mercredi 9 avril 2014

Fallait-il rencontrer TPMN ?

«Touche pas à ma nationalité» (TPMN) est un mouvement né en 2011 des dénonciations des dysfonctionnements qui ont marqué le début de l’opération de l’enrôlement lancée par l’Agence d’enrôlement et de sécurisation des documents personnels. Des excès et des dérives, il y en bien eu. D’ailleurs reconnus par les autorités qui ont vite accepté de revoir les procédés. Ce recul a fait suite aux manifestations violentes qui ont eu lieu d’abord à Nouakchott ensuite à l’intérieur du pays. Notamment à Maghama (Gorgol) où la mort du jeune Lamine Mangane donnera un cachet tragique à la contestation.
Le mouvement devient vite un cadre politique dont les animateurs entendent développer pour transformer probablement en parti. On passe d’une revendication sociale et humanitaire (reconnaissance des droits) à un cadre politique qui reprend toute le spectre de la revendication autour de la question négro-africaine. En cela il devient le concurrent direct des partis et mouvements qui se réclament de la même inspiration : PLEJ, AJD/MR, MPR, FLAM… Ce qui lui crée de nombreuses inimités dans l’espace politique.
«On» finit par en donner une idée, celle d’un mouvement sectaire que son chef, Abdoul Birane Wane essaye d’utiliser comme tremplin sur une scène déjà envahie par des «ainés» qui n’entendent pas se démettre. Dans cette course à la représentativité, c’est à celui qui est le plus vindicatif, le plus violent dans ses propos et le plus sectaire dans sa vision. Jusque-là rien qui dérange vraiment dans la mesure où le discours, d’où qu’il vienne, reste marginal et qu’il est, comme tout discours sectaire, voué à rester un épiphénomène même s’il réussit à capter toutes les attentions, notamment celle des médias attirés par la virulence du ton.
Il y a quelques jours, le Président Ould Abdel Aziz reconnaissait devant les journalistes, le non fondé de certaines revendications sectaires en ces termes : «Ceux qui réclament des droits au nom de certaines franges sociales, est -ce qu'ils les représentent réellement, ou seulement agissent-ils pour leur compte personnel ? Quoi qu'il en soit, ces activistes font la confusion entre le politique et l'humanitaire». Concluant quand même qu’«il s'agit là d'une manifestation du climat de liberté qui règne dans le pays». C’est tant mieux si l’entrevue qu’il vient d’accorder à Abdoul Birane Wane peut servir à apaiser le discours, à rassurer le chef de TPMN sur les intensions futures du pouvoir sur la question… A la veille d’une élection dont les contours restent mal définis et dont les protagonistes sont encore à dénicher, il y a lieu de ratisser large. Quitte à choquer les plus conservateurs des partisans. 

