vendredi 3 avril 2015

Sidi Ould Mahfoud n’est plus

Il a marqué les esprits dans le microcosme de l’Iguidi, cette entité culturelle et civilisationnelle plutôt que géographique. En arrivant de sa Eddakhla (baie de Nouadhibou) natale dans un milieu difficile à conquérir, Sidi Ould Mahfoud avait déjà fait l’expérience de plusieurs cercles administratifs de Mauritanie. On l’imagine, jeune Garde Républicain, débarquant dans le petit bourg de Mederdra du début des années 50, avec ses rêves de guerrier ayant voué sa vie au métier des armes, avec sa candeur, son sens de l’observation, de la solidarité, de l’abnégation… Des valeurs qui font l’homme des contrées désertiques hostiles.
Après la Garde Républicaine, il regagne la Gendarmerie au moment de sa création en 1965 et porte le matricule 048 de ce prestigieux corps qui allie rigueur, compétence, sens du droit, le sens aussi de la proximité des populations et de leur satisfaction.
Sidi Ould Mahfoud appartient à une classe de la Gendarmerie qui savait dresser les P-V dans les pures formes de l’art qui faisait la classe des Gendarmes, une classe de gendarmes pour lesquels «l’armoire-type» qui résume toutes les procédures n’a pas de secret. Ils sont Officiers de police judiciaire, ce qui leur donne des compétences en droit – grande spécificité du gendarme – et Autorité administration et policière. Ils sont des GENDARMES, ce qui les auréole d’une prestance, d’un respect finalement mérité. Ils sont l’incarnation de l’Autorité de l’Etat en ces moments où cette entité était en construction et où elle avait besoin de courage dans l’application des textes, d’intelligence dans l’exercice quotidien, de rigueur dans les rapports avec la société.
Aux valeurs de son milieu, il ajoutera celles du Corps de la Gendarmerie, lui qui croyait profondément à l’Etat. Les amis de Beddah (Habib), ce fils prodige, se souviennent de celui qui a été un père attentionné pour tous. Les enfants que nous étions ne décelaient pas de différence entre ce qu’il leur réservait comme traitement et ce qu’il réservait à ce fils unique (à l’époque). Aucun de nous ne peut se souvenir aujourd’hui d’un moment d’indisposition exprimée à l’encontre d’une bande de jeunes aussi insouciants, aussi rebelles que nous à cette époque-là. Jamais de remontrance, jamais d’impatientes postures pour nous dire que «ce n’est pas le moment de crier, de s’amuser, de faire du bruit».
Dans les années 70, le MDLC (Maréchal de Logis Chef) qu’il devint, fut affecté à Mederdra. On le voyait passer de la brigade à sa maison comme s’il s’agissait d’un fils de la ville et de la culture locale très particulière. Il était déjà l’homme des gens de l’Iguidi (raajil Ehl Iguidi), celui qui avait imposé aux habitants de l’adopter sans manière.
Il eut ici Tislim et Habib, tous deux aujourd’hui disparus. La retraite, le retour au bercail et la nouvelle famille pour lui donner Mghayli et Atiq qui nous restent de cet homme de grande envergure.
Il part sans déranger, comme il a vécu les 90 ans (environ) d’une vie pleine d’enseignements, de don de soi à la communauté, de vérité, de dignité, de grandeur… Sidi Ould Mahfoud a vécu ce que vivent les croyants sincères, les élus parmi eux, une vie pleine faite d’abnégation, de valeurs humanistes qui font cet ancrage dans le substrat culturel originel.
Que tous ceux qui l’ont connu, que les gens de partout, de Nouadhibou, de Mederdra et d’ailleurs, que Mghayli (la grande), que Khadijetou, que Maghayli (la petite), que Atiq, que Toutou, Bodde, Kelthame (filles de Habib), que Moumme, Mana, Mint Balla (ses petites-filles par Tislim), que tous agréent ici l’expression de nos condoléances les plus attristées.
Inna liLlahi wa inna ilayhi raji’oune. 

