dimanche 29 décembre 2013

Le Président et les Experts

C’est le Président de la République lui-même qui a présidé la cérémonie d’ouverture de la rencontre des Experts mauritaniens organisée par l’ANESP. Extrait du discours :
«Première du genre, cette rencontre rassemble un nombre important d'experts de qualité et de compétences variées.
Les échanges entre les participants à la présente rencontre permettront d'élaborer le cadre adéquat pour mettre à profit toute cette ressource humaine. Elle vise également l'implication des expertises nationales dans la préparation et l'exécution des projets de développement.
Au cours des 4 dernières années, la Mauritanie a franchi d'importantes étapes sur la voie du changement et du développement.
Les libertés individuelles et collectives sont effectives et permettent la consolidation de la démocratie.
Les infrastructures de base ont permis des avancées significatives dans le désenclavement de toutes les régions du pays et l'accès des populations aux services de base.
Les politiques volontaristes visant les couches les plus vulnérables sont menées avec rigueur.
La lutte contre la gabegie et la revalorisation des ressources du pays ont rendu possibles ces réalisations.
Le contexte national favorable nous permet de mobiliser tous nos efforts au service du développement du pays.
Vos compétences et vos expériences professionnelles, Mesdames, Messieurs, les experts, doivent être mises à contribution au profit du développement du pays
».
De son côté le directeur général de l’ANESP a rappelé le contexte et les objectifs de la rencontre. Extrait :
«Cette rencontre, la première du genre dans notre pays, répond à ce souci constamment exprimé d’identification et de mise en valeur de cette richesse que constitue l’expertise nationale. Elle est aussi une réponse à l’une des préoccupations fondamentales de l’Agence Nationale pour les Etudes et le Suivi des Projets (ANESP), celle qui vise à mobiliser les ressources en vue d’optimiser le processus d’élaboration et de mise en œuvre des projets de développement.
L’ANESP, permettez-moi Monsieur le Président de le rappeler, a pour ambition de devenir un pôle d’excellence grâce à son organisation et à ses méthodes de travail. Elle se veut un laboratoire d’idées capable de drainer compétences et expertises en vue de leur permettre de participer au développement de notre pays.
Ce n’est donc pas par hasard si l’ANESP organise aujourd’hui la première «Rencontre des Compétences et Expertises Nationales». Cette rencontre est le fruit de la convergence entre une volonté politique réellement engagée pour accomplir de grands bonds en avant dans le pays, et la nécessité de mettre à profit toutes les expertises et compétences pour consolider les acquis et mieux envisager l’avenir.
Cette rencontre vise enfin à mettre en réseau les Experts mauritaniens, à renforcer les liens entre eux et le pays et à permettre à tous de participer à son développement. Ils sont plus de deux cents Experts mauritaniens à avoir répondu positivement à notre démarche.
Les participants à cette rencontre représentent la crème d’une élite dont les qualités et les multiples spécialités sont attestées par le niveau de responsabilité qu’ils occupent dont certains dans des entreprises et des institutions prestigieuses dans les cinq continents.
Nous souhaitons pour cette rencontre qu’elle soit le fondement d’un processus d’intégration et d’implication de toutes les compétences scientifiques et techniques à l’effort de développement de la Mauritanie.
(…) A la fin de la rencontre, les propositions des Experts nous permettront de faire des recommandations pour aider à dégager des orientations en vue d’asseoir une stratégie efficiente dans la préparation et la mise en œuvre des projets de développement. 
Nous aurons aussi présenté le premier ATLAS ANESP où seront répertoriés les Experts mauritaniens. Nous sommes sûrs que cet ATLAS ANESP constituera une première formule de proposition en matière de ressources humaines pour notre économie et pour les sociétés et entreprises actives dans le pays»

