lundi 9 avril 2018

Politique : Le dilemme du FNDU


Il y eut le Front des Partis d’Opposition (FPO), puis la coalition des forces du changement démocratique (CFCD), puis la Coalition de l’Opposition Démocratique (COD) et enfin le Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Tous ces regroupements ont rassemblé les partis d’opposition décidés à en découdre avec le pouvoir en place. Mais chaque fois, ces regroupements n’ont pas survécu aux échéances électorales.
Aujourd’hui encore le FNDU tente d’envisager les échéances prochaines dans la perspective d’une alliance. Mais comment et sur quelle base ?
Le FNDU qui rassemble des partis et des organisations de la société civile, semble s’acheminer vers une coordination de ses actions. Le plus grand de ses composantes est sans doute Tawassoul qui est déjà présent sur l’échiquier institutionnel avec 16 députés et quelques mairies. La participation de ce parti est déjà assurée pour les élections locales et les législatives prévues pour 2018. Cependant, dans l’une des déclarations, de son ancienne direction, il a été affirmé qu’il ne sera pas sur la ligne de départ de la présidentielle. A-t-il intérêt à ce que ses partenaires participent ? Et dans quelles conditions, il le souhaite ?
Pour sa part, l’Union des forces du progrès (UFP) a déjà, par la voie de son président Mohamed Ould Maouloud, déclaré sa volonté d’y aller. L’homme qui préside aux destinées du FNDU actuellement a même affirmé qu’ils sont prêts à soutenir toute candidature consensuelle, même si elle vient du dehors. Entendez par là, «même si le candidat n’appartient pas aux partis du FNDU». On peut aller plus loin pour dire «surtout si le candidat n’appartient pas aux composantes du FNDU», tellement l’accord semble impossible entre eux.
Cette disponibilité à vouloir soutenir un candidat extérieur, si elle l’emporte, voudra dire que ce conglomérat a été incapable de trouver une personnalité consensuelle en son sein. Ce qui est grave pour des formations politiques dont certaines ont existé depuis des décennies.
On se rappelle qu’en 2007, deux personnalités sont sorties du lot pour s’affronter au deuxième tour : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Tous deux furent les plus jeunes ministres du gouvernement de feu Moktar Ould Daddah renversé le 10 juillet 1978. Le passage des deux hommes signifiait obligatoirement la faillite des groupuscules politiques, les deux hommes n’ayant de passé politique autre que celui d’avoir été ministre au moment de leur engagement (Ould Daddah en 1991 et Ould Cheikh Abdallahi en 2007).
Au sein du FNDU, les débats auraient déjà commencé. Parmi les personnalités «candidatées » à la candidature, on peut compter : Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, ancien président de la CENI de la période de transition, membre du groupe des personnalités indépendantes et bénéficiant d’une aura indiscutable ; Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeyni, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, ancien président du FNDU, un moment candidat à la présidentielle de 2014, membre lui aussi du groupe des personnalités indépendantes ; Mohamed Ould Maouloud, président de l’UFP et, en exercice du FNDU, leader incontesté du Mouvement national démocratique ; Saleh Ould Hanenna, président du parti Hatem, proche des Islamistes qui l’avaient soutenu en 2007…
En dehors du FNDU, la commission désignée pour réfléchir à la question aurait pensé à Cheikh Ould Hanenna, membre de l’ancien Sénat, chef de file des frondeurs qui ont constitué un bureau du Sénat qu’ils estiment légitime. Il a été question pour eux de prendre langue avec des personnalités comme Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, Mohamed Salek Ould Heyine, Ahmedou Ould Abdalla…
Toutes les démarches et les débats actuels semblent occulter un fait simple : l’année 2018 et ses défis déterminent nécessairement ce qui va suivre. Donc…

