samedi 15 mars 2014

Du «coma profond» à la «conscience minimale»

«Dans la vie d’une Nation, il est des moments graves. Pour ce qu’ils comportent d’incertitudes, de risques et de dangers. Trois mots (maux) qui n’induisent pas forcément les mêmes conséquences, et qui, conjugués avec la fragilité, entraînent nécessairement la chute finale» (…) «Il y a 27 ans – on était le 1er août 2005, NDLR – l’Armée prenait le pouvoir pour ‘mettre fin au régime de la corruption’, nous sortir d’une guerre coûteuse, redresser l’économie et engager un processus démocratique réel. 27 ans après, la corruption est devenue la valeur première, nous entrons dans une guerre qui n’est pas forcément la nôtre, l’économie ‘nationale’ n’existe plus pour être redressée et la démocratie reste une utopie pour nous. C’est essentiellement pour cela que nous craignons un autre coup d’Etat, un autre retour de l’Armée aux devants, d’autres promesses de lendemains meilleurs».
Ces phrases sont tirés d’un article écrit et publié le 1er août 2005, deux jours avant le coup d’Etat qui allait mettre fin au régime de Ould Taya qui a duré 21 ans.
La Mauritanie était plongée dans coma profond, le pouvoir ne réagissant plus, ne «répondant» plus. La communication est nulle. La conscience de soi et des autres est nulle. Le pays se mourait lentement. Il tombait inexorablement dans le trou noir de la déconfiture. Dans les dictionnaires, on explique : «Le coma est une abolition plus ou moins complète des fonctions de la vie de relation (conscience, motilité, sensibilité) alors que les fonctions de la vie végétative sont relativement conservées. Le patient, inconscient, est couché sans bouger et ne sent rien».
Le coup d’Etat du 3 août 2005 devait avoir l’effet d’un électrochoc avec toutes les ouvertures qu’il a laissé entrevoir. On est alors entré dans un coma végétatif, puis nous sommes sortis pour entrer peu à peu dans l’état de «conscience minimale» où les pronostics s’améliorent. Un état qui nous a permis d’avoir quelques chances de récupérer quelques-unes de nos facultés. Nous pouvons désormais refonder nos choix de départ et réhabiliter nos valeurs originelles. C’est le défi qui nous est lancé.
Au départ est la nécessité de lancer un nouveau contrat social fondant un Etat de droit moderne. Avec des propositions d’égalité citoyenne, de justice pour tous, du droit à la prospérité pour tous, à l’éducation pour tous, à l’émancipation pour tous, à la dignité pour tous…
La Mauritanie a besoin de refonder les bases d’un Etat viable (et fiable) qui peut assurer le toit pour tous ses enfants, leur procurer la sécurité et la prospérité. La Mauritanie a besoin de retrouver la sérénité pour exister dans un environnement apaisé et ouvert. Elle a besoin de recouvrer ses vocations originelles de terre de convergence, de se réconcilier avec son passé, de regarder en face son présent pour mieux se projeter dans le futur. Pour ce faire, les «bienpensants» doivent cesser de faire semblant d’oublier que nous venons de loin… de très loin… de vraiment très loin…

vendredi 14 mars 2014

Qui doit dire quoi ?