mardi 8 avril 2014

Pas de gouvernement d’ouverture

On est frappé par cette fixation sur la question du gouvernement d’ouverture et sur celle du report «possible» de l’élection présidentielle. Contrairement à ce que laissent entendre les commentateurs, le Président de la République n’a pas été aussi catégorique sur la question du report, pas au même niveau en tout cas que sur celle du gouvernement.
En fait l’exigence d’un gouvernement d’union (ou d’ouverture), n’est plus vraiment à l’ordre du jour. D’ailleurs elle a toujours été plutôt un moyen de pression plus qu’un souci réel des opposants. Elle restera cependant inscrite dans le chronogramme des discussions entre l’Opposition et la Majorité, plus pour la forme. On sait, comme l’a dit le Président de la République que le véritable enjeu pour les élections ce sont les institutions chargées de les superviser comme la CENI, le Conseil Constitutionnel… Celles-là peuvent être l’objet de toutes les transformations.
C’est ici qu’intervient la question des délais. Si la Constitution prévoit les dates des élections notamment de la présidentielle qui doit être organisée trente jours avant la date de la précédente, toute réforme des institutions surtout de la CENI va nécessairement entrainer une révision des dates. Sans doute pourquoi le Président de la République n’a pas été aussi catégorique qu’il l’a été sur le gouvernement. Il s’est contenté d’exprimer un souci, celui d’éviter de se retrouver dans une situation (in)constitutionnel. Si un accord est trouvé et qu’il est décidé de refonder la CENI, il sera nécessaire de toucher la Constitution, d’organiser un référendum (sinon un congrès des Chambres), de relancer le processus de choix des «Sages»… un long processus qui demandera au moins deux mois.
Ce qu’en dit la Constitution : «L'élection du nouveau Président de la République a lieu trente (30) jours au moins et quarante cinq (45) jours au plus avant l'expiration du mandat du Président en exercice.
Les conditions et formes d'acceptation de la candidature ainsi que les règles relatives au décès ou à l'empêchement des candidats à la Présidence de la République sont déterminées par une loi organique.
Les dossiers des candidatures sont reçus par le Conseil Constitutionnel qui statue sur leur régularité et proclame les résultats du scrutin» (Article 26).
Dans le cas d’espèce, le Président actuel a été élu le 18 juillet 2009 et investi le 5 août suivant. Laquelle des dates constitue son début de mandat ? vraisemblablement, le jour de l’élection. Il faudra alors organiser l’élection entre le 7 et 14 juin prochains en ayant en tête que le deuxième tour est 15 jours après, soit le 21 juin si la date du 7 est retenue, soit le 28 si la date est le 14. Dans les deux cas il faudra prendre en compte le timing africain qui impose au Président Ould Abdel Aziz d’être au sommet de Malabo prévu le 26 juin et les délais de recours sans lesquels une élection n’est jamais définitive.  


Préférant insister sur les efforts fournis dans le domaine agricole, il a minimisé les risques de famine dans le pays. de toutes les façons, «nous déployons continuellement des efforts pour nous prémunir des crises alimentaires chroniques et il y a un progrès dans ce sens, à travers la mise sur pied des projets et une meilleure restructuration du secteur de l'agriculture». Rappelant que nous sommes passés d’une couverture des besoins de 35% à 60% aujourd’hui. C’est bien pour faire profiter les véritables agriculteurs et redémarrer le secteur sur de nouvelles bases que les autorités ont consenti l’annulation de la dette du secteur pour une ardoise de 14 milliards.
Insécurité au Sahel, hausse des prix, relations avec les voisins notamment le Maroc, enrôlement des populations, enrichissement illicite, prébendes, rapport Etat-privés, immigration clandestine, terrorisme, éducation, formation, langue, identité, diplomatie… tout y était. Comme pour dresser un bilan et vider quelques-uns des contentieux avec l’opinion publique avant de passer à autre chose.