Editorial 749


Il s’appelle Seif Kousmate. Il est franco-marocain. Pour Reporters sans Frontières (RSF), il s’agit d’un «journaliste photographe» qui aurait subi de mauvais traitements en Mauritanie avant d’être expulsé. Pour les Mauritaniens, il s’agit d’un marocain entré «clandestinement» au pays pour s’y adonner à un travail qu’il a fini par effectuer dans le noir.
En situation «normale», on n’aurait pas hésité à lui reprocher la méthode, celle de venir faire un reportage dans un pays sur une question au centre de grandes controverses, sans prendre la précaution de faire les démarches prévues pour s’assurer de travailler en toute légalité. Mais…
La même semaine, je recevais ici des amis dont une photographe qui voulait prendre des images de la vie économique, culturelle et sociale en Mauritanie. Il s’agissait pour nous de rassembler des images d’une Mauritanie qui marche et qui avance en vue d’alimenter un site en préparation. Tout cela a été expliqué dans une lettre adressée au ministère des relations avec le Parlement et la Société civile.
Une semaine d’attente, puis deux jours, puis… on nous expliqua qu’il fallait avoir le visa de quelque part… ailleurs… parfois avec le geste pour comprendre qu’il s’agit de la Présidence et souvent pour comprendre qu’il s’agit plutôt du Premier ministère. Mais quelque soit l’Autorité qui fait ombrage à l’exercice d’une profession déjà en proie à de nombreuses difficultés, des remarques s’imposent.
Vue de l’extérieur, la Mauritanie est un pays qui donne une idée de la Géhenne. Terre d’esclavage, son peuple croupit sous une dictature violente. Le pays est sous l’emprise des trafiquants de drogue et d’arme, s’il n’est pas la terre de refuge des terroristes jihadistes. Passage obligatoire de l’immigration clandestine, la Mauritanie reste la patrie de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Pas de liberté d’expression. Pas de liberté d’association. Pas de liberté de culte. Pas de liberté individuelle encore moins collective.
Le racisme comme pratique institutionnelle et comme doctrine sociale. La prostitution comme religion. Le vandalisme comme méthode de gouvernement.
Les sites d’informations, les acteurs politiques mécontents, les opérateurs économiques insatisfaits… tous participent consciemment ou inconsciemment à fabriquer une telle image.
Et quand il y a une volonté qui se manifeste quelque part pour essayer de renverser l’image au moins de l’atténuer, c’est le gouvernement qui la torpille.
Refuser à un journaliste d’avoir les accréditations nécessaires pour mener son travail en toute légalité, c’est faire preuve de bêtise incommensurable. Et ouvrir la voie aux excès et au travail clandestin.
Du coup, le gouvernement confirme ainsi sa volonté d’en découdre avec les espaces de liberté, de remettre en cause ses engagements et, de fait, de prendre les airs d’une dictature. Parce qu’un(e) ministre et/ou un Premier ministre ne respecte pas les institutions, parce qu’il profite de sa position pour régler des comptes, pour faire mal à ceux qu’il a décidé de traiter en ennemis, c’est tout un système qui se retrouve dans la ligne de mire des défenseurs de droits.
Ce gouvernement aurait dû déployer ses efforts en vue de donner la meilleure image du pays, de son système politique et de son président. Mais non. Il est occupé à se battre pour confirmer ce que les excès d’opposition ont construit ces dernières années.
Après avoir échoué à accompagner la vision de son chef, après avoir saboté le processus de refondation par les choix incongrus, après avoir ridiculisé le processus référendaire, après avoir occupé l’espace public par les guerres claniques… ce gouvernement s’ingénue à donner la plus mauvaise image qui puisse être de la Mauritanie…
Nous nous apprêtons à vivre le plus positif de nos tournants, celui d’une alternance au sommet de l’Etat.
Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui a sauvé le pays de la banqueroute en 2005, qui a redressé la barre en août 2008, a refusé de céder à la tentation de remettre en cause la limitation des mandats. De lui-même.
Et contre la volonté affichée de ses «faux amis» et de ses vrais ennemis.
«Dieu, gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge». Jamais une telle affirmation n’a été aussi pertinente. Rien n’est plus préjudiciable au Président Ould Abdel Aziz que son gouvernement actuel.

dimanche 18 mars 2018

UPR : La guerre des clans continue


Le ministre Mohamed Abdallahi Ould Oudaa n’ira pas diriger la mission de sensibilisation de l’UPR au Hodh Echargui. Le Premier ministre aurait contesté l’envoi de «cet opposant» dans «sa» région… rappelant ainsi que les lignes n’ont pas bougé sur le front des querelles intestines.
Même si le parti a entamé le processus de transformation tracé par la commission désignée par le Président de la République, il est toujours en proie aux querelles internes…

