vendredi 26 septembre 2014

Claude K. nous quitte

Je l’ai connu en 2004 à Paris où je l’ai rencontré pour la première fois par l’entremise de mon ami Diop Moustapha, l’ancien chef de la Marine, ancien directeur de la Sûreté du temps de Ould Haidalla, devenu opérateur dans le secteur des pêches, à l’époque activiste politique persécuté par le régime policier de Ould Taya. Entre Diop et moi, une forte affinité s’était établie, occultant tout ce qui nous séparait et qui a fini par ne plus compter, tellement la relation personnelle et l’affection qui la nourrissait prenaient le dessus. «L’ami de ton ami est ton ami…»
Les deux hommes venaient de lancer le projet de la plate-forme CRIDEM et ils me démarchaient pour avoir mon soutien et la permission de publier mes textes. Je ne pouvais pas refuser.
Le soutien, parce que je suis un fervent militant de la liberté d’expression et je voyais dans l’arrivée sur la scène médiatique d’un portail comme CRIDEM, une chance de développer la presse et de la protéger contre les représailles du gouvernement. La permission de publier mes textes, parce que cela me permettra d’avoir un espace de plus.
Diop Moustapha me raconta les liens très forts entre les «enfants de troupes», me parla des colonels Eli Ould Mohamed Val, Baby Housseinou… Je les taquinais en les accusant d’agir comme s’il s’agissait d’une loge maçonnique, lui préférait parler de «fratrie». Je comprendrai plus tard qu’il s’agit de relations humaines profondes comme il est difficile d’en trouver en ces temps troubles de déshumanisation généralisée des rapports.
Ma relation avec Claude K. passait nécessairement par le filtre Diop Moustapha, plus tard, beaucoup plus tard, un autre ami essayera de nous rapprocher quand je lui reprochais de laisser passer des insultes et de la diffamation sous formes de commentaires des textes repris par son site. Malgré toutes les divergences qui nous séparaient, malgré le peu de contact direct qu’on avait, j’ai toujours respecté en Claude K. cette volonté de trouver une place dans un environnement hostile qu’il a fini par s’approprier en devenant un fils du pays par une alliance matrimoniale qui légitimait parfaitement sa mauritanisation. Il est devenu l’un des nôtres, quelqu’un d’incontournable dans l’espace médiatique de ce pays. Il avait sa place dans nos cœurs, une place qu’il a conquise lui-même. On avait fini par le chercher à toutes les occasions publiques (c’est bien parce que je ne l’avais pas vu à deux circonstances politiques publiques que j’ai demandé pour apprendre qu’il était malade).
A sa famille d’ici et de France, à ses amis et compagnons qui sont devenus ses frères, à tous nos confrères de CRIDEM, je présente mes condoléances les plus attristées.

jeudi 25 septembre 2014

Injuste, il est vrai

C’est l’histoire rapporté par un ami devant lequel un concitoyen vivant à l’étranger s’est plaint d’une injustice dont son fils aurait fait l’objet récemment. Son fils, Mohamed Lemine travaille à la SAM (société des aéroports de Mauritanie) depuis un an. En juin dernier, cette société a organisé un concours interne pour sélectionner l’un de ses travailleurs pour une bourse à Toulouse (France). Trois dossiers furent sélection sur la vingtaine des candidatures avancées dont le jeune Mohamed Lemine qui avait juste ses compétences et sa maitrise des langues de formation (Français et Anglais) pour atouts.
Le concours a été organisé par l’école de Toulouse qui a dépêché l’un de ses cadres sur place. Ce qui a permis de classer notre jeune homme à la première place, loin devant les deux autres qui pourtant avaient visiblement bénéficié du soutien de l’administration de la SAM.
Arrive le moment d’aller faire les formalités pour un visa auprès des services consulaires. Il remarqua la présence, en même temps que lui de quatre individus, tous envoyés soi-disant par la SAM : les deux qui avaient concouru en même temps que lui et deux nouvelles figures qu’il a fini par aider à remplir leurs demandes de visas (les deux ne parlant pas Français).
Pour avoir droit au visa, une prise en charge de la SAM était nécessaire. Mohamed Lemine sollicita la prise en charge auprès de son administration qui le traina quelques jours. Il se rendit vite compte que les autres candidats avaient bien reçu cette déclaration de prise en charge, ce qui leur a permis de déposer dûment leurs demandes et d’obtenir les visas. Lui qui était classé premier au concours d’entrée à cette école de Toulouse, on lui refusa le visa sous prétexte qu’il n’avait pas la prise en charge. Finalement sur les quatre «boostés» par la SAM, trois sont aujourd’hui en partance pour la France pour une formation pour laquelle ils ne sont pas outillés. L’un d’eux, appuyés par la direction de la SAM, a effectivement passé le test sans mériter la bourse. Les deux autres viendraient «de plus haut» ne parlent ni Français ni Anglais et n’ont aucune compétence particulière pour postuler à ce genre de formation. Alors ?
Le père, certes outré, se dit qu’il peut envoyer son fils faire les formations qu’il veut parce qu’il en a les moyens. Mais il veut bien penser à tous les jeunes Mauritaniens qui peuvent se retrouver dans la même situation et qui n’ont pas les moyens qu’il a lui et qui lui permettent de former son fils dans les meilleures écoles.
Si les concours pour l’accès aux emplois publics (fonction publique et emplois assimilés) ont connu une grande amélioration dans leurs organisations, leurs déroulements et la transparence de leurs résultats, des poches de malversations subsistent en matière de recrutements et de promotion à l’intérieur des administrations. Ces poches méritent d’être dénoncées chaque fois qu’on en décèle une… En voilà une.