lundi 7 avril 2014

Le Président devant la presse

L’exercice en lui-même était presque devenu habituel : le Président Mohamed Ould Abdel Aziz donne souvent rendez-vous à la presse pour faire passer ses messages. En plus du fameux «Liqaa Sha’ba» annuel, il n’a jamais hésité à inviter les journalistes à lui poser des questions sans détour. D’ailleurs, c’est bien au cours de l’un de ces rencontres, justement à Nouadhibou, qu’il avait annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2009. C’est bien pourquoi, on s’attendait à une autre déclaration de candidature. Il n’en sera rien malgré l’insistance des journalistes.
Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz évitera de préciser ses intentions prétextant qu’il existe un processus de dialogue en cours en vue d’arriver à un accord à même d’assurer la participation de tous. il faut donc attendre les conclusions de ce dialogue pour se décider officiellement. Les journalistes finiront par l’irriter à force de revenir sur les questions politiques sur lesquelles il a cru avoir répondu dès l’entame de la rencontre.
On peut ainsi résumer les déclarations du Président sur les élections : Pas de gouvernement d’ouverture ; rien qui puisse mettre le pays dans une situation extra-constitutionnelle ; et tout peut être discuté entre le pouvoir et l’opposition.
«Nous cherchons à créer le climat pour des élections honnêtes et transparentes et qui seront acceptées par toutes les parties». Tout en rappelant que le gouvernement d’union nationale de 2009 n’avait pas empêché l’opposition de remettre en cause les résultats, revenant ainsi sur l’Accord de Dakar. «Quand nous avons reculé les élections locales en 2011, suite à une demande de l’opposition, nous avons cru pouvoir à un consensus. Deux ans après, nous nous installions dans une situation extra-constitutionnelle que les opposants étaient les premiers à dénoncer. Cette attente de deux ans n’a finalement pas permis la participation de tout le monde malgré un accord politique sérieux…»
C’est surtout sur les questions de développement que le Président a préféré s’appesantir. Profitant des questions, il a fait un bilan de son mandat largement positif au regard des chiffres avancés. C’est ainsi que les réserves du pays sont actuellement de plus d’un milliard de dollars, soit l’équivalent de neuf mois d’importations, alors qu’elles n’ont jamais couvert plus de trois mois au meilleur des moments (en août 2005, on était à quelques semaines seulement.
La création de la Zone franche de Nouadhibou est bien sûr l’un des axes de développement sur lesquels Ould Abdel Aziz insiste beaucoup pour faire valoir les acquis de son mandat. Elle est une promesse d’avenir, mais une promesse certaine s’agissant des opportunités d’investissements qui existeront et qui permettront à la région d’être l’une des locomotives du développement du pays.
Tout en reconnaissant les retards pris dans l’exécution des marchés de routes confiés à des sociétés publiques (ATTM et ENER), le Président a expliqué l’absence de sociétés privées par l’absence d’expertise en la matière, «sauf une ou deux sociétés privées, aucune n’est à même de concurrencer ces deux entreprises…» 

Préférant insister sur les efforts fournis dans le domaine agricole, il a minimisé les risques de famine dans le pays. de toutes les façons, «nous déployons continuellement des efforts pour nous prémunir des crises alimentaires chroniques et il y a un progrès dans ce sens, à travers la mise sur pied des projets et une meilleure restructuration du secteur de l'agriculture». Rappelant que nous sommes passés d’une couverture des besoins de 35% à 60% aujourd’hui. C’est bien pour faire profiter les véritables agriculteurs et redémarrer le secteur sur de nouvelles bases que les autorités ont consenti l’annulation de la dette du secteur pour une ardoise de 14 milliards.
Insécurité au Sahel, hausse des prix, relations avec les voisins notamment le Maroc, enrôlement des populations, enrichissement illicite, prébendes, rapport Etat-privés, immigration clandestine, terrorisme, éducation, formation, langue, identité, diplomatie… tout y était. Comme pour dresser un bilan et vider quelques-uns des contentieux avec l’opinion publique avant de passer à autre chose.