Sitôt ses textes adoptés par le Conseil national transformé en congrès extraordinaire le 5 mars, l’Union pour la République (UPR) a envoyé ses missions à l’intérieur expliquer de quoi il s’agit.
Sur le plan organisationnel, il va falloir expliciter les grands changements intervenus sur proposition de la Commission ad hoc désignée par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui lui avait donné la mission de faire l’état des lieux du parti pour permettre la redynamisation de ses structures. Le travail proposé a été le fruit d’une large concertation qui a impliqué les instances actuelles, les organisations de femmes et de jeunes, les élus ainsi qu’une brochette de cadres qui ont, deux jours durant, discuté du plan d’actions proposé.
La nouvelle philosophie de l’organisation du parti a pour finalité la représentativité. Comme exigé par le Président Ould Abdel Aziz, «l’implantation doit traduire la réalité des adhésions» pour savoir ce que le parti pèse effectivement. Pour ce faire, toutes les instances seront élues dans des conditions maximales de transparence et sans exclusion. D’où l’introduction de la proportionnelle au niveau des instances.
Parmi les nouveautés, la création de la zone qui regroupe plusieurs unités de base (un minimum de 3, un maximum de 30 appartenant à la même zone géographique). Ces zones (territoires) sont dirigées par un bureau élu pour cinq ans. Il comprend son président, un secrétaire chargé des opérations électorales, un autre chargé de l’orientation politique, un troisième de la promotion sociale, un quatrième chargé des finances, en plus d’un représentant des jeunes et d’un deuxième pour les femmes. D’ailleurs, il a été décidé de créer sur le plan national une Commission des femmes pour les impliquer d’avantage et mieux intégrer les questions genres et toutes les problématiques sociales qui en découlent.
Mais la grande nouveauté reste la création du Bureau politique chargé de suivre la vie du parti au quotidien. Il veille à l’application des décisions des instances dirigeantes (Conseil national et Bureau Exécutif), prend les positions sur les questions de l’heure. Mais il est surtout le cadre de coordination entre le parti, l’Assemblée nationale et le gouvernement.
Sa composition en dit long sur le constat qui le justifie : en plus du président du parti, il comprend le Premier ministre, le président de l’Assemblée (sinon celui du groupe parlementaire UPR), le secrétaire exécutif chargé du dossier politique et celui chargé des candidatures et des opérations électorales. Ce qui trahit une prise de conscience des effets néfastes des déchirements qui secouent la Majorité depuis 2015 et qui sont aujourd’hui évidents.
L’un des conflits ouverts et qui semble préoccuper en haut lieu, est celui qui a opposé – qui oppose encore – le Premier ministre au président du parti. L’interférence du premier dans les affaires politiques et ses velléités de faire main basse sur l’ensemble de la vie publique, expliquent largement ce conflit qui a été à l’origine de la fronde des sénateurs et des mauvais résultats du référendum fondateur du 5 août dernier. Ce conflit explique aussi les «perturbations» source d’incompréhensions au sein du public qu’il appartienne ou non à l’UPR.
Quand le Président a choisi de prendre part à la cérémonie d’ouverture des journées de réflexion, il s’agissait, en plus du soutien public au processus, d’obliger les protagonistes à aller ensemble. A ceux parmi eux qui avaient des velléités, de se ranger derrière la direction du parti et d’accepter «d’être disciplinés» publiquement. Mais la leçon a-t-elle été retenue pour autant ?
Une situation inédite qui a déjà coûté cher à l’Appareil d’Etat pour ne pas dire au système qui a dû recourir aux méthodes éculées pour faire passer son projet de réforme constitutionnel qui n’avait pourtant aucune difficulté à passer. Coûtant aussi en engagements personnels du Président de la République qui s’est retrouvé à chaque fois obligé de se mettre en avant pour protéger ses collaborateurs qui l’ont mis à mal. Des collaborateurs qui, au lieu de proposer des solutions, ne savent que poser les problèmes. S’ils mettaient autant d’adresse à éviter les coups et à les laisser toucher le Président, que dans leur exercice quotidien, il n’y aurait pas aujourd’hui autant d’incertitudes sur la situation.
Le processus de renouveau du parti met en perspective l’urgence pour lui de se préparer aux échéances toutes proches. Celles de 2018 avant celle de 2019.
Dans quelques semaines voire quelques jours, une nouvelle CENI doit voir le jour. Nouvelle par le nombre de ses membres (11 au lieu de 7), par ses compétences plus larges que par le passé, par son mode de désignation sur la base d’une proposition faite au Président de la République de 22 noms (11 fournis par la Majorité et 11 par l’Opposition) avant de voir les 11 sages nommés par décret élire parmi eux un président et ses adjoints.
Ce mode de désignation annonce les difficultés qui peuvent se poser donc le temps que cela peut prendre. Alors que nous sommes en face de délais incompressibles s’agissant des modalités prévues pour organiser les scrutins (renouvellement des listes électorales, convocation des collèges électoraux, fixation des rendez-vous…).
La désignation d’une nouvelle CENI est un test déterminant pour la participation d’un large spectre de l’espace politique. Si l’on réussit à faire «le bon choix», cela diminuera considérablement les appréhensions des uns et des autres et délégitimera les présomptions d’intelligence entre cet organe (en principe) indépendant et l’Exécutif.
En tout état de cause, les échéances attendues arrivent dans un contexte particulier. La fin du mandat présidentiel, le départ à la retraite d’une bonne partie de l’encadrement national, la jeunesse de la population, la prise de conscience et l’émancipation de la pensée individuelle… sont autant de facteurs favorable à l’émergence d’un «courant alternatif» à même de faire évoluer la situation mauritanienne. Les échéances de 2018 sont le test qui permettra ou non de passer le cap en traçant la voie à suivre pour la meilleure des transitions.
Encore faut-il que l’élite y croit en s’appropriant le processus actuel.

