samedi 7 février 2015

Peur sur l’Ouest africain

La recrudescence des actions militaires de la secte Boko Haram oblige les Etats de la région à mettre en œuvre une stratégie commune d’endiguement voire de destruction de cette organisation. Si le Tchad envoie ses troupes au Cameroun et au Nigéria, c’est bien parce qu’il voit la menace que fait peser sur son existence le développement de Boko Haram. Alors il faut contenir cette secte dans ses frontières et ses dimensions actuelles et chercher ensuite à l’étouffer.
Mais le Tchad prend beaucoup de risques en s’engageant de la sorte. En effet le pays se trouve pris entre trois foyers de tension : cette menace du Sud qui vient de Boko Haram, celle du Nord qui vient de la Libye et celle de l’Ouest (Nord-Ouest) qui vient de l’espace saharien, à travers le Niger à partir du Mali. Ces trois foyers cherchent fatalement à faire jonction pour plonger la région ouest-africaine dans un chaos similaire à celui qui prévaut actuellement au Moyen-Orient. Dans un deuxième temps, la jonction avec les Shebabs somaliens et les ilots d’instabilité en Centrafrique, permettra de créer cet arc de feu qui pèsera alors sur le devenir du Monde. Par les menaces directes sur les théâtres européens, sur les mers et océans de la région, sur les gisements de pétrole et d’autres minerais précieux…
Si l’un des pays - le Tchad ou le Niger - s’écroule, c’est toute la région qui sera mise à feu et à sang. Les stratèges le savent, mais ils sont de moins en moins entendus. On leur préfère les quelques «spécialistes de la question du terrorisme» constamment sollicités par les médias. Ceux-là s’en tiennent à des considérations qui ne sont plus à l’ordre du jour. En effet, comment continuer à voir dans la menace Da’esh, le seul aspect danger pour l’Europe ?
Da’esh, comme nous le disions dans un posting précédent, articule sa stratégie autour de la terreur et du chaos. Nous voyons comment elle a fait en Irak et en Syrie, mais aussi en Libye où tout se passe plus ou moins dans le noir. On assiste, depuis peu, à un début d’activité en Egypte, notamment dans le Sinaï. Un premier groupe a fait allégeance à Da’esh depuis l’Algérie. Un autre a été démantelé au Maroc.
Cette phase de constitution se manifeste par des actions d’éclat dont l’objectif est de déstabiliser les régimes en place, de les amener à réagir violemment et probablement aveuglément. Ce qui est recherché ici, c’est l’allégeance des populations.
En Irak, en Syrie et dans toute cette région, Da’esh a trouvé dans les conflits religieux un argument séduisant qui en fait le protecteur des Sunnites face à la menace des Chiites et des minorités religieuses, nombreuses dans la région.