samedi 28 décembre 2013

Les Mauritaniens du Canada

Ils sont une bonne vingtaine d’experts et de diplômés des universités canadiennes à avoir fait le déplacement pour participer à la première rencontre des Compétences et Expertises nationale, rencontre organisée par l’Agence nationale pour les Etudes et le Suivi des Projets (ANESP).
Ils représentent la communauté de là-bas et semblent bien préparés, en tant que groupe, à marquer de leur présence la manifestation qui est la première du genre. Ils entreprennent des rencontres préliminaires et comptent manifester publiquement leur présence ici.
Ils sont sans doute les plus organisés de nos ressortissants. Ils veulent capitaliser ce passage en Mauritanie pour explorer les opportunités offertes par le pays, rencontrer le maximum d’officiels et attirer les caméras vers eux.
Avec le doyen de la communauté Brahim Ould Lemghallef, la communauté mauritanienne du Canada détient sans aucun doute la palme de l’originalité. Arrivé en 1973 au Canada, le personnage fort sympathique est resté un Mauritanien des années 70. Avec le Hassaniya de l’époque, l’ouverture de l’époque, la tolérance, la jovialité et donc l’optimisme. Parti pour être quelconque, il est titulaire d’un MBA en finances et joue les ainés des générations successives. Sans doute le premier facteur d’unité pour la communauté.
Les autres viennent de toutes les régions de Mauritanie. Ils sont formés dans les meilleures écoles et, pour certains, travaillent déjà dans de grandes sociétés.
Qu’ils s’appellent Mohamed Billy Ould Sidi Ould Ahmed Deya, Al Housseinou Sall, Sidi Ould Souene’, Abdallahi Ould Qestallani, Fatimetou Mint Tolba, Hamjatou Kane, Radya Mint Khouna, Sidi Mohamed Ould Hartane, Isselmou O Sidina, Mohamed O. Abdallahi…, ils occupent chacun un poste de haute responsabilité là où il se trouve et chacun d’eux est prête à participer au développement de la Mauritanie selon sa spécialité.

L’image de la Mauritanie dépend d’eux car il n’y a pas d’Ambassadeur là-bas. Chaque année, ils commémorent la fête de l’indépendance par un gala. Le 30 novembre dernier, c’était au restaurant La Khaima qui appartient justement à un Mauritanien. Ils ont aussi un site, www.maurican.com. Et leur leitmotiv est : «Vivre ensemble pour accomplir notre destinée commune».

vendredi 27 décembre 2013

Besoin de maturation

Certains de mes amis m’ont reproché de faire état de quelques dissensions, consommées ou à venir, au sein de l’Union des forces du progrès (UFP) suite à son choix de boycotter les élections. Juste pour expliquer que j’exprime là une inquiétude pour ce parti qui représente à mes yeux un cadre unitaire où une certaine idée de la Mauritanie et de la politique a été entretenue pendant longtemps. J’ai rarement été d’accord avec les dirigeants de l’UFP et leurs options mais je leur reconnais (sans hésiter) qu’ils ont pu fonder un esprit et un creuset qui reflétait quand même ce qu’est le pays et même peut-être (en partie quand même) ce qu’il devait être.
Le discours est un discours de gauche qu’aucun parti en Mauritanie n’a jamais pu adopter comme l’a fait l’UFP (et ses pères spirituels). Cette perception (satisfaisante) de l’UFP, les Mauritaniens l’expriment de différentes manière : «Nous allons regretter Bedredine et Kadiata Malik Diallo dans le Parlement», «Les vrais politiques, ce sont les gens du MND (mouvement national démocratique qui a donné l’UFP)», «L’UFP est un parti élitiste qui a pu asseoir une base à Moyte en plein Aftout, à Boghé en pleine Vallée…»…
Quand vous entendez ces propos, dites-vous que c’est la manière d’apprécier ce parti et son discours. Ce discours est aujourd’hui «perdu» dans le sens où on l’entend plus. Il est perdu au sein d’une cacophonie faite de verbiages et d’extrêmes. Et ce au moment où l’on en a le plus besoin.
Le besoin de progrès dans la vision de la société, dans ses rapports, dans la dynamique qui doit la diriger, ce besoin fait que les revendications sociales égalitaires doivent être prises en compte par un discours unitaire rejetant tout sectarisme et adoptant une attitude «progressiste» face aux choix de société.
Contre le fanatisme, nous avons besoin d’un esprit ouvert et tolérant. Contre l’obscurantisme, nous avons besoin de Lumières (au sens de la philosophie des). Contre le racisme, nous avons besoin de reconnaissance de nos différences. Contre les égoïsmes, nous avons besoin de solidarité. Contre la confrontation stérile et risquée, nous avons besoin d’alternative politique et sociale…
Analysons les deux grandes mouvances qui occupent la scène et font débat : la question négro-africaine et la question de l’esclavage. Quels discours entendons-nous aujourd’hui ? Ceux de la haine, de l’exaspération des frustrations et de l’intolérance. D’un autre côté ceux de la compromission et du refus de reconnaitre les crimes commis, ceux qui continuent à l’être (esclavage) etc. et au sein de chaque leadership de groupe, une situation qui n’est pas stabilisée.
Entre les négro-africains appartenant à la Majorité, ceux appartenant à l’AJD/MR de Moktar Ibrahima Sarr et ceux de Touche pas à ma nationalité (TPMN) qui l’emportera en terme de vision pour la Mauritanie de demain ?
Entre les Haratines appartenant à la mouvance de Messaoud Ould Boulkheir, ceux relevant de Mohamed Ould Bourbouç et ceux soutenant l’action de Birame Ould Dah Ould Abdeidi, qui imposera sa méthode ?
Vous croyez que ces questions se posent dans un autre parti que l’UFP ? C’est bien pour cela que l’absence de l’UFP inquiète. C’est bien pour cela qu’elle est regrettée. C’est bien pour cela qu’elle constitue une faute aux yeux de beaucoup, y compris du parti. 

