétrer sur notre territoire pour y commettre des actes de sabotages. Nous n’avons pas encore d’informations à donner, mais nous pouvons vous dire que notre Armée a été équipée et est préparée à mener des campagnes visant à anticiper les menaces terroristes. Grâce à la coopération avec nos frères maliens et aux actions menées par le passé, nous pouvons aujourd’hui dire que la peur a changé de camp». Quoi de plus simple ?
Par ailleurs, quand le correspondant de l’AFP (et RFI) au Mali dit «de source militaire mauritanienne…» ou encore «un militaire mauritanien sur place affirme…», que faut-il penser du reste de l’information quand on sait qu’aucun officier, aucune source militaire mauritanienne n’a daigné parler ? Il faut que ça cesse…

vendredi 24 juin 2011

Coup de semonce pour le «Vieux»

Le Président Wade a voulu faire passer des amendements à la Constitution sénégalaise instituant un «ticket présidentiel». C’est-à-dire avec une liste de président et de vice-présidents, élus à un tour. Un subterfuge qui, aux yeux des Sénégalais, va permettre à Wade de se faire élire à moindre risques en 2012 et, probablement d’engager son fils pour lui succéder. Le fils Karim Wade à qui il a confié le dossier épineux de l’énergie dans un Sénégal qui souffre de délestages dans toutes ses grandes villes. Il faut dire que ce n’est pas la première fois que le vieux Wade, élu pour apporter le changement au Sénégal, exerce l’art du tripatouillage pour s’assurer la mainmise sur les affaires politiques.
Au mois de mai dernier, il a voulu scinder les collectivités locales qui ne lui étaient pas favorables et nommer à la place des élus des délégations spéciales qu’il choisirait lui-même. Cela a donné lieu à de fortes mobilisations, notamment dans la région de Rufisque. Il a été obligé de reculer. Le problème aujourd’hui, c’est que le soulèvement de Dakar donne l’impression de s’inscrire dans le sillage des printemps arabes.
Contre l’intronisation d’un héritier, donc la création d’une dynastie, contre un pouvoir usé par le temps et l’incapacité de répondre aux exigences de sa jeunesse, les manifestants ont scandé des slogans semblables à ceux de Tunis et du Caire : «Wade, dégage», «Non à la dynastie»…
Le Président Wade a finalement accepté de retirer son projet. Mais a-t-il compris que le Sénégal n’est pas le Gabon ? A-t-il compris surtout que, face au peuple sénégalais, le feu vert de Sarkozy et les accointances suspectes avec l’Occident conquérant ne sont pas d’un grand secours ?

jeudi 23 juin 2011

Dépénalisation, oui mais…

C’est une vieille revendication des acteurs de la presse qui a été satisfaite au terme du conseil des ministres d’hier : la dépénalisation des infractions de presse. Cela veut dire que le journaliste ne courra plus le risque de la peine de l’emprisonnement pour certains faits comme l’offense, la diffamation…
C’est naturellement le ministre de la communication, Me Hamdi Ould Mahjoub, qui a expliqué les nouvelles dispositions. Il a indiqué que l’ordonnance N° 17-2006 qui a constitué un bond en avant dans l’exercice de la liberté d’expression, que cette ordonnance avait besoin d’être améliorée pour mieux l’adapter aux exigences nouvelles de liberté et de protection pour le journaliste. Quelques articles de cette loi ont été modifiés pour permettre l’annulation des peines d’emprisonnement prévues. Les articles 35, 36, 40 et 41 ont perdu leurs alinéas prévoyant cette peine. Offense à chef d’Etat, à diplomates ou à pays étrangers, la diffamation pour laquelle on courait la peine d’emprisonnement, c’est désormais l’amende qui est prévue pour sanctionner de tels délits.
Considérant le rôle évident de la presse dans le raffermissement de la démocratie dont elle reflète l’état de maturité, les pouvoirs publics, dit le ministre, "ont choisi de lever le cachet criminel des infractions journalistiques et de le remplacer par un mécanisme d'exemption du journaliste de la peine d'emprisonnement suite à la collecte et au traitement de l'information". Seules vont subsister les articles criminalisant l’incitation à la haine, promettant le racisme et le crime. Pour ces délits, la peine d’emprisonnement est naturellement maintenue.
En moins d’un an, la Mauritanie a pu lancer la loi organisant la presse électronique, celle instituant la libéralisation de l’audiovisuel, celle transformant les institutions publiques d’information (radio et télévision) en société anonyme pour leur permettre de devenir de véritables services publics… Des avancées notoires qui vaudront certainement à la Mauritanie de gagner des points dans le classement des pays par respect de la liberté d’expression.
«Après cinq années d’alternances parfois heurtées entre pouvoir militaire et pouvoir civil, le pays se stabilise peu à peu. Concernant la presse, la législation est la plus favorable de la sous-région». C’est le lancement du rapport sur la Mauritanie fait sur le site de Reporters sans frontières (www.rsf.fr) qui précise : 0 journalistes tués, 0 collaborateurs tués, 0 journalistes emprisonnés, 0 collaborateurs emprisonnés, 0 net-citoyens emprisonnés.
Un acquis qu’il faut savoir préserver. D’abord par une plus grande prise de conscience du rôle de la presse, le recadrage de nos préoccupations et l’engagement responsable au service des causes justes. Personne ne peut dénier au journaliste son droit à l’engagement. Mais aucun journaliste n’a le droit d’oublier son obligation à la responsabilité. Les insultes, le dénigrement, la fausse information, l’engagement vulgaire… ce n’est pas du journalisme. Et les organes et les personnes qui le pratiquent peuvent exister un moment, tromper un temps, mais restent condamnés à disparaitre.
La dépénalisation doit s’accompagner d’un renforcement de l’autorégulation, surtout en l’absence d’une HAPA efficiente. Mais aussi de la célérité au niveau de la justice pour le traitement des questions liées aux infractions de presse. Seuls les procès peuvent aider à ancrer les notions de liberté et de responsabilité et donner en même temps au citoyen la possibilité de défendre sa dignité et son honneur s’il se trouve bafoués au terme d’un article. Il ne faut pas croire que les signatures anonymes peuvent couvrir ou dégager la responsabilité. Non ! attention donc.