Dans l’affaire du pilote jordanien, les médias nous ont peu renseignés sur ces populations qui ont refusé de s’associer à la douleur officielle : dans certaines villes de Jordanie, il n’y a pas eu de prière de l’absent et on a même hissé le drapeau de l’organisation jihadiste. On occulte aussi les complicités dont les terroristes bénéficient au Sinaï et dans d’autres pays. Pour éviter de donner un ancrage populaire à cette organisation.
Faire la jonction entre les théâtres libyen, malien et nigérian participerait à diminuer la pression exercée actuellement sur Da’esh par la coalition internationale dirigée par les Américains en Irak et au Levant. Elle élargirait le champ du chaos et donnerait des chances d’exister à un Khalifa islamique nouveau.
La coalition internationale, réunie à la hâte sous la houlette de Washington, a opté pour la force. Détruire l’organisation en ciblant ses hommes et sa logistique. A terme, cette stratégie ne peut être efficace. C’est la guerre contre Al Qaeda qui a donné Da’esh et ses avatars. Les frappes malheureuses ont occasionné des dommages collatéraux énormes, ajoutant aux frustrations existantes, ravivant les haines vis-à-vis d’un Occident oppresseur et boulimique (de pouvoirs et de richesses).
Il est peut-être temps de se reprendre pour engager de nouvelles approches dans chaque pays (ou dans chaque espace culturel). Il est temps de comprendre que si, pour l’Occident, extirper le Mal par l’exercice de la violence aveugle (parce que totale) est possible, pour les pays musulmans et leurs sociétés, le Mal doit être contenu, couvé pour être combattu efficacement. Bien sûr que cela nécessite des politiques de développement économique, social et politique. Cela nécessite surtout un engagement réel des institutions religieuses et de la société civile, une mise à contribution de ces institutions et des acteurs sociaux pour faire la promotion de relectures du fonds religieux dans lequel puisent les promoteurs de cette violence pour légitimer leurs actes.
Il faut domestiquer la violence et les relents de violences, pas les provoquer et les nourrir. Dans notre espace sahélo-saharien (ou nord-ouest africain pour être plus complet), nous craignons le pire pour nos Etats, nos sociétés, nos fondements culturels et religieux. Ce n’est pas la guerre à elle seule qui peut arriver à bout de la menace. Seule l’éducation peut renverser cette tendance de faire de la violence la seule arme qui vaille face à l’Autre. Revisiter les textes, engager les exégètes modérés, faire la promotion des valeurs universelles qui sont aussi celles de l’Islam (notamment en matière de respect de la vie), aller sur le terrain apporter la contradiction à ceux qui embrigadent les esprits affaiblis… En même temps apporter des réponses et des solutions aux problèmes posés aux populations, combattre les inégalités, la pauvreté endémique, l’injustice… libérer les énergies, la parole, les actes… protéger les plus démunis, les assister, prendre en charge leurs préoccupations…
Démocratie et développement comme cadre général. L’éducation comme outil principal.