jeudi 26 décembre 2013

L’heure des comptes

Est-ce que l’heure des comptes a sonné pour les politiques ? Certainement. Il est temps pour eux de faire le bilan au niveau de chaque groupe de partis, de chaque parti, pour évaluer l’impact des choix faits à l’occasion des élections. En attendant les conclusions «officielles» des partis qui ne finissent pas de digérer l’après-élections, nous sommes en droit de faire les nôtres.
Au niveau de la Majorité présidentielle, on a vu l’Union pour la République (UPR) acquérir une majorité des sièges de l’Assemblée et une grande partie des mairies du pays. Ce qui confirme son statut de leadership au sein de ce groupe. C’est une performance quand on sait que ce parti a souffert des attaques de tout le monde : les partis concurrents de l’Opposition, ses choix, ses militants, ses cadres, son gouvernement… Son président, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine doit être aux anges, lui dont le calme froid inquiète dans les rangs de son parti. Il n’est pas nécessaire pour le parti de chercher des alliances pour former un nouveau gouvernement ou pour faire passer des lois. Aucun parti de la Majorité ne lui impose désormais ses désirs.
Toujours au niveau de cette Majorité, quelques petits partis-satellites de l’UPR réussissent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas du Sursaut de la Jeunesse dont la promotion a été facilitée par la nomination de sa présidente au poste de ministre quelques semaines avant les élections, et «l’orientation» de certains «mécontents» vers ce parti. Ce qui a permis à des ministres, membres des instances dirigeantes de l’UPR de le soutenir contre les listes de leur parti. Idem pour Al Karama qui lui aussi s’impose comme interlocuteur dans la nouvelle configuration sortie des urnes. Reste à savoir comment vont se comporter les élus de ces deux partis : vont-ils s’autonomiser et commettre un parricide en allant contre la volonté de l’UPR qu’ils ont combattu pendant les élections ? On verra…
Au niveau de ce qu’on appelle «l’Opposition participationniste», Al Wiam sort grand vainqueur parce qu’il occupe la première place sur cet échiquier. Son président, Boydiel Ould Hoummoid garde une marge de manœuvre : il peut négocier un ralliement à la Majorité présidentielle comme il peut revendiquer la deuxième place au sein de l’Institution de l’Opposition et attendre tranquillement l’élection présidentielle pour être plus sûr. Le fait de se trouver codirigeant de l’Institution de l’Opposition est déjà une victoire pour celui qui n’a jamais renié le régime de Ould Taya auquel il a appartenu. Le sens de la loyauté est pour beaucoup dans sa réussite.