L’autre soir, TVM a invité le groupe des Ulémas représentant un forum dédié «à la glorification du Prophète Mohammad». Deux discours ont été entendus pendant cette discussion – qui n’était pas un débat parce qu’il n’y avait pas de protagonistes.
Le premier est celui de Mohamed Lemine Ould Hacen, une autorité religieuse, Imam de la prestigieuse «mosquée des Chorafa», un haut lieu de la résistance à l’époque de la répression engagée contre la mouvance islamiste à l’époque de Ould Taya. Le respecté Imam a soutenu (en substance) l’application pure et simple de la Chari’a à l’encontre de l’auteur de l’article constituant à ses yeux «une hérésie que seule la mise à mort doit punir». Ajoutant que si la justice ne le condamnait pas à mort, il en conclurait qu’il n’y aura «pas eu de justice».
Le deuxième discours est celui du jeune Cheikh Ould Saleh qui a déclaré qu’en tant qu’association, ils suivront l’affaire devant les tribunaux, feront appel s’il y a lieu et useront de toutes les voies pour amener à l’application «stricte de la Chari’a». le discours, même s’il prend un ton moins tranché, moins brutal revient finalement au même résultat : le jeune auteur est déjà condamné avant même que le procès ne se tienne. Et c’est là où la question se pose avec acuité : qui doit dire quoi ?
Est-ce au seul Juge de prononcer la loi ou est-ce que n’importe qui se sentant en mesure de le faire peut déterminer le verdict ? Est-ce que nos Ulémas vont comprendre un jour que le rôle du Juge est celui de dire la loi en dehors de toute forme de pression, en son âme et conscience ? Ou devons-nous accepter que tout «’aalem» est en lui-même un Juge et peut rendre un verdict sans procès ?
Il n’est pas utile de rappeler à nos Ulémas qu’il existe un Code pénal qui date de 1983 et qui dit dans sa section IV intitulée «Attentats aux mœurs de l’Islam, Hérésie, apostasie, athéisme, refus de prier, adultère», Article 306 : «Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d'une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d'emprisonnement et d'une amende de 5.000 à 60.000 UM.
Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. S'il se repent avant l'exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l'effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d'une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article.
Toute personne coupable du crime d'apostasie (Zendagha) sera, à moins qu'elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. 
Sera punie d'une peine d'emprisonnement d'un mois à deux ans, toute personne qui sera coupable du crime d'attentat à la pudeur.
Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l'obligation de la prière sera invité à s'en acquitter jusqu'à la limite du temps prescrit pour l'accomplissement de la prière obligatoire concernée. S'il persiste dans son refus jusqu'à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort.
S'il ne reconnaît pas l'obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l'office consacré par le rite musulman.»
Nous avons besoin d’entendre nos Ulémas sur ce texte élaboré sous la supervision d’un comité de seize grandes autorités religieuses du pays dont le plus illustre des Ulémas contemporains, Lemrabott Mohamed Salem Ould Addoud qui présidait ce comité. Sur cela ils doivent se prononcer pour qu’on sache ce qu’ils peuvent apporter de nouveau par rapport à ses éminences dont plusieurs sont encore en vie.

jeudi 13 mars 2014

Yahya Ould Hamidoune, toujours irremplaçable

Il s’appelle Alain Plagne. Il est chercheur mathématicien et enseigne à l’Ecole polytechnique de Paris. Ces centres d’intérêt dans la recherche se rapportent notamment à la Combinatoire additive et à l’Arithmétique. Et c’est bien ce domaine pointu de la recherche qui lui a fait découvrir notre compatriote Yahya Ould Hamidoune. C’était en 1998 quand il terminait une thèse dans un domaine très peu étudié en France. On le mit sur la piste de «Yahya» - un prénom qu’il prononce avec une tonalité particulière, un peu pour rappeler ce qu’il veut dire et qu’il ne veut plus dire aujourd’hui que l’homme n’est plus là. Ould Hamidoune était célèbre pour avoir réussi à déchiffrer «la conjecture de Erdös-Heilbronn».
Dans les années 60, les deux scientifiques travaillaient sur des applications qu’ils résolvaient en allant directement aux résultats, sans faire de démonstrations, laissant aux chercheurs le soin de trouver ces démonstrations qui devaient nécessairement mener à ces résultats. En 1994, Yahya Ould Hamidoune put percer le mystère de cette conjecture précise. Je vous épargne – comme je m’épargne à moi-même plus de détails sur la question.
Les deux hommes vont partager un immense travail de recherches qui leur permet de passer de beaux moments et de tisser les liens d’une forte et sincère amitié. Preuve de l’intensité de cette amitié, tous les efforts et toute l’énergie que dépense aujourd’hui Alain Plagne pour entretenir la mémoire de ce génie inégalé. Il écrit de lui au lendemain de sa mort : «Tout récemment encore, Yahya avait résolu brillamment, et de façon élémentaire, une conjecture de T. Tao portant sur une version non commutative du théorème de Kneser. En fait, je me souviens que c’est presque immédiatement à la lecture de la question qu’il a su qu’il allait pouvoir y donner une réponse. Il est probable que le résultat – peut-être sous une forme informelle – lui était préalablement familier et existait dans son vivier mental de résultats, ceux qu’il pouvait probablement démontrer, mais dont il ne s’attaquait à la rédaction que si l’occasion s’en présentait. . . quand tant d’autres publient ce que lui considérait – c’était son côté élitiste – comme des remarques. En l’occurrence, la publication de la question sur le blog de T. Tao aura juste agi comme un déclencheur. A mon avis, la valeur des autres trésors de ce vivier, ceux que Yahya a emporté avec lui, est inestimable».
Quand il parle de Yahya, c’est comme si celui-ci vivait encore. Comme s’il pouvait encore rencontrer un autre Yahya. Et c’est pourquoi il a poussé, avec d’autres chercheurs et professeurs de mathématiques à la création d’un concours de mathématiques en Mauritanie. En 2012 et 2013, ce concours a été ouvert aux élèves du secondaire et aux universitaires pour essayer de déceler dans le tas une partie du génie enfoui dans cette terre.
Soutenu par plusieurs institutions françaises et mauritaniennes, ce concours est organisé chaque année aux environs du 11 mars pour commémorer le jour du décès du génie Yahya Ould Hamidoune… de celui qui n’aimait pan «raconter les mathématiques mais plutôt les écrire». Ceci explique son aversion pour la mise en scène publique (conférences, interviews…) et la richesse de ses publications. Il a fait plus d’une centaine de publications, «sans déchets» insiste Alain Plagne pour mettre en exergue la qualité exceptionnelle du travail de celui que nous n’avons pas su célébrer comme il se doit et dont le souvenir et la flamme doivent pourtant inspirer les générations actuelles et futures.
Samedi prochain (15 mars) auront lieu les épreuves du concours Yahya Ould Hamidoune et mercredi (19 mars) la distribution des prix aux lauréats. Une occasion de rendre hommage à cet homme décidément hors du commun.