Ould Oumeir
La Tribune N° 747 du 12 mars 2018

Editorial La Tribune 12/3


Du passé nous ne tenons pas compte. Nous refusons souvent de faire une évaluation rigoureuse du présent. Quant au futur, nous préférons nous en détourner… 
Ne jamais tirer de leçons, ne jamais se remettre en cause, ne jamais regarder devant soi. Tels sont nos préoccupations essentielles. 
Le stress collectif nous vient de la peur de nous évaluer. Quand on s’évalue correctement, on avance assurément parce qu’on anticipe et on imagine les solutions d’avenir. On préfère se laisser tétaniser par les peurs plutôt que d’agir et même de réfléchir… en attendant…
Le 3 août 2005, le pays sortait difficilement de la torpeur née d’un exercice calamiteux de la chose publique. Nous avons subi un arbitraire excessif, enduré le viol moral et accepté la négation du temps qui est le nôtre. En quelques années, nous avons expérimenté l’extravagance comme qualité première, comme méthode de gouvernance. De ces années, nous avons gagné le recul de l’Etat-Nation. En ces années, nous avons perdu le Nord… et le Sud. De ces années, il ne nous est rien resté en commun, pas même les richesses…
De jeunes officiers ont imposé le changement mais sans proposer la rupture. Sans doute que le poids de leurs ainés, embarqués malgré eux, était trop pesant. Transition. Gouvernement civil. Puis retour à la case départ. Le 6 août 2008, un deuxième coup d’Etat nous proposait de revenir sur la voie du changement.
Qu’avons-nous fait pour assurer un apaisement général des relations et une évolution mûrie de la démocratie ? Est-ce que nous nous sommes souciés de nous assurer que ce changement par la force sera le dernier ? Est-ce que nous avons essayé d’imaginer une gouvernance neuve et nouvelle ?
Notre élite n’a pas compris que quand on renonce à se poser des questions pour pouvoir aller de l’avant, on finit par se retrouver «cadavré». Elle n’a fait que renoncer depuis le début…
Encore une fois, la Mauritanie se trouve à un tournant. Tous les ingrédients sont là pour permettre les refondations nécessaires à la naissance d’un contrat social à même d’assurer l’adhésion de toutes les couches de la société.
Dans les formes, une Mauritanie nouvelle est en chantier. Avec un drapeau nouveau, un hymne nouveau et même une monnaie nouvelle. Avec ses routes, ses réseaux électriques, ses hôpitaux, ses réseaux d’adduction d’eau, son espace d’expression, sa jeunesse assoiffée de tout…, la Mauritanie d’aujourd’hui est une promesse d’avenir…
2018 est l’année des grands rendez-vous.
Participer sans conditions aux élections est le premier impératif (toute demande de dialogue peut remettre en cause le processus qui doit nécessairement suivre son cours actuel).  
La qualité des candidatures est aussi un signe de renouveau. La Mauritanie d’aujourd’hui ne manque absolument pas de cadres de tous niveaux et de toutes origines.
Le recentrage du discours et des aspirations. Il est certes exigible de continuer à vilipender les pratiques liées à l’esclavage, mais il est dangereux de ne pas reconnaitre les avancées sérieuses qui font que la question n’est plus posée avec autant d’acuité que par le passé. La question de l’éducation, de la justice, de la santé publique méritent un focus aujourd’hui.
Le renouveau passe aussi par la revalorisation du travail et de la production en général. Avons-nous conscience que nous sommes une société où «travailler est mal vu» ? Quand vous regardez des milliers de jeunes manifester contre Ould M’kheytir, n’oubliez pas que pas parmi eux ne produit une tomate, même pas un grain de riz.
Un discours moderne qui cultive les valeurs d’égalité, d’équité, de solidarité, de convergence… l’idéal de progrès, de savoir, de s’ouvrir sur le monde, de s’approprier la technologie, de partager les opportunités avec les voisins…
Les fondateurs de l’Etat moderne ont, malgré leur nombre restreint, défié les forces centrifuges qui n’ont pas cru à la possibilité d’une Mauritanie indépendante. Ils ont fait face aux revendications des Etats voisins qui croyaient à la possibilité de dépecer l’entité en construction.
La «Cendrillon de l’Afrique occidentale française (AOF)» a fini par être «une terre des hommes». Avec ses vocations premières (terre de convergence, tradition pacifique, ancrage et modernité) et ses qualités originelles (humilité, dignité, résistance).
Chaque fois qu’elle a dévié oubliant ces vocations et ces qualités, la Mauritanie a chaviré.
Le discours de renouveau passe par la restauration de ces vocations et de ces qualités pour les remettre au cœur de la réflexion et de l’action publiques.