L’Alliance populaire progressiste (APP) est dans une mauvaise passe. Son président Messaoud Ould Boulkheir ne peut plus occuper le poste de président de l’Assemblée nationale. Il sera mal à l’aise dans une Institution de l’Opposition où il ne sera ni le président ni le secrétaire général. Peut-il se contenter d’un rôle de second plan ? Difficile. L’homme est un battant habitué à jouer dans l’avant-garde. Durant les cinq dernières années, il a été une pièce maitresse dans l’évolution politique du pays : en 2007, son soutien a été déterminant pour le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi en contrepartie de la présidence de l’Assemblée nationale (avec cinq députés ; en 2008, c’est sa présence qui légitime l’action du Front de défense de la démocratie (FNDD) ; en 2009 sa candidature au nom du FNDD et son résultat sont pour beaucoup dans la relégation de Ould Daddah parti initialement pour être LE candidat de l’Opposition ; en 2010, sa présence aux côtés du Président Ould Abdel Aziz permet à celui-ci de délégitimer l’action de ses détracteurs ; en 2011 et 2012, c’est bien son acceptation d’aller au dialogue qui donne à celui-ci tout l’envergure qu’il a eu ; en 2013, on ne parle plus que de «l’initiative du Président Messaoud»… Comment va-t-il accepter aujourd’hui de faire partie du deuxième rang ?
Au niveau de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), le choix du boycott devra être coûteux. En terme de cohésion d’abord : comment ces partis qui n’ont rien à voir les uns avec les autres (à part l’adversité vis-à-vis de Ould Abdel Aziz) vont-ils rester ensemble ? Quelles conclusions vont-ils tirer d’un boycott justifié par la volonté de faire échouer les élections lesquelles se sont finalement déroulées dans de bonnes conditions ?
Sur le plan de l’action, on peut la résumer à deux évènements : une marche avant le premier tour et une autre avant le second. Est-ce suffisant ? Non, parce que le taux de participation a dépassé les 70%. Non parce qu’il y a un après qui donne une configuration politique plutôt excellente pour le pouvoir.
En cours de route, la COD a perdu Tawaçoul, sans doute le parti le plus dynamique en son sein et aussi le plus virulent. Grâce aux résultats obtenus au cours des élections, Tawaçoul fait d’une pierre deux coups.
Parti récent (2007-2008), il s’impose aujourd’hui comme une force majeure sur l’échiquier national. Ses victoires et sa présence dans la Mauritanie profonde lui augurent d’un avenir plutôt radieux. Il dispute aujourd’hui la présidence de la Communauté Urbaine de Nouakchott à l’UPR. Il est déjà le Chef de file de l’Opposition démocratique. Ce qui l’impose à tous comme leadership de l’opposition, comme son porte-parole.
Ce résultat permet, en seconde lecture, de conforter Tawaçoul dans ses choix. Ceux au sein de ses compagnons de la COD qui lui avaient reproché la participation savent aujourd’hui que le parti a tout gagné : être l’opposition «principale» du Pouvoir en place et rester ainsi dans le jeu. Ce qui n’est pas le cas des autres qui doivent se débattre aujourd’hui pour trouver le moyen de ne pas rester au bord de la route.
Reste un parti, l’Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement de Rénovation (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr. Ce parti est l’invité-surprise de l’après-élection. Longtemps dans le sillage de l’Opposition, l’AJD/MR a fait partie de la Majorité avant de la quitter pour rester entre les deux. Même s’il y a été, il ne fait pas partie des «dialoguistes», il n’est pas non plus de la COD. Alors ?