mercredi 12 mars 2014

Ould Baya tient promesse

Quelques semaines à peine après son installation à la tête de la municipalité de Zouérate, le nouveau Maire Cheikh Ould Baya a engagé sur d’actions qui étaient toutes inscrites dans son programme de campagne.
C’est ainsi que toutes les taxes municipales ont été annulées : aucun commerce, aucune petite activité commerciale, personne ne paye plus de taxes à la mairie. Le problème de l’approvisionnement des quartiers démunis en eau a été résolu momentanément. La Fondation de la SNIM a disponibilisé quatre citernes, le Maire a amené deux et réhabilité une ancienne citerne de la mairie. Au total sept citernes de douze tonnes chacune distribuent gratuitement l’eau. Deux grands chantiers vont permettre bientôt la résolution définitive de la question : l’arrivée de citernes géantes qui alimenteront la ville à partir de Boulenouar et le lancement d’une usine de désalinisation des nappes saumâtres de la région.
Autre volet prioritaire, l’électrification des quartiers éloignés. Plus de milles raccordements seront faits gratuitement et, pour certains à des prix très bas. La réhabilitation des écoles et leur équipement est en cours.
Le Maire a, au début de son exercice invité tous les partis politiques et tous les acteurs de la scène de Zouérate à participer à l’identification des priorités et à la définition des objectifs immédiats. Il a ainsi fait de son action, le résultat d’une concertation qui implique la responsabilité de tous.

L’originalité de la nouvelle équipe est bien celle qui en fait l’émanation de tout le monde. Ce qui lui permet d’avoir l’adhésion de tous. 

