mardi 4 février 2014

Mint Hammadi à la CUN

Maati Mint Hammadi a finalement été élue par 25 voix contre 12 à la tête de la Communauté Urbaine de Nouakchott. Elle est la première femme à occuper ce poste. Elle est la première femme arabe à diriger la circonscription de la capitale de son pays.
Candidate de l’Union pour la République (UPR), Maati Mint Hammadi est passée au second tour à la mairie du Ksar. Elle était jusque-là ministre de la Fonction Publique. Elle fait partie du gouvernement né des élections de juillet 2009, celui par lequel le Président nouvellement élu entendait donner le la de ses orientations modernistes avec notamment cinq femmes au gouvernement : Naha Mint Mouknass, Maati Mint Hammadi, Coumba Ba, Cissé Mint Boyda, et Moulaty Mint El Mokhtar.
En plus des 18 délégués de son parti, elle a obtenu sept voix dont deux de l’AJD/MR. Par cette victoire, elle hérite d’une Communauté Urbaine dont les finances sont assainies : c’est pour la première fois de l’histoire de Nouakchott que sa mairie passe de main en main sans lourd passif financier. En général les Maires laissent des ardoises lourdes à leurs successeurs. Ce n’est pas le cas de Ahmed Ould Hamza qui quitte la CUN avec de solides réserves. Tant mieux.
La victoire de Maati Mint Hammadi a quelque part pour les observateurs un goût de revanche. Au lendemain du 8 juin 2003, son père, Mohamed Mahmoud Ould Hammadi fut relevé de sa fonction de fédéral du PRDS par un Conseil national qui s’est tenu pour entériner une décision déjà prise. Cela avait pris l’allure d’un acharnement contre cette famille, et au-delà de la famille la tribu à laquelle elle appartenait, avec l’arrestation et la mise au ban des cadres et ressortissants de l’ensemble. Aujourd’hui, c’est la fille de ce militant de première heure (syndicaliste, nationaliste arabe) qui arrive à la tête de la Communauté Urbaine de Nouakchott à l’issue d’un vote salué par tous les acteurs.
Reste à savoir ce que cette jeune femme, née dans un milieu très politisé, technocrate et à fort caractère, va faire de la CUN.

lundi 3 février 2014

Quel gouvernement ?

C’est finalement Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qui est reconduit, cette fois-ci pas seulement comme Premier ministre mais aussi chef de gouvernement. Il a promis un gouvernement de compétences et de large représentativité. On a très vite compris qu’il s’agit d’impliquer le plus large spectre de la Majorité, soit un ministre pour chaque trois députés. Et l’on attend de voir qui sera reconduit de qui ne le sera pas.
Le retour de Ould Mohamed Laghdaf était prévisible : la perspective de la présidentielle toute proche ne donnait pas au Président Ould Abdel Aziz la marge de manœuvre nécessaire pour lui permettre de changer fondamentalement son dispositif. D’autant plus que Ould Laghdaf a l’avantage de savoir où l’on en est avec la réalisation de certains projets structurants et mis en avant pour la campagne prochaine (Aftout, Dh’har, les routes en construction…). Il aura donc choisi de «garder celui qui l’a accompagné au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008, qui a dirigé le gouvernement de sortie de crise de juillet 2009 et auquel il a depuis renouvelé sa confiance. Une façon d’éviter à choisir entre différents postulants dont la proximité pourrait bouleverser le dispositif actuel».
On parle d’une possible réforme du gouvernement. Il n’y aurait plus de ministère de la communication. Dans un pays où la régulation est désormais la mission d’une institution – la HAPA qui s’en occupe d’ailleurs très bien -, et où la liberté d’expression est un acquis, on n’a plus besoin d’un ministère qui ne sert finalement à rien sinon à grever le budget de l’Etat.
Il est possible aussi que le ministère de l’enseignement fondamental et celui du secondaire soient fusionnés pour en faire un seul département. Ce qui signe l’échec d’une réforme, celle qui a créé trois têtes à un seul secteur.
Une réforme très attendue, et très logique, et dont on ne parle pas, c’est celle du ministère du développement rural dont on doit «tirer» un département pour l’économie pastorale et rien d’autre. Le ministère du commerce doit perdre le tourisme qui mérite un département à lui seul, sinon le rattacher à la culture (le tourisme culturel est la seule ressource que nous pouvons développer).
La présidence de l’Union Africaine impose aussi de créer un département des affaires africaines et de donner au ministre des affaires étrangères la latitude de faire des consultations politiques avec les différents acteurs, y compris les plus éloignés du pouvoir pour discuter des orientations et des choix stratégiques.
Avec ou sans les réformes, le nouveau gouvernement est attendu pour les heures qui viennent. Il aura une espérance de vie d’à peine quatre mois car il doit absolument être «re-formé» au lendemain de la présidentielle dont on ne sait pas encore la date. On sait quand même que le collège électoral doit nécessairement être convoqué en mars. On est déjà en février.