vendredi 6 février 2015

Al Qaeda, Boko Haram, Da’esh…

Il y a eu d’abord Al Qaeda, nébuleuse née des manœuvres antisoviétiques en Afghanistan. Ici, les combattants arabes, appelés à la rescousse, sont entrainés et encadrés par la CIA avec le soutien financier des monarchies du Golfe. Mais très vite, l’organisation prend forme, se nourrit de ses victoires sur les troupes soviétiques, puis sur les troupes afghanes non affiliées aux Talibans et commence à s’autofinancer. Le monstre qui nait ainsi se retourne contre ses commanditaires américains.
La première vocation d’Al Qaeda est d’abord la lutte anti-impérialiste, anti-américaine, sur la base de fatwas religieuses rendant licite et même obligatoire la guerre contre les régimes arabes et musulmans soutenant ou non la guerre contre le terrorisme qui sera le moteur de l’idéologie des néoconservateurs qui font main basse sur l’administration américaine à la fin des années 90 et au début des années 2000. Les extrêmes se nourrissant les uns des autres, chacun servira de prétexte à l’autre pour engager une guerre mondiale.
Côté Al Qaeda, un débat interne commence au lendemain des attentats du 11 septembre. Quel bénéfice l’organisation en a tiré ? quels préjudices ont-ils causé pour l’Islam et les Musulmans ? faut-il combattre aveuglément les Occidentaux ou les traiter selon un ordre de priorité qui définit le degré d’inimité ? faut-il être équitable (inçaav) envers les opinions publiques qui font pression sur leurs gouvernements pour empêcher leur implication dans les conflits en terre d’Islam ?
Beaucoup de questions qui vont occasionner des débats mais surtout de fortes dissensions au sein de la nébuleuse. C’est dans cette atmosphère qu’arrive une génération spontanée de tueurs qui reprochent à Al Qaeda de prendre en considération le jugement des autres. Pour eux, semer la terreur participe à la réussite du Jihad. Nait le concept de «l’administration de la barbarie» (idarat il wahshiya) qui consiste à massacrer de la pire manière pour frapper les esprits. On n’est plus en face des combattants d’Al Qaeda qui cherchaient à frapper «l’ennemi» mais en respectant plus ou moins certaines règles (qui n’atténuent en rien le caractère criminel des actes, mais qui ne cherchent pas absolument à déshumaniser leurs procédés).
Le passage de l’acte criminel au nom d’une cause à l’acte barbare et aveugle, équivaut à un retour à la bestialité. C’est ce qui est recherché à travers cette formule idarat il wahshiya, ce qui peut être traduit soit par «administration de la barbarie», soit «la gestion de la bestialité», ou encore «l’exercice de la sauvagerie», sinon tout ça ensemble (barbarie, bestialité, sauvagerie dans l’exercice du pouvoir). Si l’on ajoute le concept de «nikaya» qui, lui, exprime le dépit vis-à-vis de l’autre, on aura compris le soubassement idéologique nihiliste de Da’esh et de Boko Haram.
Quand les frères Kouachi s’abstiennent de tirer à l’aveuglette dans la rue ou qu’ils décident de ne pas tuer le directeur de l’imprimerie où ils ont fini leur course, et qu’ils préfèrent tuer des gens en uniforme, ils impriment ici le cachet Al Qaeda de leur action : après avoir «tué Charlie» - la cible principale -, les deux terroristes n’ont pas cherché à faire des victimes parmi les civils.
Contrairement à Amedy Coulibaly dont le premier geste en entrant dans une épicerie kasher a été de tirer sur les premiers civils croisés pour en assassiner cinq au moins. Amédy Coulibaly travaille sous l’étendard de Da’esh et donne à son action un cachet encore plus violent parce qu’il tue sans chercher de raison donnée, même si par ailleurs il vise la communauté juive.
Tout ça pour dire que le Monde musulman fait face aujourd’hui à une guerre sans merci entre les deux nébuleuses, Al Qaeda et Da’esh. Ce sera à celui qui va le plus tuer et de la manière la plus inhumaine, comme par exemple l’assassinat par le feu (destin tragique du pilote jordanien). Les mutations de Boko Haram, la secte nigériane, nous renseigne mieux sur les nuances malheureuses qu’on doit comprendre dans les manières de l’une et l’autre des organisations terroristes.
Reste à savoir comment faire pour empêcher que ces organisations soient accueillies, soutenues par les populations qui ont toutes les raisons de haïr leurs gouvernements. On sait déjà que ces organisations n’affichent pas la Palestine et la cause palestinienne comme priorité, ce qui les condamne à terme aux yeux des populations de la région arabe. Mais ailleurs ?
Elles vivent ici et là sur les clivages ethniques, religieux et surtout sur «le chaos constructif» dans lequel baigne la région depuis les différentes guerres conduites par les Américains pour abattre tel ou tel régime nationaliste. C’est pourquoi elles s’inscrivent forcément dans l’architecture de la stratégie mise en œuvre par les Etats Unis d’Amérique en vue de dominer le Moyen-Orient et d’éviter à Israël l’encerclement inévitable.
Le premier ennemi de Da’esh et de Al Qaeda est bien l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah (au Liban). La guerre que mènent ces deux organisations en Syrie et en Irak sert la politique de containment déployée pour écraser l’Iran. Du coup, l’action vise tout ce qui résiste politiquement et militairement à Israël.