mercredi 24 septembre 2014

Hervé Gourdel, une mort qui doit servir

Rien de ce qui a été dit, rien de ce qui sera dit, rien de ce qui peut être dit, rien absolument rien ne peut exprimer la douleur, l’effroi qu’on ressent face à cette mise à mort de ce Français, dont le seul crime est l’amour de la montagne, de la nature en général.
Des «experts du terrorisme» parleront longuement du processus de radicalisation. Ils parleront de l’Islam et des Musulmans. Du sentiment de frustration et d’impuissance devant les atrocités commises en Palestine. Des problèmes d’intégration des communautés musulmanes dans les sociétés occidentales.
Des politiques diront que c’est la faute au Président François Hollande qui a engagé la France dans une guerre qui n’est pas la sienne : le bourbier irakien étant une fabrication américaine, la France ne devait pas s’y engager. Ils profiteront de tous les déboires de la sécurité française et de l’administration française pour tenter d’enfoncer encore plus un Président déjà submergé par les tourments.
Rien de tout ce qui sera dit, de tout ce qui a été dit, n’importe ici. Parce que rien ne peut justifier cette mise à mort – l’appeler «assassinat» atténue à mon avis sa bestialité. Rien, absolument rien !
Reste pour moi le devoir de dire toute ma compassion, d’exprimer toute ma solidarité à la famille Gourdel.
Le devoir de rappeler que ces fous déshumanisés ont tué plus de Musulmans dans le Monde que de non musulmans. Ils sont les ennemis de la vie : c’est bien parce qu’ils ne sont pas capables de proposer un avenir, une vie, parce qu’ils sont incapables de construire qu’ils détruisent.
La mise à mort est ainsi orchestrée pour faire peur aux Français, aux Occidentaux en général, mais aussi aux Algériens, aux Mauritaniens, aux Musulmans en général. Le dégoût qu’elle suscite doit se transformer chez chacun de nous en une révolte, en un soulèvement pour refuser le diktat de l’horreur.
La mort tragique de l’homme Hervé Gourdel doit servir à nous rapprocher pour faire échec à l’ignominie et à la barbarie.
Humains de tous les pays, de toutes les religions, de toutes les cultures, de toutes les races… soyons solidaires le temps d’un deuil, faisons de cette solidarité un rempart contre les fanatismes, contre les extrémismes. Ces dangers-là nous menacent tous, où que nous soyons, qui que nous soyons.

mardi 23 septembre 2014

La révolution ratée (2)