dimanche 2 février 2014

De la Justice et de l'Equité

Entre nous, dans un Etat indépendant, un Etat de droit en construction, il y a une chose qui importe plus que toutes les autres : le respect des lois et règlements en vigueur. On peut enfreindre ces lois et règlements par erreur, par méconnaissance, même par incompétence. Mais cela ne doit jamais rester sans suite. Parce que l’impunité qui découle de l’absence de responsabilité quand les individus ne sont pas comptables de leurs faits et gestes, cette impunité est la pire des attitudes pour une Nation.
L’une des raisons qui poussent à l’irrespect des lois et règlements est bien sûr quand celles-ci ne s’appliquent pas à tout le monde et/ou comme il faut. Ce sont bien les comportements douteux de nos Juges et leurs décisions souvent prises sans fondements qui ont détruit la relation de confiance entre le système judiciaire et le citoyen lambda. Les interférences nées des interventions publiques des responsables politiques sont aussi un facteur d’affaiblissement de ce système.
Saint-Thomas d’Aquin disait que «la justice est la disposition par laquelle on donne, d’une perpétuelle et constante volonté, à chacun son droit». Quand elle réalise cela, elle prévient toute dérive dans l’application des lois et garantit en même temps leur respect scrupuleux par le citoyen.
Quelqu’un me disait récemment que la Justice est d’abord «distributive». Dans un Etat, on doit assurer une juste redistribution des biens communs, un équilibre juste des pouvoirs des Institutions et une équité relative ou complète du prestige qu’offre l’exercice du pouvoir.
J’ai toujours cru – je crois encore – que l’une des grandes valeurs cultivées sous nos cieux est bien l’équité, que l’une des grandes aspirations de cette société est bien la Justice. Si bien que nous croyons fermement que tout peut fonder un Etat, une organisation sociale sauf l’injustice.
La Justice s’accompagne nécessairement d’équité. Elle assure l’ordre, impose le respect mutuel et décline des valeurs comme la liberté, l’égalité, le mérite, la responsabilité… C’est bien pour cela qu’elle fonde la démocratie, ce système qui est fait pour assurer une juste répartition des pouvoirs et protéger la société de ses dérives totalitaristes.
Dans notre pays, la Justice et l’Equité se perdent. La première essentiellement à cause de la déconfiture de l’Appareil d’Etat qui a fini par perdre ses aspects «normatifs» et universels (valables pour tous). La seconde parce que la société a renoncé à ses valeurs fondamentales sous le coup d’agressions conjuguées (sécheresses, mondialisation, flux d’idéologies importées, aliénations de l’élite…).
La bataille doit être celle du recouvrement  et de la réhabilitation de la Justice et de l’Equité. La première nous permettra d’assurer le développement de l’Etat citoyen, celui où l’égalité est assurée pour tous, où le droit de chacun lui est donné «naturellement» (cela doit découler de l’ordre des choses et non de l’interventionnisme), celui où les biens communs servent à enrichir la communauté et à lui fournir un cadre adéquat pour son émancipation et son bonheur.
L’Equité nous permettra de nous respecter les uns les autres, de reconnaitre avec fierté nos différences, de nous accomplir individuellement tout en œuvrant pour l’accomplissement de la communauté. Une valeur cardinale de la Mauritanie de départ. D’elle découle l’humilité et le sens de la mesure. On en est bien loin aujourd’hui.
Les foules emplissent les rues pour appeler à l’application d’une sentence qu’elles ont elles-mêmes décrétée. L’élite religieuse et/ou militante fait sienne la colère de la foule. Les syndicats et corporations sont incapables de réagir. Le désordre qui en nait libère tous les extrémismes qui mènent fatalement à toutes les dérives obscurantistes qu’elles soient d’inspiration religieuse ou «laïque» (le salafisme dans ses aspects takfiristes et l’athéisme dans son rejet du religieux, prennent finalement la même forme, celle du rouleau-compresseur pour la liberté).