Deux points de convergence entre les deux stratégies, celle des organisations terroristes et celle des Etats Unis d’Amérique : instaurer un chaos dans la région arabe pour permettre une reconstruction accentuant l’émiettement de la région, de manière à tuer toute velléité d’autonomie de la décision mais aussi toute capacité de développement ; et détruire le bloc de la résistance face à l’hégémonie israélienne. Assez pour se poser des questions…

jeudi 5 février 2015

La CAN de toutes les dérives

La Confédération africaine de football (CAF) avait tenu à organiser sa Coupe africaine des Nations (CAN). Après les démêlées avec le Maroc qui avait opposé les risques d’épidémie (Ebola), la CAF avait demandé à la Guinée Equatoriale de recevoir la compétition. Le pays de tous les contrastes avait accepté avec promptitude. Cela lui permettait au moins de figurer parmi les Nations dans la course.
On taira tout ce qui a été dit sur le choix de ce pays et sur les relations douteuses entre les dirigeants de la CAF et le gouvernement équato-guinéen. On taira tout ce qui pouvait être dit sur les conditions d’hébergement, de transferts, d’entrainements… des équipes… Pour ne pas exagérer les mauvaises conditions, journalistes et commentateurs ont occulté toutes les insuffisances… Mais il y eut l’insoutenable…
Dès le début, on comprit que la petite équipe de Guinée Equatoriale était destinée à faire un long chemin dans la compétition. Il fallait tantôt changer de stade pour lui permettre d’avoir plus de supporters, tantôt la traiter avec indulgence pour la booster et lui donner de légers avantages sur ses vis-à-vis. Deux moments forts de cette complaisance.
Le quart de final face à la Tunisie. Il était clair dès le début, que l’arbitre jouait pleinement contre les Aigles de Carthage. Le pénalty accordé sans raison aucune à l’équipe locale est l’expression flagrante de cette complicité agissante. Puis le coup franc qu’il a laissé tirer quelques mètres plus loin que l’emplacement de la faute pour mettre à l’aise le tireur équato-guinéen et qui permit à son équipe de prendre l’avantage.
La CAF va s’offusquer des accusations et pour faire amende honorable, amender la Tunisie et exiger de sa fédération des excuses publiques. Elle va même suspendre l’arbitre mauricien qui va à la retraite dans les semaines à venir. Le choix de cet arbitre était judicieux, dans la mesure où il est le seul, parmi tous les arbitres de renom, qui n’a plus de carrière devant lui. Alors quel préjudice peut lui causer une suspension de quelques mois ?
Aujourd’hui, à l’occasion de la demie finale qui a opposé la petite équipe équato-guinéenne au Ghana, l’un des grands noms du football africain, les dérives sont allées encore plus loin. D’une part des joueurs équato-guinéens que l’arbitrage a habitués à beaucoup d’indulgence et qui se retrouvent constamment dans la position d’indiscipline caractérisée face aux décisions arbitrales. D’autre part, un public surchauffé qui a cru que la compétition était destinée en fait à lui offrir une coupe d’Afrique des Nations. Entre les deux, une équipe ghanéenne disciplinée dans son comportement, rigoureuse et efficace dans sa prestation ; son public venu de loin la supporter ; des arbitres un peu perdus sous les pressions constamment exercées par le banc de touche équato-guinéen ; et les responsables de la CAF qui ne savaient plus quelle conduite tenir.
La compétition qui devait être l’occasion d’une fête africaine, s’est terminée en laissant l’impression d’une Afrique immature, malade de ses dirigeants, de ses peuples, de ses encadrements…
Ne nous reste comme consolation qu’une finale qui se joue finalement entre les deux meilleures équipes du continent : la Côte d’Ivoire et le Ghana. Malgré les calculs de la CAF, l’affiche sera celle-là. Tant mieux pour nous

mercredi 4 février 2015

Pétrole en vue ?

La ferveur des premières années s’est estompée depuis longtemps. On en est arrivé à se demander pourquoi le gouvernement mauritanien compte encore un portefeuille chargé du pétrole. Tellement la déception était grande.
On se souvient encore de tous ces espoirs suscités par les premières découvertes des années 2000, puis par la ruée des opérateurs australiens, avec comme leader dans le domaine Woodside. On se souvient des scandales liés aux révélations concernant la corruption des responsables du secteur à l’époque, notamment dans la transaction qui a donné à Sterling le fameux marché du pétrole mauritanien.
Puis vint la période des désenchantements et le retrait progressif des premiers opérateurs : Woodside qui vent à Petronas et bien d’autres explorateurs qui quittent les lieux parfois sans dire pourquoi. Une période qui a été aussi celle de l’insécurité dans la zone sahélienne.
Voici venir le temps des nouveaux espoirs. Il y a quelques mois, on vous annonçait ici même les possibilités de découvertes importantes faites par Cosmos Energy au large des côtes mauritaniennes. Ces découvertes semblent se confirmer si l’on en croit l’évolution rapide que connait le projet de cette entreprise en Mauritanie.
Dans une annoncé faite aujourd’hui par Cosmos et le géant américain Chevron, la dernière vient de faire une entrée significative dans le projet mauritanien de Cosmos. C’est ainsi que cette société a cédé 30% des parts détenus dans le projet d’exploitation des blocs C8, C12 et C13 de l’offshore mauritanien. La nouvelle configuration du capital est ainsi déterminé : 60% à Cosmos, 30% à Chevron et 10% à l’Etat mauritanien (par l’intermédiaire de la Société mauritanienne des hydrocarbures).