mardi 11 mars 2014

Mamère se dégonfle

«Un pschitt», c’est bien ce qui est arrivé avec la déclaration faite par Noël Mamère, il y a plus d’un an. Tout commence quand, au détour d’une sortie sur l’intervention française au Mali dans le cadre d’une émission sur Arte, le député Europe Ecologie Les Verts s’en prend violemment au président mauritanien : «Est-ce que vous imaginez que les Jihadistes vont disparaitre et qu’ils ne vont pas se réfugier… en Mauritanie où il y a un président qui est le parrain d’un trafic de drogue par exemple ?». Nous sommes le 21 janvier 2013 et l’opération Serval est déjà engagée.
En Mauritanie où l’opposition venait de clore un cycle de manifestations exigeant le départ de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir, voit dans ces déclarations une possibilité nouvelle de rendre fructueuse son action. Le 14 février, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) publie un violent communiqué où l’on marque «la consternation» face au silence du pouvoir avant de faire siennes les accusations de Noël Mamère.
Poussé par on ne sait quelle inspiration, le député EELV réitère ses accusations à travers une interview chez nos confrères d’un site de la place. Sans doute croyant que l’affaire n’aura pas de suite.
Le 6 mars 2013, le Président Ould Abdel Aziz porte plainte pour diffamation. De peur de se voir condamné par les tribunaux, le député français s’est très vite lancé dans des tractations en vue de trouver une sortie, lui qui ne pouvait en aucun cas produire de preuves pour les graves accusations formulées.
Tout le monde sait en effet que les grosses prises suivies du démantèlement des réseaux de trafic en Mauritanie, n’ont intervenu qu’au lendemain du 3 août 2005. Tellement évident que l’on avançait une explication : les couvertures qui servaient aux réseaux et leur assuraient l’impunité avaient perdu la main. Et pour cause, les deux colonels artisans du coup d’Etat dirigent désormais le système de sécurité : Mohamed Ould Abdel Aziz qui devient l’homme fort de la junte et Mohamed Ould Ghazwani qui est lui à la Sûreté nationale. 2006 et 2007 connaitront la plus grande campagne contre le trafic de drogue et celui des armes. A partir de 2008, la guerre sera menée aux Jihadistes de AQMI en même temps qu’aux réseaux transfrontaliers. Il suffit de voir les quantités saisies et le nombre d’opérations menées au cours de ces années pour savoir que le député français a parlé sans savoir de quoi il s’agit.
D’ailleurs, il va essayer de revenir sur ses propos en disant qu’il a «évoqué le président mauritanien, sans doute abusivement, comme j’aurai pu dire tchadien, malien ou algérien tant je ne visais pas l’homme lui-même mais plutôt les dysfonctionnements des appareils judiciaires, y compris chez nous en Europe, qui laissent parfois échapper les gros poissons mafieux. Mon propos n’avait pas vocation à stigmatiser le président mauritanien dans sa personne».
Que de mépris vis-à-vis des présidents africains exprimé aussi simplement, aussi vulgairement ! Ces présidents sont finalement tous les mêmes et nagent tous dans les mêmes trafics et les mêmes combines ! Mais la question est de savoir si Noël Mamère peut tenir de tels propos quand il parle de dirigeants européens, lui le «rebelle», l’homme de «gauche» qu’on ne peut accuser de racisme, peut-il faire preuve de la même désinvolture quand il parle de présidents ou chefs de gouvernements d’Europe ?

Ce rétropédalage dans le sens qu’il fallait donner à ses propos ne va pas servir notre homme. La route vers le procès était toute tracée, un procès perdu d’avance pour le député EELV. Le voilà donc qui choisit de faire amande …honorable (?) en présentant publiquement ses excuses «au peuple mauritanien et, partant à son président s’il s’est senti blessé par mes déclarations». Celui qui n’a «pas l’habitude de se soumettre» ferait mieux de ne plus «abuser» en jugeant les dirigeants africains.

lundi 10 mars 2014

De la nécessité de réfléchir

Dans le tumulte qui a dominé le pays ces derniers temps, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’enseignement de la philosophie dans les établissements scolaires. Cette exigence, plusieurs fois répétées, n’a pas mérité commentaire de la part des observateurs. Parce qu’ils savent que la philosophie n’est plus enseignée depuis près de trois décennies. Parce que nombre d’entre eux croient ferment que c’est bien parce que la philosophie n’est plus enseignée que des générations de Mauritaniens, pourtant scolarisés et parfois diplômés, ont perdu la faculté de réfléchir et avec elle le sens critique.
Contrairement à ce que pensent ceux qui vocifèrent aujourd’hui et qui couvrent toutes les voix de la Raison, la philosophie enseigne à refuser le diktat des idées reçues. Elle nous apprend à nous poser des questions et à chercher à y répondre tout en sachant que nous ne serons jamais satisfaits des réponses que nous obtenons dans l’immédiat. Elle nous prémunit contre les déviances parce qu’elle discipline notre esprit, le structure pour lui permettre d’organiser les connaissances accumulées. Elle nous apprend à vivre ensemble, à partager, à discuter, à aller à l’essentiel, à éviter le superflu, à nous interroger et donc à faire des choix…
La philosophie nous apprend à penser et à débattre de la complicité du Monde. La culture qui cesse de se poser des questions se condamne à une déliquescence qui mène fatalement à sa disparition. L’histoire nous enseigne que des civilisations entières ont disparu quand elles ont été incapables de penser leur devenir, de méditer leurs conditions. L’histoire nous apprend aussi qu’à l’origine de toute Renaissance, il y a nécessairement l’interrogation. Car l’interrogation est déjà le début d’une réponse qui est inévitablement une avancée sur la voie de l’accomplissement de soi et de son humanité.
Nos Ulémas, nos élites de façon générale, tentent de trouver la meilleure parade à ce qu’ils croient être «une vague d’athéisme déferlant sur notre jeunesse». C’est la mode de justifier toute cette effervescence politique et sociale par «la dissémination d’idées laïques et athées». Et quand on choisit d’y aller comme si on allait en guerre (sainte ou pas) contre des «mécréants qu’il faut précipiter dans la Géhenne», on ne fait rien pour faire avancer la réflexion qui permet de préserver les fondements qui sont les nôtres. On ne cherche même pas à comprendre ce qui arrive dans notre aire.
Nous sommes dans un pays qui connait tous les problèmes qui expliquent et causent – ou que causent – le sous-développement : ignorance, pauvreté, clochardisation de l’élite, délitement des structures de l’Etat, déstructuration des mécanismes sociaux traditionnels (qui ne sont souvent pas à regretter), absence de chaines de solidarité et de réflexions sérieuses pouvant faire miroiter un monde meilleur. Ajoutons à ce tableau (noir), les effets de multiples agressions dont celles qui relèvent de la nature et de l’environnement (sécheresse), celles qui sont le propre d’une culture faite de cupidité (mal-gouvernance) et celles qui sont le fruit de l’ouverture au Monde. Résultat : une transition qui ne finit pas de nous déstabiliser, une transition qui prend la forme d’un chao parce que nous aurons refusé de l’assumer pour lui donner un sens.
Cette transition mérite des questionnements, notamment sur les transformations sociales que nous subissons malgré nous. Ces questionnements, une fois formulés, exigent des réponses de la société et de ses «bienpensants». Des réponses qui n’esquivent pas les questions, qui ne rejettent pas d’avance les questions, qui ne condamnent pas d’avance leurs auteurs…