La bataille actuelle doit consister à débusquer les fascismes, tous les fascismes, et à les dénoncer là où ils sont.

samedi 1 février 2014

Délit de parenté

Les manifestants qui demandaient la tête de l’auteur des attaques contre le Prophète Mohammad (PSL), s’en prennent désormais à l’avocat Mohameden Ould Ichidou qui défend l’auteur en question. Comme si le droit à la défense et à un procès équitable n’était pas inscrit dans toutes les législations, y compris celle de notre sainte religion. La déraison ne s’est finalement pas arrêtée à l’attaque de la seule personne de l’avocat, ses fils aussi subissent l’ire de la foule qui veut bien donner l’impression qu’il s’agit là de mouvements spontanés. Sans convaincre.
Les appels au boycott de produits vendus par les fils Ichidou sont une dérive de plus qui doit trouver sa justification dans le background de l’avocat qui ne laisse pas indifférent.
Homme de gauche, Me Ichidou est un militant de première heure. D’abord farouche nationaliste, défenseur de toutes les causes arabes, il devient le chef de file de la mouvance du mouvement national qui donnera le MND et les Kadihines. Plusieurs fois prisonnier, il est aussi l’un des premiers militants des Droits humains, lui qui a inspiré, parfois dirigé des campagnes de libération d’esclaves dans les campements reculés, lui qui a animé les premiers journaux du pays. Avant de militer dans les partis d’opposition comme l’UFD.
C’est probablement ce passé de militant de gauche (marxisante) qui en fait une cible aujourd’hui dans l’affaire qui secoue l’opinion publique. En effet, l’auteur est lui-même fils d’un ancien cadre de cette mouvance. Le site accusé d’avoir été le premier à publier l’article est supposé (à tort ou à raison) être proche de la mouvance. C’est donc en partie une vieille querelle entre différentes mouvances politiques (nationalisme-islamisme-Kadihines…) qui revit à travers l’excitation du sentiment anti-Ichidou.
Il faut y ajouter les querelles professionnelles qui empêchent justement l’Ordre national des avocats de réagir aux attaques contre un avocat à qui est reproché le fait de vouloir défendre un accusé devant les tribunaux. D’autres avocats se sont constitués …partie civile. Du coup, renait le vieux contentieux du temps où le régime de Ould Taya tentait d’apprivoiser l’Ordre national des avocats. A ajouter à l’inspiration anti-Ichidou.
Il y a quelques semaines, un collectif d’Imams et d’érudits dénonçait la prise de parole de l’un des chefs de Tawaçoul qui a osé critiquer une certaine pratique du rôle du religieux. Mais au lieu de s’en prendre à l’auteur des propos, le collectif a demandé la fermeture de la chaine Sahel et exigé une limitation de la liberté d’expression. Aucun syndicat de la presse n’y avait vu une menace. Comme aujourd’hui, l’ONA ne semble pas voir dans les attaques contre Me Ichidou une menace pour l’exercice de la profession d’avocat. C’est dire que devant cette campagne dangereuse, les organisations de la société civile semblent baisser les bras. Et quand elles s’expriment comme l’ont fait les organisations l’autre jour, c’est pour interférer dans un débat politique qui n’est pas le nôtre. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de s’en prendre avec violence à tel ou tel courant de pensée, mais d’exiger clairement un procès équitable pour tout accusé, d’exiger le respect du principe de la présomption d’innocence, de refuser la justice de la rue et l’instrumentalisation de questions sociétales qui méritent, il est vrai, réflexion, mais réflexion ouverte. Ce qu’on peut reprocher aux ONG, c’est de s’inscrire dans un registre politique partisan. Alors que nous avons besoin de nous en éloigner pour revendiquer la toute-puissance de la loi pour nous séparer en cas de conflit.

Il y a certes toutes les raisons d’être en colère, mais seule la loi a pouvoir de calmer cette colère et de juger entre nous. Nous ne pouvons et ne devons chercher à faire justice nous-mêmes, à décider par nous-mêmes.

vendredi 31 janvier 2014

Commentaire littéraire

C’est une lettre-commentaire que j’ai reçue de mon ami Colonel El Boukhary qui vient de découvrir le site de Aïchetou Mint Ahmedou. Il me demande de publier sa réaction sur mon blog. C’est fait.