jeudi 2 avril 2015

L’accord de dernière chance

C’est en fin d’après-midi que la nouvelle a pu être annoncée : les délégués des travailleurs en grève à la SNIM et leur Direction sont tombés d’accord sur les termes de l’accord promu par le Maire de Zouérate, Cheikh Ould Baya. La ville et ses habitants ont poussé un ouf de soulagement après plus de deux mois d’atermoiements et d’incertitudes, plus de deux mois de discours enflammés, d’excès verbaux, de mobilisation continue… Deux mois sans salaires pour près de quatre mille travailleurs en grève, donc pas de ressources financières dans la ville.
C’est sans doute la conscience des effets néfastes sur la ville et sur ses activités qui ont fait du Maire de Zouérate l’élément central de la solution du problème. Quand il intervient, c’est bien pour répondre à la sollicitation des populations dont les travailleurs en grève et leurs familles.
Finalement l’accord trouvé se résume à quelques points : retour au travail de l’ensemble des travailleurs et annulation de toutes les mesures disciplinaires prises à leur encontre ; versement de trois mois de salaires dont un est pris en charge par la Présidence de la République, le deuxième par la SNIM et le troisième sera versé sous forme de crédit remboursable à partir du premier mois de 2016 (les deux derniers mois seront immédiatement versés, le troisième le sera la semaine prochaine) ; un moratoire pour les dettes contractées durant ces dernières semaines auprès des magasins d’alimentation disponibilisés par l’entreprise au profit de ses travailleurs.
Comme nous l’avons déjà écrit, Ould Baya a impliqué tous ceux qu’il considère comme partenaires dans sa démarche : représentants syndicaux et politiques au niveau de la région, familles des travailleurs…, mais il a surtout se tenir en réserve pour jouer ce rôle le moment venu. L’attitude a porté fruit. Tant mieux.

mercredi 1 avril 2015

Ce mercredi de MP

Mauritanie-Perspectives a organisé aujourd’hui son premier mercredi sur la thématique de l’unité nationale. Il s’agissait de faire l’évaluation de trois des dix axes autour desquels, l’association avait lancé une réflexion continue depuis quelques mois. Aujourd’hui, il s’agissait de réunir les intéressés par les volets Education, Communication et Emploi. Autour de la table, plusieurs acteurs de la société civile, des jeunes, des moins jeunes, des femmes, des hommes… un monde dont chacun avait quelque chose à dire. Education, Communication et Emploi… dans la perspective du renforcement de la cohésion sociale et, comme disent certains de l’unité nationale.
Tout commence par l’éducation. Le système éducatif qui doit se proposer comme moule de formation de la personnalité mauritanienne, celle qui vit la diversité, qui reconnait la différence, qui accepte l’autre, qui partage, qui se solidarise, qui donne à son pays avant d’attendre de lui.
Le système éducatif qui doit produire la compétence, la soif de savoirs, la curiosité, le savoir-faire, la créativité, l’autonomie individuelle donc qui émancipe des pesanteurs ancestrales et libère les énergies.
L’école comme facteur de cohésion sociale, d’égalité, de citoyenneté. L’occasion de rappeler le temps des internats, d’exiger des officiels, de tous les responsables d’envoyer leurs enfants à l’école publique pour leur imposer de mener des réformes effectives.
Quelle communication ? Sans doute la plus représentative, celle plurielle qui permet à chaque entité de se reconnaitre dans ce qui est présenté sur l’espace public. La plus engagée pour les causes de justice et d’égalité. La moins prétentieuse, la plus précise, la plus équitable. Une communication qui rassemble au lieu de diviser, qui permet d’alléger les sentiments d’injustice au lieu d’exciter les frustrations. Finalement, une loi instituant le droit à l’information sur tous les aspects de la vie de la Nation.
L’emploi comme issue pour les jeunes formés. Une stratégie transversale qui englobe tous les secteurs pourvoyeurs d’emplois. Une formation en adéquation avec les exigences du marché et qui permet aux jeunes d’être compétitifs dans une scène ouverte où ils devront subir la concurrence des Coréens, des Japonais, des Mexicains, des Américains, des Marocains, des Sénégalais…
Le débat était riche, les positions exprimées diverses, sans excès. Rendez-vous a été pris pour des mercredis prochains, l’occasion d’aborder toutes les autres thématiques proposées par Mauritanie-Perspectives (MP) à son public.