dimanche 18 février 2018

Editorial La Tribune 743 du 12/2

En recevant en grande pompe son homologue sénégalais, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a donné un signal fort quant à sa prise de conscience de la nécessité pour la Mauritanie de vivre en harmonie avec son voisinage immédiat.
Oui, tous ceux qui n’ont pas de raisons particulières de dénier à Ould Abdel Aziz l’intelligence de comprendre ce fait, lui reconnaissent ses efforts de faire revenir la Mauritanie dans son ancrage naturel, particulièrement son versant africain qu’elle avait quitté avec violence et sans raison.
Quand il impulse le changement du 3 août 2005, la Mauritanie connait un isolement diplomatique total. Parce qu’elle tourne le dos à ses frères arabes et africains, elle se trouve dans le désarroi le plus total après avoir tout perdu de ses vocations de départ.
1960. Au tout début était la démesure.
La Mauritanie est née de cette idée de créer une zone tampon entre les colonies du nord et celles du sud. Cette volonté du colonisateur s’est transformée pour devenir une vocation première de l’Etat national.
«La Suisse de l’Afrique», c’est ainsi que Me Moktar Ould Daddah, le premier président du pays, définissait son projet pour la Mauritanie. En faire un «trait-d’union» entre le nord et le sud de l’espace sahélo-soudanais. Cette double vocation – être la porte sud du Maghreb, la porte nord pour l’Afrique noire - paraissait exagérée en terme d’ambition pour un pays aux 2/3 désertiques pour une population de moins de deux millions d’habitants (aujourd’hui un peu plus de trois millions).
Cette notion de «trait d’union» a vite été dévoyée par ses traducteurs nationalistes arabes pour devenir «hamzatou al waçli» qui n’a d’existence que par altération du langage. Progressivement, la «zone tampon» signifiant «terre de convergence» et qui inclut la double appartenance, est remplacée par la réalité du «ni ni» : ni africaine, ni arabe.
Cette perte de vocation première est sans doute à l’origine des secousses malheureuses qui ont menacé le pays dans son existence. Plus le temps avançait, plus la Mauritanie abandonnait sa vocation première, plus elle s’éloignait de son milieu naturel, plus le pouvoir se durcissait à l’intérieur, plus le pays s’isolait, plus il souffrait.
Economie, cohésion interne de la société, insertion régionale et positionnement international, tout s’en trouvait compromis. Oubliées les formules sympathiques et volontairement lyriques qui désignaient la Mauritanie : «Le pays du million de poètes», la «Cendrillon de l’AOF»…
La sortie de la CEDEAO au moment où sont établies des relations diplomatiques avec Israël… les errements continuent… Les relations avec le monde influent sur le comportement intérieur : les relations avec l’Irak sont coupées donc une répression sauvage est engagée contre le courant des Baathistes, quand ce ne sont pas les Nassériens qui souffrent de la mauvaise relation avec la Libye, ou les Frères Musulmans de celle avec l’Arabie Saoudite (à l’époque)…
On en était là en août 2005. La transition n’apportera pas de profonds changements. Il faudra attendre le coup d’Etat du 6 août 2008 pour voir la barre se redresser.
L’Ambassade d’Israël est fermée. La volonté d’ancrer de nouveau la Mauritanie dans ses enracinements est réaffirmée.
Cela se traduit par une forte présence à toutes les manifestations qui touchent l’Afrique. Investitures de présidents, sommets de l’Union Africaine, réceptions de chefs d’Etat à Nouakchott…
La chance y joue. En 2011, la Mauritanie dirige le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine. A ce titre, elle est à la tête de deux panels chargés de résoudre deux grandes crises qui secouent l’Afrique : la Libye et la Côte d’Ivoire.
Le déroulement des deux médiations a permis à Mohamed Ould Abdel Aziz, et donc à la Mauritanie, de revenir au centre de la scène diplomatique africaine. Plus tard, il sera président en exercice de l’UA. Au moment où il recevait ses pairs arabes à Nouakchott où ils ont tenu leur 27ème sommet, une première pour un pays reconnu seulement en 1973 par la Ligue Arabe.
Servie par la conjoncture, la Mauritanie pourrait retrouver pleinement la place qui fut la sienne. La place laissée par la Libye en proie aux tumultes, par le Soudan qui a subi une partition, peut être occupée par la Mauritanie.

L’urgence est à «la reconquête des cœurs des africains, longtemps boudés par la Mauritanie».

jeudi 8 février 2018

Gouvernement : Parcours calamiteux, fin annoncée

Jamais gouvernement n’a été aussi décrié que celui qui est actuellement aux affaires. Jamais Premier ministre n’a fait l’objet d’un désaveu aussi consensuel que celui-là.
Comment en est-on arrivé là ? quel est le secret d’une aussi grande «réussite» à faire l’unanimité ?
Le parcours est édifiant.

Quand il est nommé Premier ministre le 21 août 2014, Yahya Ould Hademine a de grandes chances de réussir sa mission qui est celle de faire du second mandat un vrai tournant dans la vie politique nationale. Tout en continuant les programmes engagés par son prédécesseur, Ould Hademine devait corriger les fautes, redonner de l’énergie au pays, imaginer des projets structurants et porteurs et, à partir des réussites attendues sur le plan des infrastructures, réhabiliter la confiance politique et redonner espoir à la jeunesse. Devenir le «grand» Premier ministre espéré.