dimanche 6 avril 2014

Vivement la MAI

C’est au Terminal 3 de l’aéroport Charles de Gaule qu’il faut prendre l’avion de la Mauritanian Ailrlines International (MAI) pour la Mauritanie. Avec ses deux vols par semaine, la compagnie nationale entend reconquérir sa part du marché dont elle a été longtemps privée à cause de son inscription sur la liste noire. On se souvient encore de cette bataille livrée par les Mauritaniens pour revenir aux normes de sécurité internationales et reprendre les routes du ciel. On se souvient de tout ce que cela a engendré de malaises et de déconvenues. On se souvient de la victoire célébrée après avoir fait beaucoup d’efforts. Aujourd’hui, la Mauritanie est devenue un exemple à tous les pays d’Afrique ou d’Asie ayant connu les mêmes problèmes.
Depuis quelques temps, la MAI dessert Paris deux fois par semaine (dimanche et jeudi). En prenant le vol, on est surpris par le nombre des passagers. Ils sont à peine une cinquantaine dont une bonne partie descend justement à Casablanca au Maroc. Là aussi, c’est une autre contrainte pour la MAI qui, tout en faisant escale à Casa pour desservir cet aéroport n’a pas le droit de prendre de passagers à l’aller, mais seulement au retour…
Ils ne sont qu’une quinzaine en général à aller jusqu’à la destination finale. On peut croire que la MAI manque de communication sur ces dessertes. Comment peut-on comprendre sinon que la compagnie qui offre des avantages financiers nets (le billet aller-retour coûte 221.000 UM), soit la moins pourvue en passagers ? D’autant plus que ses horaires sont très confortables : vous allez et venez le jour du dimanche ou jeudi, en tout cas en plein jour, évitant ainsi les voyages nocturnes fatiguant. Les officiels ne voyagent plus que sur la MAI, mais seulement jusqu’à Casablanca, là ils commencent, chacun à sa manière, à tricher pour prendre quelques points sur les autres compagnies.
Il est temps pour nous de penser à la consommation de ce qui nous appartient. Sinon comment croire à un développement possible ?

samedi 5 avril 2014

Lourdeurs et calculs

Il y a quelques années, fin 2009-début 2010, la société minière Tasiast proposait à la Mauritanie la construction d’un Centre des urgences moderne à Nouakchott pour un coût total de six millions dollars. L’étude de faisabilité et de la formulation du concept a été entièrement financée par la société qui voulait participer à l’effort national visant le développement des infrastructures sanitaires. Une manière d’accompagner la volonté affichée du Président de la République qui commençait à donner une importance particulière au développement des infrastructures sanitaires.
Quand la société minière présenta le projet aux autorités concernées, celles-ci se contentèrent d’abord de laisser la démarche sans réponse. Avant de se rattraper pour proposer que la société commence à construire sur sa part de l’investissement (trois millions dollars) en attendant que la partie mauritanienne se décide.
C’est ainsi que les locaux du Centre des urgences fut construit dans un espace situé entre l’hôpital national (CHN) et celui de la cardiologie. Vous pouvez voir les bâtiments à partir de l’avenue qui les longe. Bien sûr que les ambitions ont été revues à la baisse : plus besoin par exemple de prévoir un «coin» pour l’atterrissage des hélicoptères d’urgence. Mais passons…
Estimant avoir fini la construction de l’immeuble lui-même, la société minière signifia aux autorités qu’il restait un reliquat de huit cents mille dollars. Une manne qui aiguisa d’abord les appétits. Mais «on» se ressaisît rapidement parce que le pourvoyeur des fonds suggéra que la somme soit utilisée pour mettre en place d’un système de distribution des gaz médicaux dans le Centre (oxygène…).  
Un premier appel d’offres a été lancé. Mais les autorités concernées, sachant «qui» elles voulaient pour ce marché, spécifièrent dans le marché une exigence : le compresseur doit être de la même marque que celui qui existe déjà au CHN (hôpital national) et qui a été acheté chez un fournisseur «particulier». Oubliant que spécifier la marque d’un produit relevait de la concurrence déloyale et que cela était formellement interdit par les nouvelles règles régissant l’attribution des marchés. Ce sera justement la raison de l’opposition exprimée par l’Autorité de régulation des marchés quand elle a été sollicitée pour l’adjucation du marché finalement obtenu par le fournisseur favori pourtant proposant l’offre la plus chère.
On déclara le marché infructueux malgré l’existence d’autres offres techniquement valables et financièrement plus favorables. Côté Autorité des marchés, on attend la décision des autorités sanitaires. Côté autorités, on attend visiblement de trouver la formule qui pourrait permettre de donner le marché au plus «proche», au plus «connu des services». Quitte à perdre du temps à réaliser une aussi importante infrastructure que ce Centre des urgences dont la construction a finalement pris près de cinq ans… tout un mandat… 