mardi 31 mars 2015

Les atouts du Maire de Zouérate

La lettre remise par les délégués des travailleurs grévistes au Maire de Zouérate, Cheikh Ould Baya peut bien constituer la base d’un règlement de la crise qui secoue la région depuis plus de deux mois. En effet, ce qui a été publié aujourd’hui, est une proposition faite par les travailleurs et qui doit être transmise à la direction de la SNIM en vue d’aboutir à un accord permettant le retour de tous les travailleurs à leurs postes. Il s’agit d’une sollicitation de la part des délégués qui vise à impliquer le Maire de la ville dans la recherche d’une solution.
Cheikh Ould Baya s’est tenu à l’écart de la crise face à laquelle pourtant il ne pouvait rester indifférent. Rien que parce que la ville vit de la SNIM et des entrées des travailleurs. Toute perturbation est préjudiciable au circuit économique du microcosme de Zouérate. D’autant plus que les travailleurs et leurs familles sont pour la plupart des soutiens du Maire. Il ne peut donc les laisser vivre une telle crise sans tenter quelque chose.
Il y eut une première tentative quand les délégués avaient demandé à rencontrer le Maire pour lui demander d’intercéder et pour lui faire entendre leurs doléances. L’interférence d’une délégation prétendument envoyé par la Présidence allait détourner l’attention pour une bonne semaine. Il fallut attendre la déclaration officielle du Président de la République indiquant qu’il n’avait jamais délégué personne pour reprendre le chemin normal de la solution de crise. Celui qui passe par le Maire de la ville.
Fin négociateur, Cheikh Ould Baya saura trouver les arguments auprès des uns et des autres pour rapprocher les points de vue. En gros, dans leur lettre, les délégués demandent un accord autour du retour sans condition au travail de tous les grévistes et donc l’abandon de toutes les mesures prises à leur encontre ; le paiement des deux mois passés et celui d’avril si la production dépasse le million de tonnes ; et enfin l’ouverture d’un dialogue entre l’entreprise et les travailleurs dans les quarante-heures qui suivent  la reprise de travail. C’est l’essentiel des termes d’accord proposés par les délégués. Ce ne sera pas facile de convaincre la direction de l’entreprise d’absoudre tous les auteurs d’agitation, mais Cheikh Ould Baya a la ressource pour ramener tout le monde vers un consensus. Seulement il doit faire face à l’éventualité d’interférences externes et de pressions médiatiques qui seront exercées sur les délégués pour les pousser à la rupture. Il s’agira pour lui d’éviter que le rôle de tels déterminants extérieurs ne soit décisif.
En attendant, le Maire de Zouérate a associé dans sa démarche l’ensemble de ce qu’il considère être «des partenaires» : tous les délégués régionaux des syndicats, mais aussi les représentants des partis politiques au niveau de Zouérate (APP, Tawassoul, AJD/MR, Wiam…). Ce qui lui donne une chance de plus d’être au moins dans la position du facilitateur intéressé seulement par la cohésion, l’harmonie et la normalisation de la vie dans sa commune. Il lui sera facile demain, si les délégués se radicalisent, de rendre compte du déroulement des négociations avec témoins à l’appui. Le hic étant les fuites organisées par voie de presse à partir de certaine pôles impliqués dans la négociation. Nous n’avons peut-être pas idée de ce que les fuites et les mauvaises (ou fausses) interprétations peuvent compromettre un processus de dialogue.
Prenons comme exemple le processus de dialogue qui s’ouvre formellement jeudi prochain (02/04), la feuille de route qui doit être remise par le FNDU à la Majorité, a déjà été publiée par la presse depuis des semaines. La primeur a été donnée au grand public avant même que le document ne soit remis à qui de droit. Les médias sont effectivement un outil, un élément et une arme qui peuvent être utilisés pour torpiller un processus donné. En déballant sur la place publique ce qui devait rester au niveau des négociateurs… responsables. A qui la faute ?