«Lettre à Aichetou Ahmedou
Merci pour ce beau cadeau littéraire,
 J’ai visité le site; je m'y abonne désormais.
 J'y ai lu et apprécié beaucoup de tes écris... et de tes humeurs. (Excuse-moi le pléonasme: tous tes écrits sont des humeurs. En tout cas, moi, c'est comme ça que je les ai sentis).
 Comme toi, comme tout le monde, j'en ai beaucoup, moi aussi, les humeurs. Mais comment puis-je les exprimer? C'est toute la différence avec les talentueux de ton calibre. Pour toi et tes semblables, la question ne se pose pas: votre génie et vos aptitudes résident justement dans ce don naturel - mais perfectible- que vous avez développé avec succès, vous permettant de traduire l'humeur et la partager, sous une belle forme poétique. Ca fait de vous, non seulement des créateurs artistiques d’excellence, mais aussi des altruistes singuliers. Naturellement, parmi les plus en vue!
  Auparavant, j'avais écouté l’une de tes interviews,  et lu des commentaires de presse à ton sujet. Mais le tout me laissait sur ma faim.
Maintenant, je me suis fait une idée de ce que tu faits, de ce que tu es. Je te l'exprime le plus simplement possible, en un mot: bravo!
En fin, permets-moi cette intrusion ou maladresse de fan: Pourquoi tu te faits traduire par quelqu'un d'autre, même si l’on sait pertinemment que le denier mot te revient toujours? Tu es capable de faire beaucoup mieux que lui.
Ton œuvre de traductrice littéraire, qui est d’une très bonne facture, le montre aisément. Ne faits pas la modeste dans ce domaine, je t’en supplie. Car, en ce qui concerne le cas précis de la traduction de tes textes, j'estime que c’est une forme de reniement de soi … de renoncement, que nous, lecteurs, nous ne te pardonnerons pas.

.Avec beaucoup d'admiration :  El Boukhary»

jeudi 30 janvier 2014

Mauritanie, le retour

Quoi qu’en disent les détracteurs du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est là un grand moment pour la Mauritanie. La présidence de l’Union Africaine (UA) est un évènement à célébrer pour ce qu’il implique de tournants dans le processus de normalisation des relations de notre pays avec son environnement naturel, notamment l’Afrique.
Ils ont raison de ne pas être contents ceux qui ont inspiré, soutenu, justifié, appliqué et défendu la politique extérieure qui a mené à la sortie de la CEDEAO et à la reconnaissance d’Israël par la Mauritanie. Tout comme ceux qui ont poussé vers le conflit avec le Sénégal, puis avec le Mali, avec plus ou moins de réussite pour le premier. Comme ceux qui détestent Ould Abdel Aziz pour ce qu’il a provoqué le 3 août 2005, pour ce qu’il a fait le 6 août 2008 et qu’il a fini par battre régulièrement le 19 juillet 2009.
Tous ceux-là ont raison de minimiser le fait pour la Mauritanie de présider aux destinées de l’Union Africaine pour une année. Parce qu’ils savent que cela va nécessairement enraciner la Mauritanie dans son espace africain naturel. Parce que cela va lui permettre de restaurer ses vocations naturelles d’interface afro-arabe. Parce que cela peut mener à revenir au bercail de l’Afrique de l’Ouest par le retour au sein de la CEDEAO.
A la tête du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) en 2011, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz avait dirigé deux panels de chefs d’Etats africains chargés de trouver des solutions à d’épineux problèmes en Libye et en Côte d’Ivoire. La Mauritanie avait à ce titre accueilli plusieurs sommets. Son Président ne s’est plus permis de rater une occasion de se rendre en Afrique Noire. Et même si l’agenda international l’avait emporté, on sait aujourd’hui que les propositions africaines auraient pu faire éviter de nombreux déboires et des bains de sang inutiles. En Libye, les propositions africaines auraient assuré une continuité de l’Etat et une transition douce et apaisée. Mais «la communauté internationale» (la France et l’OTAN) a préféré terminer ce conflit dans le sang et dans le désordre. La Libye ne s’en est pas encore relevée. On ne sait pas encore si la Côte d’Ivoire a réellement pansé ses plaies et soigné ses fractures.
Cette expérience à la tête du CPS va servir aujourd’hui pour traiter les conflits ethniques et religieux qui détruisent des pays et menacent des régions entières. La facilité pour le Mauritanien de jouer le médiateur, le facilitateur quand il le veut, va aussi être d’un grand apport.
Contrairement à ceux qui croient qu’il s’agit là d’un évènement mineur, il faut en faire un tournant. Dans l’ouverture du pays, dans la recherche du renforcement du front intérieur par l’implication de toutes les forces vives, dans la réhabilitation de l’image du pays et de son rayonnement dans le monde. Encore faut-il saisir le fait comme une opportunité à exploiter pour montrer le meilleur de nous-mêmes. 