vendredi 4 avril 2014

La colonie qui réussit

Hier, on parlait ici du dynamisme de cette colonie mauritanienne de Belgique. Preuve de ce dynamisme, la création d’une société de transport maritime par des opérateurs mauritaniens qui ont vu ce qu’ils pouvaient gagner sur ce marché. On a vu que la moyenne des voitures exportées vers la Mauritanie se chiffre entre 1.500 et 2000 véhicules. C’est déjà un marché à conquérir et dont profitaient jusque-là des opérateurs syro-libanais qui sont devenus très connus sur le marché national. Avec certains d’entre ces opérateurs, les relations sont vite passées au niveau de l’amitié personnelle. Si bien qu’ils ont commencé à adopter les méthodes et la culture des Mauritaniens. La création, il y a deux ans, de la SHIP TO MAURITANIA a été un tournant. Elle a vite repris le marché du transport vers la Mauritanie.
Son directeur nous explique qu’elle est présente à Dubaï, aux Etats-Unis et un peu partout en Allemagne. Elle a ouvert deux bureaux, l’un en Allemagne et l’autre en France en plus de son bureau central de Bruxelles. Elle couvre aujourd’hui 31% du trafic du port de Nouakchott. Car elle a fait une percée vers le marché malien où elle a réussi à avoir des contrats avec des importateurs institutionnels. Son ambition est de devenir un acteur du transport maritime dans toute la côte ouest-africaine. Avec une vingtaine d’employés dont 14 mauritaniens, cette petite entreprise mauritanienne créée en Belgique par des anciens «importateurs de voitures» est un peu un signal que l’heure de la conversion sinon de l’évolution est arrivée.
Quand on vient de Nouakchott où s’amassent des dizaines de voitures dans «les bourses» de Nouakchott, on est frappé par la frénésie qui caractérise le milieu des affaires mauritanien en Belgique. Mais pourquoi continue-t-on à importer des voitures alors qu’il y en a des dizaines qui attendent acquéreur sur le marché ?
La première explication qui est donnée : «C’est le manque d’opportunités d’investissements qui nous amène à continuer à investir dans cette activité. Le marché des voitures et celui de l’immobilier constituent un placement pour des bénéfices faciles». Mais on ne peut s’empêcher de penser à tout ce que cela demande en termes d’investissements en devises, de création de circuits parallèles de transfert d’argent et finalement de trafic de devises… Pour soulever une inquiétude : d’où vient tout cet argent et quels circuits prend-il ?