Dès l’élection du directoire de la CUN, on verra où l’AJD/MR va se positionner. Si le vote de ses quatre délégués de Sebkha va à Tawaçoul, c’est qu’il faut attendre le parti à l’Institution de l’Opposition, si le choix est l’UPR, c’est qu’il reviendra à la Majorité. En contrepartie de postes ministériels peut-être ? C’est le seul parti qui est en mesure aujourd’hui de négocier un tel marché, parce que son soutien est capital dans une bataille cruciale pour l’UPR. Mais l’on sait que les penchants de Ibrahima Moktar Sarr sont plutôt «islamistes» et qu’il est déjà en pourparlers avancés avec Tawaçoul…

mercredi 25 décembre 2013

Urbi et Orbi

«A la Ville et au Monde (Univers)», c’est la bénédiction solennelle du Pape qu’il adresse traditionnellement le 25 décembre aux habitants de Rome «physiquement présents» en tant qu’«Evêque de Rome» et aux habitants de la terre, en tant que «Pasteur universel». Traditionnellement, c’est un message de paix et un vœu de prospérité pour l’Humanité que le Pape adresse à Rome et au Monde. Le message de cette année était très attendu parce qu’il s’agit de la première sortie du nouveau Pape, du premier Pape «venant de l’hémisphère Sud» (argentin d’origine).
Trois foyers de crise ont particulièrement retenu l’attention de son Eminence : la Syrie, la Centrafrique et le Soudan du Sud.
«Le conflit en Syrie a brisé trop de vies (…), fomentant haine et vengeance. Continuons à prier le Seigneur, pour (…) que les parties en conflit mettent fin à toute violence et garantissent l’accès pour les aides humanitaires». Les morts se comptent par dizaines de milliers, les blessés par centaines de milliers et les déplacés par millions bientôt. Un pays, il y a trois ans autosuffisant, presque «émergent», détruit aujourd’hui. Un pays revenu aux heures sombres du sous-développement et de l’arriération après avoir été à la pointe de la Modernité dans le Monde Arabe. Voilà le résultat d’une révolution commanditée par les plus anti-démocratiques des régimes arabes. Une révolution qui est désormais le fait des groupes jihadistes les plus vioents. A qui profite le crime ?
«Donne la paix à la République de Centrafrique, souvent oubliée des hommes. (…) Tu veux porter aussi la paix à cette terre déchirée par une spirale de violence». Une spirale qui connait son summum avec l’intervention des forces françaises. Entreprise sous prétexte de garantir la stabilité et la sécurité, l’intervention française a plutôt favorisé la recrudescence de la violence. Il y a plus de morts aujourd’hui, de blessés aujourd’hui, de déplacés aujourd’hui qu’avant l’intervention. Le présent est plus dur à vivre pour les Centrafricains qu’avant l’intervention. L’avenir est plus sombre pour les Centrafricains. Les déchirures ethniques et religieuses sont plus fortes qu’avant… Nous assistons désormais à une guerre civile dans laquelle le rôle et le positionnement des forces venues pour «sécuriser les populations» sont équivoques : accusées les unes et les autres d’appuyer un camp ou un autre.
«Favorise Seigneur, la concorde au Soudan du Sud où les tensions actuelles ont déjà provoqué des victimes et menacent la cohabitation pacifique du jeune Etat». Ce n’est pas l’indépendance de ce territoire qui ramène la paix à la région. Au contraire, elle complique les rapports ethniques, les rapports entre Etats et exacerbe les haines et les frustrations.
Mais qui entend encore le Pape ? La folie des hommes en cette fin d’année est plus destructrice qu’auparavant. Le langage de la Raison, celui de l’Amour, celui de la Justice… ne sont plus entendus. Cela me rappelle la situation de chez nous qui pose une problématique autrement plus dangereuse : qui se prévaut d’assez d’autorité morale pour nous imposer de refuser de nous s’entredéchirer ? où est le chef politique qui, par son parcours irréprochable, peut nous intimer l’ordre de ne pas nous faire mal les uns les autres ? où est l’autorité religieuse qui peut, par son charisme, nous amener à discuter plutôt qu’à nous faire violence ? où est le chef traditionnel, le rebelle, le militant, l’homme de culture, le Juge… où est-il ce personnage qui peut incarner pour nous l’unité et la tolérance ?
Les années PRDS n’ont pas laissé de «hazaaz», quelqu’un qui peut faire le facilitateur, le médiateur, l’interface. La plupart de ceux qui pouvaient jouer ce rôle ont été «mouillés» - pour ne pas dire «éclaboussés» - à un moment ou un autre par nos contradictions politiques, nos positionnements prenant souvent l’allure de «placements financiers».
Ces «hazaaz» (médiateurs) devaient être remplacés par la promotion d’une équité sociale, d’une égalité en droits, d’une application stricte des lois, d’un respect rigoureux des termes du contrat de citoyenneté qui nous lie, de l’osmose culturelle qui a marqué notre histoire, d’une recherche de notre être, d’une complémentarité dans l’accomplissement de notre Destin, d’une solidarité valant pour tous…
…Tout cela reste à faire. 

mardi 24 décembre 2013

Naissance d’une «Alternative démocratique»