Dans le cas mauritanien, l’intellectuel islamiste Mohamed el Mokhtar Echinguitty présente le coup d’Etat du 6 août 2008 comme étant l’acte «contre-révolutionnaire» qui a fait l’effet d’une IVG sur le processus politique mauritanien. On entend souvent certains de ses amis soutenir : «notre révolution nous a été volée». Pour expliquer ensuite que le renversement de Ould Taya en 2005 est la conséquence de la lutte menée par la mouvance islamiste contre le régime de l’époque.
Il est incontestable que les chefs de cette mouvance étaient bien en prison quand survint le coup d’Etat contre Ould Taya. Mais cela en fait-il «le mouvement qui a provoqué la chute du régime» ? Une analyse rapide de la situation d’alors nous permet de mieux apprécier.
Le 3 août 2005, deux à trois jeunes officiers forcent la main à leurs ainés pour les amener à accepter le coup de force contre le Président Maawiya Ould Sid’Ahemd Taya. Même s’ils compromettent leur projet en le «cédant» à une partie de la vieille garde militaire, c’est une «révolution tranquille» qu’ils proposent à l’espace politique à ce moment-là laminé, lessivé et à bout.
Par la voix du vrai auteur du coup, le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, la proposition faite tourne autour d’une transition qui va durer au maximum 19 mois et qui servira à élire des conseils municipaux nouveaux, une Assemblée nationale et un Sénat, pour clôturer le processus par une élection présidentielle. Le gouvernement aura pour mission de mettre en place les structures et institutions à même de garantir la régularité et la transparence de toutes ces élections. Le principe de l’absolue neutralité de l’administration ainsi que l’interdiction pour les hauts responsables de la transition de se présenter, sont autant de garanties pour arriver à cela. Tout comme la création d’une Commission électorale indépendante (CENI) et d’une Haute Autorité de l’audiovisuel et de la presse (HAPA).
Ce sont bien les militaires du CMJD (comité militaire pour la Justice et la démocratie) qui vont proposer et organiser des journées de concertations pour amener l’espace politique à fixer les nouvelles règles du jeu.
Concertations, neutralité et ouverture de l’espace pour assurer la pluralité sont autant d’éléments qui ont fait espérer une rupture profonde avec le passé.
L’interférence des ainés parmi les officiers dans le jeu politique va créer le phénomène des Indépendants qui gangrèneront l’espace politique le corrompant à jamais. Si bien que quand on arrive à la présidentielle, ultime étape du processus, le jeu est déjà affecté et corrompu.
Arrive le pouvoir civil qui est salué comme une étape de cette «révolution tranquille». Très vite il rompt avec le principe de la concertation. Il accuse des reculs notoires dans le domaine de la liberté d’expression. La manigance politicienne prend le dessus. Et dès la première semaine de la deuxième année, il marque un virage avec le grand retour d’une classe politique profondément marquée par les exercices du passé. C’est peut-être à ce moment-là qu’il faut situer le déclenchement de la contre-révolution avec notamment la restauration d’une nomenklatura qui est responsable des dérives qui avaient mené le pays dans l’impasse. Le 6 août 2008 n’est qu’une tentative de reprise en main par les auteurs du premier coup d’Etat, de leur projet initial. Ils ont eu finalement le courage d’aller au bout pour exercer par eux-mêmes le pouvoir. Non sans de solides soutiens au sein d’une classe politique qui a jusque-là fonctionné sans prendre l’initiative, toujours en se contentant de réagir sinon d’accompagner.
C’est bien cette classe politique qui a été incapable de faire front pendant près de 13 ans (janvier 1992-août 2005), préférant les divisions stériles, les voltes-faces et les traitrises au travail en commun.
Quand 19 candidats se présentent à la présidentielle de 2007, les deux premiers – Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah - sont des ministres du gouvernement renversé le 10 juillet 1978. Tous deux technocrates, étrangers au monde des politiques. En trente ans d’activisme, les groupuscules et mouvements politiques ont été incapables de présenter une figure consensuelle.
Quand le premier coup d’Eta (3 août 2005) intervient, les partis politiques se contentent de soutenir au lieu de proposer et d’imposer un agenda et un contenu à la transition qui s’ouvrait. Ils sont incapables de dénoncer et d’anticiper sur les conséquences du jeu politique qui se déroule, et participent même au lifting de l’ancien régime.
Quand le deuxième coup d’Etat (6 août 2008), l’Institution de l’Opposition démocratique offre son soutien et participe même aux Etats généraux de la démocratie qui préparent le terrain à la conquête «civile» du pouvoir par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Lequel n’a aucun mal à ramener tous ses opposants à la table de négociation, à leur faire signer un accord qui ouvre sur le gouvernement d’union qui a pour mission d’organiser l’élection présidentielle, avant de les battre au premier tour d’une élection dont ils détenaient les clés (ministères de l’intérieur, des finances, de la communication, de la défense, la CENI…).
Nos hommes politiques ne sont pas des «révolutionnaires». Ils sont encore profondément marqués par les conservatismes et les mentalités héritées du monolithisme qui a façonné leurs esprits… ce qui explique amplement le ratage de «la révolution».

lundi 22 septembre 2014

La révolution ratée (1)