mercredi 29 janvier 2014

«Moi, Birame Ould Dah Ould Abeid…»

L’affluence n’était certainement pas au rendez-vous, même s’il y avait assez de monde – surtout de jeunes. Ils étaient certes excités, ce qui donnait une ambiance particulièrement chaude. L’ambiance a été entretenue par un grand chanteur qui a repris quelques morceaux d’anthologie dans le répertoire dédié aux louanges du Prophète (PSL). Quelques moments de rêveries et de souvenirs faisant régner une atmosphère mélancolique qui nous rappelait que «la musique adoucit les mœurs». Place à l’évènement…
L’ambiance est surchauffée quand Birame Ould Abeid fait son entrée accompagnée de son épouse. Bien encadré par «ses» hommes, le couple s’installe sur le podium après avoir fait le tour des rangées des invités. On sacrifie à la tradition des Sourates lues par Imam naturellement haratine. Puis, moins «traditionnelle», la séance de l’hymne national. Brahim Ould Abeid qui fait le maître de cérémonie donne la parole immédiatement à Birame qui commence en Arabe avant de faire le discours en Français. «Il s’adresse à qui d’abord ?» se demande quelqu’un avec une pointe de malice. Puis, sans laisser place à une réponse, il ajoute : «C’est sans doute un discours destiné à la consommation extérieure». Pourquoi ? «En fait, explique un proche de Birame qui a tout entendu, Birame pense que s’il commence à discourir en Arabe, le public partira dès que la traduction est engagée, alors il retient la foule en majorité arabophone…»
Une longue introduction sur le parcours de Birame Ould Dah Ould Abeid, militant des Droits de l’Homme, objet de toutes les tracasseries de la part des autorités, consacré par le Prix 2013 des Droits de l’Homme des Nations-Unies, aujourd’hui candidat à la présidence de la République.
«Je vais à l’assaut du fauteuil présidentiel». Avant même que ne soient fixées les échéances, Birame Ould Dah est le premier à exprimer son désir d’y aller. Pour ce faire il tient à rassurer. Son projet vise à cultiver la solidarité entre les communautés mauritaniennes, pas à les mettre face à face. Il est «le Président des riches» parce qu’il souhaite voir tous les mauritaniens s’enrichir. Il n’est pas une menace pour les riches parce que son projet vise «à boucher les trous par lesquels la violence peut arriver. Par la juste redistribution des richesses, par l’instauration de l’Etat de droit, l’égalité des citoyens, la mise à mort du racisme…» et d’affirmer : «Les gens qui ont des biens peuvent dormir tranquille, aucune vague de violence ne va venir menacer leurs biens accumuler avec beaucoup d’endurance. Je voudrais rassurer aussi ce qui ont peur pour leurs enfants, des enfants qui ont étudié séparément, qui habitent dans des quartiers différents, je les rassure car au bout de mon engagement, il y a l’unité car je combats le spectre de la confrontation et de la violence».
La candidature est celle «de la rupture, du renouveau politique parce qu’elle propose des changements fondamentaux dans les propositions. Jusque-là, la classe politique traditionnelle a été incapable de faire autre chose que la duplication des programmes, d’où son échec. Il s’agit maintenant de rompre avec les vieux schémas».
Mais pour éviter toute équivoque, il a martelé : «Birame Ould Dah Ould Abeid restera Birame…» Comme pour dire que l’engagement politique en vue d’une élection ne changera rien à l’homme qu’il est jusqu’à présent. C’est ainsi que le combat pour les droits peut mener fatalement à la politique. Pour Birame, cela découle de soi.

Depuis son retour du siège des Nations-Unies où il a été distingué, Birame Ould Dah Ould Abeid n’a pas hésité une seconde à s’en prendre à la presse, aux leaders d’opinion, aux religieux, aux politiques, finalement à toute l’élite qu’il a qualifiée d’esclavagiste au service de l’obscurantisme. A-t-il changé d’appréciation vis-à-vis des journalistes qu’il a invités massivement ce jour-là ? ou est-ce une attitude campagne ?