C’est visiblement une dissidence de l’Union des forces du progrès (UFP) qui a donné ce nouveau groupe. Par voie de communiqué, nous apprenons que des cadres, militants et sympathisants de l’UFP pour la plupart, ont décidé de prendre le large en lançant une initiative appelée «Alternative démocratique». Conséquence première du boycott et du déroulement des élections.
«Contrairement aux postures alarmistes et aux différentes déclarations faites ici et là sur la ‘’mascarade électorale’’, nous avons vu quant à nous, dans ces élections, malgré les insuffisances et couacs de l’institution en charge de leur organisation, la preuve magistrale de la volonté du peuple mauritanien de barrer la route à l’obscurantisme et à ses projets funestes». Pour les auteurs du document, «l’heure du bilan et du constat des dégâts» est arrivé. La «tempête» causée par des décisions «douloureuses» qualifiées d’«élitistes» parce que ne répondant pas forcément aux attentes de la base, aura donc des conséquences sérieuses sur la scène politique : «Cette opposition dit ‘’boycottiste’’ sera paradoxalement ‘’victime collatérale’’ d’une élection à laquelle elle n’aura pourtant pas participé, elle connaitra inéluctablement de très profondes mutations».
Conclusions des auteurs : «Contre la renonciation, la soumission au diktat de la pensée unique et à l’omnipotence des féodalités locales, les citoyens que nous sommes, membres des organes dirigeants de l’UFP pour certains et simples sympathisants pour d’autres, choisissons de renforcer le camp de ceux qui œuvrent inlassablement, malgré les difficultés en tous genres, à l’enracinement de la Démocratie dans notre pays !
Parce que nous pensons que d’autres choix sont possibles et que d’autres moyens de concrétisation de l’idéal démocratique, des principes de justice et d’égalité existent, nous, ici présents, militants et sympathisants de longue date, déclarons solennellement, à compter de ce jour, notre retrait de ce parti et la cessation de tout lien organisationnel avec ses différentes structures».

Est-ce le premier acte d’une série d’autres ?

lundi 23 décembre 2013

De l’interview d’un politique

Par deux reprises cette semaine je me trouve en face d’un exercice mal fait. Je commence par la dernière fois.
Hier soir sur TVM, près de deux heures temps données à trois journalistes de la boîte pour faire parler le président de l’Union pour la République, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine. De nature très calme (et très réservé), le président de l’UPR n’a eu aucun mal durant tout le temps de l’interview à esquiver et à répondre «convenablement». Allant jusqu’à donner le ton en imposant sa stature et sa personne aux trois jeunes journalistes qui s’obligeaient visiblement à aller dans la mollesse en introduisant leurs question par des phrases dont l’utilisation est une façon de s’excuser «si on importunait».
Déjà le cadre n’y était pas. A tel point qu’on ne savait plus si l’exercice était un «service rendu» ou pas. La question se pose quand on a suivi le journal de 20 heures qui a fait une large couverture de la conférence de presse de l’UPR (organisée vers 14 heures) mais n’a pas donné une image de celle de Tawaçoul (organisée plus tôt). Et puis il y a lieu de se demander si TVM va recevoir le président de Tawaçoul dans les vingt-quatre heures ou pas.
Pour revenir à la présentation, Ould Mohamed Lemine a été installé dans un cadre qui ressemblait plus à celui d’un salon. On peut comprendre qu’il s’agit d’un studio avec des rideaux pour couvrir les baies vitrées. Mais on peut croire aussi que les journalistes ont fait le déplacement pour le voir. L’interviewé était installé sur un grand fauteuil. Lui qui était déjà plus imposant que les trois journalistes, les regardait de haut à cause de l’installation faite. Eux étaient serrés et visiblement mal à l’aise. L’homme a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées mais vous aurez remarqué que rien de ce qu’il a dit n’a visiblement intéressé le monde de l’information. Une telle sortie à un tel moment ne doit se faire que si l’on a quelque chose à dire, quelque chose qui puisse capter l’attention de l’opinion publique et faire passer à la phase suivante.
La deuxième fois où je suis tombé sur de telles images où le journaliste se met dans une mauvaise posture, c’est sur une télévision privée. L’image était celle-là : un jeune journaliste coincé entre Yahya Ould Ahmed Waqf et Moustapha Ould Abeiderrahmane, avec en face Saleh Ould Hanenna et Me Mahfoudh Ould Bettah. Avec les deux premiers, ils se serraient tous sur un canapé où il était en tout cas perdu, aspiré par la mollesse de ce canapé. Là aussi je n’avais pas compris à quoi servaient les échanges qui se faisaient quand même sans le journaliste.
Quand on communique, c’est pour dire quelque chose. Quand on provoque un débat, c’est pour l’entretenir en le dirigeant réellement.