Selon Mohamed el Mokhtar Echinguitty, l’un des théoriciens et intellectuels de la mouvance islamiste mauritanienne qui est établi au Qatar où il enseigne, le «printemps arabe» a bien produit «une révolution», sinon «il n’y aurait pas eu de contre-révolution dans les pays concernés par ce printemps». L’on a envie de discuter cette perception des soulèvements sociaux de 2010-11 qui ont eu pratiquement la même destinée.
Le cas tunisien qui est encore en gestation et son issue reste incertaine au regard des risques réels que lui font courir les extrêmes (islamistes et athées, l’un et l’autre croyant détenir une Vérité à imposer aux autres). C’est donc une exception qui peut trouver son explication dans le niveau d’éducation en Tunisie, dans l’ancrage de l’Etat et le parcours historique qui fait qu’au milieu du 19ème siècle, ce pays avait déjà sa Constitution, comme il fut le premier – avant la France – à abolir l’esclavage. L’existence aussi d’un idéologue tunisien qui a fait toutes ses relectures pour enfin choisir d’inscrire son action et celle de son groupe dans le sillage de la bataille pour la modernisation de nos sociétés. Rachid Ghanouchy quoi qu’en disent ses détracteurs, a pesé de son poids pour éviter à la Nahda, le mouvement islamiste qu’il inspire et dirige, de verser dans le sectarisme. Trouvant une forme d’équilibre – temporaire peut-être – entre forces politiques et sociales permettant une transition qui va durer certainement le temps de trouver le système politique qui stabilise les institutions tunisiennes.
Mais qu’en est-il des autres pays ? De l’Egypte où la «voracité» des Frères Musulmans les a empêchés de regarder où ils mettaient le pied et sur quel trépied fallait-il s’appuyer pour faire les premiers pas. Le trop d’engagement en vue de pacifier les relations avec l’Occident – y compris en continuant à promouvoir la normalisation avec Israël – les a éloignés de leurs principes, les démystifiant du coup aux yeux de leurs soutiens et sympathisants. La volonté de tout accaparer tout de suite leur a fait commettre des fautes qui ont entrainé les fractures provoquant et justifiant le coup d’Etat de l’Armée. Remettant à jour la question de savoir si le monde arabe avait ou non atteint la maturité qui lui permettrait d’assumer un système qui conduit à l’alternance pacifique au pouvoir. N’oublions pas que toute l’Histoire de l’espace arabe n’a jamais vu le pouvoir passer d’une main à l’autre que par la force qui le prend ou par la légitimité du droit à la succession.

En Libye, l’interférence de puissances étrangères aux côtés des rebelles s’explique par le soutien accordé par certains pays pétroliers dont le Qatar aux opposants libyens affiliés à la confrérie des Frères Musulmans. Mais la stratégie adoptée qui fit de la destruction de la Libye un objectif à atteindre en même temps que la destitution du dictateur Kadhafi, cette stratégie a laissé derrière elle un chao dont il est impossible de sortir à présent. La guerre civile fait aujourd’hui des victimes, la partition du pays semble inévitable et aucune révolution n’a eu lieu.
En Syrie, les revendications légitimes des populations ont vite été récupérées par des organisations islamiques – modérées ou radicales – fortement soutenues par les mêmes monarchies pétrolières qui ont poussé vers la déstabilisation de toute la région. Les protestations pacifiques se sont vite transformées en affrontements armés. La Syrie est devenue le théâtre de guerres d’influences entre factions radicales de l’islamisme politique violent, chacune dépendant plus ou moins étroitement de l’une des monarchies. En moins de trois ans, la Syrie est effectivement détruite sans qu’il y ait une avancée démocratique.
Au Yémen, la situation est celle que nous suivons en ces jours où la faction des Huthiyine a réussi à occuper la capitale et à imposer la démission du gouvernement. Ce ne sont pas les gesticulations de l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU qui vont empêcher ce pays de sombrer une fois encore dans le chao.
En Irak, c’est bien la «révolution» promue et finalement réalisée par l’Armée américaine, c’est cette révolution qui a fait de ce pays une contrée du Tiers Monde où la misère et la malnutrition font désormais partie du quotidien des populations. La naissance et le développement du phénomène des bandes armées dont celles de l’Etat Islamique, font partie du plan de partition de la Nation irakienne. Le chao d’aujourd’hui s’explique largement par la bêtise qui a été à la base de l’action de «la communauté internationale» qui s’est contentée de suivre aveuglément George W. Bush dans son entreprise revancharde.
…A qui la faute ? Aux Occidentaux bien sûr qui ont à chaque fois privilégié l’utilisation sans discernement de la force à la réflexion profonde qui prend en compte toutes les problématiques qui pourraient surgir. A leurs alliés arabes : les Etats qui, pour masquer leurs situations intérieures (arriération, arbitraire, inégalité, injustice), ont adopté une fuite en avant en légitimant le recours à la violence des pays Occidentaux ; les avant-gardes politiques dont les Frères Musulmans et avant eux les Libéraux (toutes tendances confondues) qui ont cru qu’en accompagnant «la communauté internationale» dans ses aventures, elles trouveraient une place sur l’échiquier du nouvel ordre promis par les maîtres du jeu.
Les Islamistes, comme toutes les avant-gardes du Monde arabe, se sont trompés quand ils ont cru qu’un ordre plus juste, plus équitable importait vraiment quand il s’agissait de bouter Saddam Hussein du pouvoir. Ils se sont trompés nouvellement quand ils ont cru que le mouvement social qui a secoué les pays en 2010-11 serait promu par les Etats Unis et leurs alliés pour en faire une révolution et asseoir un système politique nouveau. Ils continuent de se tromper en nous servant «un projet révolutionnaire» concocté dans les cercles de réflexion financés et entretenus par des monarques rétrogrades servant les intérêts des plus forts.