Le rôle de nos Ulémas, Exégètes, des écrivains, des pouvoirs publics et de la société est d’apporter des réponses aux questionnements d’une jeunesse sacrifiée par les uns avec la complicité des autres. Et pour permettre à cette jeunesse (mal outillée) de se poser les «bonnes» questions et, qui sait, lui donner la possibilité d’y répondre par elle-même, il est temps de revenir à un enseignement plus rigoureux de la philosophie dans les classes. De quelle manière et par qui ? des questions qui méritent aussi d’être posées et qui sollicitent des réponses. En attendant…

dimanche 9 mars 2014

Une milice finalement ?

Selon la presse locale – il faut toujours douter de ce qu’on lit -, l’ancien ministre Zeydane Ould Hmeida qui se trouve être président d’honneur de l’association de tir à la cible, a déclaré quelque chose comme : «Nous, membres et travailleurs dans les clubs de tir à la cible sommes prêts à diriger nos armes contre toute menace contre la stabilité et la sécurité du pays». A cette mise à disposition, le Wali de Nouadhibou a répondu quelque chose comme : «Je remercie Zeydane Ould Hmeida pour le sens de sacrifice patriotique et la disponibilité des membres des clubs à défendre l’intégrité et la stabilité du pays». Ajoutant qu’il espère «la meilleure des utilisations de l’expertise en armes pour défendre la liberté, la stabilité et la quiétude si besoin est».
Ces deux déclarations sont dangereuses surtout qu’elles émanent de responsables politiques dont l’un fut ministre de la République et l’autre est encore Wali, première autorité administrative de la région économique du pays.
Elles posent encore la problématique du tir à la cible comme sport traditionnel. Jusque-là, heureusement, il n’y a pas eu de dérapage. Pas encore, diront les détracteurs de ce sport. Malgré cela, les différentes compétitions sont l’occasion de déploiement d’armes et de munitions, avec notamment des armes automatiques de combat.
La présidence de l’association fait l’objet d’une intense querelle entre deux factions de ses membres. C’est le camp de Ould Eli Val propriétaire de la Tour du Meuble qui l’a emporté officiellement. Alors que le président sortant, Khattri Ould Djié a porté plainte devant les tribunaux qui semblent, comme d’habitude, hésiter à trancher prétextant qu’il va falloir attendre de statuer sur le fond des contestations. Alors que ce qui est contesté est la nature du collège électoral qui devait comprendre les adhérents ayant participé à un nombre donné de compétitions les deux dernières années. L’actuelle direction a été élue par un collège fait des années 2011 et 2012. L’élection qui s’est déroulée en janvier 2014 devait comprendre 2012 et 2013.
Maintenant que de l’aveu de son fondateur et président d’honneur, l’Association de tir peut intervenir pour «défendre l’intégrité et la stabilité du pays», que l’Autorité s’en félicite, le doute n’est plus permis : cette association n’est pas loin de jouer le rôle d’une milice. Auquel cas, il est urgent de la dissoudre et/ou de prendre les mesures qui s’imposent.