Il s’agit là d’une grande prise pour Cosmos dont le premier responsable a estimé que «ce contrat valide la qualité et l’ampleur de nos activités dans la recherche pétrolière offshore en Mauritanie». Un contrat qui permet selon lui d’établir «un partenariat fructueux avec les opérateurs dans ce domaine qu’ils soient détenteur de moyens financiers ou expertise technique». Le géant américain Chevron répond à ces exigences d’efficience et de profit. Bien sûr qu’aux termes du contrat, l’accord du gouvernement mauritanien est nécessaire pour l’effectivité de l’accord.

mardi 3 février 2015

Pour établir le dialogue

L’expérience nous apprend qu’il y a plus de bocages nés des appréhensions et des refus de reconnaissance mutuelle que de raisons réellement objectives. Le plus grand blocage reste l’incapacité des acteurs à adopter une méthodologie à même de promouvoir le dialogue.
Dans la plupart des situations, les protagonistes mauritaniens voient tout processus de dialogue comme une bataille qu’il faut livrer avec férocité les uns contre les autres. Alors que le dialogue suppose un minimum d’humilité qui impose la recherche d’un terrain d’entente. Il suppose avant tout de reconnaitre à l’autre – ou aux autres – le droit d’exiger, de demander et attendre d’eux qu’ils donnent.
Quand on s’engage dans un processus de dialogue, on doit nécessairement savoir ce qu’on veut et pouvoir l’exprimer avec clarté. Déterminer à l’avance jusqu’où l’on peut aller dans les concessions et dans les exigences. Jauger le rapport de force pour éviter d’être pris au dépourvu et de se retrouver dos au mur.
Les débats chez nous sont une succession de convenances (au meilleur des cas) sinon d’insultes (au pire des cas) proférées par les uns vis-à-vis des autres, souvent en parallèle. Il est rare de voir les protagonistes de chez nous discuter dans la sérénité en ayant à cœur de convaincre le vis-à-vis. Il leur est plus facile de faire dans l’invective, de manière justement à éviter à se parler les yeux dans les yeux, à échanger tranquillement.
Quant au dialogue (politique ou social), il est justement refusé sous différents prétextes. On se cache d’abord derrière le déni de bonne volonté : le vis-à-vis est toujours de mauvaise foi, il y a toujours quelque calcul malveillant qu’il faut trouver avant de s’engager… On va plus loin pour trouver dans le passé, des preuves des appréhensions nourries en oubliant le rôle de chacun, les mauvaises appréciations de chacun, le positionnement de chacun…
Tout cela pour dire que le processus de dialogue qu’on tente aujourd’hui de faire démarrer (et qu’on espère de tout cœur) se grippe au départ.
D’abord à cause de cette mauvaise lecture qui explique que «si Ould Abdel Aziz accepte de discuter de tout, c’est parce qu’il est soit malade, soit aux abois». Accepter de dialoguer avec lui équivaut donc à… le sauver.
Ensuite parce qu’on invoque «les expériences de dialogue passées qui ont donné la preuve de la mauvaise volonté du Pouvoir». Accepter la main tendue ces derniers temps fait courir le risque de se laisser avoir une fois de plus.
Il y a enfin cette attitude qui dénie au Président de la République et à son système, la possibilité de traduire la volonté de dialogue en politique publique. Aller dans le sens qu’il veut relève de la vanité.
Quelque soit la posture que l’on adopte pour justifier le rejet du dialogue ou pour bloquer le processus, on se trouve dans la mauvaise logique.
La situation générale est plus que satisfaisante pour le régime en place. Au plan intérieur, les mouvements revendicatifs ne sont pas aussi dangereux pour sa stabilité. Même les risques d’explosions sociales restent au niveau de la menace lointaine. Au plan extérieur, la Mauritanie de Ould Abdel Aziz s’est imposée comme un pôle de stabilité et un pivot de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé en général.
Quoi qu’en disent les rumeurs et malgré les campagnes d’intoxication – enlèvements d’étrangers, maladie du Président, retrait d’investisseurs étrangers, cas d’Ebola… -, il suffit de regarder froidement la situation pour ramener les problèmes du pays à leur dimensions réelles : ceux d’un pays en voie de développement qui essaye d’en sortir. Pas de quoi menacer la stabilité d’un régime qui a su et pu éviter les pires moments (coup d’Etat de 2008, attaques de AQMI, contagion du «printemps arabe», accidents de parcours…).
Alors ? Ne reste plus que se poser la question fondamentale : quelle alternative au dialogue ?

lundi 2 février 2015

Mattel et Mauritel, quel avenir ?