lundi 30 mars 2015

La quatrième guerre du Golfe

Si l’on compte la guerre Iran-Irak (1980-88) qui a fait entre 500.000 et 1.200.000 victimes, la guerre du Koweït (1990-91) qui a vu une coalition de 34 pays se liguer pour bouter les forces irakiennes hors du Koweït et la guerre contre l’Irak menée par les Etats-Unis et le Royaume Uni en avril 2003 et qui n’en finit pas de ne pas finir, on peut considérer que la guerre menée au Yémen par une coalition de pays arabes est la quatrième guerre du Golfe. Elle n’est en fait que le prolongement des guerres américaines, par pays arabes interposés.
Mais cette guerre risque de radicaliser les positionnements et les clivages dans la région. Elle sonne le glas des systèmes dirigeants jusqu’à présent les monarchies de cette région riche en ressources naturelles. Elle est déjà une matérialisation des clivages confessionnelles entre Sunnites et Chiites dans la région. Un affrontement voulu depuis longtemps par Israël et ses alliés américains. Mais au-delà des raisons invoquées ici et là, au-delà des analyses, il y a une situation contradictoire à relever immédiatement.
En Irak, les Américains apportent leur soutien militaire et politique aux forces régulières appuyées par les milices chiites contre l’Etat Islamique qui a fait main basse sur une grande partie du territoire irakien. Au Yémen, la coalition et ses alliés américains, combattent des milices, chiites pour l’essentiel, qui se battent contre les groupes sunnites jihadistes comme Al Qaeda et Da’esh. Comment expliquer cette contradiction ?
En fait dans le jeu des puissances régionales, chaque cas est considéré à part, quitte à l’intégrer plus tard dans une stratégie globale visant à affaiblir tel ou tel camp. Dans le cas du Yémen, l’Iran est le premier visé. Il s’agit d’affaiblir ce pays au moment où il entame le dernier round des négociations avec l’Occident à propos de ses projets nucléaires. Lui créer un foyer de tension au Yémen, c’est le divertir un peu afin de le déséquilibrer.
Si le dessein américain est réalisé, on peut entrevoir une nouvelle Fitna qui opposerait Chiites et Sunnites cette fois-ci dans une guerre qui sera longue et destructrice pour tous. Autour de l’Arabie Saoudite, se constitue déjà une coalition de pays sunnites et en face, il faut s’attendre à un front chiite dirigé nécessairement par l’Iran. Pour aboutir à une situation où le bourreau et la victime font la profession de foi qui fait de nous des Musulmans : laa ilaaha illa Allah, Muhammad rassoul Allah (il n’y a de Dieu qu’Allah, Mohammad est l’Envoyé d’Allah). Qui doit en supporter les conséquences ? qui en portera la responsabilité ?
Quelques jours de bombardements contre le Yémen, des dizaines de victimes civils, des destructions, des avions abattus… qui y gagne ? Pas les peuples dont les forces sont engagées en tout cas. Pas les Arabes, pas les Musulmans.
J’ai demandé à un faqih de chez nous, quelle position prendre face à cette guerre ? Il m’a dit que du temps des premières conquêtes musulmanes, un naçrani, voyant que l’un des compagnons avait déjà son épée dirigée vers sa tête, prononça la profession de foi des Musulmans : «laa ilaaha illa Allah, Muhammad rassoul Allah». Et le Prophète d’intimer l’ordre à son disciple de s’abstenir de faire du mal à cet homme qui vient de faire cette profession de foi. Le compagnon de protester : «Il le dit pour être épargné, ce n’est vrai en lui…» Le Prophète (PSL) de répliquer : «as-tu cherché dans son âme pour savoir s’il s’agit d’un acte sincère ?», d’expliquer ensuite combien la profession de foi protégeait son auteur, combien il était grave pour un Musulman de s’en prendre à un autre Musulman, combien il était dangereux pour le croyant de décider de tuer…
Le Faqih devait conclure, sans doute en interpellant le journaliste : «il faut s’abstenir de participer à l’assassinat d’un Musulman, même par un mot justificatif ou provocateur, sinon c’est le châtiment divin éternel qui vous poursuivra…»

Il est clair que le contrôle de Bab-al-Mandab est l’élément moteur de cette guerre, que le leadership dans la région en est l’enjeu principal, que le monde arabe en est la victime, qu’Israël en est le bénéficiaire… Alors ? 

dimanche 29 mars 2015

Où est passé le GGSR ?