dimanche 21 septembre 2014

Rentrées

Il y a d’abord la rentrée scolaire qui se prépare. Deux ans après la tenue des Etats généraux de l’éducation, nous attendons toujours la mise en œuvre de leurs recommandations. Avec le ministre actuel, Ba Ousmane, on espère que la réforme tant attendue (et espérée) prendra forme. Malgré la lourdeur de l’héritage et les difficultés à trouver par où commencer, le défi est bien celui de donner l’impression que quelque chose sera fait au plus vite. Des petites actions immédiates : mesures visant l’encadrement plus strict de l’enseignement privé, c’est par là qu’il faut commencer si l’on veut obliger à redorer le blason de l’école publique ; imposer la carte scolaire pour accompagner la politique de regroupement des populations ; exiger l’assiduité des personnels d’encadrement des établissements ; équiper les classes, les laboratoires quand il y en a ; s’assurer que les écoles ne sont pas inondées et qu’elles peuvent recevoir élèves et enseignants ; lancer un programme de restauration des cantines et internats…
Je me souviens que pendant des décennies, l’essentiel pour le ministère c’était de passer l’année sans mouvements de grèves ni chez les élèves ni chez les enseignants. Rien d’autre ne comptait. Ni le niveau qui baissait continuellement. Ni le système qui se délitait inexorablement. Ni les programmes qui disparaissaient fatalement. Ni la qualité qui avait fini par ne plus être recherchée. Des années durant, nous avons formé des cancres dont la plupart sont aujourd’hui sollicités pour essayer de remettre le train en marche. Tellement de choses à faire, à entreprendre pour envisager de penser à mettre en œuvre une réforme. C’est le challenge pour le ministère en cette rentrée scolaire.
La rentrée politique ensuite. Comme on ne sort jamais d’un cycle, on a toujours l’impression qu’il n’y a pas eu de trêve, de vacance. Même si j’ai entendu certains leaders prétexter les vacances pour expliquer leur absence de la scène, il est sûr que la rentrée n’a pas été préparée.
Pour l’Union pour la République (UPR, chef de file de la Majorité, parti au pouvoir) il n’y a pas eu de vacances parce que les semaines dernières ont vu la direction changer de président et de vice-président. Alors que l’Appareil exécutif est resté le même, avec notamment le nouveau Premier ministre comme Secrétaire exécutif, ce qui constitue quand même une anomalie. Le prétexte trouvé est la prochaine implantation du parti qui doit se dérouler en octobre et qui sera l’occasion de refonder l’UPR sur des bases nouvelles. Du coup, la réunion d’aujourd’hui servira à discuter de la situation générale et à donner la parole aux membres du Conseil national – du congrès extraordinaire – qui le voudraient.
De l’autre côté, le parti Tawaçoul peine à prendre la place qui lui sied depuis qu’il a l’Institution de l’Opposition démocratique en mains. Il a fait parvenir au Conseil Constitutionnel le nom et les qualités de son candidat au poste de Chef de file de l’Opposition. En attendant l’officialisation de cette désignation, on ne voit pas encore ce que fera le parti islamiste de l’Institution de l’Opposition, surtout par rapport à son engagement au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), l’un excluant l’autre. En effet, le FNDU est né sur les cendres de la COD (coordination de l’opposition démocratique n’ayant pas survécu aux élections Législatives et Municipales) qui a été conçue pour contourner voire tuer l’Institution de l’Opposition Démocratique. La redynamisation de cette Institution passe nécessairement par la mise à mort du FNDU. Les leaders de Tawaçoul sont les premiers à savoir combien il est important pour eux de faire revivre l’Institution au moment où elle parait l’unique cadre de dialogue possible avec le Pouvoir. Comment vont-ils procéder ?
Pendant ce temps, la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP regroupant l’APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wiam de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab et Abdessalam Ould Horma) tente de reprendre l’initiative par un appel au dialogue. Sera-t-il entendu et par qui ?
De son côté, l’Union des forces du progrès (UFP) entame un nouveau processus de recherche d’un «compromis national» depuis la dernière réunion de ses instances dirigeantes. Même si les propos de ses leaders laissent entrevoir une nette tendance à la quête d’un apaisement, on s’abstient encore de faire le pas décisif qui signifiera la rupture avec le radicalisme dans lequel confinent les positionnements antérieurs.
Il faut compter avec toutes ces expressions inspirées par le communautarisme et alimentées par les problèmes du présent et les tares héritées du passé récent ou ancien. Ceux qui, au nom des revendications liées à la cohabitation des communautés, cultivent des discours qui prennent facilement l’allure de particularismes dangereux. Tantôt par la stigmatisation d’une ou de plusieurs communautés, tantôt par l’instrumentalisation de misères et de frustrations sociales réelles qui méritent d’être une cause pour tous et non pas un slogan pour quelques-uns.
La reconnaissance du RAG, bras politique de l’organisation IRA de Birame Ould Abeidi, et celle des Forces progressistes pour le changement (FPC, anciens FLAM) est nécessaire à la normalisation de ces expressions qu’on trouve souvent excessives. Par la formalisation de cet activisme, on pourra espérer alors qu’un dialogue serein autour de questions somme toutes fondamentales, que ce dialogue soit possible. L’unique manière de démystifier les dogmes et d’exorciser les vieux démons.