Il y a quelque temps, l’Autorité de régulation demandait aux deux anciens opérateurs en téléphonie, Mattel et Mauritel, de verser 16 milliards chacune pour continuer leurs activités en Mauritanie. Une somme jugée exorbitante par les deux opérateurs.
C’est ce 3 février que devait expirer les délais fixés comme deadline pour les deux opérateurs. Ils ont d’abord pensé pouvoir profiter de la licence 3G qui a encore neuf ans devant elle, pour y greffer la téléphonie. Mais cette option semble avoir été abandonnée pour ses coûts. En effet, si cette option est retenue, il faudra disponibiliser des Smartphones pour les clients, ce qui coûtera cher. Alors ?
L’Autorité de Régulation a saisi le gouvernement sur sa nouvelle proposition qui distingue entre la licence 2G qui arrive à terme pour les deux opérations et la licence 3G qui a encore de longues années devant elle. L’offre serait dans les environs des 16 milliards annoncés déjà. C’est donc au gouvernement d’en discuter avec les opérateurs et de prendre la décision qui sied dans les heures qui viennent.
Devant l’absence d’information sur l’état d’avancement des négociations, on est en droit de s’attendre à l’arrêt des opérateurs demain soir à minuit. Irons-nous jusque-là ?
En attendant, il est temps d’être exigent vis-à-vis de ces opérateurs dont le service se détériore peu à peu. Nous savons, en tant qu’utilisateurs, la qualité des réseaux et la cherté des services. Nous nous en plaignons constamment et personne ne semble rien faire pour améliorer la situation. 

dimanche 1 février 2015

Grève à la SNIM

La Société nationale industrielle et minière (SNIM) connait ces jours-ci, ses premiers grands remous faisant suite à un mouvement de grève auquel a appelé la Confédération générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM). Première centrale au sein des travailleurs de la SNIM, la CGTM n’a pas pour autant la majorité des délégués : seulement 6 sur les 15 (dont 1 délégué général), les autres sont affiliés à d’autres centrales syndicales qui n’ont pas décidé d’aller en grève.
A Zouérate où le mouvement a lieu, les travailleurs en grève ont choisi de passer un accord avec les Autorités pour éviter tout heurt. Ils s’engagent à tenir leur sit-in à des moments précis de la journée (le matin de 9 h à 11 h et le soir de 16 h jusqu’à 20 heures), ce qui évitera les dérapages possibles. Sans empêcher cependant les sites d’information de parler de répression et de confrontations entre travailleurs et forces de l’ordre. Comme ils ont parlé de l’arrêt complet ou partiel des activités de la production.
En réalité, il n’y a pas eu de heurts parce que les parties ont trouvé un terrain d’entente pour éviter les débordements. Par ailleurs, deux trains sont partis samedi de Zouérate et trois dimanche. Ce qui est signe de continuité dans la production.
Reste à savoir pourquoi la SNIM n’a pas engagé de pourparlers avec les délégués des travailleurs en grève, quelque soit leur nombre. Selon des sources internes, l’entreprise reproche aux délégués d’avoir entamé «une grève sans préavis» dans une conjoncture difficile pour l’entreprise qui fait face à la baisse vertigineuse des prix du fer.
«C’est un sujet qui a été discuté, même au niveau supérieur quand le Président de la République avait reçu les travailleurs lors de sa dernière visite à Zouérate. Tout a été dit et l’on avait cru que la conscience de la fragilisation de la société était réelle. Mais voilà qu’une partie des travailleurs décide d’aller en grève…»
Pour les délégués ayant appelé à la grève, «il s’git de faire pression sur la direction de l’entreprise pour appliquer l’accord intervenu il y a quelques mois entre les deux parties et qui décidait de l’augmentation des salaires notamment». Les délégués croient pouvoir perturber sinon arrêter la production des usines à Zouérate et le flux des trains vers Nouadhibou.
Le bras de fer est engagé entre une direction qui a déjà envoyé plus d’une centaine de demandes d’explication aux travailleurs en grève, notamment les meneurs. Est-ce la chronique d’un limogeage annoncé qui commence ainsi ?
Si les parties n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente, les positions vont se durcir dans les jours qui viennent. Tout dépendra du niveau des commandes pour lesquelles la société s’est déjà engagée pour le mois de février.
Reste à savoir si les travailleurs en sit-in et les Autorités continueront à gérer la situation de telle manière à éviter la perturbation de l’ordre public et s’abstenir ainsi de recourir à la violence.