jeudi 3 avril 2014

Les Mauritaniens de Belgique

Une communauté dynamique, c’est ce qu’on peut dire des Mauritaniens de Belgique. A Anderlecht, lieu de prédilection de l’installation des immigrés africains, congolais en particulier, vous ne pouvez pas marcher cent mètres sans croiser un Mauritanien. Ils se reconnaissent facilement entre eux, même s’il arrive de les prendre pour des Marocains, eux aussi très nombreux dans le quartier. Quand on fait attention, on est forcément surpris par les quelques formules hassaniya qui volent dans les airs, tantôt avec accent, tantôt sans. Syro-libanais et Marocains ont adopté salutations et interpellations d’usage chez nous.
Officiellement, ils sont près de trois mille à vivre en Belgique. Selon certaines sources, ils seraient plus de cinq mille, entre les résidents, les installés temporaires (sur une période plus ou moins longue) et ceux qui ne font que passer le temps d’un marché. Ils sont tous cependant indépendants et en activité. Ce n’est pas une communauté où la délinquance sévit : jamais un membre de cette communauté n’a été mêlé à une affaire de police sérieuse. Quand ça se passe – parce que ça arrive justement -, c’est entre eux et cela se règle plutôt en Mauritanie.
C’est une fois un jeune «intermédiaire» qui disparait avec la bagatelle de 450.000 euros. Un autre qui se taille avec 180.000 euros… les histoires de ce type d’affaires – un homme à qui on a confié une somme appartenant à plusieurs opérateurs et qui prend la fuite emportant avec lui l’argent -, ces histoires ne finissent pas de vous emplir la tête. Vous en arrivez à confondre les acteurs, les montants, les victimes… Avec cette forte impression que «cela ne cloche pas».
Tout cet argent que l’on perd à jamais, la résignation des victimes, l’arrogance des fauteurs, le déroulement des événements…, rien de ce que vous allez entendre ne relève du rationnel. L’on va vous suggérer des explications : ce sont les parties visibles de très grandes opérations de trafic de devises qui couvrent parfois toute l’Europe et qui trouvent fatalement leur point d’arrivée au Maroc ou en Mauritanie ; ou des opérations de blanchiment qui touchent des fonds énormes, alors la perte de quelques centaines de milliers d’euros relève de l’anecdote… Jusqu’à présent, la communauté n’a pas eu à souffrir de ces activités dans le noir, mais ça finira un jour par éclater. Le pays a d’ores et déjà intérêt à intervenir et à encadrer cette communauté pour la pousser à se protéger en introduisant un code de conduite moins «informel»…
Ici, c’est bien sûr le marché des voitures qui attire le plus (d’autres denrées font l’objet d’un intense commerce, mais ce sont surtout les voitures qui intéressent). En moyenne 1500 à 2000 véhicules (tous types) sont expédiés mensuellement en Mauritanie. Si l’on estime le prix moyen à 3000 euros le véhicule (entre les 4x4 et les voitures de luxe), on est déjà entre 4,5 millions et 6 millions euros par mois, soit un montant annuel allant de 54 millions à 72 millions euros. Enorme ! Surtout si l’on sait que la devise servant à faire les transactions ne prend jamais le circuit «normal» des banques et que ce ne sont pas les réserves en devises du pays qui sont utilisées à cet effet. Alors d’où vient cet argent ?
Personne n’a encore fait les enquêtes nécessaires. Mais les informations indiquent qu’il existe des circuits internationaux qui couvrent la région de l’Asie à partir de Dubaï, de l’Afrique (dans ses différentes zones), de l’Europe et de l’Amérique. De Norvège en Italie, il existe des «collecteurs» qui rachètent les devises en contrepartie de monnaies locales dans les pays d’origine des propriétaires. Vous êtes Marocain, Emirati, Malien ou Sénégalais, vous avez besoin d’urgence d’une somme donnée en Dirham ou en FCFA, il suffit alors de s’adresser à l’un des collecteurs à qui vous remettez l’équivalent en devise et immédiatement (par coup de téléphone) le transfert a lieu. Plus rapide, plus efficace et moins cher que les circuits traditionnels formels : aucune des sociétés de transfert ne peut concurrencer le système. Sa nature exige cependant le sérieux et l’efficacité parce qu’il est basé sur la confiance.
Nous avons tous un jour eu besoin de recourir à un tel réseau qui n’a pas manqué de satisfaire rapidement nos besoins. Partout : en Indonésie, en France, en Italie, en Suède, au Mali, au Maroc, aux Emirats, en Amérique…, il y a toujours possibilité de disponibiliser de la monnaie locale en contrepartie d’une devise remise quelque part dans le monde. L’inverse est aussi vrai : on peut déposer à n’importe quel moment de l’ouguiya, du FCFA, du Dirham et se faire remettre son équivalent en devises immédiatement et partout dans le monde. Le système des Hawalat, désormais connu dans le système financier international, en moins formel.
La communauté mauritanienne en Belgique n’est pas seulement faite de ces «marchands de voitures», il y a aussi une frange qui est issue de l’exil des années de braise (1989-1991). Beaucoup de Mauritaniens se sont réfugiés à l’époque en Belgique où ils ont pu avoir un statut de réfugiés. La plupart d’entre eux sont rentrés depuis le coup d’Etat de 2005. Mais certains sont restés pour une raison ou une autre. Ajouter à ceux-là tous les naturalisés et qui pourraient être chiffrés à un demi-millier.