Régler le compte de son prédécesseur

Entre ce que le public attendait et ce que l’homme s’est lui-même fixé comme objectifs, il y avait une grande différence.
Moins d’un mois après sa nomination, Yahya Ould Hademine entame une guerre sans merci contre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Parce que celui-ci avait décidé de s’affubler d’un titre de «Docteur», Ould Hademine devient «l’Ingénieur» (les majuscules ici ne sont pas fortuites). Mais c’est surtout la «démoulayisation» qui l’absorbe pendant les premières semaines de son exercice.
Première guerre, celle menée contre le programme Emel. L’action de sape est rapidement engagée : fermeture de boutiques, diminution des approvisionnements, désengagement des institutions tutelles, tantôt c’est à la SONIMEX d’exécuter le programme, tantôt au CSA… Le dossier finit même par atterrir sur la table du Conseil des ministres en janvier 2015 et par provoquer un échange houleux entre le Docteur et l’Ingénieur. Le premier essayant de défendre Emel en arguant qu’il s’agit d’un programme profitant aux populations nécessiteuses, le second prétextant que le coût du programme est énorme et essayant même de suggérer une inspection d’Etat pour auditer ce programme qui a déjà coûté cher, trop cher.
Soutenu à ce stade par le ministre des finances, Moktar Ould Diaye, il obtient le feu vert pour «mieux gérer les engagements». Ce qui se traduit par une asphyxie progressive jusqu’à extinction partielle du programme.
Deuxième axe de la «démoulayisation», l’épuration du gouvernement, de l’administration en général. Cela se traduit par les départs massifs des conseillers et des secrétaires généraux, parents ou amis de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Suivront, au compte-goutte mais de façon inexorable, les ministres supposés ou réellement proches de l’ancien Premier ministre : Ba Ousman, Ahmedou Ould Jelvoune, Sidi Ould Zeine, Hindou Mint Aïnina, Bamba Ould Daramane, Hammadi Ould Meymou… et la liste est longue. Resteront dans les pieds de Ould Hademine quelques-uns contre lesquels il n’a rien pu visiblement. Mais il existe mille façons de les bloquer.
Un exemple, celui de Naha Mint Mouknass qui n’arrive pas à faire des nominations dans son département pourtant pourvu d’un nouvel organigramme. Le Premier ministre Yahya Ould Hademine a voulu lui imposer les nominations, ce qu’elle a refusé. Alors il a bloqué le «remplissage» de l’organigramme proposé. Il existe actuellement plusieurs postes de grandes responsabilités qui ne sont pas pourvus depuis deux ans faute de feu vert du Premier ministère.
C’est ce genre de bras de fer qui a amené Me Brahim Ould Daddah à jeter l’éponge, provoquant une crise au sein du gouvernement par son départ inattendu. L’Ingénieur Ould Hademine a voulu imposer ses hommes, comme il l’avait fait la fois précédente quand il avait changé la proposition du ministre pour le Conseil de la Magistrature. Cette fois-ci, Me Ould Daddah ne voulait pas se retrouver avec les juges réputés protecteurs du système «chipeko» comme avant.