Quand il a été créé, le Groupement général de sécurité routière (GGSR) a été dédié à la circulation routière, à sa sécurisation, empiétant ainsi sur le champ de la police nationale. La présence de ses agents a été, ces dernières années plutôt bien perçue par les usagers de la vois publique. Surtout que ces agents appliquaient plus ou moins rigoureusement la loi, tout le monde leur reconnaissant l’absence de corruption notamment. Même si on va noter quelques dérives chez les agents dont certains seront mêlés à des actes criminels. N’empêche, l’appréciation générale était plutôt bonne.
Depuis un certain temps, les agents du GGSR se contentent de rester aux abords des carrefours, intervenant rarement pour jouer aux doublons avec les feux : quand le feu est au rouge, ils font signe aux usagers de s’arrêter, quand il est au vert, ils leur disent de passer. Alors que le travail aurait été plus judicieux et plus porteur, s’ils s’étaient limités à dresser des procès-verbaux contre les contrevenants en matière de circulation routière.
Cette attitude les a amenés à se retrouver dans des situations d’accointance avec les usagers, surtout les plus jeunes et donc les moins conscients. C’est ce qui fait que des scènes comme celle qui fait le buzz actuellement sur les réseaux sociaux. On y voit un jeune agent du GGSR bousculé par un jeune conducteur qui le prend sur le capot de la voiture et qui le traine quelques mètres avant l’intervention d’un autre GGSR.
La scène filmée et diffusée sur le net, a été largement commentée par les internautes mauritaniens. Certains y ont vu la déchéance de l’Autorité publique, d’autres l’expression de l’arrogance de ces jeunes immatures qui circulent dans des cylindrés dernier cri.
Mais l’essentiel ici est de savoir si oui ou non, une suite a été donnée à cet incident, du reste très grave, et laquelle ? Est-ce que le jeune qui commet ainsi une tentative d’homicide volontaire a été poursuivi ou s’il a dû son salut aux interventions qui ne manqueront pas d’avoir lieu ?
En attendant, il faut signaler que le GGSR est actuellement dans une phase de délitement. Sa présence sur les routes est de moins en moins significative. Ses relations avec sa tutelle – Ministère de l’intérieur – est exécrable parce que son nouveau commandant croit qu’il s’agit d’un corps relevant des forces armées. Alors que ses partenaires du département des transports se plaignent des excès du commandement du GGSR avec lequel tout lien est presque coupé. Le retour sur les routes de la police dans certains quartiers de Nouakchott sonne comme un échec pour ce corps pourtant destiné à être un corps d’élite.   

samedi 28 mars 2015

Postes de contrôle

Entre Nouakchott et Boutilimitt, on dénombre ces jours-ci onze postes de contrôle – douze si l’on compte les services Eaux-et-Forêts. A chaque quinzaine de kilomètres un arrêt en moyenne. Pourquoi tout ce zèle ?
En général, quand vous vous arrêtez, on vous fait signe de continuer votre route sans même daigner regarder dans votre direction parfois. Au pire des cas, le gendarme (ou le policier, ou l’agent du GGSR) vous demande qui êtes-vous en cherchant dans les formules subtiles du Hassaniya : «’arrvouna brouçkum, emn m’aana, meyn ‘aaguiblkum…» Avec toujours la même désinvolture qui vous dit que votre réponse importe peu, qu’en conséquence vous pouvez lui donner le nom que vous voulez, la destination qui vous vient à l’esprit, il finira toujours par vous dire de passer. Comme pour vous donner l’impression que l’essentiel est de vous faire perdre le rythme du voyage et du coup du temps.
Les postes de contrôle sont devenus des foyers de corruption pour ce qu’ils engendrent de contacts malsains entre agents des forces publiques et usagers des routes. Il faut demander aux chauffeurs étrangers et nationaux empruntant ces routes pour découvrir le calvaire qu’ils subissent durant leurs traversées. C’est l’image du pays qui est sérieusement entachée et avec elle la notoriété publique.
Pourquoi des postes des douanes à l’intérieur du pays ? pourquoi des postes de gendarmerie à quelques kilomètres les uns des autres ? pourquoi des postes de police aux entrées et sorties de chaque ville ?