…Oui, les rentrées sont nécessairement risquées si le courage, l’abnégation, l’intelligence, la Raison et l’engagement ne sont pas au rendez-vous. A vos marques donc !   

samedi 20 septembre 2014

Reboiser encore

La relance de l’opération reboisement dans le cadre de la Grande Muraille Verte sahélienne, nous donne l’occasion de faire les constations suivantes :

  • Il y a quelques 25 ou 30 années, était lancé à Nouakchott le grand projet de la Ceinture Verte. Il doit avoir coûté quelques milliards sans compter les mobilisations gigantesques et théâtrales dans le cadre des Structures d’éducation de masses (SEM, organe politique du Comité militaire des années 80). Ce projet qui avait réussi quand même à stabiliser le front dunaire au nord de Nouakchott et sans doute à atténuer les effets de la sécheresse sur le microcosme de la capitale, ce projet a disparu aujourd’hui. A ses lieux et places toute cette zone qui prolonge Tevraq Zeina au nord et qui a fait partie de la contrepartie du marché de l’aéroport international en construction. On a rasé la ceinture verte pour permettre la construction de nouveaux quartiers résidentiels.
  • Depuis quelques années, le cycle hivernal plutôt heureux, a permis une régénérescence du couvert végétal à l’intérieur du pays. Dès qu’on sort de Nouakchott, on constate le retour d’une végétation qui promet d’être luxuriante et qui rappelle déjà le temps d’il y a longtemps, quand il était encore difficile de se mouvoir à cause des épineux qui couvraient le sol. Sur toutes les routes, celle allant vers les régions est, celle allant vers celle du sud, celles allant vers le Nord et le Nord-Ouest, partout vous remarquerez cette vie qui reprend et qui promet la restauration de l’environnement d’antan. Partout vous remarquerez aussi les constructions qui poussent dans le désordre, en dehors de tout plan d’urbanisation et au détriment de l’environnement.
  • Si le département de l’environnement veut rendre service à la Mauritanie, il se doit de classer des territoires entiers et de les interdire à toute habitation sédentaire. La réorganisation de l’espace est la condition sine qua non de réussite pour ces projets de regroupements des populations qui doivent servir à quelque chose.