Interférences politiques

Mais là où l’Ingénieur Yahya Ould Hademine a le plus brillé, c’est sans doute dans les interférences dans les processus politiques.
Quand il arrive au pouvoir, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz envisage de reprendre le dialogue de manière plus inclusive. Il ne lui coûte rien au début d’un second mandat qu’il accepte comme le dernier, de renforcer le front intérieur pour prémunir le pays contre les hasards des devenirs politiques et s’assurer de la solidité du système qu’il entendait laisser derrière lui. Ses premiers discours vont dans ce sens.
C’est naturellement à son ministre secrétaire général de la Présidence, «Docteur» Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qu’il confie la mission de reprendre langue avec les opposants. Lui qui a déjà quelques expériences en la matière notamment celle de 2009, rondement mené par l’ensemble du système. Mais «l’Ingénieur» est là…   
Au lendemain des premiers pas vers le rapprochement, le Premier ministre reçoit quelques figures de l’Opposition dont Mohamed Ghoulam Ould El Haj Cheikh de Tawassoul et Boydiel Ould Hoummoid d’Al Wiam. Il prend contact avec Mohamed Ould Maouloud de l’Union des forces du progrès (UFP) qui décline, tandis que le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) anticipe pour dénoncer la démarche.
L’installation de l’Institution de l’Opposition Démocratique institutionnalise la participation de Tawassoul à toute ouverture. Mais le choix de Ould El Haj Cheikh est expliqué par l’existence d’une ligne contraire et dont il est le chef de file.
Malgré cela, le ministre secrétaire général de la Présidence continue ses contacts. Ce qui n’empêche pas le Premier ministre de convoquer le secrétaire permanent du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) pour lui remettre une feuille de route pour un dialogue inclusif.
Quelques propositions consignées sur un papier volant, sans entête ni signature. Il annonce l’engagement de la Majorité à s’inscrire dans la dynamique du dialogue constructif inclusif, en vue de créer «une atmosphère politique apaisée». Partant de ce principe et «en vue de concrétiser sa volonté d’ouverture, la Majorité déclare sa disponibilité à discuter les thèmes suivants qui ont été soulevés par l’Opposition». Pour ensuite proposer des thèmes à discuter : la couverture par les médias publics des activités de l’Opposition, le rétablissement de la confiance entre les deux pôles, l’arrêt de l’exclusion des cadres et hommes d’affaires de l’Opposition («s’il s’en trouve»), réorganisation du Conseil Constitutionnel, organisation de nouvelles élections municipales et législatives consensuelles et recul des sénatoriales, restructuration de la CENI, accord sur un calendrier électoral, réforme de la Constitution pour lever la limitation d’âge pour la candidature aux présidentielles, interdiction à l’Armée Nationale d’interférer dans la politique, organisation d’élections présidentielles anticipées, redéfinir les pouvoirs du Parlement et du Premier ministre, l’Unité nationale, la sécurité publique et extérieure, la loi et la transparence dans la gestion des affaires publiques, neutralité de l’administration, indépendance de la justice, relations des partis au pouvoir avec l’administration et la redéfinition du leadership de l’Opposition.
Le document conclut à la nécessité de discuter l’ensemble de ces questions «dans le cadre d’un dialogue national consensuel auquel tous les acteurs de l’espace politique national».
Première surprise : le document se prétend une réponse à un document écrit par l’Opposition et dont personne n’a jamais entendu parler. Deuxième : il propose une présidentielle anticipée alors qu’elle n’a jamais fait partie des doléances du personnel politique ; et une réforme de l’âge de candidature qui est une tentative de toucher aux articles sur les mandats.
Si le RFD rejette, le FNDU répond. En réalité la manière et le contenu du document ont donné une mauvaise impression qui va expliquer les réticences de l’Opposition vis-à-vis de la proposition de dialogue. Qui va cependant reprendre avec Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Cette fois-ci pour réussir à faire des conclusions après une multitude de rencontres qui ont lieu en avril et mai 2015 et au terme desquelles le Président Mohamed Ould Abdel Aziz réitère sa volonté de respecter la Constitution dans ses articles liés aux mandats.

Main basse sur la vie publique

L’interférence la plus évidente – et la plus décriée – est celle qui a permis au Premier ministre Yahya Ould Hademine d’empiéter sur les compétences et prérogatives de l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir dont le gouvernement est sensé être l’émanation.
Pour régler définitivement le compte de son prédécesseur, l’Ingénieur Ould Hademine réunit les membres des deux chambres au cours d’un diner le 15 janvier 2017, alors qu’une réunion de la commission chargée de la supervision de l’application des résultats su dialogue est prévue le 17, deux jours après. Cette commission devait décider de la voie à suivre pour faire adopter le projet de réforme constitutionnelle. Mais le Premier ministre avait déjà décidé de passer par les Chambres pour le faire adopter sous prétexte – encore – du coût du référendum. Il invite donc députés et sénateurs pour leur annoncer la décision. 24 heures avant que la structure appropriée n’en discute. On connait la suite.
Le référendum est endossé par le Premier ministre qui s’en va en campagne avant terme. Il organise une caravane qui s’arrête «seulement là où il faut» (là où il est sûr d’être accueilli comme il le veut). C’est en grande pompe, avec couverture médiatique qu’il organise des meetings qui sont l’occasion de raviver les divisions locales et d’exciter les factions. Cela se répercutera sur les résultats dans les zones où la voix du Premier ministre a porté. C’est au cours de cette précampagne qu’il lance une concurrence ouverte au parti en organisant des sorties dans l’Aftout au moment où le Président de l’UPR entendait donner le maximum d’écho à ses déplacements dans le Trarza. Le parti est éclipsé par le Premier ministre qui devra pourtant proposer le recours à l’administration et aux anciennes combines pour s’assurer du succès du référendum. Peine perdue. Les résultats seront ce qu’ils furent, mais l’essentiel est fait. Pour l’Ingénieur qui devient le maître absolu de la vie publique.
C’est lui qui dirige les affaires politiques, mais aussi économiques. Il réussit à opérer des fusions comme celle de l’ENER et de l’ATTM. L’entreprise chargée de l’entretien routier n’est pas déficitaire alors qu’on parle d’un vieux trou de 12 milliards pour l’ATTM. La fusion permettra d’effacer définitivement les traces de toutes les mauvaises gestions antérieures.
Le patronat change de président. L’ancien patron des patrons, Ahmed Baba Ould Azizi était en guerre avec le Premier ministre qui lui a toujours rendu la monnaie.
Si bien que Ould Hademine est aujourd’hui, l’homme le plus puissant de Mauritanie. Celui qui a la faculté de nommer de dénommer, de fusionner, de faire disparaitre entreprises et institutions, d’affecter les fonctionnaires, d’envoyer les inspecteurs et contrôleurs de l’Etat là où il veut pour confondre qui il veut…
Natif du Hodh Chergui (Djiguenni), Yahya Ould Hademine est l’un des premiers ingénieurs de Mauritanie. Il fait partie des premières générations ayant fait leur formation au Canada. Il a travaillé à la SNIM où il a fini par être directeur général de la SAFA (société arabe de fer et d’acier), puis de ATTM (autre filiale de la SNIM spécialisée dans le BTP) avant d’être promu ministre de l’équipement et des transports dans le deuxième gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf de l’après-élection 2009. C’est ce dernier qui l’aurait proposé à ce poste.
Sa nomination au poste de Premier ministre devait servir à Yahya Ould Hademine pour être l’artisan du nouveau statut de véritable chef de gouvernement. Pour promouvoir la volonté de dialogue inclusif. Pour renforcer l’existant et continuer à entretenir l’espoir de lendemains meilleurs. Pour participer aux refondations d’un Etat moderne, égalitaire et juste ; d’une société solidaire et dynamique… Trois ans d’exercice, on peut se demander : «où est-ce qu’on en est ?»


Ould Oumeir

mercredi 7 février 2018

Bonjour les dégâts

Ces trois dernières années devaient être consacrées à la réalisation des promesses faites par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. A l’occasion de son discours d’investiture, il avait dit que ce mandat sera consacré à la réforme de la Justice, de l’administration, de la santé et de l’éducation.
Le gouvernement nommé le 21 août 2014 avait pour mission justement de travailler pour la réalisation de ces promesses. Même s’il a donné l’impression de s’activer, aucun des projets qu’il a eu en charge de lancer ne s’est terminé dans les délais. Ni les routes, ni les projets structurants comme ceux de l’eau en Aftout ou au Dh’har, encore moins les lotissements nouveaux…
Plus de trois ans, 42 mois au total… Nous ne pouvons que constater le recul dans les domaines ciblés pour devenir des priorités. Occupé à corriger les erreurs de ses collaborateurs immédiats, particulièrement de son gouvernement, le Président n’a pas hésité une fois à monter lui-même au créneau pour remplir le vide créé par l’indigence de ce gouvernement. Que ce soit à l’occasion de campagnes politiques ou de réalisations en matière d’infrastructures.
Le domaine où l’action de ce gouvernement a été le plus visiblement catastrophique est celui de la communication. Jugez-en vous-mêmes.
Depuis quelques années, la Mauritanie est leader aux plans arabe et africain en matière de liberté de presse et d’expression. Avec notamment la libéralisation de l’audiovisuel, le renforcement de la presse écrite et l’éclosion d’une presse électronique très caustique. Ce qui a permis jusque-là de donner une image d’un pays ouvert, pluriel et démocratique. Evitant ainsi l’exacerbation des frustrations et l’explosion, sur la place publique, des mécontentements.
La gestion du gouvernement de ce secteur a donné le résultat suivant :
-          Une seule chaine de télévision privée émet aujourd’hui. Peu importe si c’est parce que les autres refusent de payer des redevances dues, le résultat est là : alors que TDM, la société de diffusion continue de payer le bouquet, celui-ci n’est pas utilisé ;
-          La presse écrite se meurt dans l’indifférence. Expression majeure de la crise qu’elle traverse voire de sa faillite annoncée : la pénurie récente de papier au niveau de l’imprimerie nationale qui a vu, pour la première fois de l’Histoire du pays, disparaitre pour une décade les quotidiens officiels (Chaab et Horizons) ;
-          La presse électronique est, elle, noyée dans un flot de sites alimentés et entretenus par les cabinets ministériels, souvent par les premiers responsables eux-mêmes.
C’est le résultat qu’on pouvait attendre de l’action d’un gouvernement qui veut tout domestiquer.
Il ne faut pas croire ici que la domestication des expressions et de la presse est destinée à mieux servir le régime, le Président ou son système. Que nenni ! C’est juste pour en faire des thuriféraires pour ceux qui tiennent la bourse et le pouvoir coercitif actuellement.
Vous voyez des textes d’une rare violence contre le Président et sa famille, publiés sur les sites réputés être à la solde de ces cabinets. Et qui, un titre plus loin, noient leurs commanditaires sous un flot de louanges qui n’ont aucune raison d’être.
Le recul que le pays pourrait connaitre dans le classement de RSF risque d’être sans précédent. Parce que le gouvernement a agi à l’encontre de la volonté politique du Président Ould Abdel Aziz qui a fait de la liberté de la presse un cheval de bataille. Où en est-on aujourd’hui ?
Il y a bien sûr une liberté d’expression qui s’apparente à un laisser-aller tellement elle est vidée de sens. Comme elle est sans effet parce qu’elle n’a plus de cadre pour s’exercer publiquement.

Autant dire que le recul est net et sans appel.